Voyager

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Nom du groupe Manilla Road
Nom de l'album Voyager
Type Album
Date de parution 29 Fevrier 2008
Enregistré à Midgard Sound Labs
Style MusicalHeavy Metal
Membres possèdant cet album38

Tracklist

1. Tomb of the Serpent King / Butchers of the Sea 09:02
2. Frost and Fire 06:02
3. Tree of Life 08:00
4. Blood Eagle 06:11
5. Voyager 09:31
6. Eye of the Storm 04:40
7. Return of the Serpent King 08:04
8. Conquest 04:38
9. Totentanz (the Dance of Death) 07:56
Total playing time 1:04:02

Chronique @ Hibernatus

30 Décembre 2017

Solidement campé sur ses bases fondatrices, « Voyager » innove encore

« Les Vikings, c'est cool » : une antienne que Mark "The Shark" Shelton répète à l'envi lors des interviews qui président à la promotion de « Voyager », 12e album de la formation de Heavy épique de Wichita (ou 13 ou 14e, si l'on compte un disque jeté à la poubelle, mais exhumé entre-temps, et un projet parallèle faussement attribué au groupe). Des interviews qui commencent à devenir singulièrement nombreuses, signe de la notoriété croissante d'une formation restée désespérément méconnue pendant les années 80, au point de disparaître dans les 90' pour renaître miraculeusement avec le nouveau millénaire.

Comment dame Fortune a-t-elle enfin consenti à esquisser un sourire en direction de la bande à Shelton ? Une tendance de fond, tout d'abord ; le Heavy revient en force après la noire décennie 90. Et les groupes de la 2e génération ne manquent pas de reconnaître leur dette envers les grands anciens : en 2007 sort un double CD intitulé « The Riddle Master – A tribute to Manilla Road », où 18 jeunes loups de tous horizons interprètent les classiques des cow-boys du Kansas. Ensuite, Manilla Road tourne beaucoup et cultive sa fan base, en Europe notamment : ce n'est pas pour rien que tous ses labels sont du vieux continent, tel l'italien My Graveyard Productions qui publiera ce « Voyager ». Cerise sur le gâteau, la reconnaissance emprunte parfois des chemins détournés, en l'occurrence la voix d'un cador du True Norwegian Black Metal : sur l'étonnant F.O.A.D. qui entraîne Darkthrone vers de nouveaux horizons musicaux, Fenriz et Nocturno Culto semblent abandonner leur allégeance à Satan pour avouer avoir vendu leur âme à Manilla Road...

C'est donc par une jolie brise portante qu'en l'an de grâce 2008, l'amiral Shelton fait appareiller sa flotte pour la campagne de « Voyager » : outre son propre trois ponts, l'accompagnent deux marchands de mort subite à double rangée de sabords qui ont fait leurs preuves dans la bataille de « Gates of Fire » : le bassiste vétéran Harvey Patrick et le batteur Cory Christner, dont le jeu progresse encore et en fait le meilleur cogneur en date depuis la reformation du groupe. Notons qu'un de ses vaisseaux est resté au port en grand carénage : Bryan « Hellroadie » Patrick est en permission de longue durée pour cultiver sa vie de famille. Avec tout le respect dû à Bryan (il est pour ma part immense et sincère), le vieux fan ne sera pas forcément déçu de voir Mark Shelton rester seul à la barre des parties vocales du nouvel album.

Comme on l'a suggéré en entame (et comme l'indique sans ambiguïté la pochette), « Voyager » est vu par le Shark comme un hommage à la partie scandinave de ses ancêtres européens. C'est un concept album tissé autour d'une histoire tarabiscotée comme Shelton les affectionne ; elle est bien décrite dans le livret, je vous la fais courte : Voyager est le nom du drakkar d'un groupe de Vikings restés fidèles aux dieux d'Asgard et fuyant les persécutions de leurs compatriotes convertis au christianisme. Ils longent les côtes inconnues de l'Amérique et bâtissent un éphémère empire chez les Toltèques du futur Mexique ; tandis que s'effondre leur royaume et que leur chef Holgar est tué, les survivants rembarquent et cinglent vers un sud inexploré.

Disons-le tout net : « Voyager » est pour moi une superbe réussite et fait partie des pièces majeures de l'imposante discographie de Manilla Road. Ce n'est pas un avis unanime : cet opus a parfois été sous-estimé, et selon moi, mal compris.

J'expédie d'emblée le traditionnel reproche concernant la production. S'il est juste d'avertir les nouveaux venus de son indigence et de sa rudesse, j'avoue mal le supporter de la part de vieux routiers du groupe. En plus d'être un requin, Shelton est une tête de mule qui s'obstine à donner à ses œuvres un son assourdi et mal léché. Sa devise, c'est « qui m'aime me suive et bonne chance aux autres ». Alors choisissons notre camp et cessons de gémir, tel qu'il sied à de vrais warriors.

