Premier disque de
Kiss dans les années 90, «
Revenge » faisait suite au très controversé «
Hot in the Shade » de 1989 , un album sorti à la fin de l'ère du Glam
Metal qui permit au groupe d'aborder les tons attendus de l'époque.
A l’évidence, s’il est important de rappeler que «
Hot in the Shade » fut certifié disque d'or, il faut savoir qu’il fut également une véritable déception commerciale puisqu’à l'aune des années 90, les membres de ce quatuor (démaquillé pour le coup) ont vite compris qu'ils devaient agir rapidement et résolument pour rester dans la course après une série d'albums Pop et de tournées sans réels éclats.
Ce faisant, il est vite devenu certain que le combo américain aurait besoin d'une voix visionnaire pour le guider dans cette transition, et c’est pour cette raison qu’il fit appel à Bob Ezrin ; soit, la personne qui a contribué à propulser le groupe vers de nouveaux sommets avec le légendaire «
Destroyer » de 1976.
Indéniablement, ce qui allait devenir le nouveau disque de
Kiss était également une occasion de « rédemption » pour Bob Ezrin puisque sa dernière collaboration avec le groupe remontait à « Music from « The
Elder » », un disque qui avait à l’époque entraîné le groupe vers les abysses ; alors que de nos jours, il semble que la plupart des fans de
Kiss apprécient désormais cet opus étrange de 1981. Qui plus est, le groupe a retrouvé un autre membre du passé en la personne de Vinnie Vincent, mais uniquement en tant que compositeur.
En effet, l’intéressé est crédité sur "
Unholy", "
Heart of
Chrome" et "I Just Wanna", et, avec ces deux renforts de poids, le quatuor a pu déployer de sérieux efforts pour offrir un album encore considéré par les aficionados comme étant les meilleures quarante-huit minutes et cinquante et une secondes de
Hard Rock intense jamais enregistrées par
Kiss.
Cet album marque également les débuts officiels du batteur Eric Singer en lieu et place de
Eric Carr (cet opus lui est d’ailleurs entièrement dédié), qui succomba le 24 novembre 1991, terrassé par le cancer, un anévrisme et une hémorragie cérébrale le jour même de la mort du légendaire Freddie Mercury ; état de fait qui permet de comprendre pourquoi les journaux de l’époque n’en avaient pas fait mention. Contrairement à Carr, qui était un batteur quasiment inconnu jusqu'à son passage chez
Kiss, Singer était un batteur expérimenté, ayant joué avec des artistes aussi divers que
Lita Ford,
The Cult,
Badlands, ou encore le légendaire
Alice Cooper.
Dès lors, il serait aisé de dire que «
Revenge » est l'album où le passé, le présent et le futur de
Kiss se sont rejoints puisque
Gene Simmons,
Paul Stanley, Vinnie Vincent,
Bruce Kulick,
Eric Carr (c'était lors du tournage du clip de "
God Gave Rock 'N Roll to You" dans lequel il apparait une dernière fois car il avait supplié le groupe de le laisser jouer dans ce clip), Eric Singer et le futur guitariste, Tommy Thayer, participèrent tous à l'album d'une manière ou d'une autre. Ce faisant, «
Revenge » peut être considéré comme étant le disque le plus «
Trash » de
Kiss puisqu’il est fondamentalement plus nerveux et que le chant est devenu plus posé, tandis que les riffs sont beaucoup plus lourds. D’ailleurs, Eric Singer affirme sa valeur en frappant sa peau bien plus fort que n'importe quel autre batteur du groupe ; et si l’on ajoute à cela la technique nettement améliorée de
Gene Simmons et la magie studio de Bob Ezrin (bien que ses extravagances soient moins perceptibles ici que sur «
Destroyer »), il est indéniable que tous les ingrédients sont réunis pour faire de ce disque un succès.
Assurément, dès le morceau d’ouverture intitulé "
Unholy", l’auditeur ressentira une lourdeur inhabituelle car c'est la première fois que Simmons redevient le diable qu’il était avant la période sans maquillage ; dans laquelle il explique que toutes les atrocités du monde sont l’œuvre des êtres humains. Indéniablement, il s’agit-là d’une rupture totale avec le Glam et les années 80 puisque le groupe canalise la brutalité d'une nouvelle décennie, pile au moment où le monde souterrain du
Metal extrême gagne en notoriété médiatique comme jamais auparavant ; à l’instar de "Spit" où
Gene continue sa résurrection diabolique grâce à son nouveau côté terrifiant, même si la chanson évoque le fait de se taper une « fille de joie » assez… dégueulasse dirait-on !
