Open the Gates

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18/20
Nom du groupe Manilla Road
Nom de l'album Open the Gates
Type Album
Date de parution 28 Avril 1985
Style MusicalHeavy Metal
Membres possèdant cet album152

Tracklist

Re-Issue in 2001 by Dragonheart Records with 2 bonustracks.
Re-Issue in 2012 by Shadow Kingdom Records with an alternative cover.
1.
 Metalstrom
 05:17
2.
 Open the Gates
 02:20
3.
 Astronomica
 05:00
4.
 Weavers of the Web
 04:18
5.
 The Ninth Wave
 09:31
6.
 Heavy Metal to the World
 03:19
7.
 The Fires of Mars
 06:13
8.
 Road of Kings
 05:46
9.
 Hour of the Dragon
 04:45
10.
 Witches Brew
 06:21

Bonus
12.
 Open the Gates (Live)
 
13.
 Witches Brew (Live)
 

Durée totale : 52:50


Chronique @ Hibernatus

11 Janvier 2015

La chrysalide se fait imago, le papillon déploie glorieusement ses ailes chatoyantes

Parmi les villes qui ont donné le jour aux plus grands noms du Rock et du Metal, il faut désormais ajouter l'improbable Wichita, perdue dans les plaines du Mid West, au milieu d'un état au tracé rectangulaire avec une ridicule encoche dans son coin nord-ouest. Car la plus grande ville du Kansas a enfanté le prince des groupes de Heavy Metal Underground, Manilla Road.

Lorsque sort Open the Gates, la formation a une longue histoire derrière elle. Fondé en 1977 par Mark "The Shark" Shelton, son compositeur et son âme, Manilla Road a enregistré 4 albums, dont un qui sera publié bien plus tard. Les 3 premiers déclament un Heavy Rock à tendance psychédélique, follement créatif et aux reflets métalliques marqués, mais qui n'aurait sans doute pas permis au groupe de s'imposer dans l'histoire. Avec le 4e, Crystal Logic (1983), le 1er à être diffusé en Europe, la composition se discipline et l'album sonne résolument Heavy. Les heureux découvreurs de cet album sauront à l'époque en reconnaître l'originalité et la personnalité, mais il reste dans ce qu'a posteriori on peut décrire comme un certain classicisme.

1985 : vint Open the Gates. Et avec lui la pleine maturité, la révélation d'un groupe à l'immense envergure, la fin d'une longue métamorphose. La chrysalide se fait imago, le papillon déploie glorieusement ses ailes chatoyantes.

L'album marque un double nouveau départ. Dans la composition du groupe, le batteur Rick Fisher, associé à tous les enregistrements précédents, abandonne ses fûts. Pas pour aller bien loin, Manilla Road est une grande famille : il reste associé à la production d'Open the Gates, mais il ne se retrouvait plus dans les sentiers nettement Heavy vers lesquels le Shark entraînait sa formation. Il est remplacé par Randy "Thrasher" Foxe, au jeu exubérant, à la fois brutal et subtil, multi-instrumentiste qui avait déclaré en préalable refuser tout poste de batteur dans un groupe où il s'estimerait meilleur que le guitariste en titre ; l'objection s'avéra vite balayée et Manilla Road venait de trouver son incarnation de référence : Shelton à la guitare et au chant, Scott Park à la basse et Randy Foxe à la batterie.

Second nouveau départ : Manilla Road entre dans l'écurie du label français Black Dragon Records. Jusqu'alors, ils s'auto-produisaient sur leur label Roadster Records, avec des résultats forcément limités en terme de diffusion. Ayant remarqué le groupe avec l'album Crystal Logic, Black Dragon signa donc avec le trio de Wichita, qu'il accompagnera pour le meilleur et pour le pire jusqu'au début des années 90. Le pire adviendra, mais pour l'instant profitons de la lune de miel. Le label leur offre un artwork magnifique, œuvre de feu le dessinateur de BD Éric Larnoy ; et non content de ça, leur full length se verra gratifié d'un EP complémentaire, écrin sur lequel viendront se nicher les deux plus longs titres de l'album, et non des moindres. Je ne suis pas un fétichiste du vinyle, mais ce disque est réellement un bel objet, que l'on a plaisir à posséder.

