Les (vieux) amateurs de
Pretty Maids se partagent volontiers en deux camps : ceux qui ne jurent que par «
Red, Hot and Heavy » et ceux qui lui préfèrent «
Future World ». Me rangeant d'un petit cran dans la seconde catégorie, je ne pouvais qu'être attiré par ce live qui célébrait la tournée anniversaire des 30 ans de l'album fondateur qui assit le succès des Danois. Couronnant une tournée mondiale, le disque enregistré en 2018 au Club Cita de Kawasaki, près de Tokyo, honore un public japonais qui a toujours montré une grande fidélité à
Pretty Maids. Les « Jolies Soubrettes » s'inscrivent délibérément dans la lignée d'une série d'enregistrements japonais historiques :
Deep Purple (le jeu de mots « Maid in Japan »),
Judas Priest et autres
Scorpions. Qu'il ait fallu un an et demi pour le mettre en boite illustre le soin apporté au projet, mais aussi les deux faces, positive et négative, de la galette. Commençons donc par le positif.
Le son est énorme. Le chant de Ronnie Atkins, tour à tour mélodieux et rageur, n'a pas pris une ride ; la guitare de Ken
Hammer est impériale comme au premier jour tandis que basse, clavier et batterie, incarnés par du sang neuf, savent se montrer pleinement à la hauteur des aînés de 1987 ; un public monstrueusement présent exhale une ferveur jamais prise en défaut. L'équilibre entre toutes les parties est l'image de la perfection : ce live est plus riche et profond que l'original, dont la production certes datée restait pourtant fort loin de l'indigence.
Les deux titres-phare sont colossaux. Dès son intro de claviers,
Future World déroule un maelström où public et musiciens communient dans une fervente extase de furie partagée. Et je défie toute personne appréciant ce monument de feeling et de Speed mélodique qu'est Yellow
Rain de ne pas avoir la gorge serrée d'émotion à l'écoute de ce brûlot déferlant avec la folle énergie d'une vague scélérate ; le tout avec le petit sourire qui va bien lorsque Ronnie Atkins reprend gentiment l'assistance un peu essoufflée et brouillonne sur le dernier « yellow raiiiiiin » de l'intro acoustique.
Tout est à l'avenant, rien ne laisse indifférent. Un souffle épique anime comme jamais We Came to Rock ;
Loud'n Proud et Needles in the
Dark déroulent leur Speed hargneux avec une énergie démente ; on partage l'émotion d'Atkins qui salue le public d'un sobre et sincère « A pleasure » à la fin de la vibrante power ballad Eye of the Storm ; et l'on partage l'enthousiasme fédérateur de Long Way to Go. La prestation magnifie jusqu'aux titres les plus faibles de «
Future World »,
Love Games et surtout un Rodeo complètement transcendé. Ah, vraiment, quel bon moment !
Verdict : 18/20.
Oui, mais. Car il y a un « mais », qu'on peut illustrer en reprenant in extenso mon 2e paragraphe ; allons-y pour le copier-coller :
Le son est énorme. Le chant de Ronnie Atkins, tour à tour mélodieux et rageur, n'a pas pris une ride ; la guitare de Ken
Hammer est impériale comme au premier jour tandis que basse, clavier et batterie, incarnés par du sang neuf, savent se montrer pleinement à la hauteur des aînés de 1987 ; un public monstrueusement présent exhale une ferveur jamais prise en défaut. L'équilibre entre toutes les parties est l'image de la perfection : ce live est plus riche et profond que l'original, dont la production certes datée restait pourtant fort loin de l'indigence.
OK, c'est très beau, mais tout ceci n'est-il pas un peu trop clinquant pour être vrai ? Je n'étais pas au Club Cita en 2018 (dommage), mais je doute que quiconque dans l'assistance ait jamais ressenti la pure beauté formelle qui anime cet enregistrement. Un concert de
Metal, ça sent la sueur et la bière, c'est la bousculade, la grogne de ne pas être bien placé et d'entendre de façon prépondérante un instrument au détriment des autres ; bref, c'est tout sauf la perfection délivrée par ce « Maid in Japan, Back to the
Future World ». Bien sûr, un live ne pourra jamais rendre le vécu d'un concert, il est forcément plus équilibré, mais ici, on a la sensation de pousser le bouchon un peu trop loin.
Les longs mois nécessaires à la finalisation de l'album sont d'ailleurs un indice : l'enregistrement a été monstrueusement travaillé. Un mixage aussi léché contrevient au principe cher au cœur de tout hardos : celui de la sincérité et de l'authenticité. Du coup, on en vient à douter : la voix d'Atkins est-elle vraiment aussi magnifique ? L'ardente maestria dont
Hammer fait preuve est-elle l'exact reflet de se prestation live ? Les Nordiques ne se ficheraient-il pas de notre tête ? Car après tout, comme Shakespeare faisait dire à un lointain roi du Danemark, « To be on stage or in the studio, that is the question ».
