Mystification

Paroles
ajouter une chronique/commentaire
Ajouter un fichier audio
Nom du groupe Manilla Road
Nom de l'album Mystification
Type Album
Date de parution 1987
Style MusicalHeavy Metal
Membres possèdant cet album63

Tracklist

Re-Issue in 2000 by Sentinel Steel Records with a bonustrack.
1. Haunted Palace 04:23
2. Spirits of the Dead 04:24
3. Valley of Unrest 03:41
4. Mystification 05:35
5. Masque of the Red Death 05:21
6. Up from the Crypt 03:02
7. Children of the Night 06:55
8. Dragon Star 05:56
9. Death by the Hammer 03:45
Bonustrack
10. The Asylum
Total playing time 43:02

Chronique @ Hibernatus

14 Mai 2016

Sans conteste, Mystification fait partie des albums indispensables du groupe .

Comment prolonger une succession de trois disques qui sont tant des réussites artistiques à la qualité croissante que des bonds en avant vers la consécration et la reconnaissance d'un style affirmé et original ? « Crystal Logic », « Open the Gates » et finalement « The Deluge » placent la barre bien haut. Avec une facilité déconcertante, Manilla Road relève le défi, seulement 6 mois après avoir révélé ce qui est communément considéré comme leur chef-d’œuvre. La réponse est simple (ou devrait l'être) : rester soi-même en approfondissant ses envies créatrices. Fidèle à ses inspirations littéraires, Mark « the Shark »Shelton consacre l'essentiel de son songwriting et de son inspiration musicale à une de ses plumes favorites, le maître et fondateur du fantastique moderne, Edgar A. Poe. Les seconds rôles sont dévolus à R.E. Howard et H.P. Lovecraft, le tout mis en musique sur un rythme et un ton résolument agressifs et envolés.

Sous la houlette de Shelton, l'alors trop méconnu trio de Wichita (Kansas) avait prodigué un Heavy résolument original dans lequel flamboyait le souffle de l'épopée. Au fil des albums s'affirmait une volonté de jouer plus fort, plus lourd et plus vite. C'est cette appétence qui trouve une forme de consécration dans « Mystification » : les longues pièces finement ciselées des précédents opus sont ici absentes, sans être pour autant oubliées. Des titres plus courts à l'énergie ramassée, débordant d'efficacité, nous sont assénés pour notre plus grand plaisir. Pourtant, c'est bien la même ambition, la même emphase et le même lyrisme qui les anime et leur fait faire mouche.

Dès lors, le rapport avec la vogue du Thrash peut être questionnée, et l'on ne s'en s'est d'ailleurs pas privé. Manilla Road aurait-il tenté de surfer sur la mode ? Shelton ne reconnaît-il pas lui-même en avoir beaucoup écouté à l'époque, Voivod notamment ? Ce serait pourtant méconnaître le parcours musical très personnel et singulier du groupe que d'imaginer qu'il ait pu durcir le ton simplement par suivisme. On n'échappe pas à l'esprit d'une époque, même quand on contribue, à la modeste manière d'un groupe insuffisamment connu, à le former. Le Shark ne faisait que poursuivre et approfondir ses envies de jouer plus vite et plus sec, bien perceptibles à l'écoute successive des 3 albums sus-cités. J'ai bondi il y a quelques mois en découvrant un sticker publicitaire comparant ce disque à Slayer. J'imagine un fan exclusif de Slayer pleurer de rire en écoutant ce Heavy-Thrash penchant tout de même nettement du côté Heavy de la Force. Encore l'aurait-on rapproché de Megadeth, cela eût été plus légitime. Mais qu'importe, comparaison n'est pas raison et Manilla Road n'a jamais ambitionné de transformer le Big Four en Big Five.

Mystification est malgré tout un sacré brûlot balancé à la face du monde. Ou devrais-je dire « finalement balancé envers et contre tout et à force d'obstination » ? Malgré la facilité et la rapidité de la composition des titres, la naissance du disque sera l'interminable délivrance d'une grossesse singulièrement compliquée. À certains égards, on peut dire que cela aura duré 13 ans...

