At the Edge of Time

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Nom du groupe Blind Guardian
Nom de l'album At the Edge of Time
Type Album
Date de parution 30 Juillet 2010
Labels Nuclear Blast
Produit par Charlie Bauerfeind
Enregistré à Twilight Hall Studios
Style MusicalPower Mélodique
Membres possèdant cet album371

Tracklist

1. Sacred Worlds 09:17
2. Tanelorn (into the Void) 05:58
3. Road of No Release 06:30
4. Ride into Obsession 04:46
5. Curse My Name 05:52
6. Valkyries 06:38
7. Control the Divine 05:26
8. War of the Thrones (Piano) 04:55
9. A Voice in the Dark 05:41
10. Wheel of Time 08:55
Total playing time 1:03:58

Chronique @ Eternalis

01 Juillet 2010
Les groupes à la personnalité et au son si personnel qu’ils en deviennent reconnaissables dès la première seconde se font de plus en plus rares. Ce genre d’artistes uniques dans lesquels les fans n’hésitent pas à se livrer afin de soutenir ceux sans qui l’art musical serait aujourd’hui bien pâle.
Dans un genre aujourd’hui aussi controversé que le heavy metal symphonique, dont l’exigence n’a souvent d’égal que les moyens afin de donner vie à la création initiale, Blind Guardian dispose d’une place privilégiée. Loin du lyrisme exacerbé d’un Nightwish, de l’ésotérisme d’un Therion, de la technique d’un Angra ou de la théâtralité d’un Avantasia, les Allemands disposent d’un son en partie unique grâce à leurs mélodies vocales si différentes des autres et ce Hansi Kürsch à la tessiture de voix tellement particulière. Dans ce sens, un nouveau Blind Guardian est toujours un événement attendu par bien plus que le cercle restreint de la communauté heavy metal…

Remémorons-nous les dernières années…"A Night at the Opera" avait opéré un virage radical dans la vision musicale des quatre Allemands. Complexifiant à l’infini leur art, le rendant étouffant pour le néophyte, l’agrémentant de multiples couches de chœurs, de notes symphoniques, de claviers ou de pistes de guitare, il demeurait un disque d’une difficulté d’accès qui ne plut pas à tous, malgré une richesse musicale hors du commun. "A Twist in the Myth" opérait un virage bien plus direct même si l’on reconnaissait aisément la patte si distinctive des compères d’André Olbrich.
Une fois de plus, c’est après quatre longues années (une habitude depuis le culte "Nightfall in Middle Earth") que s’apprête à être enfanté "At the Edge of Time". Une nouvelle fois, Blind Guardian frappe inévitablement là où on ne l’attendait pas…

Dire qu’"At the Edge of Time" est un retour aux sources serait partiellement faux, dire qu’il est une nouvelle étape de leur évolution également. En effet, ici, peu de nouvelles choses sont exploitées, si ce n’est la présence, toutefois non négligeable, d’un véritable orchestre symphonique (de Prague : 90 musiciens) sur quelques morceaux. Dans le même lieu, les fans de la première heure retrouveront avec délectation la présence d’un speed agressif et sans concession comme nous n’en avions pas entendu depuis plus de quinze ans.

Rien de très perceptible pourtant lorsque le démentiel "Sacred Worlds" ouvre le disque. Une entame symphonique à couper le souffle, très sombre, emplie de mystère et pleinement épique, grandiose, parfois-même intimiste. Un premier riff imposant et très épais explose en même temps qu’un déluge de cuivres proprement jouissif. La fusion entre la rugosité des guitares et la décadence des symphonies est sublime, avant qu’Hansi ne vienne poser sa voix sur la première accalmie du morceau. Son timbre, toujours aussi beau et envoûtant, propre à la rêverie mais pourtant si rugueux, est une nouvelle fois impérial. Ce joli pavé de neuf minutes fait la part belle à des musiciens s’étant visiblement lâchés pour composer une véritable œuvre à elle-seule dès le début du disque, un morceau passant par différents paysages et humeurs.

