Atlantis Rising

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Nom du groupe Manilla Road
Nom de l'album Atlantis Rising
Type Album
Date de parution 2001
Enregistré à Midgard Sound Labs
Style MusicalHeavy Metal
Membres possèdant cet album38

Tracklist

1. Megalodon 08:20
2. Lemuria 02:50
3. Atlantis Rising 07:01
4. Sea Witch 04:29
5. Resurrection 06:38
6. Decimation 06:38
7. Flight of the Ravens 02:11
8. March of the Gods 05:09
9. Siege of Atland 04:53
10. War of the Gods 08:49
Total playing time 56:58

Chronique @ Hibernatus

19 Août 2016

Ce retour des Grands Anciens est un retour gagnant

« N'est point mort qui à jamais dort... » : cette antienne parlera à tout lecteur de Lovecraft. Elle colle parfaitement à ce groupe mythique des années 80 qu'est Manilla Road. Il se sépare dans la discorde après l'enregistrement de « Courts of Chaos », renaît artificiellement 2 ans plus tard avec « The Circus Maximus ». Projet personnel de Mark Shelton, il n'avait rien à voir avec Manilla Road et sera publié comme tel contre la volonté de son auteur, par une maison de disqueS aux abois soucieuse de profiter de l'aura d'un nom. Calcul contre-productif qui aura plutôt écarté d'anciens fans, tant la musique était différente.

Ce qu'on ne sait généralement pas, en Europe comme dans la plus grande partie des USA, c'est que le groupe se reforme, avec Harvey Patrick à la basse. Mais ils ne font que tourner au Kansas, un lieu mondialement connu pour sa qualité de caisse de résonance de la scène Rock. Les contacts avec les maisons de disques s'avèrent désastreux, plus personne ne s'intéresse au Metal en général et à Manilla Road en particulier... Bref, il faut bien élever les gamins et faire bouillir la marmite. Donc, adieu la musique et les concerts. Le croira-t-on, le barde Shelton abandonne la scène et devient... comptable !!!

1999 : Bryan Patrick, ami de longue date du Shark, qui officie depuis 1984 comme roadie de MR, puis road manager, s'inquiète de voir littéralement dépérir un Mark Shelton sevré de création. « Mon pote, il faut absolument reformer un groupe », lui dit-il. Shelton acquiesce et ils se mettent tous deux à composer les titres d'un album destiné à un groupe encore à créer, The Shark Project.

Les événements s'enchaînent. En 2000, un petit label allemand, Iron Glory Records, demande au Shark le droit de rééditer « Crystal Logic ». Et dans la foulée, les organisateurs du festival Bang your Head de Ballingen, toujours en Allemagne, le contactent pour lui demander de se produire avec Manilla Road ! S'ensuit un invraisemblable pataquès avec H. Patrick, qui se désiste, et Randy Foxe qui dit oui avant de voir qu'il n'avait pas assez de congés pour participer à l'aventure (et qui du coup se voit viré du groupe). Bref, une formation improvisée en deux mois se produit à Ballingen, face à un public que Shelton découvre conquis d'avance : c'est sa première apparition en Europe et malgré 10 ans de silence radio, il découvre l’invraisemblable ferveur que suscite encore sa formation sur le Vieux Continent. En une heure, les 2000 T-Shirts rouges imprimés à l'enseigne du Smiling Jack avaient été vendus et c'est une marée de fans venus de toute l'Europe qui l’acclame !

Shelton en profite pour faire la promo des titres déjà composés avec son ami Bryan : Iron Glory , dont le boss était un vieux fan du groupe, emporte la mise et insiste pour que le « nouveau » (et futur, car à créer) groupe conserve le nom de Manilla Road : sans doute impressionné par son accueil à Ballingen, le Shark accepte. « Atlantis Rising » était sur les rails, et avec lui, le retour des Grands Anciens, au propre comme au figuré. Résurrection d'un vieux groupe que personne n'osait plus espérer pour le figuré, et très forte présence du mythe de Cthulhu pour le propre.

Le disque paraît avec le nouveau siècle, en 2001. La basse est tenue par Mark Anderson, la batterie par Scott Peters (le livret l'attribue à tort à Bryan Patrick, qui n'intervient en fait que sur un titre). Les nouveaux venus tirent bien leur épingle du jeu, mais on n'a d'oreille que pour Shelton, à la voix incroyablement diversifiée et à la guitare toujours aussi magistrale. Trois ballades, du mid-tempo, du Thrash qui pousse parfois vers l'extrême : l'album garde toutefois une parfaite cohésion grâce à son fil directeur. En effet, c'est un concept-album. Un concept très alambiqué, qui pousse jusqu'à la caricature les tendances du Shark à mélanger les mythes. Songez : l'histoire grecque et platonicienne de l'Atlantide ressurgit des flot, Cthulhu et ses séides en prennent possession, les Dieux nordiques d'Asgard s'en irritent et finissent, en compagnie de leurs collègues de l'Olympe, par chasser les vilains Grands Anciens. Oui, je sais, c'est cucul, c'est kitch. Seulement voilà, par tous les Dieux, ça marche du tonnerre de Zeus (tiens, il manquait, celui-là).

