Morningrise

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18/20
Nom du groupe Opeth
Nom de l'album Morningrise
Type Album
Date de parution 24 Juin 1996
Produit par
Enregistré à Unisound Studio
Style MusicalDeath Progressif
Membres possèdant cet album548

Tracklist

1. Advent 13:45
2. The Night and the Silent Water 10:59
3. Nectar 10:09
4. Black Rose Immortal 20:15
5. To Bid You Farewell 10:54
Bonustrack (LP Editon)
6. Eternal Soul Torture 08:35
Total playing time 01:14:37

Chronique @ eulmatt

27 Mars 2008
L’heure de la confirmation a déjà sonné. Grâce à Orchid, Opeth s’est ouvert les portes d’un univers artistique paraissant sans limites. Par la même occasion, il a généré une attente fiévreuse au sein d’un monde du metal interloqué par le phénomène.
N’ayant pas tout dit sur Orchid, Opeth décide de poursuivre allègrement dans cette même veine, sauf que la réussite de leur premier opus leur permet d’aller plus loin dans la démesure. Et c’est donc par le biais de compositions plus longues et copieusement progressives que les Suédois entament la création de Morningrise.

Au travers de cette voie résolument ambitieuse, Opeth se singularise un peu plus.
C’est ainsi qu’Advent, le premier morceau, crée résolument une fracture rédhibitoire entre la frange la plus passionnée des fans d’Opeth, et celle plus hermétique des amateurs d’un metal plus direct, qui ne se retrouvent plus dans cet univers pointu, ardu et trop complexe. Faisant résolument partie de la première faction, je confirme combien il est regrettable de s’arrêter à une première écoute qui, il est vrai, peut apparaître presque pénible. Toutefois, il est à noter que Morningrise est bâti sur une construction allant du plus complexe au plus épuré, ce qui peut encourager les plus sceptiques à ne pas décrocher. Ô combien ils ne le regretteront pas. Nous reviendrons sur le cas Advent à la fin de la chronique.

Enchaînons plutôt sur l’incroyable The Night And The Silent Water, peut-être, dans l’esprit, le morceau le plus doom de toute la discographie d’Opeth. Quasiment tout au long de ce titre, le tempo reste plombé, très lent. Autour de cette rythmique étonnamment nonchalante, mais jamais pesante, les instruments à cordes déploient toute leur richesse, alternant parties saturées essentiellement basées sur des lignes mélodiques très élégantes, et des pauses acoustiques plus légères, le tout gardant une forte empreinte mélancolique, qui fait la cohérence et le sens artistique du morceau. Puis vient enfin l’apothéose dans les deux dernières minutes, avec le retour du thème initial légèrement revu, amenant un surplus émotionnel absolument génial.

Nectar, plus varié et pluriel, puise davantage dans les passages plus intransigeants où le guttural d’Akerfeldt et la double pédale viennent renforcer l’aspect massif et monumental de la musique qui, pour le reste, s’appuie toujours sur les constructions guitaristiques imbriquées et sur une basse décidément fondamentale, dans son rôle de liant mélodique indispensable à la cohérence du jeu complexe des guitares. Les breaks acoustiques se font ainsi plus abrupts et surprenants, et l’on sent qu’à aucun moment Opeth ne veut perdre la maîtrise du tempo et de l’atmosphère, multipliant les enchaînements et les ruptures. Il en résulte une désorientation qui perturbe de prime abord, mais qui devient appréciable au fil des écoutes, révélant une richesse faite de détails et d’univers en plusieurs dimensions.

Comme je l’annonçais précédemment, le disque montant crescendo, le Black Rose Immortal qui suit est un monument. Ses vingt longues et époustouflantes minutes pourraient résumer à elles seules le sommet artistique qu’atteint Opeth sur Morningrise. Durant la première moitié du morceau, on a droit au côté le plus sombre d’Opeth, résolument tourné vers un metal intransigeant et massif, qui souffre peut-être à ce niveau des limites d’une production peu tournée vers la puissance pure, mais qu’importe. Les growls descendent un peu plus bas, la rythmique y compris au niveau des guitares retrouve de l’impact et du groove, sans jamais rompre avec une finition mélodique jamais galvaudée. Véritable colère glacée, cette première partie n’en demeure pas moins d’une richesse époustouflante, ponctuée ça et là de courtes pauses judicieuses et enchaînant en permanence sur de nouveaux thèmes tous plus accrocheurs les uns que les autres. Puis soudain, la tempête s’apaise, et un superbe chant clair vient introduire le second volet du morceau, d’une tristesse mélancolique sans fin, qui n’a d’équivalent que sa beauté. La remarquable partie acoustique chargée d’émotion s’enchaîne alors avec des riffs lyriques monumentaux, et l’intensité émotionnelle monte encore d’un cran pour atteindre des sommets enclins à donner la chair de poule au plus insensible d’entre nous. Une émotion savamment entretenue par le thème final qui clôt magistralement l’ouvrage, après un dernier accès de fièvre métallique. L’immersion est telle que les derniers repères spatio-temporels ont disparu pour de bon. Les sentiments affluent, diffus et exacerbés, baignant entre plénitude et désespoir.

