Out of the Abyss

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Nom du groupe Manilla Road
Nom de l'album Out of the Abyss
Type Album
Date de parution 1988
Style MusicalHeavy Metal
Membres possèdant cet album36

Tracklist

Re-Issue in 2005 by Cult Metal Classics Records.
Re-Issue in 2015 by Shadow Kingdom Records.
1. Whitechapel 07:16
2. Rites of Blood 04:18
3. Out of the Abyss 03:25
4. Return of the Old Ones 06:22
5. Black Cauldron 02:57
6. Midnight Meat Train 03:00
7. War in Heaven 04:58
8. Slaughterhouse 03:40
9. Helicon 06:39
Total playing time 42:35

Chronique @ Hibernatus

31 Mai 2016

Le cul entre deux chaises...

En cette fin des années 80, le trio de Wichita a une faim de loup. Sitôt bouclé « Mystification », Manilla Road enregistre le live « Roadkill », puis Mark Shelton se met à composer fébrilement les matériaux d'un nouvel album qui sortira l'année suivante. Entre temps, leur label français Black Dragon se lie avec un nouveau distributeur américain, Leviathan Records, propriété d'un certain David T. Chastain. Du coup, Leviathan va diffuser aux States les poulains de Black Dragon, en commençant par le cultissime « Epicus Doomicus Metallicus » de Candlemass et en poursuivant par cet « Out of the Abyss » de leurs compatriotes du Kansas.

C'est par Black Dragon que Chastain découvre Manilla Road, dont il apprécie immédiatement le jeu et le songwriting de Shelton. La mayonnaise prend bien entre les deux guitar heroes. Quelques morceaux du futur groupe de Chastain, Zanister, seront coproduits par les deux compères, et Shelton va composer et écrire les paroles du titre éponyme du disque solo de Leather Leone, « Shock Waves ». Ah, Leather ! Sa présence scénique, son irréprochable plastique, sa voix profonde et puissante à l'inimitable raucité, qui vient chatouiller agréablement le fond de nos estomacs, voire un peu plus bas... Hum, je digresse, je divague, je m'égare (vite, mes pilules). Revenons à nos moutons, ou plutôt notre requin.

C'est bien sûr le Shark lui-même qui va vouloir produire l'album ; Chastain est crédité du titre de producteur exécutif, mais de son propre aveu, il n'apportera pas grand chose d'autre que quelques conseils sur l'ordre des pistes. Première bonne surprise pour du Manilla Road mouliné par Shelton, la production est bonne, claire et fluide. Bien rugueuse, mais dans le bon sens du terme. Dans aucun autre album du groupe le jeu de basse de Scott Park n'aura été aussi bien mis en valeur, et il apporte un plus indéniable aux titres de cette nouvelle sortie. La batterie de Randy « Thrasher » Foxe est toujours aussi impériale, de même que le jeu de guitare de Shelton. Et comme sur « Open the Gates », la voix du Shark est époustouflante de richesse, d'inflexions variées et d'à-propos. On y notera d'inhabituelles et judicieuses percées vers les aiguës, plutôt mises en retrait depuis les albums de jeunesse. Cela n'a rien d'un hasard : Mark souffrait de laryngite chronique depuis des années ; il venait de suivre un traitement intensif à base de stéroïdes, qui lui rendit une voix aux capacités toutes neuves, dont il va s'empresser d'user et abuser (jusqu'à se rompre les cordes vocales 2-3 ans plus tard).

Alors, un nouveau chef-d'œuvre ? Pas complètement, j'en ai peur. Ce disque est écartelé entre des styles trop hétérogènes. Il n'y a pas de titres plus faibles que d'autres, mais selon ses préférences, l'auditeur en considérera certains comme tels. Souvent au sein d'un même morceau (« Whitechapel », « Helicon », par exemple), on est tiraillé entre la poursuite de l'aspiration thrashisante des albums précédents, le parfait classicisme d'un Heavy maîtrisé et les emphases épiques qui ont fait connaître le groupe. D'où un constat paradoxal : eût-ce été le disque d'une groupe tout neuf, on aurait pleinement applaudi ; mais il s'agit de Manilla Road, qui doit tenir son rang, et du coup on n'arrive pas à bien percevoir où Shelton veut nous mener. Cela vaut aussi au niveau des ambiances : le disque est globalement très noir, inspiré par le mythe de Chtulhu, l'histoire de Jack l'éventreur, ou encore une nouvelle d'horreur de Clive Barker. Mais bon sang, que diable viennent faire dans ce sordide marécage les lumineux « Helicon » et « War in Heaven » ? Cet album a tout simplement le cul entre deux chaises.

Souvent, il est admis que « Out of th Abyss » représente l'apogée de la tentation Speed-Thrash du groupe. Dépotent pas mal en effet « Out of the Abyss », « Black Cauldron », « Midnight Meat Train » ou « Slaughterhouse » (Shelton aime bien les boucheries, il nous en sortira une autre 23 ans plus tard avec « Abattoir de la Mort »). Mais c'est surtout l'extraordinaire et déchaîné « Whitechapel » qui va renforcer l'impression. En cette année 1988, centenaire des forfaits du plus célèbre des tueurs en série, Shelton va se sentir obligé de composer une chanson sur le thème quelque peu éculé de Jack l'éventreur. Bien lui en prit : c'est une fort belle réussite que ce titre féroce et complexe, ce staccato furieux entrecoupé de breaks inquiétants. Des paroles inspirées sont proférées, voire éructées par un Shark à la voix hallucinée, totalement hanté par son propos. « Inside the chapel / Unholy chapel / The blood will flow »... Mais finalement, sa longueur (un peu plus de 7') lui fait perdre une partie de son impact.