Après telle ouverture, difficile d’y placer une suite sans s’essouffler quelque peu, mais Blind Guardian continue de surprendre avec un "Tanelorn (Into The Void)" furieux à souhait, aux riffs bien plus tranchants que sur les disques récents et surtout avec une approche bien plus typiquement allemande. Et c’est probablement ici que le bât blessera un peu, dans cette vision parfois trop traditionaliste qui parsèmera ce disque résolument écartelé entre l’excellence symphonique parfois présente et l’aura bien plus commune qui se dégagera de titres résolument plus violents mais manquant, par la même occasion de fraicheur.

On se surprendra à (res)sentir un certain ennui lorsque l’album perdra le fil de sa propre trame en milieu d’album, entre une ballade celtique ("Curse My Name") détruisant le rythme du disque ou un "Valkyries" peinant réellement à décoller et à fournir ce si indispensable frisson. Pourtant, lorsque "Road Of No Release" résonne dans nos oreilles, c’est cette si délectable impression de grandeur, de magie et de montée progressive qui parcourt notre esprit. Cette sensation que tout va toujours plus loin, que tout explose toujours plus, qu’Hansi nous emmène avec lui pour un voyage sans retour, que Blind Guardian nous emmène toujours plus loin dans son monde si personnel.

Manquant probablement de titres réellement transcendants et marquants, "At the Edge of Time" s’appuie sur une introduction et un final des plus grandioses, entre le "Sacred Worlds" initial et ce "Wheel of Time" sublime, plongeant l’auditeur dans un Orient des plus troublants et chimériques. L’orchestre se retrouve une nouvelle fois prédominant, virevoltant, vivant et respirant au rythme des pulsations rythmiques d’André et Marcus : véritablement merveilleux. Hansi s’impose comme un chanteur résolument exceptionnel pour ceux qui osaient encore en douter, et ce, sur tout l’album (ces parties plus hurlées sur ce dernier morceau sont à frémir).
Dans l’ensemble, si le travail sur les lignes vocales est toujours aussi travaillé, on remarquera un net retrait des chœurs en tous genres, au profit soit de l’orchestre, soit d’une vision bien plus épurée et speed. "A Voice in the Dark" est un excellent exemple de cet état de fait, speed (des soli volant de partout), simple (comprenez pour Blind Guardian…) et sans cette explosion lyrique et vocale, celle qui avait fait la magie des derniers opus…comme un inévitable retour à une efficacité peut-être perdue. Ici, c’est peut-être la surprise qui, une fois l’écoute digérée, manquera…

"At the Edge of Time" n’en reste pas moins un travail d’orfèvre, à la production époustouflante de puissance et de densité sonore. Mais contrairement à un Rhapsody ayant réellement renouvelé son approche en l’agrémentant de nombreux nouveaux éléments, Blind Guardian a, d’un côté, épuré sa musique au maximum en l’intensifiant et, d’un autre, développé la tension symphonique, sans pour autant créer une homogénéité dans son travail. Il en résulte un album passant parfois par des paysages radicalement différents et sans réelle ligne de conduite, si ce n’est l’excellence à laquelle nous ont habitués les Allemands depuis bien longtemps. Dans tout ceci, un désagréable sentiment de demi-teinte ressort, comme si quelque chose n’allait pas, passant du génie à une tradition bien peu novatrice.
« Le cul entre deux chaises » diront certains. Ce qui résume, il est vrai, parfaitement l’idée de ce disque…

32 Commentaires

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PanzerMaldoror - 26 Fevrier 2012: Pour ma part, ce sera une pizza 4 fromages, merci.
Anath - 23 Juillet 2012: Ça m'étonne que personne n'a précisé que sacred worlds est la chanson officiel d'un jeu très connu et vendu : Sacred 2 .

