Putain, 27 ans ! 27 ans que
Rotting Christ, groupe emblématique de la scène grecque, ayant contribué à en façonner le son et l’identité si uniques au côté de ses compères de
Necromantia et autres
Rotting Christ ou Septic
Flesh, délivre son dark metal sulfureux et romantique et parcourt les scènes du monde entier.
La réputation des vétérans hellènes n’est plus à faire depuis longtemps, ceci dit, il manquait encore quelque chose pour parachever leur admirable carrière à la longévité exemplaire (onze albums quand même, excusez du peu !): la horde grecque n’avait toujours aucun enregistrement live officiel à son actif sinon quelques bootlegs grésillants à la légitimité douteuse.
Il était donc grand temps de pallier ce manque dans la carrière du groupe, et c’est désormais chose faite avec ce
Lucifer Over Athens enregistré à la maison en décembre 2013 devant un parterre de fans conquis. Et qui a toute les raisons de l’être d’ailleurs, jugez plutôt : 31 titres pour près de 2h15 d’un show magistral aux allures de best of immanquable, il y a plutôt de quoi être satisfait !
C’est le titre
666 tiré du dernier excellent album du groupe qui nous accueille en douceur, nous plongeant dans une ambiance à la fois épique, guerrière et mystérieuse à coups de cornes de brumes, de choeurs évanescents, de claviers sibyllins et de mantras guerriers.
Et c’est parti pour 2h15 de concert, les Grecs nous servant un set très carré et relativement dépouillé, direct et sans beaucoup d’artifices, principalement axé sur un jeu de guitares efficace et maîtrisé. Les mélodies typiques du groupe sont donc bien mises en avant, avec un son excellent, peut-être même un peu trop propre pour un live déploreront les grincheux, qui argueront que le tout manque un peu de ce côté rugueux, crasseux et sauvage que l’on est en droit d’attendre d’un live de metal extrême.
En même temps, il s’agit de
Rotting Christ, groupe qui n’a jamais été réputé pour sa grande violence, et le live, assez fidèle aux versions studio, ne transfigure pas particulièrement l’art des Grecs, qui reste définitivement un dark metal entraînant, mélodique et accrocheur à défaut d’une musique vraiment agressive et démoniaque.
Reste que le mix est carrément excellent, et on apprécie vraiment l’effort du quatuor, qui a dû passer pas mal de temps à retravailler ses bandes pour obtenir un son à la fois clair et puissant et offrir ainsi aux amateurs du groupe une qualité d’écoute optimum: aucun instrument n’empiète sur les autres, et tous forment une cohésion musicale parfaite – même la basse est audible, ce qui est assez rare pour être souligné, et les claviers, discrets, complètent idéalement le tableau, tissant en fond des toiles épiques et oniriques qui ajoutent une profondeur appréciable à la musique et aident à s’immerger totalement dans l’univers de
Rotting Christ.
Les guitares enchainent les riffs imparables aux mélodies entêtantes avec une fluidité peu commune (
Forest Of N’Gai et son très bon solo mélodique qui résonne de manière étonnamment limpide, l’excellent solo de Societas Satanas, parfaitement retranscrit), et les Grecs font preuve d’une belle énergie (
Quintessence, ou In Yumen –
Xibalba, à la puissance redoutable, et sur lequel Themis Tolis s’en donne à cœur joie en martelant ses fûts comme un sourd), avec un jeu très propre et soigné. Sakis est sacrément en forme et en voix, haranguant régulièrement la foule entre les morceaux pour relancer la machine, et livrant une prestation impeccable, à la fois puissante, juste et carrée.
Au niveau des titres, il y a à boire et à manger, et on sent bien que
Rotting Christ présente ce live comme un bon condensé de ses plus de 25 ans de carrière : toutes les périodes du groupe sont représentées, et on appréciera notamment de trouver de nombreux morceaux du premier album culte de 93, The Mighty Contract, ainsi que quelques morceaux ancestraux tels Feast of the Grand
Whore ou
Forest of N’ Gai, datant de démos précédant cette pièce d’anthologie.
Avec six titres de The Mighty Contract et trois pièces de choix du petit dernier,
Kata Ton Daimona Eaytoy, la boucle est bouclée, le groupe ne faisant l’impasse que sur un
Khronos, qui, il est vrai, ne représente pas l’apogée musicale des Grecs. Les tubes s’enchaînent donc, mêlant moments de rage et d’agressivité et passages plus intimistes et contemplatifs, unissant passé et présent d’un groupe à la patte toujours identifiable, et, même si c’est l’aspect le plus brut de
Rotting Christ qui est mis en avant, la dimension épique n’est pas pour autant totalement délaissée, avec des titres comme Demonon Vrosis, aux choeurs féminins et aux claviers mystérieux bien présents, ou
The Call of The Aethyrs, titre puissant servi par des orchestrations qui rajoutent une profondeur non négligeable au titre, et cette outro aux allures de BO de peplum, préservant ainsi l’esprit si cher au groupe.
En fin de set, un The
Sign of Prime
Creation explosif vient remettre le feu au pit avec ces magnifiques riffs roulants chargés d’une beauté et d’un mysticisme ésotériques, s’enchaînant judicieusement sur le classique
Non Serviam, toujours aussi impeccablement servi par ces guitares lourdes et majestueuses. Le concert se termine sur un
Noctis Era païen et fédérateur, avec ces éructations sauvages et ce rythme guerrier aux faux airs d’
Amon Amarth grec, et les clameurs d’un public éreinté mais transi.
Que dire de plus ? Avec 31 morceaux pour plus de deux heures d’un show retranscrivant parfaitement l’identité du groupe de ses débuts à aujourd’hui,
Rotting Christ prouve s’il en était encore besoin qu’il est un grand groupe, aussi à l’aise sur les planches qu’en studio. Une belle pièce à posséder absolument pour tous les amateurs du groupe, en espérant qu’on n’aura pas à attendre 27 autres années pour la sortie du prochain live...
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