Winter Thrice

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Nom du groupe Borknagar
Nom de l'album Winter Thrice
Type Album
Date de parution 22 Janvier 2016
Labels Century Media
Style MusicalBlack Folklorique
Membres possèdant cet album75

Tracklist

1.
 The Rhymes of the Mountain
 06:43
2.
 Winter Thrice
 06:13
3.
 Cold Runs the River
 05:51
4.
 Panorama
 05:51
5.
 When Chaos Calls
 07:02
6.
 Erodent
 06:56
7.
 Noctilucent
 03:54
8.
 Terminus
 07:09
9.
 Dominant Winds
 07:18

Durée totale : 56:57


Chronique @ Bakounine

24 Janvier 2016

Borknagar n'a pas besoin de faire plus pour être au dessus du lot !

Si Borknagar paraît relativement plus présent sur la scène metal qu'il y a quelques années, grâce à sa présence renforcée en concert à la faveur d'un chanteur remplaçant pour les concerts, Athera (Chrome Division, Susperia) en l’occurrence, cela fait tout de même depuis 2012 que nous étions en attente du successeur d'Urd, soit presque autant que dans la période « morte » du groupe, entre l'acoustique « Origin » et « Universal ». C'est que le groupe a désormais des objectifs plus importants qu'il y a quelques années, avec la volonté de faire des concerts, des tournées et plus seulement de se contenter d'être une référence maintes fois citée mais au final assez obscure et pas forcément au contact des générations modernes de fans.


Il faut dire que Borknagar a derrière lui un sacré vécu (c'est là, ni plus ni moins que son dixième album). Germé de la seconde génération de black metal norvégien, aux côtés de Old Man's Child et Limbonic Art entre autres, suivant l'impulsion d'Emperor, par le décalage de son leader Oystein G. Brun du death metal de son groupe initial « Molested » au black metal, le groupe s'est très vite démarqué, passé son premier album éponyme, en proposant avec « The Olden Domain » et plus encore avec « The Archaic Course » une musique que l'on pouvait qualifier de post-black, mettant en avant des aspects ambiants et épiques avec une place de plus en plus prépondérante des voix claires épiques et un vrai décalage des standards classique du black metal. Par la suite, à la faveur de changements de vocalistes et des inspirations de son leader, qui est toujours resté le compositeur principal de manière prépondérante, le groupe a poussé plus loin son voyage vers un black très progressif (« Empiricism », « Epic » puis « Universal ») avant de revenir sur « Urd » à la faveur du retour de Vortex, son second chanteur dans le groupe, vers des choses plus épiques.
Borknagar, en fait c'est, si on voulait décrire leur musique avec des mots, du post-black viking progressivo-atmosphérico-ambiant, une sorte de trip qui pourrait faire avant-gardiste, sauf que non ! Le groupe a toujours tout basé sur une conception mélodique et loin d'être dépareillé et provocateur, leur son, reconnaissable entre mille est cohérent et « logique »...


En outre, le groupe a, par son imprégnation depuis le début de sa carrière dans la scène BM de Bergen, pu aligner dans ses rangs successivement un certain nombre de références du genre : on parlait bien sûr de Vortex (Arcturus, ex-Dimmu Borgir) qui entre et avec Garm (Old Man's Child, ex-Arcturus) et le Suédois Vintersorg (du projet personnel du même nom) forme le trio de chanteurs successifs le plus brillant qui soit, mais il ne faut pas oublier que le groupe a compté dans ses rangs, Infernus de Gorgoroth, Ivar Bjornson d'Enslaved ou Erik Brodestift « Grim », dont la disparition en 1998 inspira un titre à Nargaroth...


Mais si, avec Borknagar, on peut écrire une certaine page d'histoire, le groupe a aujourd'hui de sacrés arguments à faire valoir. Déjà, il compte avec le retour de Vortex, trois chanteurs potentiels de talent : Vintersorg, Vortex (qui tient aussi la basse) mais également Lars Nedland qui, derrière ses claviers, a pris de plus en plus de place au chant sur les derniers albums (dans la lignée de son groupe Solefald). Le groupe a en plus acquis une certaine stabilité de line-up (ce qui leur a toujours causé beaucoup de soucis dans le passé) avec Jens Ryland qui, hormis une ellipse de quelques années, tient la première guitare quasiment depuis le début. Le seul petit nouveau sur l'album (et encore, puisqu'il était de tous les concerts depuis la sortie d'Urd) est Baard Kolstad derrière les fûts et on sait que, malgré son jeune âge, il a déjà une sacrée expérience (Leprous, God Seed, Solefald, etc).


Winter Thrice ne se présente pas autrement que comme un nouvel album de Borknagar. En même temps, on ne change pas une équipe qui gagne. Toujours le même label (Century Media) depuis leur deuxième album (à l'exception de l'album du « retour », Universal), Jens Bogren derrière les manettes comme sur « Urd », le Brésilien Mantus à nouveau aux commandes de l'artwork avec toujours ce goût pour une certaine symétrie et des motifs vikings et naturels. Le groupe fait une fois encore référence à son passé dans le titre de l'album, « Winter Thrice » faisant bien sûr référence aux paroles de la somptueuse conclusion de « The Dawn of The End » (...river and rocks...). Mais pour le très grand amateur du groupe que je suis, cela suffisait largement à me rendre cette sortie alléchante.


