Le monde est parfois injuste. Le dilemme du chroniqueur est de pouvoir trouver le chemin le plus objectif possible lorsqu'il s'attèle à une rédaction, tout en sachant que le vieil adage des goûts et des couleur ne pourra jamais être contourné...
Imaginary Sonicscape ne m'a pas touché comme l'ont fait
Hail Horror Hail et Scenario IV. Il semble même troquer son aura unique en échange d'une performance éblouissante et d'un affranchissement total du black metal. Admirez le contraste... et pourtant...
Le passage de Cacophonous Record à
Century Media, c'est déjà une chose. Le groupe sort un album plus cristallin, plus propre, cisaillé au millimètre et un grain de guitare amputé de ses hautes fréquences frissonnantes.
La question du matériel en est une autre. Un synthétiseur chez Mirai, c'est un joujou exutoire brillant de mille feux. On connaît notre homme d'une inspiration sans limite à ce moment. Et maintenant qu'il a les moyens d'aller plus loin, Miraï réalise ce qu'un artiste digne de ce nom ferait : Il se lâche. Il créée, il découpe, il bidouille, il s'inspire de tout comme de rien et ira même chercher vers le psychédélisme et les atmosphères théatrales et baroquisantes pour pousser son avidité toujours plus loin et briser les dernières chaînes qui le reliaient au black metal.
Il réorganise ses pistes, fait honneur au patronyme de
Sigh en jouant sur les sonorités et celles-ci n'ont jamais été aussi alambiquées, aussi variées. On passe des sifflements du Moog sur Scarlet Dreams au son de piano gargouillant typique des Fenders sur Impromptu en passant par un clavinet psyché et glamour sur Slaughtergarden Suite et sur ce Hammond nourri par un flanger glougloutant transcendant des titres comme Ecstatic Transformation. Ce dernier est une pièce reniflant le stoner qui aurait discrètement copulé avec le premier
Cynic pour son côté totalement décalé et iconoclaste.
Le talent de notre orchestrateur à réaliser un tel pot-pourri étincelant de cohésion est admirable. S'inspirant d'un univers musical immensément large tout en dosant expérimentation et ces cassures formidables dont il a le secret depuis
Infidel Art.
Sa capacité à donner au clavier une importance capitale dans sa musique est équivalente à sa grande sensibilité mélodique, le magnifique et torride Nietzschean
Conspiracy, mêlant valse, relents de jazz-rock et atmosphères ardentes en est la meilleure preuve.
Sur cette base inébranlable trône une exécution sans bavure aucune. Sinichi était déjà un virtuose qui, au lieu de se prendre pour le guitar hero national comme son doué compatriote You Oshima et nous gaver d'une maîtrise académique pompeuse, avait ce feeling heavy speed terriblement entraînant, livrant des soli instinctifs et très riches, à l'image de ce que Akira Tagasaki pouvait servir sur
Loudness en 84, tout en faisant preuve d'une pléthore de variations en fonction des thèmes que Miraï exploitait.
Sur
Imaginary Sonicscape, notre gratteux a encore étendu son champs d'expression, tournant définitivement la page sur leur enracinement old school. Davantage enclin à explorer les harmonies orientales, à alourdir son jeu ou même à lui donner une chaleur très bluesy tout en gardant cette signature heavy monstrueusement efficace.
Quant à Satoshi au jeu plutôt basique s'est mis beaucoup plus sérieusement à potasser son instrument. On y retrouve ses lignes binaires naturelles et suffisantes pour aérer un tant soit peu le spectre très fourni de
Sigh, tout en n'hésitant pas à groover avec plus d'assurance, à y placer quelques motifs bienvenus. Ce tout en sachant que la richesse musicale reste essentiellement concentrée sur les leads et nécessite un jeu de batterie peu élaboré pour ne pas sombrer dans la boulimie.
Plus que par le passé, création, liberté et audace sont les maîtres mots de ce
Imaginary Sonicscape. Bien plus complexifié et planifié que ses prédécesseurs, il se hisse comme l'oeuvre la plus aboutie de
Sigh à ce jour ainsi qu'un tournant discographique à 90°, prenant le sentier menant vers le melting-pot absolu aux ambiances alambiquées et presque volages, au détriment d'un souffre étrange qui enrobait
Hail Horror Hail et Scenario IV : Dread Dreams...
Cette amertume irréelle, cette folie déchirée et déchirante, ce bal schizophrène et impulsif, cette noirceur rêveuse et fastueuse qui habitait ces deux oeuvres n'est plus, biaisant désormais mon jugement. L'aura de
Sigh a changé, et parfois, le changement aussi bénéfique soit-il, vous laisse une désagréable sensation de manque.
Avec toute l'objectivité du monde,
Imaginary Sonicscape est la plus grande oeuvre de
Sigh et aurait largement mérité un 19. Brisant toutes frontières à chaque mesure, ces grands artistes sont aptes à toucher un public aussi large, varié et passionné que l'est leur musique.
Un groupe immensément grand, le pied toujours en avant vers l'évolution. Une trilogie déjà culte hissant les trois compères au panthéon du rock nippon. A jamais.
Mention spéciale pour ma part à Dreamsphere et son solo tout simplement jouissif.
J'ai apprécié le coté baroque même si je m'aventure peut être en qualifiant l'album ainsi, au niveau technique tout du moins. Mais l'aspect exubérant et foutraque est assez fidèle à l'idée que je me fais du baroque.( Je suis inculte)
Je l'ai trouvé très agréable à écouter, bien que complexe, bourré d'éléments divers... Bref,il s'agit d'un grand album, qui a du demander un travail assez considérable.
Merci pour la chronique, claire et détaillée. :)
D'accord aussi sur le reste, Sigh est très "funky", et je préférerais toujours le Sigh obscur, aboutissement technique ou pas.
Avec le démarrage "Corpsecry" sur base de heavy/thrash à taper irrésistiblement du pied et où viennent se greffer des claviers virtuoses, les chants féminins et la construction de "Scarlet Dream" calqués sur "Infernal Cries", on pourrait croire à un Scenario IV-bis.
La suite montre un visage différent, comme si l'album s'émancipait progressivement de son aîné : plus foisonnant et cristallin, en contrepartie moins cohérent et sombre que Scenario IV. D'une piste à l'autre, Imaginary Sonicscape a tendance à sauter du coq à l'âne, là où la progression de son prédécesseur ressortait à forces d'écoutes plus logique, avec ses thèmes qui repointaient le bout de leurs harmonies par ci par là.
IS est une sorte d'aboutissement, la patte expérimentale du combo y est poussée à son paroxysme. Je le trouve paradoxalement plus accessible grâce à sa prod' ultra-décapée au Pliz mais je garde une préférence pour le côté obscur et le feeling old-school de Scenario IV.
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