Venons-en, enfin, à la musique elle-même. Dès la sortie d'Invasion, en 1980, Shelton déclarait jouer de l'« Epic Metal ». Même si l'intention affirmée n’apparaît de façon évidente qu'avec Crystal Logic, le ton était donné. Cela dit, « épique » est un fourre-tout commode qui ne dit pas grand chose de la musique évoquée. En un sens, le Heavy est un diamant foncièrement épique, et les groupes américains de l'époque en illustraient des facettes toutes différentes : songeons à l'épique imposant et monumental de Manowar ; l'épique théatral et dramatique de Virgin Steele ; celui, intimiste et tragique du Queensrÿche époque « The Warning », ou encore l'épique abrasif de Cirith Ungol chantant Elric de Melniboné. Les exemples sont légion et recouvrent une large palette de styles. Manilla Road va s'imposer comme le maître incontesté d'un genre disparate.

Shelton, qui a étudié l'histoire et l'anthropologie, puise l'inspiration de ses chansons dans les anciens mythes et légendes qu'il prend un plaisir pervers à entrelacer. Ainsi, Open the Gates fait la part belle à une geste du roi Arthur assaisonnée de mythologie nordique. Il en tire des textes évocateurs et raffinés mis au service d'un Heavy puissant, varié et tout en finesse. Open the Gates n'est toutefois pas, comme on l'entend parfois, un concept album. Il ne développe pas de véritable histoire et l'ordre des titres est d'ailleurs évolutif, entre la première édition vinyle et les CD ultérieurs. Si la plupart des morceaux traitent du retour du roi Arthur en compagnie des guerriers d'Odin, d'autres ne l'abordent que marginalement (Astronomica), ou à travers un effort d'imagination conséquent (Weaver of the Web), voire pas du tout (Heavy Metal to the World).

Comme chez tout power trio, la base rythmique est solide, mais ne se contente pas d'assurer le minimum syndical : elle participe pleinement aux ambiances développées dans les titres. La batterie de R. Foxe oscille entre la rigueur de métronome (intro de The 9th Wave) et le déchaînement extatique (Metalström) ; la basse de Scott Park ne joue pas les utilités, elle prédomine presque dans le phrasé de certains titres (Hour of the Dragon) et intervient à des moments cruciaux (fin de The 9th Wave).

Ce sont toutefois les parties assurées par le Shark qui font la pleine et entière originalité de Manilla Road. Immense guitariste, il atteint ici la pleine maîtrise d'un style immédiatement reconnaissable. Ses soli et leads acquièrent une pleine efficacité, ils perdent le côté alambiqué des premiers albums tout en gagnant en subtilité sur ce qu'il développait dans Crystal Logic. Torturés, sinueux, labyrinthiques, tour à tour aériens et rampants, ils sont frappés du sceau que l'on associera désormais au jeu de Shelton : de l'acier tissé en forme de dentelle de Bruges, expression musicale de la luxuriante enluminure médiévale irlandaise.

Mais la touche finale, celle qui fait véritablement émerger le groupe dans cet album, c'est un chant au niveau inégalé. Il ne s'agit pas de perfection formelle : la voix de Shelton n'est pas remarquable pour ses qualités techniques ou pour son amplitude. On reste loin des voix escaladant les cimes typiques du Heavy de l'époque. Certains ont même du mal avec son timbre et dénoncent une « voix de canard ». Pourtant, le chant de Shelton est le souffle divin qui donne pleinement vie aux morceaux développés : tour à tour claire, rauque, grondante ou déchaînée, mais toujours inspirée et possédée, à travers ses variations et ses montées en intensité, elle insuffle à la musique du groupe une extraordinaire tension dramatique. La performance est d'autant plus remarquable que pendant les 8 jours consacrés à l'enregistrement de l'album, Shelton était affligé d'une laryngite carabinée ; il attendit ainsi l'extrême fin de la location du studio, soit la toute dernière nuit, pour enregistrer les parties vocales !

Le groupe surprend d'emblée en se lançant à corps perdu dans un speed ébouriffant : Metalström ouvre le disque sur une formidable déferlante. Nouveau pour Manilla Road, l'exercice est repris avec Heavy Metal to the World, titre un peu incongru au milieu de l'album, mais jubilatoire en concert. Le morceau éponyme, très simple, est une sorte de seconde introduction, superbe de justesse et de concision ; un riff majestueux et une voix déclamatoire l'entament, suivent un double couplet-refrain, un solo étincelant et un dernier refrain proféré d'une voix d'écorché vif. Fermez le ban : 2'24', le plus court titre de Manilla Road, mais ô combien expressif. Autre titre surprenant, Weaver of the Web, dont la rythmique saccadée et les tons discordants ne sont pas sans dénoter une certaine influence Thrash.

