Beyond the Red Mirror

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Nom du groupe Blind Guardian
Nom de l'album Beyond the Red Mirror
Type Album
Date de parution 30 Janvier 2015
Labels Nuclear Blast
Produit par Charlie Bauerfeind
Enregistré à Twilight Hall Studios
Style MusicalPower Mélodique
Membres possèdant cet album150

Tracklist

1. The Ninth Wave 09:29
2. Twilight of the Gods 04:51
3. Prophecies 05:26
4. At the Edge of Time 06:55
5. Ashes of Eternity 05:41
Bonustrack (Digipack)
6. Distant Memories 05:52
7. The Holy Grail 06:01
8. The Throne 07:55
9. Sacred Mind 06:24
10. Miracle Machine 03:03
11. Grand Parade 09:28
Bonustrack (Earbook)
12. Doom
Total playing time 1:05:13

Chronique @ Eternalis

08 Fevrier 2015

C’est clairement amer que nous ressortons des multiples écoutes de "Beyond the Red Mirror"

Prétendre qu’une œuvre sera celle de l’année ou de la décennie avant même qu’une seule partie, aussi infime soit-elle, soit révélée, est un risque immense auquel il faut toujours faire attention. Savoir raison garder, intransigeance respectée et surtout ne pas s’avancer sur quelque chose dont on ne sait encore rien.
Pourtant, des artistes attisent ces effets pour la simple et bonne raison qu’ils ne déçoivent que très rarement, qu’ils conservent un niveau de qualité et d’exigence si haut après de nombreuses années que les voir ne serait-ce qu’en-dessous de leur niveau habituel apparaît comme une hérésie.

Une fois n’est pas coutume, les Germaniques de Blind Guardian ont su faire patienter les fans. Quatre ans et demi d’attente depuis "At the Edge of Time", vu comme exceptionnel chez certains et gageure d’un style unique depuis vingt-cinq ans. Quatre ans et demi de rumeurs, d’interrogations et de nouveautés offertes au compte-gouttes par Hansi et André eux-mêmes, laissant entrevoir une œuvre plus grande et grandiloquente que tout ce qu’ils avaient jamais réalisé jusqu’à aujourd’hui.
Il ne va pas sans dire que Blind Guardian n’a pas fait les choses à moitié du côté des moyens, puisque ce dixième album a été réalisé en collaboration avec pas moins de deux orchestres (Prague et Budapest) ainsi qu’une chorale professionnelle (celle de Boston) et que plus d’une centaine de musiciens parsèment et interviennent sur "Beyond the Red Mirror".

Conceptuellement, ce disque n’est également pas comme les autres puisqu’il trace un lien étroit avec "Imaginations from the Other Side", particulièrement "Bright Eyes", et qu’il participe à élargir encore un peu plus la mythologie des personnages créés par Hansi, qu’ils soient humains ou métaphoriques (le temps, le vide, l’élu, l’espace, la peur). De plus, le line-up semble toujours aussi soudé et Barend Courbois enregistre pour la seconde fois consécutive la basse sur un disque en tant que musicien de session et futur musicien Live. Bref, tous les éléments sont réunis pour signer LE chef d’œuvre que tous attendent. Mais dans quelle direction ?
Si l’on occulte les premiers disques, vestiges d’un univers et d’une personnalité aujourd’hui évanouie et lointaine, les trois derniers albums studios prirent trois directions complètement différentes. "A Night at the Opera" était complexe à l’extrême, d’une technicité affolante et suffocant pour certains. Puis arriva "A Twist in the Myth" qui était bien plus direct et power mais décevra d’autres pour cette identité qui s’étiolait au profit du heavy allemand. Et enfin "At the Edge of Time", partagé entre plusieurs pièces épiques et symphoniques dantesques et morceaux purement heavy qui lui permettaient d’être hétérogène et varié pour ainsi plaire à beaucoup. Donc, vers quel chemin va donc se diriger "Beyond the Red Mirror" ? Et bien, au grand dam de certains (pas le mien, soyez-en sûr), c’est plutôt vers "A Night at the Opera" que l’album va pencher, sans pour autant n’être qu’un vulgaire plagiat. Nous parlerons plutôt de direction artistique.

