The Blessed Curse

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14/20
Nom du groupe Manilla Road
Nom de l'album The Blessed Curse
Type Album
Date de parution 13 Fevrier 2015
Labels Golden Core
Enregistré à Midgard Sound Labs
Style MusicalHeavy Metal
Membres possèdant cet album29

Tracklist

DISC 1
1. The Blessed Curse 04:48
2. Truth in the Ash 03:20
3. Tomes of Clay 08:15
4. The Dead Still Speak 03:35
5. Falling 04:46
6. Kings of Invention 03:20
7. Reign of Dreams 04:39
8. Luxiferia's Light 04:49
9. Sword of Hate 04:03
10. The Muses Kiss 06:44
DISC 2
1. After the Muse 03:30
2. Life Goes on 08:30
3. All Hallows Eve (1981 Rehearsal) 10:46
4. In Search of the Lost Chord 03:53
5. Reach 07:08
6. All Hallows Eve (2014) 15:16
Total playing time 1:39:09

Chronique @ Hibernatus

28 Avril 2020

« The Blessed Curse » plaira plus au fan qu'à l'auditeur occasionnel

Ce n'est pas dans la décennie 2010 que Manilla Road a fait le plus d'étincelles. Plus que dans sa formation fondatrice, Mark Shelton s'y illustre mieux dans ses projets parallèles (Hellwell, Obsidian Dream, Riddlemaster). Pourtant, un ou deux albums s'en tirent moins mal que d'autres, parmi lesquels on peut ranger ce « Blessed Curse » cuvée 2015.

Avec une formation inchangée depuis l'album précédent, Shelton cherche à renouer avec le genre épique en ancrant la thématique de la plupart de ses chansons dans le berceau de la civilisation, la Mésopotamie d'il y a 5 ou 6 millénaires. L'idée est originale, et on aurait pu attendre un résultat digne de la première œuvre littéraire de l'humanité, l'épopée de Gilgamesh, roi d'Uruk. Disons-le tout net : la galette ne s'élève pas à la hauteur d'une telle ambition et n'a pas la brûlante intensité héroïque des meilleurs albums de Manilla Road, dans les années 80 et 2000. Au reste, l'inspiration n'est pas totalement historique ou mythologique, et Mark Shelton intègre des éléments plus intimistes et personnels qui affaiblissent le propos d'ensemble.

Il y a pourtant du punch, beaucoup de punch dans cet album globalement plus brutal que son prédécesseur Mysterium. Bien des titres sont inhabituellement courts pour du Manilla Road ; certains renouent aussi avec des penchants Thrashy qu'on n'avait guère vus à l’œuvre depuis pas mal de temps. Plus de la moitié des morceaux ont une tonalité guerrière bien marquée qui fait plaisir et emporte l'adhésion.

On appréciera ainsi le beau lead sur le dernier quart du trépidant Truth in the Ashes ; la batterie bien déliée et la basse claquante de Castillo sur The Dead still Speak ; l'intro de basse, le riff nerveux et le solo hennissant de Kings of Invention. Le tempo monte d'un cran sur Reign of Dreams, bien teigneux dans le riff et le martellement des fûts, avec un Shelton très déclamatoire. On est dans un registre plus lourd et menaçant avec Sword of Hate et Luxiferia's Light, où l'on saluera la belle armature de basse sur le refrain.

Tous ces titres sont plaisants, efficaces et ornés de soli sheltoniens de la plus belle eau, souvent rehaussés de touches orientalisantes. S'ils sont typiquement Roadiens, avec des lyrics où l'on retrouve des thématiques classiques de Mark Shelton (la foi en la science, la détestation des grandes religions), ils ne sont pas pour autant mémorables et propres à trôner au Panthéon de Manilla Road. Qu'en est-il des morceaux plus posés ? La situation n'est pas non plus tout à fait satisfaisante.

Pourtant rehaussé de deux très beaux soli, une intro acoustique réussie, et malgré la conviction de la voix de Shelton, l'éponyme et opener s'avère décevant. Son déroulé un peu trop plan-plan est un poil trop sage pour être pleinement Roadien : il y manque un grain de folie. Quant aux presque acoustiques The Falling et The Muses Kiss (quelle belle montée en intensité sur la fin!), il est à craindre que leur exquise délicatesse ne ravira que les inconditionnels de Mark Shelton, ceux qui ont apprécié son album solo « Obsidian Dream ».