Pour on ne sait quelle raison, leur label français Black Dragon les dirige vers un obscur studio de Memphis, Al Green Studio, à l'équipement déficient et au personnel plus intéressé à enregistrer des publicités qu'à se pencher sur leur musique. « Ma grand-mère aurait fait un meilleur boulot qu'aucun de ces gars-là », grommellera un Shelton écœuré. Cerise sur le gâteau, un jingle commercial remplacera un des titres sur le master ! Et pour couronner le tout, Black Dragon va se fâcher avec son distributeur américain : le disque devra être distribué aux States par la boite de Shelton, Roadster Records ; retour au premiers pas du groupe, en quelque sorte.

Je ne suis pas un intransigeant esthète en matière de production (sans quoi je n'aurais jamais aimé Manilla Road), mais j'avais été tout de même été un peu horrifié à l'écoute du vinyl de 1987 : même en poussant aiguës et basses à fond sur l'ampli, il fallait vraiment être motivé pour extraire quelque chose de positif de ce marécage sonore. Heureusement, le disque sera remixé et remastérisé par Sentinel Steel Records, et le CD sorti en 2000 rendra enfin justice à ce superbe album. On y découvrira notamment que si, si, Scot Park joue bel et bien sur cet album, et que ses parties de basse sont même excellentes ! Un nouvel artwork, basé comme l'ancien sur le thème du « Masque de la mort rouge », de Poe, illustre la nouvelle sortie, et l'ordre des titres sera bouleversé, peut-être pour présenter en ouverture le morceau le plus « in your face » du disque.

Indubitablement, Up from the Crypt en jette. Passons sur les samples grinçants du début de titre, j'ai toujours trouvé superflu ce genre d'artifice chez Manilla Road. Par contre, après cette intro inutile, c'est un vrai barrage d'artillerie qui nous tombe dessus : batterie de tueur, riffing démentiel, leads discordants, soli véloces et acérés. The Deluge n'était pas une compilation de cantiques, mais là on passe clairement à la vitesse au dessus. Alors du Thrash ? Il y a de l'idée, mais Shelton n'a définitivement pas une voix de thrasher, même lorsqu'il gronde.

En fait, et c'est flagrant à l'écoute des autres morceaux, Manilla Road ne saura (et ne voudra) jamais émuler la sécheresse et l'acidité du Thrash : il y a dans ce groupe trop de rondeur, de gouleillance typiquement Heavy Metal. Passons donc en revue les titres les plus énervés de cet album bouillonnant. Avec Valley of Unrest, on a une grosse entame saturée, une rythmique endiablée et saccadée ; mais avec la voix claire du Shark et le solo qui calme un peu l'allure, on est à mille lieues du Thrash. Speed, par contre, OK. Après ses douze coups de minuit de plus en plus distordus, The Masque of the Red Death peut faire illusion avec son riffing torturé et sa voix d'écorché : mais dès le refrain celle-ci s'adoucit. Titre magistral, avec un break emphatique où la marche inexorable du destin semble suspendre son vol. On se retrouve dans le Heavy typique de Manilla Road, avec le beau solo qui suit. Retour au rythme enlevé du début, et c'est la chute finale du prince Prospero et de sa cour emportés par la Mort Rouge. Children of the Night est enlevé, certes, mais aussi posé et mélodieux malgré les fulgurances aiguës de la guitare de Shelton ; le break entrecoupé de saccades, suivi d'un long solo aérien, nous ramène aussi en terrain connu. Spirit of the Deads (issu d'un poème de Poe) déborde une courte intro acoustique pour embrayer sur un riffing rapide et dur, toutefois tempéré par un refrain mélodieux et une voix claire et chaleureuse.