"The Ninth Wave" surprend dès les premières mesures. Jamais les chœurs n’avaient été aussi solennels, n’avaient sonné aussi gros, aussi imposants, aussi mystiques et d’une beauté saisissante. Il n’est même pas exagéré de dire que jamais un groupe n’avait fait une chorale ainsi jusqu’à aujourd’hui. Blind Guardian ne recule devant rien puisqu’il va progressivement apporter de l’épaisseur sur cette féérie musicale d’abord par l’introduction surprenante de samples électroniques (une première également), de la voix ténébreuse d’un Hansi toujours unique et de nappes de guitares sombres à souhait. Apparaissent déjà des symphonies parsemant les arrangements, d’une grande finesse, laissant sous-entendre qu’un très grand moment nous attendait. Le morceau va ainsi se décanter en gardant une propension bien plus sombre que d’habitude, notamment sur les riffs et l’accordage des guitares. Mais inutile d’aller plus loin sans le point le plus fâcheux qui, tel une ombre, reviendra sur l’intégralité du disque : La production. Cela semble impossible, d’abord venant d’un groupe aussi pointilleux que les Allemands et ensuite d’un producteur comme Charlie Bauerfeind (qui bosse avec le groupe depuis vingt ans) mais le constat est implacable : le mixage est un massacre et confère à la production un aspect aseptisé, confiné et étouffé indigne d’une telle œuvre. Tout semble avoir été fait pour les arrangements, les chœurs et les lignes vocales, tant et si bien que l’instrumentation metal est complètement en retrait, entre des guitares sans panache, sans puissance ni impact, une basse inaudible et surtout une batterie complètement noyée autour des autres percussions (discerner les toms du tom basse est quasi impossible, les cymbales sont inexistantes).

Ce qui est le plus malheureux dans l’histoire, c’est que Blind Guardian vient de nous gratifier d’une œuvre de très haute volée, rappelant dans sa complexité vocale l’opus de 2002, et reprenant sa marche en avant après un "At the Edge of Time" flamboyant mais parfois un peu passif. Il suffit de se pencher sur le sublime "Prophecies" (rappel de "Battlefield" ?) aux lignes vocales magnifiques et d’une créativité impressionnante. On ressent, tout le long de l’album, que la musique suit le concept établi, que les lignes vocales ont été créées en fonction des paroles et non l’inverse, faisant que le groupe n’a pas cherché à créer des refrains traditionnels ou des structures passéistes. "At the Edge of Time" (le morceau) est également une merveilleuse réussite, aux arrangements symphoniques dignes d’une bande originale virevoltante et épique, pêchant dans cette incapacité à mordre lorsque les riffs arrivent. Il en est de même avec "The Throne", pièce ambitieuse et très riche, aux multiples lignes vocales soignées à l’extrême, Hansi étant toujours un merveilleux conteur et jouant de toutes ses capacités vocales, particulièrement pour créer une dimension épique sur le pré-refrain qui se révèle l’un des plus beaux moments du disque. Sublime moment également que ce "Miracle Machine", malheureusement trop court, à l’inspiration de Freddy Mercury toujours aussi palpable. Un piano-voix merveilleux de sensibilité et de grâce, au refrain suspendant l’espace et le temps.
On retiendra également un "Sacred Mind" plus étrange dans sa structure, expérimental presque à l’inverse d’un radical "Ashes of Eternity" qui ravive les flammes d’un pur power metal puissant et tranchant (Hansi n’avait plus été si brut depuis longtemps), écrasant dans son fond mais manquant malheureusement de l’impact d’une véritable production.

