Quelle ne fut pas ma surprise de voir
WASP nous proposer un double live après la tournée de l’album le plus controversé, pour ne pas dire le plus haï, de sa carrière. Autant sur album K.F.D. bénéficiait d’une homogénéité et d’un impact à part entière mais sur scène, noyé au milieu des hymnes bien heavy du groupe, on pouvait émettre de sérieux doutes. Ces derniers ne pouvaient que se renforcer en sachant que
Live in the Raw avait laissé une déception encore prégnante dans la mémoire des fans.
Dès les premières secondes, on se fait souffler par le son des guitares, à la fois puissant et crade, qui crache le feu sur un medley d’ouverture monstrueux. Blackie est en voix et la section rythmique ne fait pas de quartiers, au moment de
Chainsaw Charlie, on se retrouve cloué au mur. La basse, tenue par Mike Duda, mixée brillamment, sonne juste pour appuyer là où ça fait mal. Merde. Noiraud Sans-Loi déjoue les pronostics les plus favorables et nous colle une raclée qui va rester dans les annales. Mais ce n'est pas sur les classiques du groupe qu’on attend vicieusement la horde sauvage à l’orée du bois pour un tir de compèt’, mais bien sur les titres du dernier méfait : osera-t-il en proposer ? Réussira-t-il à les intégrer dans une setlist cohérente ? Quel rendu auront-ils sur scène, étant donné que K.F.D. est un album à la production extrêmement travaillée ?
Le premier titre à pointer le bout de son nez figure en cinquième position, à la suite du hit L.O.V.E
Machine : Killahead. Certainement pas le plus simple à intégrer et à faire sonner tellement il est brutal et compact, le genre d’uppercut dévastateur qui, une fois placé, sonne un KO, un titre que j’aurais vu en finale. Mais Blackie connaît son job bien mieux que l’amateur qui vous parle ; il se sert astucieusement de ce titre pour ouvrir une brèche et apporter un dynamisme destructeur de par son refrain martelé comme un slogan politique : le changement c’est maintenant ! On retrouve la rudesse et la simplicité de la version studio, à ceci près que la voix de Blackie n’est pas retranscrite avec des effets, elle est laissée nature, c’est une seconde voix qui vient en renfort qui est trafiquée. A partir de ce moment-là tous les témoins sont au vert. Go Go Blackie !!! Le temps de s’envoyer en l’air avec un
I Wanna Be Somebody de gala, et voilà la deuxième bastos, U. Titre à l’intro spatiale affirmée, avant un break qui laisse le loisir à Blackie de faire vibrer ses cordes vocales avec finesse avant de se mettre à vomir les pires insanités sur une ancienne relation. Derrière la batterie sonne une charge martiale déterminée. Le solo de Chris finit de nous faire vriller le cerveau. Une véritable réussite. Mais ce qui va suivre s’annonce hors-normes.
Les prochaines pièces à passer sur le grill ne sont rien d’autre que les titres aux atmosphères les plus soignées de K.F.D,
Kill Your Pretty Face et The Horror. Mais oser enchaîner ces deux monstres, n'est-ce pas prendre le risque de casser le rythme de la setlist, et plomber l’ambiance ? Le Heavy de
WASP s’il s’est toujours plus ou moins vautré dans la barbaque et le stupre, gardait un côté fun. Même les titres de Crimson Idol et Headless
Children qui franchissaient un pas décisif en matière de classe et de puissance, dégainent du riff pour faire se lever et chanter le public ; K.F.D. rompt la tradition et s'annonce comme une condamnation à mort sans retour possible. Alors verdict ? Sur
Kill Your Pretty Face, on se retrouve dans un mano a mano entre la voix de Blackie et la guitare de Chris, la batterie jouant les arbitres impartiaux, le refrain en forme de crescendo lance le titre comme un train lancé plein gaz vers l'enfer. The Horror permet encore une fois à Blackie de briller à travers des vocalises à la gravité poignante, toute la première partie du morceau est parfaite, mais après le premier refrain, le titre s’affaisse pendant près de deux minutes, pour mieux repartir derrière, il y avait sûrement matière à abréger les débats pour les rendre plus éclatants. Le fait que ces deux titres terminent le premier cd est bien pensé, étant donné le rythme et l’atmosphère qu’ils transmettent, une pause est bien venue après ces deux assauts.
Sur le deuxième cd, peu de choses à rajouter si ce n’est que les titres toutes époques confondues rendent vraiment bien avec ce son très raw, en particulier
The Headless Children. Et lorsqu’on passe à un registre plus intimiste, à l'instar de
The Idol, l’émotion demeure palpable et jouissive, l’exercice est maîtrisé de bout en bout. Je m’arrêterais un instant sur le dernier titre tiré de K.F.D, Little Death, peut-être le plus bourrin du live, sur lequel Blackie et sa meute se lâchent comme des affamés sur un morceau de bidoche fraîche et sanguinolente ; total respect au batteur, Stet Howland, qui explose tout sur son passage.
Il était intéressant de voir comment les titres raffinés et envoûtants de Crimson Idol pouvaient cohabiter avec ceux de K.F.D.. Sans parler d’harmonie, il ne faut pas exagérer, les arrangements proposés (medleys et recalibrage des titres de K.F.D.) mettent définitivement en avant des facettes plus complémentaires qu’opposées. On retrouve les classiques de la première heure, sans oublier cette fois Animal. L’ensemble est d’une solidité inattendue, à la limite renforcée. N’oublions pas qu’il règne une atmosphère chaotique et ultra violente sur tout le live, ce qui assure, du même coup, une ligne directrice qui fait le pont entre les époques.
Avant de refermer ce chapitre, deux-trois points me chiffonnent, je me permets de vous les partager. Si le livret propose un montage photos atypique, le line-up n’y est absolument pas mentionné, ni un récapitulatif des dates et lieux de tournée. Pour trouver le line-up, il faut se focaliser sur l’intérieur de la back cover, il a été glissé en loose. On ne sait pas si la prise son a été faite sur un ou plusieurs concerts, en tout cas, étant donné l’homogénéité et la qualité du rendu, difficile d’imaginer qu’il n’y a pas eu retouches voire complète refonte en studio, mais bon, depuis que
Gene Simmons a avoué à Blackie, pris de remords après ses ajustements studio sur
Live in the Raw, que les Alive étaient de purs produits studio, ce dernier ne se pose plus trop de questions à ce niveau-là. Ensuite, si on prête attention, non pas aux écrans, montés en croix, qui diffusent du porno sur les photos, mais à la dernière page qui reprend la tracklist, on peut voir qu’à la suite des titres, entre parenthèses, apparaît le ou les noms des compositeurs, or sur les titres de K.F.D., seul le nom de Blackie apparaît, exit Chris. A moins que les titres aient été réarrangés par Blackie, uniquement peut-être, ce dernier considère qu’ils lui appartiennent dorénavant. Quoiqu’il en soit, ce milieu reste un terrain de chasse pour prédateurs avertis, quelque soit le niveau auquel on se situe, on partage un temps les compos, les emmerdes, mais jamais le succès, et encore moins le pognon.
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