J'ai parfois lu des critiques portant sur la faiblesse de la voix de Shelton sur « Voyager ». Mouais ; ben non. Sûr qu'il ne pousse pas les aiguës aussi loin que sur « Invasion » ou « Metal », ou encore « Out of the Abyss », mais les deux premiers sont des albums de jeunesse où le style n'est pas encore mûr et le troisième est une exception où il profite d'un traitement aux stéroïdes pour monter vers des extrêmes inhabituels ; c'est négliger le fait, pourtant massif, que dès « Crystal Logic », son organe excelle dans le médium et le grave, avec une alternance en grondements et voix claire, registre dans lequel il fait passer une formidable charge émotive (en plus de son timbre de canard, je sais, je sais). Sur ce plan, il me semble difficile de critiquer sa prestation sur « Voyager ».

En fait, le nouvel album décline dans une parfaite fidélité tous les canons qui font la force de Manilla Road. Je ne dirai strictement rien des parties de guitare solo tant sont lassants les superlatifs ; je n'en parlerai désormais que quand le Shark deviendra mauvais (jamais). Juste un mot pour relever une caractéristique du jeu sheltonien des années 2000 : l'usage ponctuel de la wha wha (Frost* and Fire).

Partout l'on retrouve le riffing et la rythmique associés au Road, addictifs et puissamment évocateurs, chargés d'une large palette d'émotions et d'images. La lourdeur, l'arrogance et la brutalité sur Butchers of the Seas ; le cri de révolte emphatique et heurté de Frost* and Fire ; un noble et hargneux défi mêlé à l'impavide fidélité aux anciens dieux déferle sur Blood Eagle ; la tranquille aisance d'une bonne brise de grand largue forcit jusqu'au coup de vent sous l'effet d'un lead impétueux (Voyager) ; majestueusement, pesamment, le destin s'accomplit tout au long du noir Return of the Serpent King ; la rage guerrière et la soif de sang se donnent libre cours sur l'exultant et thrashy Conquest. Ombre et lumière, violence et retenue, imprégnée des passions les plus violentes et torturées, la musique de « Voyager » est bien celle du Manilla Road classique.

Toutes aussi classiques sont certaines fioritures, dont la longueur peut casser le rythme d'une écoute inattentive. La prière viking déclamée sur Tomb of the serpent King sur fond de ténébreux synthés n'évoque-t-elle pas l'ouverture de Necropolis, du glorieux « Crystal Logic » ? Et l'orgue d'église aux accents Bachiens qui introduit Blood Eagle, symbole du christianisme rejeté dans la suite du titre, a de nobles antécédents, le Morbid Tabernacle du « Deluge ». Rien qu'avec ça, l'album eût été plus qu'honnête.

Mais voilà, solidement campé sur ses bases fondatrices, « Voyager » innove encore. 30 ans après la fondation de Manilla Road, Shelton injecte à son Heavy puissant une belle dose de Folk Rock. Et transfigure ainsi un excellent album en un album mémorable. L'intro de l'éponyme Voyager peut ainsi surprendre, mais moins que des titres entiers de l'album qui prennent une coloration pour le moins inhabituelle et inattendue.

Il faut dire qu'à l'époque où se forgeait « Voyager », le Shark travaillait sur un projet purement acoustique, « Obsidian Dream » ; finalisé en 2009, c'est seulement en 2015 qu'il sera largement diffusé par Golden Core. La sereine, mystique et panthéiste ballade Tree of Life se retrouvera sur cet album, dépouillée de ses rares artifices électrifiés. Eye of the Storm, tout en arpèges, accords et voix graves, explore aussi le mode acoustique ; introduit par un étrange et teuton "Ein Zwei Drei Vier", ce titre à l'ambiance cajun sent bon le bayou d'avant Katrina : Voyager était alors censé croiser le long des côtes du Golfe du Mexique. Le titre final, Totentanz (encore un énigmatique nom germanique), est la fusion parfaite des influences Folk et Metal. L'ouverture hispanisante à la guitare sèche se prolonge naturellement sur un ample riffing où inspirations Folk et Metal se fondent pour faire de cette danse macabre un titre magique, empli de mystère, d'incertitude et d'espoir. Voyager navigue vers des eaux inconnues ; se fracassera-t-il sur les rocs acérés d'un cap qui prendra 4 siècles plus tard le nom d'une ville de Hollande ? Pour ma part, j'aime à penser que doublant le Horn et remontant les Mers du Sud, cette élite des marins européens se fondra fraternellement avec les plus grands navigateurs que la planète ait portés, les Polynésiens.