C’est donc clairement amer que nous ressortons des multiples écoutes de "Beyond the Red Mirror", exceptionnel musicalement et probablement le meilleur disque depuis "A Night at the Opera", mais souffrant de manière incompréhensible de la pire production et du pire mixage qu’ils aient jamais eus de leur carrière (déjà que l’on avait des doutes sur "A Twist in the Myth"…). A coup sûr, l’album gagnerait, dans les mois à venir et avec le recul nécessaire, à disposer d'un nouveau mastering, afin de lui donner l’ampleur sonore nécessaire. Un petit focus sur l’objet permet également de mieux comprendre la frustration, tant l’édition limitée earbook est merveilleusement illustrée, chaque titre ayant son illustration (les deux covers étant loin d’être les plus réussies), les textes étant accompagnés de notes permettant de comprendre le concept et de mieux appréhender la musique. Il n’est pas un album facile. Il demande du temps et est exigeant. "Beyond the Red Mirror" ne se laisse pas apprivoiser après une écoute et demie et, ce serait trahir son talent ou ne pas comprendre la démarche artistique que de purement et simplement remiser l’album au placard. Espérons une nouvelle édition dans les mois à venir…et une seconde jeunesse sur scène où, cette fois-ci, les morceaux pourront rayonner de mille feux pour montrer toute leur flamboyance !

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Orel - 12 Fevrier 2015: Merci pour ta chro toujours parfaitement écrite, personnelle et inspirée! Je ne l'ai pas encore écouté en profondeur mais je te rejoins sur plusieurs points: son côté technique et très (trop) riche à la "A Night at the Opera" mais pas poussé au niveau de son grand frère, ce qui va permettra une longue durée de vie pour cet album sans avoir trop ce phénomène de gavage, puis la production qui n'est clairement pas au niveau même si pas ridicule. Cette prod gênera surtout les amateurs du groupes plus que ceux qui le découvrent avec cet album. Mais après quelques écoutes on en retire de bien belles choses.
morgothduverdon - 12 Fevrier 2015: @Amon : d'accord, merci, j'ai mal interprété la tracklist, avec le recul je l'ai fait façon poule qui a trouvé un couteau ^^
@Amon et Eternalis : "Après, c'est sur que ça doit être un véritable casse tête à mixer/masteriser mais c'est aussi pour ça qu'on prend des pros."

Oui, tout à fait, et effectivement, des albums symphoniques ont une partie Metal bien puissante (Death Cult Armageddon…), donc c'est possible oui.

Néanmoins, le meilleur des pros n'a pas le pouvoir de changer les règles naturelles de l'acoustique, auxquelles tout ingénieur du son est confronté.

Si on veut faire sonner les arrangements d'une façon belle à l'oreille, mais qui selon les règles inévitables de l'acoustique fait que les guitares en pâtissent, il faut accepter l'idée que c'est la condition pour que les arrangements sonnent comme ça, avec cette couleur et cette puissance.

Si on ne veut pas que la partie Metal en pâtisse, il faut les régler autrement, et la couleur changera, et peut être qu'elle ne conviendra plus aux géniteurs de l'album.

Peut être que le rendu audio de l'enregistrement de l'orchestre fait qu'il n'est pas possible de faire autrement, et qu'il aurait fallu ré-enregistrer, mais ça coûte cher, si on a pas le budget on se débrouille avec ce que l'on a, même si on s'appelle Blind Guardian.

Et peut être tout simplement qu'ils ont été tout à coup frappés de sénilité, que papy bontempi bourzoum s'est amusé à les troller devant les fenêtres du studio pendant tout le mixage et ça les a perturbé, ou peut être qu'ils sont tout simplement cons :D, ou peut être que leurs attentes ne sont pas les nôtres et qu'il y a désormais un fossé.

En tout cas, j'ai écouté le trailer, le son au moins de la batterie m'a un peu rappelé celui de Imaginations from the other side. Qui est effectivement un peu, euh, faiblard, bien que ça ne me gêne pas plus que ça.