Ce qu'il y a de très plaisant avec les Norvégiens, c'est que son compositeur-principal Oystein G. Brun a toujours conçu sa musique dans une forme de continuité avec les albums précédents en essayant d'en retenir le meilleur et d'enrichir, par les nouveaux axes explorés, un bagage technique et d'inspirations multiples déjà très bien développé. Ce n'est donc pas étonnant que l'on retrouve des morceaux très reconnaissables et tout à fait dans le ton « Borknagar ».
Les deux premiers titres de l'album (et ceux qui ont été mis en avant par le groupe à la sortie de l'album) sont d'ailleurs probablement les exemples les plus criants de ce fait. En effet, la marque du groupe y est ancrée très profondément, et on n'y note aucun bouleversement. L'accent est vraiment mis sur les mélodies avec abondance de voix claires, logiquement mises en avant mais toujours avec les passages black qui viennent pour contrebalancer, même s'ils sont moins fréquents que sur les albums précédents.


Un équilibre entre les différentes harmonies vocales est toujours trouvé entre la voix principale assez caractéristique presque nasillarde de Vintersorg, celle bien plus haut perchée et tonitruante de Vortex (un peu plus en retrait par rapport à l'album précédent) et celle profonde et mélancolique de Lars Nedland, voire, comble du bonheur, celle plus grave et éthérée de Garm revenu en guest sur deux chansons dont le titre éponyme où il est assez largement chanteur principal, comme on peut le voir sur le clip, sorte de grand mash-up des meilleurs chanteurs passés par la scène black norvégienne.
Vintersorg s’acquitte avec talent du growl comme à son habitude, il faut dire que ses collègues ont majoritairement abandonné l'exercice au profit du chant clair, depuis l'époque où ils tenaient successivement la place de chanteur principal du groupe.
Derrière les voix, le clavier et les guitares dessinent leurs trames mélodiques et apportent la richesse nécessaire aux variations d’identité des morceaux, sans verser dans la grandiloquence.
La rythmique est par contre moins à son avantage que d'ordinaire, la faute n'en revient pas à Baard Kolstad tout à fait dans le ton et alerte dés que le tempo s'accélère comme sur « Terminus » notamment, même si sa performance est probablement un poil plus scolaire que ce qu'ont pu produire Asgeir Mickelson sur « Empiricism » et « Epic » ou Dave Kinkade sur « Universal ».
Mais la production est malheureusement un peu légère, mettant bien moins en avant le couple basse-batterie que sur d'autres productions des Norvégiens, d'autant que même si Vortex a énormément d'autres qualités, il n'est pas aussi bon bassiste qu' Eric Tiwaz qui officiait à la basse huit-cordes fretless sur d'autres albums. Un léger déficit à ce niveau s'observait déjà entre « Universal » et « Urd ».



Les compositions en elles-mêmes peuvent amener un ressenti contrasté puisqu'on aura tout de même moins de surprises que sur les albums précédents, sans réelle évolution franche par rapport à « Urd », mais elles confirment le talent d'un groupe sûr de sa force capable de créer des titres totalement au-dessus de la norme par paquets de douze. Ainsi, aucun titre faible n'est au rendez-vous sur cet album, même si on pourra mettre un peu plus en avant un « Cold runs the River » un peu plus moderne, même si l'introduction fait assez penser à Children of Bodom tendance « Follow the reaper », va beaucoup plus loin avec des harmonies lumineuses de guitare et peut-être le meilleur solo de guitare de la carrière du groupe, peu coutumier de ce genre d'exercice. « Panorama », titre plus progressif mettant en avant la voix de Lazare Nedland, comme « Fleshflower » sur Universal, est excellent avec des parties de claviers plus fouillées et tonitruantes.
Les plus conventionnels « Erodent » et « When Chaos Calls » font également merveille, dans un registre connu des fans du groupe, avec des refrains assez prenants.



Alors, certes, on pourrait accuser le groupe de faire du fan service en servant une musique qui n'évolue plus vraiment depuis son dernier album en date. Mais si on prend les choses sous un autre angle, on peut se dire que les Norvégiens s'étant probablement considérablement rapprochés de la « musique » idéale ciblée par Oystein Brun, les variations seront désormais nettement plus ténues. En bref, il s'agit encore une fois d'un album très difficilement critiquable. Le groupe, désormais sûr de son talent et de la maîtrise de sa musique, servi par des musiciens reconnus dans leur domaine, n'a plus grand chose à démontrer. Le constat posé par cet dixième album sera que bien que les membres de Borknagar ont probablement encore un certain avenir devant eux, ils n'ont aujourd'hui plus besoin de forcer leur talent pour produire de la musique largement au-dessus du lot.

15 Commentaires

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David_Bordg - 27 Janvier 2016: magnifique album a quatre voix, avec l exceptionnelle participation de GARM,regalant par sa puissance, son timbre diversifie.l apport de l enorme baard kolstad donne un plus a l œuvre, c était déjà le cas sur l incroyable dernier album de LEPROUS, ou il excelle déjà. Ce winter thrice est de la pure poesie musicale
twisted_brother - 27 Janvier 2016: Les extraits diffusés donnent envie et ta chronique enfonce le clou :-) Merci
workflame90 - 29 Janvier 2016: Je vais faire cour, merci Bakounine, je connaissais pas est constat, j'adore c'est juste de la balle!!!!!
SilverClimber - 13 Juillet 2016: Première fois que j'écoute du Borknagar, et premier album que j'écoute d'eux. Je suis soufflé, un 1/2 coup de cœur, quel talent !

En tout cas très bonne chronique, bien écrite, qui permet de se situer quand on ne connaît pas le groupe.
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