Officiant dans un mid-tempo plus ou moins ample ou cadencé, trois titres à l'ambiance océanique s'enchaînent de façon presque indissociable : le puissant Fires of Mars, cavalcade nautique par mer formée sous un noir ciel de traîne ; l'enthousiaste Road of Kings, où le navire surfe sur la houle par un puissant vent arrière, et enfin Hour of the Dragon, par vent force 6, voile arisée et paquets de mer s'écrasant sur le pont.

Deux titres exploitent de manières différentes une formule solidement maîtrisée avec Dreams of Eschaton, de l'album précédent : une intro acoustique sur voix claire suivie d'une montée en puissance et en voix rauque. Witches Brew enchaîne rapidement sur un riff emphatique et bouillonnant, ponctué par un refrain fédérateur ; dédié au poète romantique Lord Tennysson, Astronomica reste sur une atmosphère plus éthérée, dans laquelle le renforcement du propos transpire d'une urgence dramatique.

Enfin, perle noire de l'album, The 9th Wave laisse défiler sous une lumière crépusculaire les accents sépulcraux de son proto-Doom. Titre glacial d'une inhumaine beauté, à l'ouverture hypnotique, au déroulé implacable comme une lente avalanche et au final nimbé de mystère, il est l'apogée de l'album et la parfaite illustration du nouveau palier atteint par l'art de Mark Shelton.

Open the Gates est plus qu'un bon album, il n'est rien moins qu'un jalon majeur de l'histoire du Heavy Metal. Desservi par une production indigente au regard tant de sa qualité que des canons de l'époque, il bénéficia quand même d'un minimum de promotion et connut une ébauche de succès qui pouvait sembler prometteuse. Dans son numéro de mai 1985, Enfer Magazine les interviewa ainsi dans leur rubrique "Ça va marcher pour eux". De fait, cet opus s'affirma comme une étoile de toute première magnitude. Hélas, elle brûlait de mille flammes dans une galaxie trop éloignée : bien peu, trop peu, surent en percevoir l’iridescente flamboyance. Pendant bien longtemps, Open the Gates ne réservera qu'à quelques poignées d'astronomes inspirés ses fulgurantes incandescences.

Mais qu'importe ! Compagnons de la première heure ou néophytes enthousiastes, brandissons tous notre glaive et clamons en chœur la fière injonction qui ouvre ce chef d’œuvre : "Arise, all you faithful to the Sword !"

30 Commentaires

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samolice - 15 Fevrier 2016: Tu remarqueras que personne n'était venu te contredire sur ce point depuis la parution de ton texte. Pas de spécialistes des (noeuds) papillons parmi nous, c'est pas assez métal!
MarkoFromMars - 15 Fevrier 2016: Il me semblait aussi ! Le princeps, c'est pas plutôt un muscle ? A l'instar du triceps et du fesseps, celui qui sert à serrer vous savez quoi....
Hibernatus - 15 Fevrier 2016: Non, pas un muscle. On l'utilise généralement pour parler de la version d'origine d'un médicament, par opposition aux génériques. Exemple : "Hibernatus a besoin d'une forte dose du princeps de la molécule utilisée pour soigner l'Alzheimer". C'est aussi la première édition d'un livre.
@ Sam : en tous cas, les papillons c'est Rock : songe à Iron Butterly.
samolice - 20 Avril 2016:

Quel bonheur de (ré)écouter ce skeud en version cd enfin actualisée tout en (re)lisant cette remarquable chro.
Tu as raison d'écrire combien le chant de Shelton est parfait ici, ça ne m'avait jamais autant touché alors que ce disque tourne chez moi depuis sa sortie. Comme quoi, y'a toujours des nouvelles choses à ressentir avec les skeuds que l'on adore.

Sinon, je n'avais également jamais porté assez d'attention aux paroles de "Heavy Metal to the World" : waowwwww, Manowar n'aurait pas fait mieux :-)

Encore merci JL

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