The Eye of Every Storm

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Nom du groupe Neurosis (USA)
Nom de l'album The Eye of Every Storm
Type Album
Date de parution 29 Juin 2004
Enregistré à Electrical Audio
Style MusicalPost Hardcore
Membres possèdant cet album133

Tracklist

1. Burn 07:07
2. No River to Take Me Home 08:43
3. The Eye of Every Storm 11:56
4. Left to Wander 08:10
5. Shelter 05:17
6. A Season in the Sky 09:50
7. Bridges 11:35
8. I Can See You 06:09
Total playing time 1:08:47

Chronique @ Scoss

22 Octobre 2010
Une plaine du Midwest désertique étouffée par une grisaille menaçante, une rivière fangeuse charriant des limons poisseux telle le Styx conduisant les âmes en enfer, des herbes hautes se courbant au gré des vents sableux, une église solitaire désertée par la foi dont le tintement sinistre du clocher se perd dans l'écho venteux pour disparaître à jamais, ...

Telles sont les images qu'évoquent l'écoute de cet album de Neurosis.

En 2004 les californiens de Neurosis n'ont plus rien à prouver. Avec près de 20 années de carrière au compteur, Neurosis est devenu l'un des groupes les plus respectés et influents de la scène Metal/Hardcore se permettant de poser les bases d'un style novateur et de le faire évoluer album après album. Après A Sun That Never Sets qui avait vu la musique du groupe prendre une nouvelle dimension grâce à l'incorporation d'instruments acoustiques (guitare, violon) dans de longs morceaux où l'ambiance prévalait, qu'attendre de Neurosis sur cet album?

Sans surprise, le groupe nous surprend encore une fois. Qu'on se le dise, Neurosis ne se répète jamais d'un album à l'autre tout en gardant ce savoir faire reconnaissable entre mille. En effet, dès les premières secondes de Burn, le morceau d'intro, l'auditeur est à la fois déboussolé par tant de changement et réconforté de retrouver une musique qui, intrinsèquement, ne peut provenir que de Neurosis. Une batterie tribale et puissante, rejointe par deux guitares pachydermiques, la voix de Steve Von Till rocailleuse et virile mais surtout plaintive. Un premier frisson sur un pré-refrain hallucinant, le morceau repart, s'emballe avant de laisser place à une plage planante et psychédélique avant un final glaçant et surréaliste chargé d'émotions.

Telle est la recette de Neurosis. Des morceaux longs et introspectifs qui prennent vie au fil des minutes, qui s'animent à chaque note jouée avant de s'emballer et se finir dans un final puissant, riche en émotions. Ceci pourrait s'avérer répétitif et ennuyeux pour n'importe quel groupe, mais pas dans le cas de Neurosis. Car les musiciens d'Oakland sont doués; trop doués, trop intelligents, trop sincères dans leur démarche artistique. Entre riffs Doom/Sludge, rythmes tribaux, ambiances acoustiques et expérimentations sonores, le groupe tisse un canevas sonore d'une puissance émotionnelle sans égal.

Que ce soit sur No River To Take Home où l'on s'imagine aisément flotter, porté par une rivière qui ne nous conduit vers la déchéance, sur l'instrumental, minimaliste et oppressant Shelter ou encore sur le sublime I Can See You dédié à un proche décédé, Neurosis transporte l'auditeur dans un monde sombre, dépréssif, introspectif et surréaliste dont la beauté n'a d'égal que le désespoir qu'il renferme.

Et que dire du morceau titre? Véritable pièce maîtresse de près de 12 minutes qui renferme toute l'essence de cet album majestueux. Un rythme lent et oppressant, une voix désespérée, des choeurs glauques, mais surtout des expérimentations sonores indescriptibles de beauté, d'angoisse et de justesse, une incroyable descente aux enfers ponctuée par un passage dans l'oeil du cyclone où Steve Von Till, presque a capella, hurle son désespoir, par dessus les samples hallucinants de Noah Landis.

