The Deluge

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18/20
Nom du groupe Manilla Road
Nom de l'album The Deluge
Type Album
Date de parution 25 Fevrier 1986
Style MusicalHeavy Metal
Membres possèdant cet album125

Tracklist

Re-Issue in 2001 by Underground Symphony with a bonustrack.
Re-Issue in 2011 by Shadow Kingdom Records on CD.
1. Dementia 03:09
2. Shadows in the Black 05:22
3. Divine Victim 03:09
4. Hammer of the Witches 02:41
5. Morbid Tabernacle 01:53
6. Isle of the Dead 02:53
7. Taken by Storm 03:19
8. The Deluge 08:13
a/ Eye of the Sea
b/ The Drowned Lands
c/ Engulfed Cathedral
9. Friction in Mass 06:27
10. Rest in Pieces 01:51
Bonustrack (Re-Issue 2001)
11. Dementia (Live)
Total playing time 38:57

Chronique @ Exyel

11 Octobre 2009

Manilla Road est un groupe de heavy Metal tout bonnement génial et pourtant force est de constater que la plupart des gens semble ignorer jusqu'à l’existence même de ce groupe. Après deux albums, Crystal Logic sorti en 1983 et le génial Open the Gates de 1985, ils retournèrent en studio afin de nous pondre une nouvelle galette que l’on espérait tous encore meilleure que les précédentes. Et c’est ainsi qu'en 1986 sort l’un des chefs-d’œuvre les plus méconnus de l’histoire du Metal, The Deluge.

Manilla Road n’est pas un simple groupe de heavy Metal, leur musique est trop personnelle, trop riche et trop sombre. Cette touche unique leur confère une aura particulière ; en effet leur musique nous transporte sans difficulté dans un monde dont eux seuls peuvent ouvrir les portes. On va par moment frôler du doom, basculer au sein d’un solo typiquement heavy pour se retrouver finalement projeté à terre par une batterie impétueuse cherchant à tout écraser sur son passage. Un mélange des genres surprenant pour une époque où le thrash de Slayer et du reste du quatuor de légende faisaient tourner les têtes de tous nos chevelus préférés.

Pour le talent de nos amis musiciens, il n’y a pas à tergiverser : chacun maîtrise totalement son instrument. Randy Foxe bluffe de part sa batterie magistrale, avec un jeu technique plein de saveurs. La guitare elle n’est pas en reste avec des solos de toute beauté et un jeu nous offrant tout le savoir-faire de Mark Shelton, véritable virtuose. Celui-ci nous gratifie par la même occasion de son chant quelque peu nasal mais sublime, collant parfaitement aux musiques. Scott Park nous offre une ligne de basse des plus respectables mais quelque peu en dessous des autres instruments.

Du côté des pistes, c’est tout simplement impensable d’imaginer à quel point cet album est méconnu tant la qualité est présente. Les premiers morceaux sont assez courts mais remplis de petits passages tout en finesse qui demandent malgré tout un temps d’adaptation. «Dementia» nous plonge dès le début dans les confins les plus obscurs et malsain de l’univers du groupe, «Shadows in the Black» va être la montée en puissance, «Divine Victim» apporte le souffle épique du groupe reconnaissable entre tous. Les deux pistes qui suivent apportent avec elles ce côté sombre déjà présent sur la première piste, puis à nouveau un retour à l'épique. Vient alors en huitième position «The Deluge», ses huit minutes de pur bonheur valant quasiment à elles seules l’achat de l’album. Nous nous retrouvons plongés dans la mythique cité d’Atlantis et vivons avec eux les derniers instants de cette cité légendaire avant qu’elle ne finisse engloutie par les flots tumultueux. Les pistes neuf et dix vont quand à elles clôturer de manière magistrale cet album culte. La dixième, «Rest in Pieces» est une piste instrumentale très courte mais d’une intensité sans pareil et qui fait office de véritable festival de technique et d’ingéniosité à la guitare.

Pour conclure je dirais que The Deluge est tout simplement un trésor oublié frôlant la perfection. Réparez vite cette injustice en vous délectant, ne serait-ce qu’une seule fois dans votre vie, de ce chef-d’œuvre.

