Immortel

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Nom du groupe ADX
Nom de l'album Immortel
Type Album
Date de parution 17 Octobre 2011
Style MusicalSpeed Metal
Membres possèdant cet album65

Tracklist

1. Daemon 01:49
2. Immortel 05:33
3. Pachydermus 05:02
4. Messe Rouge 04:17
5. Le Secret 04:10
6. L'Adieu aux Armes 04:33
7. Baptême de Sang 03:11
8. les Larmes du Diable 05:25
9. Le Carnaval des Lâches 04:43
10. Delirium 03:52
11. L'Ombre du Chasseur 04:08
12. Se Perdre 04:31
13. Le Dernier Geste 04:12
14. Vehuiah 01:34
Total playing time 56:59

Chronique @ largod

10 Mai 2014

L’ange blanc

« Francisco Pino Farina est un catcheur français (né espagnol), principalement connu pour son travail dans les années 1950 et 1960 sous le pseudonyme de l'Ange Blanc. Il est considéré, avec André the Giant, comme le plus grand catcheur français de l'histoire. Sa popularité était telle qu'il est parfois considéré comme l'équivalent français d'El Santo. L'un des premiers catcheurs français spécialisés dans le combat aérien, il combat d'autres catcheurs français célèbres tels que Le Dragon de Bagnolet, Le Bourreau de Béthune, Roger Delaporte ou Robert Duranton2. Masqué pendant la quasi-totalité de sa carrière, il enleva finalement son masque à la fin des années 1960 par décision des promoteurs, sa popularité commençant à baisser, et afin de ne pas être confondus avec les autres catcheurs qui travaillaient masqués en se faisant passer pour l'Ange Blanc1. »
On remercie haut et fort Wikipédia pour ce paragraphe tout entier consacré à la gloire d’une icône du catch. Un peu moins vieux qu’il n’y parait, mes premiers souvenirs en la matière remontent aux retransmissions télévisées en noir et blanc commentés par Roger Couderc le samedi soir. Celui qui faisait office du gentil roublard s’appelait Le Petit Prince, de son vrai nom Daniel Dubail. Celui qui m’intriguait le plus était le fameux Zarak, affublé d’un masque rouge et jaune orné d’un Z sur le front, bad-boy anglo-saxon ayant fait une bonne partie de sa carrière de catcheur puissant et fourbe dans l’hexagone. Combien auront vainement essayé de lui retirer son masque lors de combats acharnés et violents…

Magnifiquement illustré d’un ange « gris » pétrifié sur un fond blanc, ce nouvel album d’ADX paru fin 2011 tombe le masque.
Bien plus dense et compact que Division Blindée, cet opus à la teinte musicale plus sombre constitue un condensé de speed thrash auquel les Isariens ne nous avaient plus habitués depuis longtemps. Les douze pistes, hormis les deux instrumentaux magistraux ouvrant et fermant le bal, regorgent pour sept d’entre eux d’une débauche de riff speed dans l’esprit du « Vampire » figurant sur Exécution. La production confiée à Fred Rochette suscite parfois le débat pour le parti pris d’un son résolument moderne autant que pour les décrochages et les nombreux changements de rythmes que certains jugeront indigestes : accordons à ADX la maturité assumée de leurs compositions et saluons le travail inlassable des guitares, secondé par la présence éclaboussante de Klod à la basse et par la frappe de mule de Didier « Dog » Bouchard, métronomes rythmiques de la mécanique des fluides de cet acier doux.
Quant à Phil, son chant parfois poussif (mollo la clope) passe de justesse sur certaines pistes alors que son talent de parolier mérite d’être souligné.

Les respirations heavy de l’album font l’effet du fameux coup de la corde à linge tant leur épaisseur à tendance à asphyxier le plus téméraire des auditeurs.
A commencer par le colossal « Pachydermus » dont le riff vous écrase avec douceur avec ses variations de tempo malsaines alors que l’accélération de fin de piste annoncée par Klod et relevée par les tartes balancées par Dog vous décloue du sol et fait office d’un massage cardiaque vigoureux. Batteur et bassiste reprennent à nouveau leur œuvre pharaonique de sous-bassement au soutien du riff sec et nerveux de « Delirium » au refrain désespéré de Phil « Ici, personne ne peut m’entendre, ici, personne ne peut comprendre ». Les soli thrash de Betov et Bernard-Yves s’accommodent plutôt bien de ses ambiances plus angoissantes. Mis en valeur par une introduction en son clair de guitare, les premiers accords plaqués de « Le dernier geste » expédie ce morceau vers les contrées de la mélodie massive, propulsée par une basse de cuirassé et saupoudrée d’un refrain martial.