Dans cette même catégorie se trouve "Tough Love" qui, comme sa devancière, explore également les limites de ses fantasmes sexuels dans cette chanson très intéressante et très Heavy, même si son refrain n’est pas des plus accrocheurs.
Malheureusement, "Take It
Off" pulvérise quelque peu ce constat en tombant dans tous les clichés que le morceau d'ouverture avait évités avec des répétitions intempestives du refrain ; à l’instar de "
God Gave Rock and Roll to You" (une reprise d’
Argent sortie initialement en 1973) qui vient également renforcer cette impression.
Fort heureusement, quelques pistes permettent à l'album de s'améliorer considérablement, comme en témoigne "
Domino", une chanson Blues-Rock irrésistible, ou encore l'entraînante "
Thou Shalt Not" qui pourrait être vue comme étant une chanson qui aurait pu figurer sur « Electric » du groupe
The Cult.
Par la suite, le disque prend une tournure plus intéressante avec la ballade acoustique "Every Time I Look at You" qui peut être ressentie comme un choc pour le système étant donné l'ambiance de «
Revenge », mais on comprend la position de
Kiss compte tenu du succès rencontré par leur ballade à succès "
Forever" sur le précédent opus ; ce qui fait que l’on ne peut pas vraiment reprocher au groupe de tenter de décrocher le jackpot une deuxième fois comme ils en ont toujours eu l’habitude (avec plus ou moins de succès).
Du reste, "
Heart of
Chrome" demeure une super chanson née sur une idée originale de Vinnie Vincent dans laquelle on peut ressentir la haine qu’il a dans le cœur par la façon dont il construit ses phrasés et ses solos de manière assez violente ; tandis que "Paralyzed", l'une des chansons qui n'avaient pas été retenues pour «
Hot in the Shade », demeure bizarre dans sa composition alors qu’elle commençait assez brutalement. Ce faisant, elle est assez facile à oublier et le groupe aurait d’ailleurs dû l’oublier aussi car elle n’apporte pas grand-chose à cet opus.
Enfin, on assiste au dernier combat de Vinnie Vincent avec
Kiss dans "I Just Wanna", une énième aventure sexuelle pleine de sous-entendus, tandis que l'album se termine avec "Carr Jam 1981", une démo enregistrée par
Eric Carr au début de son mandat dans le groupe et incluse en hommage à son décès. Pour la petite histoire, il s’agit en fait d’un instrumental de batterie enregistré à l'origine avec le regretté
Ace Frehley pour «
Music from the Elder ». Les oreilles les plus attentives auront d’ailleurs remarqué qu’il s’agissait en fait des prémices du titre "Breakout" du Spaceman, extrait de son album «
Frehley's Comet » de 1987. Pour rester dans la légalité, le quatuor démaquillé a dû le notifier pour des raisons légales (ce qui fait que sur l'album de Frehley, Carr est crédité comme co-auteur sur "Breakout").
En définitive, «
Revenge » n'est pas seulement l'un des meilleurs albums de la période sans maquillage du groupe car il est tout simplement l'un de leurs meilleurs albums de tout leur catalogue. Indéniablement, la perte de de Carr aurait pu fragiliser le groupe puisque perdre un batteur de son calibre aurait pu en sonner le glas. Néanmoins, Eric Singer attendait dans les coulisses, et sa contribution est inestimable puisque «
Revenge » réunit tous les ingrédients d'une réussite.
Bref, si le groupe n'a par la suite plus jamais atteint ce tournant en tombant plutôt dans le conformisme et le confort de se répéter afin de revivre les gloires passées, il est évident que s’ils doivent être reconnus pour quelque chose, c’est bien pour cet album.
Belle chronique pour cet album qui tourne depuis sa sortie.
Le gars d Ultrason à Auch m avait conseillé cet album car il y voyait 1 retour en grâce du groupe avec 1 solide production . Le bougre avait raison....Kiss avait réussi a revenir fort grace à des morceaux extra calibrés et 1 production énorme.
Kiss tout de cuir vêtu revient fort et prépare indirectement la résurrection du Kiss originel.
Bravo
La date de la mort de Freddie Mercury et d'Eric Carr est le 24 novembre 1991 (et non le 2).
Bien vu grogwy! Merci beaucoup je corrige tout de suite! J'ai dû sauter le 4 en ecrivant!
J'ai honte de pas l'avoir vu à la relecture!
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