Dans le jeu , le groupe a donc été modélisé en 3D , ils nous donne même chacun une mission , il y a même un clip avec le moteur 3D du jeu , ou l'on voit BG joué avec des haches comme guitare , devant un publique d'orques et d'elfes :D
ZazPanzer - 04 Octobre 2012: Merci pour le texte. Je me penche seulement sur ce disque ces jours ci car j'avais décroché du groupe et du style en général depuis un bout de temps. Je fais partie de ceux qui avaient jugé "Night At The Opera" trop complexe, et je m'étais royalement emmerdé sur le précédent, ce qui fait que je ressens un énorme plaisir à retrouver le groupe balancer des riffs comme celui de "Voice In The Dark" qui aurait pu se trouver sur les premiers, agrémentés de refrains aux harmonies vocales plus complexes. Génial. Je te trouve très dur avec "Curse My Name" et "Valkyries" que j'apprécie beaucoup. Gros retour en force, je n'espérais franchement plus un album à la fois aussi puissant, complexe mais accessible. Il va tourner longtemps celui là.
J'ai bien aimé le livret également, même si l'artwork principal est un poil décevant par rapport à leurs œuvres précédentes.
David_Bordg - 08 Fevrier 2015: Moi aussi j avais décroche après night at the opéra et je reprends le groupe avec celui ci et le tout nouveau qui sont énormes!
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Chronique @ dark_omens

25 Juillet 2013

At the Edge of Time est une œuvre qui commande une écoute admirative respectueuse et muette...

La réflexion intense qui pourrait nous amener à énoncer certaines évidences face à certains univers créatifs, nés d’une analyse argumentée où l’évidence objective guiderait nos pensées, est parfois d’une inexorable imbécilité. Effectivement, ces emphatiques litanies sérieuses, dictées par nos certitudes critiques et que nous déversons tel un flot ininterrompu de vérités que nous croyons fondatrices et vraies, sont parfois d’une réelle stupidité tant elles oublient que nous parlons essentiellement d’art. Et que, de cet exercice, fondé sur nos convictions évidemment sincères, naît une image forcément déformée puisque le reflet certes exact de nos ressentis mais, souvent, très imparfait, est éloigné de la réalité. De cette image vague, dans laquelle tentent de se reconnaître ceux qui cherchent des réponses à leurs appétits artistiques, naissent les plus grandes déconvenues, mais aussi les plus grandes satisfactions. Et puis, parfois, les mots sont simplement impuissants à décrire objectivement nos joies face à certaines œuvres…

Pour narrer précisément l’épopée contée, depuis plusieurs décennies, par les Allemands de Blind Guardian, il faudrait sans aucun doute, en un tome volumineux, évoquer cet amour immodéré pour les écrits fantasmagoriques de J.R.R. Tolkien, dire cette capacité mélodique à théâtraliser une histoire, parler de ce talent avec lequel les Saxons surent composé une musique empreinte d’un caractère très personnel à la fois âpre et agressive mais aussi tout à la fois symphonique et harmonieux, exprimer les délices de ces compositions aux nuances diverses et nombreuses, ou encore nous épancher sur la teneur de ces chants si particulièrement séduisants et si particulièrement symptomatiques. Bien évidemment, il nous faudrait aussi exprimer certaines de nos déceptions concernant des œuvres parfois moins inspirées, moins efficaces, ou, dont le concept, bien trop intellectualisé, peut demeurer obscur. Quoiqu’il en soit, il nous faudrait, assurément, noircir de nombreuses pages pour décrire parfaitement ce qu’est l’œuvre de Blind Guardian. Disons, pour résumer imparfaitement, qu’après un décevant A Night at the Opera, dans lequel les volontés orchestrales mélodiques du groupe furent bien trop mises en exergue au détriment d’une certaine agressivité nécessaire en des titres, pour la plupart, moyennement charismatiques, son successeur, A Twist in the Myth, sans bouleversements, était revenu à certains fondamentaux plus consensuels et à un compromis plus fédérateur.

Riches des enseignements passés, et sur le socle de ce dernier album plus convaincant, Blind Guardian revient après quatre longues années d’absence avec ce At the Edge of Time. Dans une expression mûrement réfléchie, cette œuvre s’inscrit, d’emblée, dans la continuité de son prédécesseur. Une évidence anecdotique si tant est que l’œuvre nouvelle n’en transcendait pas non seulement les qualités les plus incontestables, mais aussi, qu'elle n'en changeait pas en vertus ces défauts les plus embarrassants.