Bien des livrets d'opéras classiques sont à l'avenant, et c'est la musique qui sort victorieuse. Cette comparaison n'est pas fortuite : « Atlantis Rising » est un opéra wagnérien en 4 actes précédés d'une ouverture. On me pardonnera, j'espère, un track by track honni sur ce site, mais il est seul capable de rendre justice à cette œuvre. Chaque titre a été composé dans l'ordre d'apparition, se nourrit du précédent et enrichit son successeur. Impossible, sinon, de rendre justice aux samples, si importants pour l'ambiance, qui séparent les morceaux.

D'une cascade tintinnabulante de bruits synthétiques émerge, en écho, le mémorable appel qui ouvrait « Open the Gates » : « Arise, all you faithful to the Sword ! ». Et déboule à toute blinde le ténébreux Megalodon, ponctué d'un ondulant roulement de basse. Titre musclé, puissant, dense et inspiré : on sait déjà qu'on n'a pas acheté l'album pour rien.

Sur un bruit de ressac, l'acte I débute avec Lemuria, ballade sereine et porteuse d'espoir au jeu de guitare et de basse glougloutant (oui je sais, drôle d'expression, mais la tonalité de ce titre est vraiment « aquatique »). Les Lémures, survivants d'Atlantis, ressuscitent Triton, fils de Poseidon, avec l'aide duquel ils comptent faire ressurgir l'antique cité engloutie. De nouveau, le ressac, plus puissant, bientôt déchiré par les accents triomphaux d'Atlantis Rising. L'Atlantide émerge dans toute sa gloire par la grâce d'un titre majestueux, plein de lumière : en fait, c'est le seul morceau optimiste d'un disque très sombre.

En effet, l'acte II est marqué du sceau de la tragédie. Pluie battante, orage tonnant : non, ce n'est pas le Riders on the Storm des Doors : d'ailleurs, quel est ce glas qui tinte ? Mais bien sûr, c'est la cloche de l'Engulfed Cathedral du « Deluge » ! Sous de délicats arpèges, d'une voix doucereuse, The Sea Witch annonce l'inéluctable : la sorcière marine (pas d'allusion politique), dans sa folle ambition d'usurper le trône d'Atlantis, se propose d'invoquer le grand Cthulhu. La ballade peut sembler mièvre de prime abord, elle se révèle envoûtante à l'usage. Sans augmenter en rythme, elle s'électrifie sur la fin et nous gratifie au passage d'un émouvant solo aérien.

Un grand coup de tonnerre et on passe à des choses plus sérieuses avec le pesant mid-tempo de Resurrection. Le riff est sévère, imposant, le lead tortueux, acide ; on croit à un instrumental, mais non, au bout de 2'30, le rythme s'emballe et la voix grondante de Shelton intervient : elle se fait claire et grave sur le refrain, qui s'achève toutefois sur un profond grognement : « Riiise ! ». On n'en mène pas large, mais le pire est à venir. Sans transition samplée, on passe aux accents discordants de Decimation. Heavy-Thrash de la plus belle eau, il marque l'éveil de Cthulhu, qui ne fait qu'une bouchée de la reine sorcière, ameute les autres Grands Anciens et ravage la Terre. Sur un rythme d'acier, les éructations du Shark font merveille et confinent parfois au growl Death.

Ici, on a le souffle coupé, une petite pause serait bienvenue. Ça tombe bien, l'acte III débute par une ballade éthérée, Flight of the Ravens. De puissants vents d'altitude tourbillonnent et s'effacent au profit d'une guitare acoustique accompagnée simplement par la voix chaude et claire de Shelton. Les corbeaux d'Odin planent et contemplent d'un œil désolé le carnage de la race humaine. On ne se repose pas longtemps, car le titre est brutalement abrégé par l'irruption soudaine du très martial March of the Gods. Dieux et guerriers du Walhalla traversent Bifrost, le pont arc-en-ciel qui relie Asgard et Midgard, bien décidés à porter le fer et le feu dans la horde impie des Grands Anciens. Un long passage instrumental au riffing mélodieux et résolu précède une voix grave, légèrement grondée et pleine d'altière assurance. Un solo virevoltant accompagne, tel un fifre des armées d'Ancien Régime, le rythme plombé du tambour. On va voir ce qu'on va voir, on va leur percer le flanc !