Œuvre accomplie à l'impeccable rigueur, « Voyager » mérite assurément un minimum d'attention pour être pleinement appréciée. Rarement Shelton aura fait montre d'autant de subtilité dans la composition d'un album. À l'heure où j'écris ces lignes, il est pour moi le dernier des grands Manilla Road, la production ultérieure du groupe étant restée nettement en deçà. Mais gardons espoir, son successeur viendra. Up the Hammer !


Chronique dédiée à "Mad Professor" Sam, the (in)famous Killer of Buttons : long was your wait, your meeting with fate is tonight.

7 Commentaires

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samolice - 06 Janvier 2018:

Oh la la, fait gaffe Y_RPLEUT – tiens un Breton -, ne parle pas de la prod’, tu vas t’attirer les foudres du maitre de cérémonie et te manger une pate de canard en pleine poire. Sujet tabou !

Pour les 10 ans de l’album, voilà enfin une chro en hommage à ce disque juste fabuleux. Merci Hiber. Longue fût l’attente, le coup ça valait.

Perso, dés que j’entends « As the fearless voyagers arrive / Everyone runs for their lives », je suis à bloc. Et ce « Butchers of the sea » arraché aux flots par Shelton, brrrr, frissons ! Tout me plait sur ce disque, tout. Pas un tire que je n’apprécie pas, même l’intro, un truc qui généralement me gonfle.

En plus de la qualité des compos, je trouve que chaque titre possède un truc unique qui attire forcément l’oreille à un moment donné. Le solo de « Tree of life », qui n’a rien d’impressionnant, mais qui est super bien amené et pile poil dans « l’esprit » du titre,  le côté bluesy du riff d’ « Eye of the storm », (du jamais vu chez Manilla Road non ?), etc.

Et puis Mark seul au chant, oui, tu as raison, c’est un vrai plus. Il me suffit d’écouter « Blood eagle » par exemple pour m’en convaincre aisément. Tout y passe. Et sur « Voyager », magnifique. Tu as vraiment lu des critiques sur le chant  de Shelton sur ce skeud ? Etonnant. Je ne suis donc pas le seul à être sourd.

Tu n’as pas évoqué la pochette (que j’aime aussi beaucoup).

 

Ah tiens, question : Harvey et Brian Patrick ont ils un lien de parenté ?

 

Bref, pour moi également, il s’agit du dernier GRAND Manilla Road, même si je trouve le récent « To Kill a King » de plus en plus réussi avec les écoutes.

Sinon, la prod’ est pas terrible quand même non ? wink

Y_RPLEUT - 07 Janvier 2018:

Puisuqe j'aime les sujets qui fachent le dernier Manilla Road je le place derrière Playground of the Damned (ou kif kif) ou Mysterium (facile) et The Blessed Curse (de loin). Plat et sans intéret, du coup je me suis rabbatu sur le Helweel et sur le Osbidian Dream que j'ai découvert cette année pour calmer ma frustration.

Et pourtant il a tourné que ça soit en CD ou en Vinyl (des fois ça améliore le truc, comme c'est le cas avec Voyager).

D'ailleurs pour revenir au sujet Voyager passe beaucoup mieux en version vinyle

Hibernatus - 07 Janvier 2018:

Pour la prod, messieurs, je ne suis pas non plus maso et préfèrerais aussi quelque chose de plus valorisant. Ma réaction venait de ce que j'avais lu dans une chronique d'un autre forum, où l'auteur incriminait cet aspect alors qu'à l'évidence, c'était surtout le disque et sa coloration folk qui lui posait problème. Après, ce n'est pas ce que Shelton a fait de pire en matière (cf la prod d'Atlantis Rising). Mais la seule fois où la prod a failli me dégoûter de la musique du groupe, c'était à la sortie du vinyle de Mystification, en 87, où là, c'était réellement à chier (pas de la faute de Shelton, pour une fois, il l'avait confiée à un studio extérieur; on comprend qu'il n'ait pas voulu recommencer). Heureusement, il y a eu la remastérisation des années 2000.

@Samolice: Harvey et Bryan sont frangins, le Road est un grand clan;-)

Sinon, pour le dernier, il reste en effet une déception. avec deux bons titres, le reste moyen ou plat et un morceau exécrable. Je ne le classerais quand même pas derrière Playground, mais à peu près au même niveau que Mysterium et derrière The Blessed Curse, pour moi la galette la plus homogène et sympathique des années 2010. En tous cas, l'écart de qualité avec le dernier Hellwell est énorme.

Merci pour vos réactions!

samolice - 09 Janvier 2018:

Après vous avoir lu messieurs, je vais me remettre "The Blessed Curse" une grosse paire de fois entre les oreilles car c'est l'album du groupe que j'apprécie le moins aujourd'hui avec "Invasion". Je suis donc surpris de vous voir tous les 2 le placer loin devant le dernier et même devant "Mysterium". J'ai peut être raté un truc. Nouvelle chance à venir...

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