J'ai gardé le meilleur pour la fin. L'envoûtant Tomes of Clay relève sans conteste de l'excellence. L'évocation des tablettes d'argile couvertes d'inscriptions cunéiformes, première écriture humaine connue, a boosté l'inspiration de Mark Shelton qui nous délivre un low tempo de très haute volée. On n'avait pas vu une telle justesse dans l'arrangement d'une ambiance fortement orientaliste depuis le mémorable instrumental Sands of Time, de l'album « Spiral Castle » (2002). La perfection Roadienne à l'état pur, même si la fin du titre aurait pu être raccourcie d'une minute.

« The Blessed Curse » est accompagné d'un disque bonus, « After the Muse » : c'est clairement une offrande aux passionnés du groupe, et qui laissera souvent de côté tous les autres. L'ambiance rêveuse et éthérée domine une bonne parties des titres, principalement acoustiques mais souvent dotés d'un long lead électrifié, parfois emballé (After the Muse), parfois nonchalant et serein (Life Goes on). On retrouve dans les lyrics des thématiques chères à Shelton (After the Muse, In Search of the Lost Chord). Les arpèges du presque instrumental Reach, rehaussé homéopathiquement par la voix grave et profonde de Shelton, sont agréablement soutenus par la basse et prennent au fil du morceau une tonalité baroque, voire médiévale. Avec ses intrigantes intro et outro électroniques, c'est le plus beau titre du disque bonus, le plus chargé d'émotion.

Il fallait bien une trouvaille archéologique pour accompagner un album centré sur les civilisations sumériennes : c'est chose faite avec l'exhumation d'un titre remontant à la prime jeunesse de Manilla Road, All Hallows Eve. Issu de la bande poussiéreuse et tronquée d'une répétition de 1981, amoureusement restaurée (il subsiste pas mal de souffle et de grésillements), ce long titre nous renvoie à la période psychédélique du groupe ; de ce qu'on peut en juger, il est supérieur aux vénérables morceaux du premier album, « Invasion ». Était-il nécessaire d'en donner une version 2015, complétée jusqu'à 15mn (dont 1 ou deux inutiles, avec des sonnailles de cloches s'atténuant en un interminable fade out) ? Cela permet toujours de comparer la voix de chien fou du jeune Shelton à celle, plus grave et techniquement mieux maîtrisée, du Mark de 2015. Et c'est peut-être aussi un cadeau à Neudi et Josh Castillo, qui ont dû bicher en réinterprétant les parties de Rick Fisher et de Scott Park.

En bref, le bonus disc vient renforcer l'impression première de l'écoute de cet opus : « The Blessed Curse » plaira plus au fan qu'à l'auditeur occasionnel. Il est bourré de qualités (les soli, la technicité musicale, la production équilibrée) qui peuvent autant se transformer en défauts, compte tenu de son hétérogénéité stylistique. Le fait de ne comprendre qu'un seul grand titre est aussi une faiblesse.

Je lui accorde pourtant une qualité, plus subjective, j'en conviens, qui me le rend cher : l'accord parfait qui règne entre les musiciens. Neudi et Josh Castillo (dont c'est la dernière apparition sur un album de Manilla Road) s'épanouissent pleinement sur ce « Blessed Curse ». J'eus l'immense plaisir de rencontrer physiquement, pour la première fois, les membres du groupe à cette époque ; l'ambiance de franche camaraderie, presque fusionnelle, qui régnait entre eux m'a profondément frappé. Rétrospectivement, cet album renvoie à l'ultime période heureuse de Manilla Road. Avant que ne frappe la tragédie.

2 Commentaires

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Y_RPLEUT - 28 Avril 2020:

Merci pour cette chro très détaillée, ce The Blessed Curse est très plaisant, bien au dessus de leur dernière offrande ou du Playground..., différent comme tu le soulignes de Mysterium (les deux se complètent assez bien je trouve). Le disque bonus, ben comme d'hab j'ai pas écouté, faudra un jour que ke m'y mette.

Elevator - 28 Avril 2020:

Merci pour cette Chro. !

Contrairement à Y.RPLEUT j'aime beaucoup Playground et To Kill a King, et j'aime moins celui-ci (mais tout est relatif of course). Ceci étant dit, je me dois de le réécouter après avoir lu cet excellent texte !

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