Tous les sens étant désormais éveillés par une telle orgie musicale, le dessert n’en sera que plus goûteux. To Bid You Farewell, sa finesse incroyable, cette basse virevoltante et raffinée, ces touches acoustiques envoûtantes…c’est bien d’une langoureuse ballade dont il s’agit, et les Suédois démontrent pour la première fois (ce ne sera pas la dernière) une nouvelle facette de leur expertise. Beau à en pleurer, ce titre dépasse toutes les frontières stylistiques et ne peut que faire frémir tout individu pourvu de la sensibilité musicale même la plus commune. Rompant avec les changements intempestifs de rythmes et de mélodies, Opeth découvre avec délice la terrible force d’immersion de ces longues effluves mélodiques, lancinantes et entêtantes qui, au fil des minutes, font leur effet hypnotique…quand soudain, un riff glacé, épique et génial, vient éclater, pour parachever avec majesté les dernières minutes de ce moment de jouissance musicale. Une fois de plus, après plus d’une heure d’un voyage incroyable, on a cette formidable sensation d’avoir à nouveau touché au divin.

Comme promis, je reviens à Advent…que forcément vous allez écouter d’une autre oreille. Comment ne pas apprécier ce savoir-faire, ne serait-ce que par ces premiers riffs à l’assise massive et la finition soignée, signe d’une évidente maturité technique ? Et les écoutes successives, révélant toujours plus de détails et de cohérence, ne feront que renforcer continuellement l’évidence que l’on est face à quelque chose de grand, même si ce morceau reste peut-être le plus hétérogène et hermétique du disque.

La condition sine qua non étant remplie, Opeth devient par le biais de son second chef-d’œuvre un groupe culte. Poussant une première fois son exploration jusqu’à une des limites de son vaste territoire artistique, la plus progressive et la plus chargée, les Suédois signent là un premier joyau confirmant un potentiel vertigineux.

8 Commentaires

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ArchEvil - 04 Juin 2008: Oh my god, quel disque. Mais quel disque, camarades ! Tellement beau, tellement naturaliste, tellement transcendant, pas d'improvisation sans fond, des fresques accoustiques d'une emphase authentique, une musicalité inspirée à toute épreuve, un riffing puissant et coulant à la fois, de longues compositions qui se déroulent comme des comptine aux 4 saisons. Une merveille, proportionnelle à cette magnifique chronique. Merci matt'
Krokodebil - 15 Novembre 2008: Je me réécoute à présent ce bijou pour la énième fois, donc j'ai voulu en relire les chroniques ... Celle-ci est de loin la plus aboutie et la plus parfaite, la seule omission c'est le terrible hurlement sur la fin de Black Rose Immortal ...
Je n'en reviens toujours d'écouter un album aussi magnifique ... Entre The Night and The Silent Water, Black Rose Immortal et To Bid You Farewell, rien qu'entre ces 3 morceaux il y a de quoi faire ...

Un grand chef d'oeuvre, et une chronique qui le lui rend bien :)
Vrael - 28 Mai 2011: J'écris ces lignes tout en écoutant "Black Rose Immortal" sur Youtube. J'ai tous les albums du groupe depuis Still Life jusque Watershed... ma surprise est intense. Je connaissais à peine cet album de réputation, et je prends ce morceau - et ces chroniques - en pleine face. Je pensais que Blackwater Park était le sommet, je n'avais pas vu le monument derrière.
L'émotion ici est si pure, tantôt brutale (mince, ça ressemblait bien à du black là, j'ai pas rêvé ?) tantôt mélancolique (bon dieu quelles mélodies, et ces ambiances)... la discograpie d'Opeth est pavée de chef d'oeuvres, mais alors là...

Une chronique aussi spontanée que travaillée qui touche au but, à l'image de ce Morningrise.
Miskatonic - 23 Octobre 2013: Chronique passionnée sans être transie. Le top.

Morningrise est un album unique. Un pur joyau à emporter dans la tombe. Après l'excellent Orchid, Opeth atteint les cieux avec ce chef d'oeuvre atemporel, distillant un riffing terriblement inspiré, des mélodies pures et jamais tape à l'oeil, des interludes acoustiques d'une grande beauté, un savant mélange de brutalité et de mélancolie. Tout est parfaitement en place et se fond magistralement pour donner un album d'une très grande maturité et d'une cohérence artistique sans faille. Un must du death prog, dont le morceau phare, Black Rose Immortal, peut sans problème se comparer au Echoes des Pink Floyd dans sa dimension narrative, épique et progressive.