Deux autres titres sont à classer dans un Heavy Metal plus classique, même si des accents Thrash ne sont pas absents de « Rites of Blood ». Ce dernier est tout spécialement remarquable, martelé et guidé de bout en bout par une ligne de basse atypique et obsédante, et habité par un chant de possédé : un pur régal de noirceur malsaine ! Avec « Return of the Old Ones », on commence presque dans la ballade, puis on alterne des passages lourds, menaçants, chantés d'une voix claire et mélodieuse, et d'autres plus rapides, enlevés par une voix grondée, parfois ponctuée de cris aigus. La respiration est ample, océanique et transpire l'urgence et le danger. Le titre s'achève sur une partie instrumentale nimbée de légères touches de claviers subtilement discordants, évocateurs des ténèbres abyssales : du coup, on peine à raccrocher les wagons avec les morceaux plus toniques.

Dernier versant contradictoire de l'album, Manilla Road renoue avec son traditionnel Heavy épique sur « War in Heaven » et « Helicon ». Le premier est typique du travail de Shelton, avec une introduction toute de douceur, voix claire et notes acoustiques, suivie d'un renforcement progressif qui débouche sur un mid tempo scandé par une rythmique déterminée et une voix rauque ; des échappées mélodiques et des soli aériens émaillent par ailleurs ce titre, dont l'inspiration toute sheltonienne entremêle les mythes et les légendes. « Helicon » est plus complexe, plus ambitieux, plus lyrique aussi, et a vite fait d'embrayer sur un rythme de plus en plus enlevé. Axé sur un thème cher au cœur du Shark (le mont Hélicon est la résidence des Muses), ce titre n'aurait pas déparé sur « Open the Gates » ou « The Deluge ». Rien à redire, vraiment, sur ces deux morceaux, sinon qu'ils tombent un peu comme un cheveu sur la soupe.

Malgré une assez vilaine pochette (Éric Larnoy, reviens!), le disque trouve un assez bon accueil auprès du public et de la critique. « Même Kerrang a aimé », s'exclamera Shelton dans une interview : en effet, ce magazine avait étrillé le groupe sur ses albums antérieurs, n'hésitant pas à le décrire comme (sic!) « le plus mauvais groupe de Heavy Metal au monde »... Au dos de l'album, le Shark exhibe fièrement une guitare toute métallique, cadeau qu'un luthier de ses amis avait littéralement forgé pour lui : un bon instrument, mais bien trop lourd pour tenir un concert entier. De toute façon, on n'imagine même pas Mark Shelton se produire avec autre chose que sa Warlock rouge....

Album bien paradoxal que cet « Out of the Abyss ». D'autant plus paradoxal qu'il est beaucoup plus travaillé et réfléchi que son prédécesseur, composé spontanément en moitié moins de temps. Individuellement, ses titres sont très bons, mais ils s'assemblent mal collectivement. Il aurait peut-être fallu un concept album pour surmonter l'hétérogénéité du matériau musical, comme sur le futur « Atlantis Rising » de 2001. Il n'en reste pas moins hautement recommandable, ne serait-ce que pour les prouesses vocales de Shelton et la basse de Scott Park. Il constitue ainsi un très honorable jalon dans la longue discographie d'un groupe qui n'a jusqu'à présent jamais commis de réel faux-pas. Shelton s'en souvient comme le dernier enregistrement de l'époque heureuse de la formation historique de Manilla Road : deux ans plus tard, lors de l'enregistrement de « Courts of Chaos », le groupe sera déchiré par l'irréductible inimitié opposant batteur et bassiste.

8 Commentaires

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largod - 02 Juin 2016: Tout pareil que les copains et que dire si ce n'est : Whiiiiteeeechhappeeellll
samolice - 08 Juin 2016: Excellent, merci!
Nous avons trouvé le futur biographe du groupe :-)

Les liens entre MR et Chastain ainsi que Leone ne sont finalement pas très étonnants au regard de la "carrière" des uns et des autres. Ceci étant, choisir Coin Coin Shelton pour co-produire un skeud, c'est se tirer une balle dans le pied d'office :-)

La suite, la suite. J'attends notamment de pied ferme - ça en fait des pieds dans mon com' - celle de "Voyager", un album que je trouve fascinant.
Hibernatus - 08 Juin 2016: Rhooo, meuh non, Sam, j'ai jamais dit que Shelton avait produit le disque de Leather, c'est DT Chastain qui s'en est chargé (lis l'excellente chro de grogwy sur ce disque) ; Mark a juste composé le titre éponyme. Malgré toute mon admiration pour le requin à plumes, je n'en ferais pas un modèle en matière de production...
samolice - 08 Juin 2016: Non je parlais de Zanister mais j'ai peut être mal compris. Désolé.
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