Qui s'est déplacé voir le légendaire
Malevolent Creation sur sa dernière tournée européenne de février/mars 2020 ne pourra sans doute que corroborer ce constat : l'entité floridienne y est apparue dans une situation d'instabilité et de méforme assez préoccupante au regard de sa réputation d'envergure internationale et de ce que le fan pouvait en attendre. D'abord l'appréhension scénique palpable du chanteur/guitariste sud-africain Lee Wollenschlaeger à Metz et à
Paris notamment, mais surtout l'embonpoint et l'affaissement physique notable du guitariste-fondateur Phil Fasciana éprouvant des difficultés à marcher et même à régler les mécaniques de sa Jackson
Warrior entre les morceaux. Un accident ponctuel avant des jours meilleurs espérons-le, prouvant que le temps a ses effets sur nos groupes favoris, mais ne devant en rien remettre en cause le statut culte du gang de Fort Lauderdale dont la genèse discographique fut récemment mise à l'honneur avec la sortie d'une compilation officielle de ses premières démos.
Originaire de
Buffalo dans l'état de New-York à l'instar de
Cannibal Corpse et d'un certain Glen Benton,
Malevolent Creation prend forme en 1987 sur les cendres de Resthaven autour de ses membres historiques Brett Hoffmann (RIP 1967-2018, vocaux), Phil Fasciana (guitare) et
Jason Blachowicz (basse) mais aussi du batteur Dennis Kubas et du second guitariste
Jim Nickles. Après l'enregistrement d'une première démo trois-titres dans un style thrash metal vicieux et l'obtention d'une solide expérience
Live dans sa région d'origine, le désormais trio Hoffmann/Fasciana/Blachowicz décide de quitter la grisaille et le chômage de la
Rust Belt pour s'établir à l'hiver 1988 à Fort Lauderdale en Floride où Fasciana possède de la famille et donc un pied-à-terre. Rejoint par le guitariste Jon Rubin et par le futur-
Monstrosity Lee Harrison derrière les fûts,
Malevolent Creation entame sa carrière sur une terre de death metal en pleine éclosion et grave deux albums devenus classiques du genre que sont "
The Ten Commandments" (1991) et "
Retribution" (1992) qui lui permettent d'acquérir un statut culte parmi les aficionados du death metal US. Eternel second couteau de la scène floridienne, sujet à de nombreux changements de personnel et fier de ses treize full-lengths de qualité variable avouons-le,
Malevolent Creation nous revient en novembre 2020 avec la sortie de la compilation "
The Demos" en format double-CD sur le label néerlandais Vic Records.
Initialement conçu pour promouvoir le travail primitif d'un groupe notamment auprès de labels en vue d'une signature, le format démo permet également à posteriori d'apprécier la phase de gestation du combo concerné et ainsi d'appréhender plus pertinemment sa discographie officielle. En celà, l'intérêt majeur de ce recueil des trois ébauches sonores du gang de Phil Fasciana réside dans la possibilité qu'il offre à l'auditeur de mesurer l'évolution musicale de ce dernier au cours des cruciales trois premières années de son existence. Parue dans l'underground et distribuée via le fameux réseau du tape-trading en 1987, la première démo de
Malevolent Creation pose les bases d'un thrash metal rapide et dégueulant de haine évoquant ci et là les référentiels
Slayer et
Kreator notamment, via l'implacable et perfide "
Sacrificial Annihilation" qui apparaîtra quatre ans plus tard sur le premier effort "
The Ten Commandments" ou encore le supersonique "Confirmed
Kill". Dans une veine toujours aussi résolument thrash, influence historique incontestable et essentielle du groupe, la démo de 1989 voit le rythme s'accélérer encore davantage avec l'effrené "Injected
Sufferage" également présent sur le debut-album, un "Epileptic Seizure" frôlant le plagiat du "
Captor of
Sin" de
Slayer ainsi qu'un moins inspiré "Violent Offspring" voyant Brett Hoffmann mimer quasi-outrancièrement Tom Araya.
Plus aboutie, l'ultime ébauche de 1990 permet définitivement à l'entité floridienne d'afficher un style plus lourd, personnel et résolument death metal malgré ses influences thrash dont elle ne se départira jamais véritablement.
Percutants et solides, les "Remnants of
Withered Decay", "
Decadence Within" et "
Impaled Existence" iront plus loin que d'annoncer simplement la teneur des propos à venir de "
The Ten Commandments" puisqu'ils figureront carrément sur le dangereux premier album du combo édité en 1991 sur Roadrunner Records. Péter des nuques et briser des mâchoires en brochette, voici le dessein du grand et redoutable
Malevolent Creation en
Live pour qui ose s'aventurer dans le pit d'un gig du groupe pour s'y faire démonter le crâne. Pour en rendre compte efficacement, notamment aux puceaux scéniques de la horde redneck (Trump is my
President) floridienne, Vic Records a eu la judicieuse idée d'agrémenter "
The Demos" de bonus
Live fort affriolants. La "
Live Demo" de 1989 tout d'abord, voyant l'entité malveillante pratiquer avec une certaine verve son
Slayer worship dans un océan de vitesse, le "
Live" de 1993 et son interprétation sans faille de l'hymne "Coronation Of Our
Domain" enregistré à Wichita dans le
Kansas l'année précédente, mais surtout l'inédit (tout du moins pour les collectionneurs de supports officiels de MC, bootleggers exclus) "
Live at the Thrash Can, Miami Florida, 17/08/1990". Ce soir-là, partageant l'affiche avec le mythique Death sur la première date de son "The
Crusade of
Brutality North American Tour" et fronté par le vénéneux Brett Hoffmann, certainement que le combo fit éclater la chair et couler le sang dans la fosse à coups de "Multiple Stabwounds" et autres "
Sacrificial Annihilation".
Illustré par un artwork à l'image du groupe signé Thomas Pinheiro, simplement efficace et sans fioritures, "
The Demos" constitue un précieux témoignage des vertes années du mighty
Malevolent Creation, légende authentique du death metal US ayant contribué tel un ouvrier discret, à la forge du style dans l'ombre des cadors mais sans aucun temps mort malgré les aléas du temps et quelques controverses. Compilant les trois démos d'une entité maléfique en plein déploiement avant le lâcher de chiens sur l'imparable diptyque "
The Ten Commandments"/"
Retribution" et dédié à la mémoire de Brett Hoffmann tragiquement décédé d'un cancer du colon en 2018, ce VIC238DCD fait également la part belle à l'expression
Live survitaminée et mortifère du combo. Hautement indispensable aux fanatiques du gang de Fort Lauderdale. No one can destroy this malevolent creation !
Tiens marrant, je me suis écouté 2 skeuds du groupe cette semaine. Donc ça me fait plaisir de voir qu'ils vont sortir les démos sur un même cd, plus des live, cool j'ai hâte d'en faire l'acquisition. Et vu ta Chro ça donne la hâte encore plus impatiente...
Merci pour le papier qui retranscrit un p'tit historique du groupe.
Merci pour ton retour :) J'écoute aussi énormément Malevolent en ce moment, les deux premiers mais aussi Doomsday X et Invidious Dominion que je trouve très bon. La compilation est également agrémentée d'une bio assez complète et intéressante.
Sympa ton papier, c'est exactement ce que on a envi de lire sur ce type de produit, l'histoire du début du groupe, sans de chichi, tout en décrivant la musique.
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