La suite n'atteindra jamais, à mon sens, le niveau émotionnel et le feeling extraordinaire de cet album.
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Chronique @ sargeist

31 Janvier 2006
Un an après le magnifique Orchid, Opeth remet le couvert avec ce Morningrise, toujours sur Candlelight.
L'album dure près de 66 minutes pour 5 titres, donc des titres encore plus longs, "Black Rose Immortal" dépassant les 20 minutes.

La pochette est de toute beauté, ainsi que le booklet, mais c'est une habitude chez ces Suédois surdoués.

Certains titres datent d'avant Orchid et ont été composés en même temps, donc le style est similaire, avec un côté progressif encore plus poussé.
Le son est bon, la basse très (très) en avant, ce qui est un bonheur vu le talent du musicien. Le mixage a certainement privilégié un son plus bas, rond, sourd, qui manque peut-être un peu de relief.

Les breaks acoustiques sont encore plus fréquents (ce qui, j'avoue, casse parfois le rythme), et la profusion des riffs, mélodies, thèmes encore plus poussés. Les morceaux ne finissent jamais comme ils ont commencé. On pourrait même faire 3 albums avec un seul de ces titres.

A tel point qu'il faut certainement une bonne vingtaine d'écoutes avant de "commencer" à appréhender le disque... Bref, un disque qui peut durer très longtemps si on s'y plonge bien mais où on peut se perdre, voire décrocher. C'est une question de goûts. Moi, j'adore.

Le titre "Black Rose Immortal" est un exemple à lui seul de ce que Opeth est capable de faire: Death brutal, pointes Thrashy, soli Heavy, acoustique mélancolique, mélopée fragile, passages psychédéliques, ritournelles exquises, transes répétitives...

Sur tout le disque Michael se révèle comme un vrai chanteur, sensible. Certes, s'il n'a pas une grande voix, il est toutefois doté de ce petit quelque chose de bluesy qui donne le frisson... Par contre, quand il hurle, ce n'est plus le même homme...

Le dernier morceau, "To bid you farewell", est une ballade presque entièrement acoustique chantée en voix claire, un pur bijou du niveau -je vais me faire des amis- d'un "Stairway to Heaven". Un grand titre.

Pour finir, je l'ai assez dit, ce disque est aussi bon que le précédent, une pièce d'orfèvrerie comme on n'en fait plus. Apparemment, le préféré des fans!

Que puis je mettre d'autre que 20?
8 ans après, chaque fois que je le ressors, je me régale...

La légende continue...



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David_Bordg - 27 Juillet 2014: en plus le peu de voix en clair d akerfeldt est somptueux et une basse qui ronronne avec un groove fabuleux ne se retrouvant que cette opus!! certes les autres aussi sont tous terrible mais cedlui ci est un nectar(la chanson porte bien son nom) unique!!!
David_Bordg - 27 Juillet 2014: en plus j ai eu la chance de decouvrir opeth avec celui ci, c est peu dire
David_Bordg - 27 Juillet 2014: et ouiopeth et to bid farewell est du niveau de led zep autre reference por moi!!
David_Bordg - 27 Juillet 2014: car fan du dirigeable egalement
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Commentaire @ guitarboss25

24 Juin 2006
J'ai découvert Opeth grâce à Morningrise. Chaque chanson dure au moins dix minutes et même jusqu'à plus de vingt minutes avec Black Rose Immortal. Dans chaque morceau, la diversité est aussi grande que celle de l'album tout entier (mais ils ne se ressemblent pas énormément pour autant), il est donc inutile que je parle de chaque chanson une par une.

Je souligne d'abord la prestation de la guitare électrique. On part des riffs sanglants tels qu'on les trouve dans le death metal à des riffs plus recherchés. On trouve quelques solos excellents. Il arrive quelquefois qu'un guitariste joue en clean. Côté effet, il y a bien sûr l'effet disto saturé mais aussi à certains moments un effet qui sonne plutôt blues voire jazz. On écoute ici deux guitaristes plus qu'expérimentés.

Certes, la guitare électrique joue un excellent rôle, la guitare acoustique est de même très sollicitée. On entend même de la guitare classique. De nombreuses mélodies y sont jouées. Cette utilisation donne un effet beaucoup plus recherché.

L'autre prestation étonnante est celle du chanteur. Comme les différents passages sont très variés, il s'adapte à chaque situation. Il a l'air de savoir chanter autant du Decapited que du Led Zepplin.

Morningrise est un des albums les plus recherchés qui soit. Il y a une grande diversité notamment grâce à la guitare électrique et acoustique et à la prestation du chanteur. On trouve aussi des violons dans Black Rose Immortal. Ce qui ressort, c'est la grande maturité de chacun des musiciens.

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