Si il y a bien une étiquette que l'on pouvait coller sans risque à
Sigh dès
Infidel Art c'est celle de progressif. Par là, j'entend progressif dans l'attitude. A l'image de
King Crimson en son temps,
Sigh tenait à réinventer sa musique en y mêlant un nombre incalculable d'influences, d'y accoupler l'encre noir d'un metal Frostien, mélodique par excellence avec un bagage de sonorités très diverses et étudiées pour modifier les textures, provoquer des cassures étranges, jouer sur l'art du contraste, du psychédélisme et de la symphonie. Et si nous ne sommes pas encore arrivé au fantasmagorisme sous acide que le groupe exploitera à la perfection à partir de
Hail Horror Hail, ce Ghastly
Funeral Theater dévoile déjà la plupart des cartes que
Sigh tirera dans les années à venir.
Sigh n'est pas un groupe jouant sur l'expression individuelle. C'est un mouvement d'ensemble décidé à prendre de gré ou de force toute la liberté nécessaire afin d'en tirer son jus expressif, quitte à faire de l'iconoclasme. Pourtant, ils parviennent à garder intact un socle old school ancré dans les 80', faisant bénéficier à leurs oeuvre d'un riffing très prononcé, et essentiel au vu du feeling magique et de la grande maîtrise des guitaristes.
Beaucoup plus accessible, plus metal dans l'attitude pourtant plus solennel que son successeur, Ghastly
Funeral Theater, suite logique de
Infidel Art, s'apparente à 3 colonnes élaborées, modernistes, représentant chacune une progression délirante vers un monument en ébène, le tout entouré d'une intro et d'une outro et tronqué par un interlude symphonique assez proche du baroque, un peu ennuyeux ( 3 minutes 10 pour un morceau assez anecdotique ) même si son premier mouvement au clavier se montre de très bonne facture.
Shingontachikawa et Doman Seman sont deux progressions relativement classique, mais gagnant en étrangeté par l'apparition de breaks tantôt bluesies, tantôt bordés d'un chant clair plaintif ou encore d'une guitare sèche.
Le premier fait penser à
Solitude Aeturnus par ses lenteurs et son riffing à la croisée des chemins entre heavy et doom. L'expérimentation s'y éveille timidement, mais reste ténue par une utilisation du clavier encore très traditionnelle.
Le second devient nettement plus intéressant et préfigure déjà le
Sigh que nous connaîtrons par la suite. D'une teinte plus sombre, gagnant en rebondissements, son premier mouvement partant sur une guitare acoustique swinguant et amorçant la machine sur une explosion psyché inquiétante, tenue par violons crispants et claviers atonaux. Le riff digne d'un Tom G.
Warrior et les nuances progressives prenant parole au fil de la pièce, qui termine sur une nappe de synthé grandiloquente au travers de laquelle une flûte artificielle se permet sa petite ritournelle.
Shikigami clôture le disque d'une manière encore plus noire, plus lourde, qui nous enferme dans un climat de décrépitude propre aux ténors du doom metal ( chose qu'ils resserviront encore sur
Hail Horror Hail et Scenario IV en composant les terrifiants 12 Souls ou Black
Curse, beaucoup plus expérimentaux ). Cette nappe symphonique introductive mêlée au son d'un saxo artificiel ( instrument très apprécié de Mirai, certainement pour ce côté langoureux qu'il injecte dans la plupart des réalisations du groupe ) entame une pièce aux cassures structurelles beaucoup plus marquées, motifs de guitare prenant une tournure vraiment torturée et changements de rythmes soudains. Les dissonances finales achèvent cette lente chute, désirant écraser pour de bon les restants de nos entrailles. On regrettera d'ailleurs sa trop courte durée en comparaison à son début encore fort conventionnel.
Ghastly
Funeral Theater est témoin d'un groupe s'émancipant doucement mais sûrement. En dépit du fait que cet E.P ne soit pas vraiment abouti, il représente le chaînon intermédiaire entre une période black metal reniflant le baroque et une ère de liberté créative sans commune mesure.
Il est aussi la confirmation de l'évolution lente mais prodigieuse que le groupe opérait en ces années, même si à son écoute, il est encore difficile d'imaginer la tournure démesurée que la musique du groupe prendra dès l'incroyable
Hail Horror Hail.
Mais son public n'aura pas à attendre longtemps.
Sigh tirera son missile peu de temps après la sortie de cet E.P, ce qui explique son existence assez sporadique.
Perso j'ai acquis la quasi totalité de la disco de Sigh sur eBay, mais tu peux trouver une grande partie de la disco du groupe sur Osmose par exemple.
PS: pas besoin d'être modeste, même si d'autres écrivent aussi bien, cela reste trop rare quand on voit le nombre de torchons qui sont publiés sur SOM. Donc, je persiste et signe.
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