3 Commentaires

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samolice - 15 Octobre 2011: Super groupe. Toujours bien vivant et intéressant. Un album magique, comme son prédécesseur. Merci pour le texte.
LeMoustre - 25 Juillet 2018:

Pareil. Magique en tous points et sans aucun morceau de remplissage. Meilleur sans doute que Open The Gates car plus homogène en qualité, à mon humble avis. Mention à la pochette intérieure du vinyle qui, outre le graphisme des dessins, présente un support comme toujours chez Black Dragon robuste et soigné. 

 

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Chronique @ Hibernatus

21 Septembre 2019

À la croisée des chemins, « The Deluge » pousse le Heavy au bord du gouffre

Plongé trois décennies dans l'Underground le plus obscur, Manilla Road est devenu presque trendy. Fan inconditionnel depuis « Crystal Logic », première diffusion européenne du groupe en 1983, ce constat me laisse amer. Non, le mot est faible : je suis juste fou de rage. Quand je défendais Manilla Road comme l'égal des plus grands, je n'essuyais au mieux qu'une indifférence polie, au pire des quolibets. Mon ego froissé importe peu, compensé qu'il est par le fait d'avoir eu raison trop tôt (pas fréquent, ça). Non, c'est l'injustice faite au groupe qui m’écœure. D'ailleurs, l'indifférence du public n'a d'égale que celle des pairs musiciens du trio de Wichita. Parue dans l'excellent fanzine Metal Witchcraft, une interview récente du batteur de Cirith Ungol, groupe contemporain de Manilla Road, nous le confirme : dans un aveu teinté de stupéfaction, Rob Garven confesse n'avoir jamais entendu un seul de leurs titres avant les années 2010.

Aujourd'hui, « The Deluge » est inscrit au patrimoine commun de la Melalhumanité (pas encore reconnu par l'UNESCO, mais ça viendra). Tout le monde connaissant l'album à l'instar d'un « Number of the Beast », cela va m'épargner la description détaillée des titres. Eh quoi, ce ne serait pas ton cas, ô infortuné lecteur ? À défaut du magnifique first press, précipite-toi vers la version Golden Core 2015 remastérisée sous l'égide du gardien de la flamme Roadienne, la batteur Neudi. Tu découvriras un indispensable monument du Heavy Metal.

Dernièrement, un ami moitié moins âgé que moi (petit veinard) me confiait avoir eu plus de mal à intégrer « The Deluge » que les autres classiques de Manilla Road. Réaction bien compréhensible, l'album est d'une étouffante densité. Si le « All for One » de Raven est le point extrême du Hard Rock, « The Deluge » est celui du Heavy Metal. Jamais on n'ira plus loin sans changer d'étiquette et basculer vers le Speed, le Thrash, le Doom, le Black ou le Death. Sur le fil du rasoir, défiant l'équilibre, le trio danse avec ce mélange d'insouciance et de concentration qu'autorisent l'inspiration la plus haute, la plus parfaite maîtrise technique et une absolue confiance en soi.

L'album est la résultante de deux volontés. La première est le désir de jouer toujours plus lourd et plus intense, qui avait entraîné le départ du batteur Rick Fisher deux albums plus tôt. La seconde est le souhait de forger des compositions où pourrait pleinement s'épanouir la batterie du phénoménal Randy Foxe. Du coup, le tempo de l'album est le plus rapide de tous les Manilla Road. Le disque suivant, « Mystification », a beau être réputé plus Thrash, le métronome y bat moins fort sur l'ensemble de la galette. Même sur « Out of the Abyss », porteur de titres passablement déchaînés, l'addition des plages lentes lui confère un rythme moyen inférieur à celui du « Deluge ». Ici, on n'a pas le temps de respirer, on halète du début à la fin.