On ressent tout au long de The Eye of Every Storm une violence palpable mais maîtrisée que le groupe exprime avec une sincèrité déroutante, lors d'explosions de rage quasi-apocalyptique (Bridges, Burn, ...). Car c'est bien là que réside toute la force de Neurosis, dans sa capacité à exprimer tout en retenu une rage et un mal être latents, ne faisant qu'accroître la sincérité de la démarche des Californiens. Comment ne pas être profondément touché par I Can See You. Les arpèges de guitares égrénés doucement, le chant solennel et mélodieux de Steve Von Till s'acheminent petit à petit vers l'explosion ultime de rage et de tristesse. Possédé, il hurle, hurle la perte de son ami, prie qu'il revienne. Les hurlements provenant du fond de ses entrailles laissent alors place aux sanglots du violoncelle avant qu'il ne rende dans un dernier souffle de lucidité un dernier hommage à son cher disparu.

Les mots sont en réalité bien trop vains pour décrire la sublimité de cet album intemporel. Neurosis n'est pas en avance sur son temps, Neurosis est en dehors du temps, réalisant un album sans égal. Les nombreuses expérimentations sonores associées au son à la fois cristallin et pachydermique des guitares confèrent à cet album une ambiance absolument unique.

Doux et violent à la fois, brut et mélodique, The Eye of Every Storm est un album avant-gardiste d'une beauté incroyable. Une oeuvre complexe, introspective et expérimentale qui nécéssite de nombreuses écoutes avant de révéler son incroyable contenu émotionnel, mais qui laisse derrière elle tous les superlatifs.

Un chef d'oeuvre!

5 Commentaires

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adrien86fr - 22 Octobre 2010: Pfff tu as une syntaxe de malade ! Bravo Scoss
blackangeladaria - 24 Octobre 2010: Une super chronique pour un super album.
Rien a ajouté vu que tout est dit dans ta chronique.
Bravo.
 
mykerinos - 01 Novembre 2011: excellente chronique pour cet album qui est certainement mon disque préférée toutes musiques confondus.
Absolument parfait
ArchEvil - 04 Juin 2012: Cet album aurait été signé chez Constellation qu'il n'aurait pas fait exception au catalogue. Plus ca va, plus Neurosis adopte un discours éthéré, commence à tenir de plus en plus du rock de Gy!be. La noirceur accablante et autodestructrice du passé se métamorphose en une dépression sourde et presque pétillante par moments. La production perd en profondeur ce qu'elle gagne encore en sobriété. La plupart des arpège sont réduits à leur plus simple définition. Le Neurosis avec lequel j'ai le moins décollé. Peut être des moment un peu trop sirupeux.

Ca reste un album de Neurosis, à l'image de leur carrière : unique, avec un feeling déstabilisant.

merci pour cette excellente chronique.
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Commentaire @ Svartolycka

06 Juillet 2004
Le nouvel album de Neurosis est le nouveau pavé dans la mare musicale ambiante et une bonne occasion au groupe de voler à mille lieux des précédents enregistrements. Et si certains pensaient que « A Sun That Never Sets » était l’album le plus culotté car le plus posé, ils se sont foutus le doigt dans l’œil, car ce nouveau disque, brise à sans cesse les limites même que le groupe a façonné durant sa carrière, comme quoi la démarche du groupe est toujours dans le mouvement. Pour preuve, Cet « Eye Of Every Storm » faisant table rase du passé. Reprenant les bases premières du dernier album-studio ainsi que le son, l’ambiance de « Neurosis & Jarboe » (étant déjà un monument d'ambiances malsaines et oppressantes), le groupe (comme à son habitude) a habilement tissé des titres très mélodiques et beaucoup plus atmosphériques où le chant agressif a totalement disparu, où l’ambiance se fait plus insidieuse et sirupeuse ainsi qu’une sonorité et des rythmes pas si éloignées du rock, se terminant dans des apothéoses émotionelles ENORMES. Car ces éléments hétéroclites sont transcendés par une émotion semblant contradictoires à « A Sun That Never Sets », mais qui au final même si elle se fait plus triste est en fait un paradoxe sensitif extraordinairement puissant. Des parties musicales foutent bien des frissons tant que la décharge émotionnelle est au-dessus de toute quantification. Tout cela montrant que ce disque est bel et bien un album de Neurosis et malgré le peu d’apparition de violons et le retour des parties indus se tenant juste à des incursions spectrales mais bien présentes, « The Eye of Every Storm » se montre tout aussi angoissé, peut-être même encore plus car particulièrement triste et davantage pessimiste dans sa démarche ainsi que dans son apparence. Et au fil des écoutes du disque, on prend peu à peu ses marques, certaines parties sont d’une cohérence chaotique bluffant, certains riffs viennent du tréfonds de l’âme pour un groupe définitivement habité par sa musique. Nous auditeur, nous sortons à moitié groggy, le souffle haletant, signe que l’on a passé une nouvelle expérience émotionnelle rare.