Vous aimez les prises de soumission ? Les écrasements après un saut depuis la quatrième corde ? Vous appréciez les descentes de coude ? J’en vois certains sourire, préférant sans doute lever le coude pour mieux assurer la descente…
Quoiqu’il en soit, lorsqu’ADX sort l’artillerie, le résultat est proprement hallucinant. Le title-track « Immortel » ouvre le bal sous l’orage aussi foudroyant que la frappe démoniaque de Dog, les riffs furieusement dévastateurs de Betov et Bernard-Yves, la tracto-basse de Klod et le chant vaillant de Phil. L’office se poursuit avec le tonitruant « Messe rouge », hostie offerte pendant que Klod et Dog balancent des parpaings derrière un Phil invectivant les fidèles d’un « La peur s’est invitée, la messe rouge des suppliciés ». L’excellent travail en rythmique comme en solo des copains six-cordistes illuminent à nouveau « Le secret », gras et alerte, ponctué des « Au nom du père, au nom du fils et du sacrifice » irrespectueux d’un Phil parfois à la peine. La messe est dite et « Baptême de sang » déboule ventre à terre dans une débauche de décibels.
Quittant la nef principale, ADX s’invite au « Carnaval des lâches » sabre au clair et clairon en main. La charge des guitares est brutale, ralentissant à peine pour repartir plein fer, et la frappe de Dog particulièrement lourde. Le chant de Phil ne peut que se mettre en retrait derrière cette orgie thrash. L’histoire peu recommandable contée sur le lugubre « L’ombre du chasseur » permet à nouveau à Klod de s’amuser avec des lignes de basse tortueuses. Phil peine à suivre par instants le rythme échevelé imposé par ses camarades. « Se perdre » vient clore telle une bombe H la partie explosive de cet album. Le riffing décape sévère et Phil assène « Aux frontières de l’éternel, la raison est irréelle » dans un dernier souffle. Signalons les soli rarement passés en force par nos deux duettistes, et leur recherche permanente de ligne mélodique et de sonorité de leur temps sur des pistes aussi véloces et vertigineuses.

La troupe ralentit un poil la cadence sur « L’adieu aux armes » qui confirme l’incapacité de Phil à grimper désormais dans les cimes des aigus, lui qui avait dans ses jeunes années une voix si haut perchée. Klod « ta’basse » sur ce vigoureux mid-tempo bien en sève. Mention spéciale en ce qui me concerne sur « Les larmes du diable » qui, à défaut de faire pleurer le Malin, pilonne sec avec musicalité. Et quel refrain ! « Dans les entrailles de la Terre, la guerre fait rage en Enfer, plus de Loi, plus de Roi ». La partie de jambes en l’air de Dog détonne dans le tonnerre des guitares et de la ligne de basse envoyée dans un esprit très Der Kaiser.

Fortunes diverses, cet album ne sera pas suffisamment défendu en live alors que les différentes compositions s’avèrent taillées pour passer avec succès l’épreuve de la scène. Appliquant une recette connue sur le bout des doigts, l’alchimie agit tout au long des quatorze titres qui s’écoulent et s’écoutent avec plaisir. Bavard plus que de raison, ADX ne se perd pourtant pas en chemin et il serait judicieux de réhabiliter ce concentré de mélodies et de furie auprès d’un public conquis depuis des lustres par ces combattants du ring, dignes successeurs des Anges Blancs, Bourreau de Béthune et Zarak.
Dans le rôle du gentil lutteur, les gars de l’Oise inscrivent patiemment le nom de leur groupe au Panthéon des Immortels, peuplé d’anges malicieux et bienveillants. Loin du royaume des faux-semblants que le catch a su imposer, ADX dispose d’une arme fatale de tout premier choix, aussi efficace qu’un Tombstone Piledriver administré par The Undertaker.
L’ange blanc peut se rendormir…


Didier – avril 2014
Les amis sont des anges qui nous soulèvent
Quand nos ailes n’arrivent plus à se rappeler comment voler

10 Commentaires

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largod - 14 Mai 2014: Merci pour vos posts et bonne (re)-découverte.
Elevator - 14 Mai 2014: Bravo Didier, et merci d'avoir défendu cet excellent album si souvent décrié.
samolice - 14 Mai 2014: Ta chro est excellente. Je ne dirais pas qu'elle est meilleure que le disque mais je ne suis pas loin de le penser. Les quelques écoutes que je lui ai consacré ne m'ont en effet guère enthousiasmé, surtout comparé à l'album précédent que j'apprécie beaucoup. Comme je n'ai toujours pas le petit dernier, je pense que je vais prendre d'un coup les 3 derniers le mois prochain et revenir dans quelques temps réviser - ou pas - mon commentaire. Encore merci pour ce texte Didier!
MarkoFromMars - 15 Mai 2014: Comme beaucoup ici, impossible de ne pas évoquer l'exceptionnelle trilogie originelle, la suite ayant connu diverses fortunes. Ce n'est mon préféré non plus, adhérant en cela à l'analyse de Jérôme et au ressenti de Sam. Belle chro, dense comme un spear en plein buffet, merci Didier.
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