Haunted Palace (la chute de la maison Usher, de Poe) hésite un temps entre le Speed et le Heavy, mais finit par se tourner résolument vers ce dernier. Majestueux, lancinant et déclamatoire, ce titre est une longue litanie scandée par un refrain obsédant. Là encore, le poids du destin, servi par une remarquable expressivité vocale et musicale. Death by the Hammer, qui clôturait le LP d'origine, est un heavy-speed exultant au rythme syncopé où l'on hésite entre la lourdeur et la cavalcade. Un Randy Foxe infernal et impitoyable martèle ses fûts, un solo furibard nous achève. Défi impossible à relever : s'empêcher de gueuler le refrain ! Death ! By ! TheHammeeeeeeeer !!!!

Vous aurais-je convaincu que Mystification n'était pas si Thrash que ça ? Non ? J'enfonce le clou, alors. Prenez le titre éponyme. C'est la mise en musique d'une inclassable et déconcertante nouvelle de Poe, et le morceau est à son image. Résolument mid-tempo, il est introduit par les arpèges acoustiques du maître, dont la voix claire s'alourdit et s'adoucit tour à tour pour délivrer un titre magique. Ça s'accélère un peu , avec renforcement de la voix et de la rythmique, et s'ensuit un solo magistral qui ralentit peu à peu la cadence pour retomber dans le mid-tempo initial. Une des plus belles réussites du groupe, assurément. Un dernier contre-exemple : la comète de Halley, venue traîner ses guêtres dans le système solaire en 1986, a inspiré à Shelton une power-ballad envoûtante et mystérieuse, ésotérique et enthousiasmante : Dragon Star. La voix de Shelton est magnifique et on est proche, là aussi du meilleur de Manilla Road.

La réédition de 2000 inclut un titre bonus, The Asylum. C'est un instrumental à tiroirs, avec de belles parties de guitare, mais pas mémorable pour autant.

Sans conteste, Mystification fait partie des albums indispensables du groupe (il le sont tous, en fait, mais là je suis un peu partial). Si vous avez la bonne idée d'assister à un concert de Manilla Road, vous entendrez au moins quatre ou cinq titres issus de cette galette sauvage. Contrairement aux deux disques à venir, elle nous offre des titres bien diversifiés tout en restant pleinement homogène, la marque des grands. Un must-have, à écouter sans aucune modération. UP THE HAMMER AND DOWN THE NAIL !

6 Commentaires

15 J'aime

Partager

largod - 14 Mai 2016: Bien joué le doyen ! Jolie chronique entre passion et sagacité. Up the hammer !
swit35 - 14 Mai 2016: Ouep... Hauts les marteaux... Merci pour cette chro éclairée. Un des meilleurs post-trilogie.... Avec Out of the Abyss bien sur... Ouaïte tchapeul !!!
samolice - 19 Mai 2016: Merci Jean Luc de continuer, à ton rythme, c'est-à-dire celui d'un escargot :-), à rendre hommage à ce groupe!
Dans le petit commentaire que l'on peut ajouter sur SOM à la note d'un album, je me posais la question de savoir s'il ne s'agissait pas là de l'album le plus heavy de Manilla Road, tant pour la "vitesse d'exécution" que pour l'intensité des morceaux. J'ai un début de réponse avec ton texte.
Merci aussi pour les infos sur l'enregistrement, j'ignorai tout cela et c'est toujours fort intéressent pour un fan. J'attends avec impatience ta chro sur le décrié "The Circus Maximus"...
Hibernatus - 19 Mai 2016: Merci à tous pour vos réactions !

@ Sam : Les rythmes les plus rapides et les plus extrêmes se trouvent plutôt dans "Out of the Abyss", mais aussi dans l'album de la renaissance, "Atlantis Rising", mais si on raisonne en vitesse moyenne, "Mystification" tient la route. Ajoutons que beaucoup de titres du tout dernier album, "The Blessed Curse", sonnent comme un retour à Mystification.

@ swit : "Out of the Abyss" devrait normalement être ma prochaine chro de Manilla Road, mais pas forcément ma prochaine chro tout court. Prend en compte mon rythme d'escargot justement souligné par Sam, et et attend-toi à quelque chose vers la mi-2017 ;-)
    Vous devez être membre pour pouvoir ajouter un commentaire