Gates of Fire

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17/20
Nom du groupe Manilla Road
Nom de l'album Gates of Fire
Type Album
Date de parution 25 Juillet 2005
Enregistré à Midgard Sound Labs
Style MusicalHeavy Metal
Membres possèdant cet album42

Tracklist

1. Riddle of Steel 07:08
2. Behind the Veil 03:43
3. When Giants Fall 05:28
4. The Fall of Iliam 14:47
5. Imperious Rise 06:08
6. Rome 11:02
7. Stand of the Spartans 05:36
8. Betrayal 08:26
9. Epitaph to the King 09:54
Total playing time 1:12:12

Chronique @ Hibernatus

07 Janvier 2017

la grande musique est comme l'amour

Trois fois trois font neuf. Peu confiant dans mes aptitudes au calcul mental, je viens de le vérifier à l'instant sur ma calculette. Mais transposez cette bête opération arithmétique en base sheltonienne ; vous débouchez sur une complexe fonction hyperbolique tendant vers l'infini. Symbole nordique, le triple triangle entrelacé et incandescent qui orne la pochette de « Gates of Fire » annonce une suite de trois fresques héroïques de trois titres chacune, bien disposées à broyer l'auditeur dans un maelstrom émotionnel. Je me permets un avertissement solennel à toutes les nobles âmes pleines de sensibilité qui seraient affligées de pathologie cardiaque : avant de vous aventurer à l'écoute de cet album, prenez vos pilules, car votre petit palpitant s'apprête à subir de redoutables épreuves.

Trois longues années séparent « Gates of Fire » du précédent opus. Le groupe tourne pas mal, en Europe notamment, mais en évitant soigneusement la France, grrrr... Le groupe connaît aussi plusieurs changements. Harvey Patrick, le frère du nouveau chanteur Bryan et ancien compagnon des mortes années 90, reprend son poste de bassiste ; Scott Peters abandonne les fûts et se voit remplacé par un petit jeune, Cory Christner, qui s'était fait remarquer par Shelton lors d'un enregistrement dans son studio de Wichita, le Midgard Sound Labs. Ce sera bien sûr ce même studio qui produira « Gates of Fire » (QUI a osé marmonner « et merde »?). Et la concoction de la nouvelle galette prend du temps, beaucoup de temps. Le résultat sera à la hauteur des efforts consentis.

La qualité des titres est au rendez-vous, certes, et c'est bien le moins pour un groupe épique revenant s'abreuver au lait originel de la plus pure épopée. Mais en attaquant cette chronique, ce qui m'a frappé au terme de la mille et unième écoute de « Gates of Fire », une écoute volontairement objective... Ah mais non, là, ça suffit, ces ricanements au fond de la salle, sortez immédiatement ! Où en étais-je, oui. Farpaitement, écoute objective. Ce qui m'a frappé, donc, c'est l'imparable pertinence dont Shelton fait preuve dans la composition et l'agencement des titres de l'album. Pas évident au départ, trois histoires de trois titres auraient facilement pu se retrouver juxtaposées sans grâce et sans finalité. Au lieu de ça, le Maître de Wichita parvient à les enchaîner, non seulement avec aisance, mais dans un déroulé paroxystique au terme duquel on se retrouve irrémédiablement sur le carreau. HAIL TO MANILL... heu, non pardon, j'ai dit que j'étais objectif.

L'intégration des nouveaux se fait sans problème. Harvey Patrick ne l'est d'ailleurs pas vraiment et pour autant que la production de cow-boy nous le laisse percevoir, on appréciera son jeu de basse (très beaux roulements sur The Riddle of Steel). Quant au petit jeune, Cory Christner, il démontre dès ce même titre introductif The Riddle of Steel qu'il n'est pas un lapereau de l'année et qu'il est même prêt à marcher sur les brisées du grand Randy Foxe himself. Côté chant, la collaboration entre les deux amis de 15 ans d'écart, Mark et Bryan, est d'une exemplaire complémentarité. Le Shark se taille la part du lion sur le disque, mais les interventions aiguës de Patrick sur The Riddle of Steel suppléent judicieusement l'usure de l'organe de Mark. On apprécie aussi ses légers appuis sur Behind the Veils, et on applaudit sans réserve à l'alternance des deux voix sur le début de Rome ou sur The Fall of Iliam.