Acte IV. De lourds pas cadencés (imprudent : chacun sait qu'il faut rompre le pas en traversant un pont) résonnent et sont brusquement interrompus par un hurlement démentiel, paroxystique, et par le riffing déchiqueté et sauvage de Siege of Atland. C'est la guerre, et elle n'est pas en dentelles : si l'on en juge au déchaînement Thrash qui déferle, les combattants vivent les pires affres de Verdun ou de Stalingrad. Le rythme ralentit un peu, s'alourdit. Une voix grave et claire, déterminée, déclame l'implacable massacre en cours et le titre s'achève dans une dernière accélération ponctuée de grognements bestiaux prolongés par un long larsen, et finit sur un grand coup de gong.

War of the Gods termine le disque en apothéose. Les Dieux d'Asgard, accompagnés de Poseidon (tant qu'à faire, plus on est de fous...), livrent le dernier assaut et subjuguent le grand Cthulhu. Deux longues plages amples et lentes encadrent un passage instrumental furieux qui évoque la rage mortelle de l'ultime combat. La victoire est là, mais elle n'est guère joyeuse. La puissante mélancolie qui anime ce titre témoigne de l'ampleur des dévastations, de l'inexpiable horreur des moments vécus par les survivants. On le pressent, même les Dieux vont souffrir d'un syndrome de stress post-traumatique. Les rafales de vent ponctuées de tonnerre sur lesquelles meurt le morceau n'ont rien d'exultants feux d'artifice.

Et nous, on sort de cette heure de musique en transe, haletant et mouillé de sueur. Ce retour des Grands Anciens est un retour gagnant, il égale l'himalayesque niveau d'un « Deluge » ou d'un « Open the Gates ». Il serait dérisoire de s'attarder sur la plate et pitoyable production de l'album, digne des pires sorties d'un groupe expert en la matière. La puissance et l'expressivité de cette musique sont telles qu'on négligera une telle vétille. Eh quoi, dans ce disque, on patauge dans l'horreur et la tripaille : pensez-vous que les barrages d'artillerie de la Grande Guerre étaient affublés d'une production raffinée ? Qu'on se le dise, ignorer « Atlantis Rising » est pire qu'un crime, c'est une faute. Tout lecteur assez héroïque pour parvenir au terme de cette interminable chronique (désolé...) ne peut qu'avoir la force de s'engager dans cet impitoyable conflit où Lumière et Ténèbres sont confrontées. Haut les cœurs : may the Lords of Light be with you !

7 Commentaires

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samolice - 25 Août 2016: Cher Stéphane, le shark s'en fout, un requin ça n'a pas de pied!
Hibernatus - 25 Août 2016: Merci pour vos retours!

@Frozenheart: Moi aussi, c'est clairement mon préféré des années post 2000 (ça a dû se sentir). La suite est toujours bonne, mais après, comme vraiment grands disques, je ne vois guère que Gates of Fire et Voyager.

@Sam: Clair que ça alourdit et rallonge la chro, mais quelques développements sur ce qui se passe à Wichita entre 1990 et 2000 me semblaient nécessaires.

@Christian: (Sam, c'est Christian, pas Stéphane)Peut-être plus maintenant, mais à cette époque c'est sûr : Shelton vivait encore dans les 70'-80'. Le disque a été produit dans le vieux studio personnel du Shark, Midgard Sound Lab, qui n'avait pas servi depuis quelques années. Question matos et technique, il remontait vraiment aux 80'.
samolice - 25 Août 2016: Ah oui, en effet, toutes mes excuses Christian! Je pensais à notre ami Overkill77 pour lequel j'ai une grosse pensée.
Et j'attend toujours avec une impatience de plus en plus grande ta chro de "Voyager", dans mon tiercé des albums préférés du groupe.
ZazPanzer - 03 Septembre 2016: Pinaise, tu t'es lâché mon Jean-Luc ! Je t'imagine trop en train de fracasser ton clavier à grands coups d'envolée lyriques ! Tu avais vraiment les dieux et les démons de la Mer au cul ! Réveille toi tu es sauvé ! ;-)
Bon peut-être qu'avec Did' on te laissera le passer dans la voiture, mais ça se négociera avec du Blind Guardian, des vieux Cooper et du Nokturnal Mortum uhu. Par contre je te le dis tout de suite, tu laisses les Mekong Delta à la maison ! Y'a pas moyen ! :-)
Superbe texte en tous cas, la passion est là ! Cool, dude.
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