Miroir inversé de « A Sun That Never Sets » ce dernier opus est la marque spirituelle d’un groupe hors-espace.


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amonamarth78 - 08 Décembre 2007: Un chef d'oeuvre comme tous les Neurosis.
No River To Take Me Home est sans doute l'une des plus belles chansons de Neurosis.
A posséder absolument !
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Commentaire @ amonamarth78

04 Janvier 2008
Le dieu du son nous offre une fois de plus un chef-d'oeuvre inégalable...

Après des véritables monstres comme Enemy of the Sun ou Times of Grace qui pouvait prévoir que Neurosis ferait encore plus majestueux ?
Car oui cet album est définitivement Majestueux !
"Burn" le titre d'intro nous met direct dans l'ambiance, c'est léger mais très dépressif et nerveux.Un Morceau, qui est une prélude à la tempête...
Et elle vient tout de suite après : "No River To Take Me Home" impossible de décrire l'impact émotionnel de ce titre soit vous ressentez ce titre avec toutes vos tripes et là c'est de la "Grande Musique" soit vous ne ressentez rien et il vaudrait mieux que vous abandonniez Neurosis.
Car cet album ne déroge pas à la règle, il est totalement introspectif.
Tous les titres de l'album sont magnifiques mais il faudrait aussi mentionner "A season In The Sky" pour sa construction, elle commence calmement puis finit en tempête avec là encore une force émtionnelle sans précédent et qui fait la force du combo américain.

L'album se termine sur "I Can See You" sûrement la chanson la plus triste et négative de Neurosis que j'ai pu entendre, une tristesse pure et qui fait pleurer. L'album se termine donc sur une note pessimiste car tout porte à croire que derrière tout ça il y a du vécu et la lassitude devant cette société qui fait de nous des machines...

"The Eye of Every Storm" est un album noir, peut-être le plus noir de Neurosis, il est certes léger au niveau du son mais sa force de frappe en est déculplée, il touche là où il veut toucher et pas ailleurs.Pas de doute on est dans le grand, le très grand car Neurosis est une entité stable(aucun changement de line-up)et qui fait sa musique avec toute son âme .

Pour ceux qui aiment la musique torturée et maladive et surtout ceux qui aiment l'art !

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Commentaire @ neuroben

17 Décembre 2007
Extraordinaire, sublime, poignant... les mots me manquent au moment de décrire cet album. Comment décrire avec exactitude, et sans multiplier les superlatifs, la décharge d'émotions qui m'assaillent à chaque écoute ? Comment poser des mots sur l'indescriptible, sur cette sensation de s'envoler loin, de flotter littéralement et de laisser vagabonder son âme, porté par un torrent d'émotions d'une fabuleuses richesses ?
Qui donc pourrait comprendre à part celui qui, après avoir enclenché sa chaîne hifi, à fermé les yeux et c’est abandonné pour mieux ressentir tout le désespoir de « No river to take me home », la plénitude de « The Eye of Every Storm », la beauté teintée de désillusion de « a season in the sky » ou encore l’émouvante complainte de « I can see you » ?!!

Plus qu'un album, cet "Eye of every Storm" est un véritable voyage au plus profond de vous-même, une intériorisation salvatrice qui à elle seule, est susceptible de changer le regard que vous portez sur l’existence et ses sentiers tortueux.

Une baffe énorme dont, vous l'aurez compris, je ne me suis toujours remis, et un album qui m'accompagnera sans doute jusqu'à ma mort. Au delà des styles et des étiquettes, 68 minutes de quintescence musicale, ni plus ni moins.

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