Merci à swit35 d'avoir récupéré mon commentaire depuis les tréfonds de la toile. À la tienne ! :)
Edit : tiens, le bug recommence.
hammerdave - 03 Mars 2015: personnellement j' ai la version vinyle et la version cd, la version vinyle est de loin supérieure au niveau du son. la qualité des composition est a la hauteur de blind guardian. a écouter en priorité: The Ninth Wave, Prophecies, At the Edge of Time, et la ballade Miracle Machine. si vous avez aimer at the edge of time je crois que vous allez apprécier beyond the red mirror.
frozenheart - 04 Mars 2015: Je suis à peu près d'accord avec toi hammerdave!
J'accroche bien la plupart des titres, mais cette production, je n'arrive vraiment pas à m'y faire !

Quel gâchis venant d'un groupe comme Blind Guardian!
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Chronique @ Kita666

11 Avril 2015

Souffrant d’une postproduction au rabais, l’album peine à atteindre la place qui lui est due.


Si la qualité d’une œuvre dépend évidemment de son contenu, le mixage et le montage sont également des étapes cruciales dans le processus complexe de la conception d’un album. Au-delà de l’écriture et de la création des morceaux en eux-mêmes, il incombe aux ingénieurs studio de savoir doser justement le mixage afin de pouvoir présenter l’album sous son meilleur jour. Il ne faut pas oublier que l’ambiance générale dégagée par un album est souvent le résultat du fruit de leur contribution au projet. Ainsi, ces orfèvres de l’ombre ont un rôle au moins aussi important que le groupe lui-même dans le processus de création, et dans la qualité générale de l’œuvre.
Si on ne présente plus Blind Guardian, formation allemande créée en 1986, ceux-ci s’étaient fait discrets depuis la sortie de "At the Edge of Time". Pratiquement cinq ans, c’est le temps que les membres auront fait patienter les fans, un record. Cependant, annoncer un album comme étant le meilleur réalisé à ce jour peut s’avérer être un pari risqué, surtout quand ce dernier souffre d’un certain problème au niveau de la postproduction.

Prenons "The Ninth Wave", le premier titre de l'album qui est un parfait exemple de ce que peut donner un morceau ayant toutes les cartes en main pour être un grand moment, mais qui rate quelque peu son envolée céleste faute à un mixage mal agencé.
En effet, s’ouvrant sur les chœurs les plus majestueux qu’une intro pouvait se doter, la patte artistique de Blind Guardian se fait tout de suite ressentir : la création et le voyage à travers un univers à la fois fantastique et féerique, le tout surmonté d’une ambiance épique lourde à souhait. Le morceau en lui-même n’a rien à se reprocher : la composition est parfaite, on se retrouve propulsé dans l’univers de Blind Guardian en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire, notamment par cette sensation d’être aspiré dans une dimension tourbillonnante dès que les chœurs finissent leur office. Force est de constater que le tout fonctionne admirablement bien et que très peu de groupes peuvent se targuer de pouvoir ouvrir un album sur un morceau de pratiquement dix minutes, et de le faire bien. Cependant, c’est du côté de la postproduction que le bât blesse, comme évoqué précédemment.
Ainsi, un groupe comme Blind Guardian, misant énormément sur la création d’un univers et le voyage fantastique vers ce dernier, a besoin d’un montage sonore spécifique pour que chaque note, chaque intonation puisse avoir le maximum d’effet pour transporter l’auditeur dans des contrées lointaines dès que celui-ci ferme les yeux. Pourtant, sur "The Ninth Wave", celui-ci est plat et sans relief. Alors que les chœurs commencent à s’estomper et que l’on peut sentir l’instrumental arriver en grandes pompes, rien ne décolle au moment fatidique, on reste cloué au sol. Il n’y a aucune profondeur, toutes les lignes musicales sont au même niveau, que ce soit le chant de Kürsch ou la puissance délivrée par les orchestres de Bucarest et de Prague accompagnant le groupe tout au long de l’album.
Au final, on reste assez frustré de ce décollage raté.