Pour étayer cette argument facile, il faut commencer par dire qu’il y avait longtemps qu’Hansi Kursch et le siens n’avaient pas été aussi combatifs. Ainsi, des titres simples, et d’une redoutable efficacité, tels que le véloce, et excellent, Tanelorn (Into the Void) et ses superbes refrains fédérateurs réussis, ou encore tels que le vif Ride into Obssession mais aussi tels que le prompt, rugueux, et superbe, A Voice in the Dark avec ses couplets rageurs et ses refrains communicatifs parfaits témoignent d’une délectable ardeur primaire retrouvée qui satisfera, sans doute, les adeptes d’antan déçus par les chemins parfois bien trop mélodiques et abscons empruntés par les Allemands. Si ces titres possèdent le délicieux parfum de cette nostalgie d’autrefois, apprêté d’une virulence charmeuse, ils n’en demeurent pas moins, exception faite du très rude A Voice in the Dark, très marqués par une certaine musicalité, signature actuelle des Allemands.

Au-delà de ça, se sacrifiant à ses desseins les plus symphoniques, parlons ensuite de ces quelques morceaux composés en de longues sonates harmonieuses que Blind Guardian nous propose. Pourtant, abrutis par un exercice dans lequel nombre s’égarent malencontreusement, l’auditeur ébahi ne pourra que constater que les Saxons s’y illustrent avec une maestria que peu, finalement, atteignent. Ainsi, citons le superbe Sacred World, dont l’entame à la fois orchestrale et véhémente, avant qu’Hansi, en un moment plus calme, ne vienne déposer avec douceur les mots d’un premier couplet, est juste sublime. Mais aussi, le magnifique Wheel of Time et ses atmosphères orientales, avant que ne s’érige ce monument puissant et énergique mais aussi majestueux et beau. Bien évidemment, on ne peut nier que ces titres sont esclaves d’une certaine grandiloquence que certains pourraient juger comme bien trop solennelle. Cependant, il s’agirait là, à mon sens, d’une regrettable erreur tant ils demeurent d’une redoutable efficacité et d’une construction infaillible.

Et même des titres tels que Curse my Name, sempiternelle ritournelle médiévale de ménestrels, ou encore tels que le plus intimiste et pondéré War of the Throne (Piano), ne constituent pas véritablement des imperfections notoires et demeurent même suffisamment attachants pour ne pas laisser faiblir une excitation et un plaisir légitimes.

Pour finir, ajoutons encore ces titres les plus caractéristiques de ce Blind Guardian, plus actuels, dans lesquels s’unissent toutes les velléités les plus diverses du groupe, pour un résultat, encore une fois, très réussi. Ainsi, citons au chapitre de ces morceaux aux passages tour à tour mélodieux, orchestraux, rudes ou âpres en des constructions subtiles, des titres tels que les délicieux Road of no Release, Valkiries ou encore, par exemple, Control the Divine.

Il pourrait être judicieux de détailler encore et encore, dans une longue énumération dithyrambique emplie d’adjectifs plus élogieux les uns que les autres, la qualité de ces musiciens, de ces titres, de ce travail, de ces sonates, de cette pugnacité ou de que sais-je encore, mais parfois les mots sont impuissants à exprimer pleinement nos ressentis et seul le silence s’impose face à l’enivrement. At the Edge of Time est une œuvre qui commande une écoute admirative respectueuse et muette.

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Armel_Avry - 25 Juillet 2013: Très belle chronique d'un album que je trouve très bon, doté d'un équilibre assez bluffant dans l'exercice périlleux que consiste le mix de la puissance crue et des orchestrations ambitieuses. Nos 4 bardes teutons y sont parvenus avec une maestria désarmante, beaucoup plus convaincante que sur l'opus précédent.
dark_omens - 25 Juillet 2013: Je partage entièrement ton avis. Je trouve aussi que cet excellent At the Edge of Time est la version aboutie (et à quel niveau!!!) de l'esquisse A Twist in the Myth...
hammerdave - 16 Novembre 2014: box set 4 lp en route. merci de me faire découvrir blind guardian, je suis un nouveau fans.
David_Bordg - 08 Fevrier 2015: Superbe album, bien meilleur que le précédent!
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