Triple trilogie, « Gates of Fire » se veut dédiée respectivement aux fans des pays nordiques, ceux de l'Italie et enfin de la Grèce. Ah, les Grecs ! Petit pays, mais au goût incomparablement sûr quand il s'agit de Metal ! La première, The Frost Giant's Daughter, s'appuie sur la nouvelle du même nom de R.E Howard. Avec Out of the Ashes, la seconde série, Shelton s'immerge dans l'Énéide de Virgile pour nous chanter ad libitum les racines troyennes de la cité aux sept collines. Sur la dernière et éponyme série Gates of Fire, c'est la geste du glorieux trépas de Léonidas et de ses 300 spartiates aux Thermopyles qui nous est narrée. Sur cet alléchant menu, Shelton lâche la bride et laisse son ardent destrier prendre le mors aux dents pour notre plus grand plaisir.

La trilogie nordique est plutôt un galop d'essai. Son 3e titre, When Giants Fall, est juste une composition relativement banale de Manilla Road, avec pas mal de déjà-entendu (comprenez « un morceau d'une classe intrinsèquement supérieure », et ceci en toute objectivité, comme d'hab). Mais l'opener brutal, The Riddle of Steel, est tout de même plus intéressant : cette cavalcade impitoyable est, comme on l'a évoqué, un hymne à la rythmique et aux variations vocales. Le solo, original pour MR, est tout dans l'ambiance : court et fondu dans la scansion de l'ensemble. Le sommet des trois titres est sans conteste le morceau central : Behind the Veil, ballade acoustique où ManillaRoad frôle des extrêmes dans l'esthétique musicale : « Maybe the prettiest song I ever wrote », avouera Mark Shelton dans une interview postérieure.

La trilogie romaine est écrasante. Un long coup de gong distordu auquel succèdent quelques arpèges, inaugure The Fall of Iliam, de 15' de long. Intervient un riff roadien en diable, contesté par les toms de Corry qui cherche à avoir le dernier mot. Agaceries vite effacées par l'intervention vocale solennelle, impérieuse et pleine de fureur de Shelton. Le refrain chanté par Patrick, clair, mélodieux et posé, intervient en agréable contrepoint. La séquence se reproduit à plusieurs reprises, émaillées d'énormes leads et de ponts pleins de noblesse. Explosion des riffs, entrelacs de grondements sheltoniens évoquant les furieux Achéens semant massacre et désolation dans l'antique Troie, tandis que s'enfuit Énée, futur fondateur de Rome...

Pas le temps de réfléchir. Imperious Rise martèle un ensemble mortel de rythmiques et d'accords qui s'envolent sur un riff serpentiforme. Le Barde nous narre la naissance de Rome l'immortelle. Le destin est en marche, écoutez Shelton, halluciné et déclamatoire ! Le lent pont final arrache tout. Vous êtes à bout de souffle ? Pas de bol, Rome (le titre) est là pour vous achever. Sur un rythme de mammouth, on entre en plein péplum. Shelton file le frisson à gronder « Ro-ome » ! Les aigles des légions frappées du fier SPQR arpentent l'Europe, on les voit, on vibre à leur suite ! Vient une reprise du refrain de Fall of Iliam, adoucissement trompeur avant un emballement épique : les leads et les vocaux de la fin vous emportent très loin. Le cœur trébuche.

On est monté très haut dans l'intensité. Comment imaginer aller plus loin ? La trilogie grecque va nous l'apprendre. La recette, géniale d'intuition, parfaite d'exécution, tient en un mot : decrescendo.