Fort heureusement, Blind Guardian sait se faire pardonner.
Il suffit de se pencher sur des morceaux comme "Twilight of the Gods", "Prophecies", "Distant Memories" ou "The Holy Grail". Ce quatuor condense à lui seul ce que Blind Guardian fait de mieux : des compositions à 100 km/h qui ne nous laissent pas le temps de reprendre notre souffle, et qui nous montrent bien que la formation n’a rien perdu de sa superbe. Le tout résultant d'un alliage entre une magie et une atmosphère impeccablement retranscrit qui nous fait quitter, le temps d’une chanson, la triste réalité dans laquelle nous sommes plongés, notamment grâce à des chœurs très justement utilisés et mis en scène.

Arrêtons-nous un instant sur "Miracle Machine".
Outre le nom qui désigne également un ustensile permettant de changer l’eau en vin, cette piste est probablement l’OVNI de cet album. Alors que Blind Guardian se focalise généralement sur des ambiances grandioses et dantesques, n’hésitant pas à mettre les petits plats dans les grands en ce qui concerne la mise en scène, "Miracle Machine" se pose là comme l’exception qui confirme la règle. Les voix en chœurs sur fond de piano, le chant très posé de Kürsch... Au-delà de cet aspect quasi-prophétique, Blind Guardian réussit ici l’exploit de s’éloigner de son essence vitale sans pour autant en oublier son identité car "Miracle Machine" n’est pas sans rappeler le style d’un autre grand nom de la musique : Queen. Sans plagier, Blind Guardian parvient parfaitement à retranscrire, volontairement ou non, l’esprit du groupe dont Freddy Mercury fut jadis le leader.

Une question légitime nous vient alors : pourquoi une telle différence de mixage entre les morceaux de l’album ? Chose d’autant plus étonnante quand on sait que l’album a été produit par Karl Rudolf Bauerfeind, AKA Charlie Bauerfeind, avec qui Blind Guardian travaille depuis la sortie de "Nightfall in Middle-Earth" en 1998.

"Beyond the Red Mirror" est un album spécial sur plusieurs points.
D’une part, il est décrit par le groupe comme une suite à "Imaginations from the Other Side", opus sorti en 1995, soit vingt ans auparavant. Ensuite, il est également l’opus marquant le délai le plus long entre deux productions du groupe, le dernier album en date étant "At the Edge of Time", sorti en 2010 (nous ferons fi ici des compilations parues entre temps). Enfin, à cause de cette production si particulière et très inégale tout au long de l’album, comme détaillé plus haut. Précisons également que cet album parvient, néanmoins, à concilier ceux qui attendaient un opus dans la trempe qui fut celle de "A Night at the Opera", par son ambiance grandiloquente et ceux qui attendaient une continuité au chemin emprunté par "A Twist in the Myth", à savoir des sons plus heavy et puissants.
Ainsi, souffrant d’une postproduction au rabais, l’album peine à atteindre la place qui lui est due, alors qu’il fut fait avec les meilleures intentions du monde. Loin d’être décevant ou mauvais, "Beyond the Red Mirror" se révèle plutôt frustrant et nous laisse quelque peu sur notre faim.

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David_Bordg - 22 Août 2015: Je suis pleinement d accord avec tes propos.
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Chronique @ dark_omens

14 Avril 2015

Un disque que nous aurions tant voulu aimer d'un groupe à l'égard duquel nous voudrions tant ne pas devenir indifférents

Suffisamment de lignes pertinentes ont été écrites s'agissant de la production de ce Beyond the Red Mirrors, nouvel opus des Allemands de Blind Guardian, pour que d'autres soient vainement ajoutées. Des mots et des arguments, décrivant la faillite d'un traitement sonore ne donnant pas vraiment satisfaction en amputant à la fois les deux orchestres (de Prague et de Budapest) et la chorale (de Boston) de leur grandiloquence, mais aussi André Olbrich et ses comparses de leur puissance.