Inutile de dire que dans ces conditions, la section rythmique atteint un niveau inégalé. Foxe matraque ses fûts de façon extatique et orgiaque, assurément sa plus belle prestation. La basse de Scott « Scooter » Park l'accompagne dans une magistrale complémentarité, on a du mal à imaginer que ces deux-là seront à couteaux tirés quelques années plus tard. Mais le travail du bassiste va bien au-delà. Prenant un rôle accru dans le développement mélodique, il épargne à la guitare de Shelton une bonne partie du travail rythmique : celle-ci délaisse le riff pour s'épanouir dans le tissage de leads plus entrelacés, complexes, tortueux et expressifs que jamais. C'est bien sûr la marque de fabrique du groupe, mais elle trouve son stade ultime avec « The Deluge » : c'est flagrant sur l'éponyme. Moins simples et immédiats qu'avec du bon gros riff, les titres n'en sont que plus magiques.

Tout spécialement avec « The Deluge », Manilla Road est incomparable. Je parle au sens strict, pas pour accumuler les superlatifs. J'entends parfois évoquer Maiden à propos de Divine Victim : quelle blague ! Comme si le jeu de Foxe était en rien similaire à celui de Clive Burr ou Nicko Mc Brain. Comme si la guitare du seul Shelton (quels bons soli sur ce titre!) pouvait évoquer les harmonies complices du duo Smith/Murray. Et il n'est point besoin d'en appeler à Steve Harris pour louer l'excellent jeu de Park à la basse.

Tant que j'y suis, quelques mots sur ce titre, dont on peut s'étonner de voir un groupe américain le dédier à Jeanne d'Arc. Mais voilà, Wichita est jumelée avec Orléans, qui lui envoya une statue de la Pucelle dans les années 70. Ainsi, notre Jehanne figurait-elle dans le paysage quotidien de Mark Shelton. On retrouve dans Divine Victim un des thèmes familiers du Shark, la haine des religions instituées et de leurs persécutions. « The Deluge » est d'ailleurs dédicacé à Jacques de Molay, dernier grand-maître de l'ordre du Temple (même si sa mort sur le bûcher résulta moins de l'intolérance religieuse que de l’insatiable besoin d'argent du roi Philippe le Bel).

Incomparable, le jeu de guitare si personnel de Shelton. Et peut-être encore plus, sa voix. Oh, épargnez-moi ces histoires de voix de canard, elle est sur le « Deluge » moins nasale que métallique (un effet de la production, sans doute). Pas une « belle » voix à la Halford, Dickinson, Adams ou autres Dio ; mais une voix inclassable, à l'instar de Tim Baker ou King Diamond. Comme ce dernier, qui passe des aigus les plus extrêmes aux graves les plus profonds, Mark alterne en permanence des développements en voix claire et chaleureuse et des grondements bestiaux sans équivalent dans le Heavy d'alors.

C'est cette voix, convaincue à la limite de la possession, qui rend borderline le Heavy du « Deluge ». Ses éructations sur le refrain de Hammer of the Witches, ou sur certains passages de Dementia, frisent le Death natif. Combinées à la sombre ambiance de quelques titres, on pourrait presque rattacher des parties de l'album à la première vague du Black Metal : des accents de « Shadow in the Black » ne sont pas sans cousinage avec Celtic Frost. Et, clin d'œil, l'incompréhensible phrase brouillée électroniquement de la fin de l'abum signifie : « place satanic message here ». Le Thrash est plus que marginalement présent dans le Heavy de « Friction in Mass ». Déjà là dans « Open the Gates », le Doom n'est pas non plus étranger au « Deluge » : il faut du reste savoir que Shelton poussa Black Dragon à signer Candlemass après en avoir écouté la démo.

Cette ambivalence a-t-elle joué dans le faible succès de l'album : trop dérangeant pour les amateurs de Heavy, résolument trop Heavy pour les explorateurs de l'extrême ? Pourtant supérieure à celle de son grand frère « Open the Gates », la production était-elle trop en deçà des standards qui s'établissaient en ce milieu des 80' ? Ou le suivisme et le conformisme, aussi puissants chez les Métaleux que dans le reste du genre humain, furent-ils les fossoyeurs des ambitions d'un groupe unique et novateur ? Hormis sa valeur intrinsèque, « The Deluge » ne manquait pas d'atouts : l'incandescente livrée que lui offrit le dessinateur Éric Larnoy, le soutien de trop rares critiques (éternels remerciements à la clairvoyance d'Enfer Magazine).