Stand of the Spartans : batterie basique, toute de lourdeur ; riff lancinant et répétitif, sans la moindre once de variation. Des leads teintés de wha-wha y instillent de la magie et surtout, le titre est transfiguré par la prise en charge vocale de Shelton, aède habité par la geste des guerriers spartiates : s'imposent à l'auditeur les innombrables déferlantes de la horde perse qui vient se briser sur les falaises de l'inflexible phalange lacédémonienne. Seule la trahison pourra venir à bout de tels héros : beaucoup plus lent, plus complexe aussi, Betrayal alterne entre impériale scansion et un refrain plein de douceur, humble soumission aux décrets du destin. Encore un splendide solo qui wha-whate, le procédé n'est pas habituel chez Mark Shelton. La tension monte à 15-24.

Et pour finir, une ballade, Epitath to the King. Totalement acoustique et ô combien délicate à ses débuts, pour sublimer un inexpiable massacre. Un long silence. Les arpèges reprennent, et la voix du divin barde se lamente sur le mémorable trépas de Léonidas (le premier qui me parle de chocolats, je le tue!). Des accents électrifiés se le disputent à l'acoustique, tandis qu'une sourde batterie entre en jeu. Le titre et le disque s'achèvent sur une formidable charge de tristesse et de sérénité assumées. Le tensiomètre rend l'âme. Et enfin, la fameuse flèche du Parthe, pour rester dans des évocations antiques : le morceau meurt sur le grandiose thème de The Ninth Wave, sobrement égrené en acoustique. Beau à pleurer. (et merde, ça y est, je chiale).

Merci, Manilla Road. Merci Mark, de nous rappeler que la grande musique est comme l'amour : elle nous fait pleurer de bonheur.

9 Commentaires

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samolice - 10 Janvier 2017: Merci Manilla Road mais aussi merci à toi pour ces chros splendides sur l'oeuvre du groupe. Un régal à chaque fois.
Comme d'habitude, j'ai voulu mettre le disque en lisant tes mots mais j'ai eu la mauvaise nouvelle de ne plus le retrouver. Je suis vert (mort au chat!!!)...
La seule good news, c'est que ta chro de "Voyager" s'approche. Tu ne peux plus te défiler, tu sais que je l'attends depuis longtemps celle là.

Et félicitations pour ton nouveau statut. Mais fais gaffe, moi je me le suis fait enlever à peine obtenu. J'ai toujours pas compris pourquoi :-)
samolice - 13 Décembre 2017:

Comme j'ai enfin racheté l'album il y a quelques temps, je peux à nouveau profiter de ce disque fort réussi de Manilla Road tout en relisant ta chro. Cool. 

En parcourant le livret, j'ai noté 3 choses :

1. Que Shelton avait les cheveux courts en 2005. Ca fait zarbi! Commentaire inintéressant j'en conviens.

2. Que Shelton remercie son ex-femme pour avoir enfin accepté de le délivrer du chaos de son couple et pour rester une bonne mère pour ses enfants. Commentaire inintéressant j'en conviens mais ça m'a fait rigoler.

3. Que Neudi est remercié par Shelton. Et là je suis plus intéressé. Sais-tu JL, toi l'Historien es Manilla Road quel était sa place à l'époque dans le groupe? A priori pas roadie. Peut être était-ce un pote de Shelton?

Hibernatus - 14 Décembre 2017:

Neudi est avant tout un très vieux fan de MR. Très actif sur la scène Metal allemande, en plus de jouer dans divers groupes, il a je crois animé une émission TV ou radio, je ne sais plus, dans laquelle il a a certainement dû partager la bonne parole roadienne en Germanie.

Mais surtout, il a créé et administré de son propre chef le premier site officiel de MR, actif entre 2001 et 2005. Daté et fossilisé depuis, mais on y trouve pas mal de renseignements intéressants.

samolice - 14 Décembre 2017:

Ah ben voilà, tout s'explique. Merci pour les infos.

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