Au-delà de cet écueil, sur lequel votre humble serviteur ne reviendra pas davantage puisqu'il partage, peu ou prou, l'avis général, il reste cependant un profond désaccord qui nous oppose concernant le fond, et la teneur, de ces morceaux qui, du moins selon moi, ne sont pas véritablement de nature à faire pleinement l'unanimité. Loin s'en faut.

At the Edge of Time, précédent opus des natifs de Krefeld, était parfait sous bien des aspects. La plupart de ses titres s'articulaient autour d'axes évidents en une machinerie organique redoutable. Les notes se suivaient souvent avec subtilité, nous menant au plaisir sans jamais, ou si rarement, s'égarer. Une fluidité splendide. Un bonheur plein et entier. Une résurrection que ceux, abattus de voir la formation se perdre dans les méandres abstrus, n'osaient plus espérer.

Or, dès Ninth Wave, premier titre de ce nouvel opus, ce redoutable mécanisme se grippe. Ce titre, aux refrains, certes, délicieux mais au déroulement nous replongeant dans une époque où Hansi Kursch et les siens aimaient (et aiment toujours a priori) à échafauder des titres changeants, aux visages multiples aux charnières manquant parfois de simplicité, ne nous convainc pas. Pire encore, outre son chorus qui, disons-le encore une fois, est somptueux, le morceau laisse bien peu de traces et de souvenirs impérissables. Un comble alors que, par exemple, Sacred Worlds, À Voice in the Dark ou Tanelorn (into the Void), trois pièces maîtresses du précédent manifeste de ce quintet, nous avaient immédiatement marqués de leur empreinte inaltérable.

La suite de ce disque est souvent du même acabit. La plupart de ces morceaux s'enchaînent nous laissant presque vierges... presque indifférents... (Twilight of the Gods, Prophecies...).

Fort heureusement, quelques passages parviennent enfin à éveiller nos âmes engourdies (At the Edge of Time, The Holy Grail, un Miracle Machine joliment hanté par Freddy Mercury et ses comparses, Grand Parade...).

Il y a, de plus, parfois, certaines sonorités et certaines mélodies aux ambiances succinctement plus "synthétiques". Le terme est sans doute mal choisi, mais est celui qui conviendra le moins mal. Une petite musique qui parfois nous traverse soudainement, nous rappelant subrepticement A Twist in the Myth (citons par exemple Ashes of Eternity dont l'entame n'est pas sans nous évoquer Fly).

Revenant à un propos plus travaillé et aux constructions moins immédiatement lisibles (et, en un sens, plus progressif) dans lesquelles il faudra s'immerger longuement pour ressentir quelques satisfactions plus intenses, indubitablement desservies par une production sans reliefs et inutilement absconse, ce Beyond the Red Mirrors est tout simplement décevant.

Reconnaissons néanmoins qu'il sera aussi, et surtout, handicapé par cette comparaison pas nécessairement flatteuse qui, face à l'excellence d'un At the Edge of Time, mettra davantage encore en exergue ses défauts.

Des circonstances atténuantes bien maigres face à un désarroi tenace à l'écoute d'un disque que nous aurions tant voulu aimer et face à un groupe à l'égard duquel nous voudrions tant ne pas devenir indifférents...

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frozenheart - 14 Avril 2015: Voilà en trois chroniques la messe est dite !
Dommage comme tu dis dark_omens, nous attendions tellement de cet album, enfin, je me consolerai sur les quelques maigres titres valant le coup !
orionzeden - 15 Avril 2015: C'est vrai que j'était presque à m'ennuyer quand j'avais commencé à l'écouter sur youtube. Avec une précédente chronique je me disait que c'était surement en partie du à la production, mais comme je le craignais ça ne suffisait pas à l'expliquer. Et c'est vrai que par rapport à At the Edge of Time, que j'écoute assez souvent, ça donne un sentiment de baisse de régime.
zabuza - 17 Avril 2015: Quand je vois que certains mettent 18/20 avec , je cite , "pour le génie de la composition " , je me dis que c'est sûrement le premier Blind Guardian qu'ils écoutent . Doit y avoir deux titres de valable sur cet album .
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