À la croisée des chemins, « The Deluge » pousse le Heavy au bord du gouffre. Nul groupe, à commencer par Manilla Road lui-même, n'en égalera jamais la force et l'originalité. Qu'un album de cette envergure soit passé presque inaperçu reste invraisemblable. Tel un trou noir insoupçonné, il va lentement dévorer la matière autour de lui et, avec le temps, s'imposer pour ce qu'il est : un des plus grands chefs-d’œuvre du Metal.

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eclectic - 21 Septembre 2019:

Mes respects pour ce texte hibernatus, et tout ce qu'il génère de passion et d'amour inconditionnel pour ce groupe, et pour le metal en général...J'ai acheté Crystal Logic et King of The Dead (Cirith Ungol) à une époque ou tout le monde s'en foutait. Je me souviens d'une chronique incendiaire pour le Cirith Ungol, qui qualifiait Tim Baker de pire chanteur de Hard  (oui, on parlait encore de Hard...). Depuis, je m'intéresse toujours aux groupes dont tout le monde se fout...

Ton texte devrait être remboursé par la sécu, il donne sourire et bonheur. merci.

Hibernatus - 21 Septembre 2019:

Merci infiniment pour vos retours. J'avais l'impression de parler pour me faire plaisir, mais si j'ai pu renforcer la cause de Manilla Road, c'est un résultat dont je peux tirer une légitime fierté.

samolice - 22 Septembre 2019:

Merci JL pour cette nouvelle chro bien agréable d'un album de Manilla Road.

Ainsi donc, si j'observe tes notes, tu places ce skeud légèrement devant le précédent en lui attribuant la note ultime. Perso, je n'arrive désormais plus à les départager. Bah, à vrai dire, on s'en fout pas mal.

Pour la reconnaissance tardive du groupe, je peux juste évoquer ma propre expérience. "The Deluge" a été le premier que j'ai acheté de MR à sa sortie, mais j'ai mis beaucoup de temps avant de l'apprécier pleinement. Beaucoup, style 3-4 ans  au moins (je suis lent de nature). La musique proposée, sans parler de la voix du Shark et de la prod', était quand même sacrément "étrange" pour un jeune amateur de hard rock de 16 balais qui commencait son initiation au métal depuis seulement 2-3 ans. Le déclic est venu petit à petit, en insistant.

L'achat en K7 - quel con - vers fin 90 de l'album précédent, le monstrueux "Open the Gates", a ensuite confirmé mon amour pour un groupe que je n'ai plus quitté depuis.

 

Et sinon, fache toi tout rouge, mais je continue à penser à Maiden à l'écoute de « Divine victim ». Je te l'ai déjà dit, j’imagine même carrément Dickinson beugler sur le refrain.

Je sors...

Hibernatus - 22 Septembre 2019:

@Sam: En fait, j'ai revu ma note initiale en publiant la chro, elle reflétait auparavant l'ordre de mes préférences, et je chéris plus à titre personnel le précédent. Mais pour être objectif (on ne rit pas!), The Deluge est quand même un cran au dessus. Pour la note ultime, je ne l'aurais sans doute pas donnée il y a 10-15 ans, quand MR n'était connu que par trois pelés et un tondu (enfin, plutôt chevelus quand même, on parle de Metal). Pour mériter un 20, il faut à mon sens que l'album et le groupe aient acquis une certaine importance dans l'histoire de la musique, ce qui est chose faite à présent qu'une palanquée de groupes se revendiquent du Road.

Et pour Maiden et Divine Victim, j'avoue que je pensais à toi en écrivant mon paragraphe, éh éh... Mais à part les deux secondes d'entame à la basse, je vois vraiment pas. Du Dickinson sur le refrain, non mais tu déconnes? Où sont les oh oh oh, d'abord ?wink Bah, en fait, tu as peut-être raison : le refrain, je l'écoute jamais, je le beugle à gorge déployéelaugh

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