Les titres surnuméraires interpellent aussi, car ils sont tous, et assez largement dans l'ensemble, postérieurs à «
Future World ». Les Danois semblent vouloir dire qu'ils ont plus un avenir qu'un passé. Un Little Drop of
Heaven de 2010, un
Mother of All Lies de 2013, deux titres de «
Kingmaker » de 2016, pour finir par un
Sin Decade de l'album du même nom de 1992, qui sauve à lui seul une bien piètre production de la décennie 90 et du début des années 2000. Rien à redire sur ces choix de morceaux, au demeurant excellents, mais quoi, rien de «
Red Hot and Heavy » ? Mais que fait la police ?
Bref, les dernières observations relèvent plus de l'humeur ronchonne d'un vieil aigri, mais celles relatives à la surproduction de ce live ne sont pas anecdotiques : on est presque dans le péché mortel.
Verdict : 11/20.
Voilà pour la thèse et l'antithèse ; on m'a appris, dans mes lointains cours de français, qu'il fallait les faire suivre d'une synthèse. Disons-le tout net, les deux positions que j'ai exposées sont chacune parfaitement défendables. Je reste d'ailleurs partagé entre les deux. Mais quoi, il faudrait être fou pour bouder son plaisir devant une prestation peut-être un brin factice d'un concert dont on ne peut douter du caractère fervent. Et qui rend un vibrant hommage à un album incontournable du Heavy des années 80.
Souvenons-nous des critiques qui frappèrent un autre enregistrement japonais des années 70 : le premier live du Priest n'avait-il pas été dénigré pour de semblables raisons ? «
Unleashed in the the East » n'avait-il pas été daubé par l’infamant surnom «
Unleashed in the Studio » ? Et pourtant, qui de nos jours songerait à passer cette vénérable galette à la trappe ? L'album des Danois est pour moi sauvé par le meilleur (et le plus subjectif) des arguments : le principe de plaisir.
Bravo pour l'exercice une chronique qui te tient en haleine et qui décrit exactement ce sentiment d'avoir le Pile et la Face en même temps !
Bonne chronique et certainement très vrai..Maintenant si on écoute les différents live de tous les groupes, aucune maison de disque ne doit autoriser la sortie d"un live sans retouche et gros travail sur le son. Pour se faire une vraie idée, faut écouter les live enregistrés sur smartphone au premier rang !!!
Perso je suis pas fan de ce type d'hommage à un seul album si bon soit il..La carrière des pretty maids ne se limite pas, loin de là à leurs 2 premiers albums. Les 3 derniers notamment valent largement ceux-ci et même si certains albums ont démontré que le groupe avait connu un "trou d'air" avec "scream", "spooked" ou "wake up the real world", dans tous les albums on trouve de belles petites perles et je préfère largement un live privilégiant une carrière entière
Merci pour cette chronique. Je vais aller dans le sens de winger, va trouver un album live où aucune retouche n'est été faite et surtout autorisée par la maison de disque ! Il ne doit pas en exister beaucoup.
Perso, je n'ai pas le CD mais vu en BR et j'ai largement pris mon pied en matant ce concert. Sinon, je te rejoins sur le choix des titres de fin de concert où aucun titres de Red Hot and Heavy n'apparaissent.
Merci!
Il est clair qu'un album live n'est jamais brut de décroffrage. Disons que c'est une question de degrè : la précision clinique, chirurgicale, de cet enregistrement va très au delà de ce que l'on rencontre habituellement, et pour en avoir discuté avec d'autres metalheads, cela cela peut troubler. C'est donc un point à mettre en évidence dans une chro. Mais je conçois que ça puisse sembler bizarre de critiquer une trop bonne production ; si je vous dis que je suis un fan de Manilla Road, vous comprendrez que je suis habitué aux productions nazes, ah ah !
Et oui, bien sûr que la carrière de PM ne se limite pas aux deux premiers full length, et je ne suis pas le dernier à apprécier ce qu'ils sortent depuis une dizaine d'années, où ils ont fait preuve d'un réel sursaut artistique. Mais qu'on le veuille ou non, RH&H et FW ont acquis un certain statut culte qui les met à part du reste de leur discographie.
Je n'ai pas parlé du DVD qui accompagne la sortie; c'est un plus indéniable, qui met de la chair à cette prod tellement clean qu'elle en paraît désincarnée, et qui fait regretter de ne pas avoir été dans le public. Quoi qu'on puisse dire et penser de l'album, ça fait plaisir de voir PM dans une telle forme.
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