War and Pain

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17/20
Nom du groupe Voïvod
Nom de l'album War and Pain
Type Album
Date de parution 10 Août 1984
Enregistré à Studio Le Terroir
Style MusicalThrash Metal
Membres possèdant cet album189

Tracklist

1. Voivod 04:19
2. Warriors of Ice 05:10
3. Suck Your Bone 03:39
4. Iron Gang 04:21
5. War and Pain 04:58
6. Blower 02:45
7. Live for Violence 05:16
8. Black City 05:12
9. Nuclear War 07:01
Total playing time 42:41

Chronique @ taylor13

28 Avril 2011

Voivod lance ici l’une des pépites fondatrice du Thrash Metal.

C’est à Jonquière (Quebec), futur arrondissement de la ville de Saguenay, que cent ans et un peu plus de deux kilomètres séparent les églises Saint-Dominique et Notre-Dame-de-Fatima.
La première de ces deux églises a été construite dans un style néo-médiéval, mais ses vitres rappellent les bâtiments parisiens de l’époque haussmannienne. Quand vivait le baron, les grands espaces et le temps avaient une importance toute particulière. A contrario, l’église de Notre-Dame-de-Fatima a l’air d'être sortie du temps. Ce cône pourrait provenir tout droit d’un roman de science fiction, qu’on ne s’y trompe pas, c’est Paul-Maris Côté qui en est l’architecte.
Le groupe Voivod, inspiré peut être par ces bâtiments et la vision d’un futur sans cesse entrain de s’effondrer, se forme en 1982.

Le groupe est initialement composé par Piggy (Denis d’Amour) à la guitare et Away (Michel Langevin) à la batterie, mais très vite le duo recherche un bassiste et un chanteur. Blacky (Jean-Yves Thériault) va se proposer pour manier l'instrument à quatre cordes et Venom (Denis Belanger), un ancien ami de lycée, sera en charge du chant.

Le groupe commence par reprendre, et notamment dans leurs cassettes autoproduites, des groupes comme Motörhead, Judas Priest, Raven, Venom ou Slayer. Tant de noms célèbres qui donnent à Voivod un bagage musical non négligeable. Pour autant, le groupe cherche à se démarquer et commence alors à répéter les compositions de Piggy et d’Away.

Le batteur, dont l'imagination débordante ne s'arrête jamais, créé un «contexte» dans lequel le groupe devra évoluer. Ce «contexte» ce relève être une véritable mythologie autour de leurs créations musicales : Voivod raconte l’histoire d’un monde post-apocalyptique nommé Morgoth. Parmi les habitants de Morgoth, les Voivods sont des survivants (d’origine slave «Voji –Vod» : Chefs des guerriers) qui combattent et pillent le monde de glace. Le plus célèbre des ces « guerriers des glaces» est Korgull l’Exterminateur, qui bien que présent sur la pochette du premier album, n’a pas encore de nom et ne naitra véritablement que dans le second effort du groupe (Rrröööaaarrr).

Cette littérature d’un futur à mi-chemin entre la science fiction et fantasy est peu enjouée. Away réalise ici, en écrivant avec Venom la plus part des textes et en peignant ce monde, peut être une critiques peu flatteuse et poussée à l’extrême du monde dans lequel le groupe évolue. Le batteur le dit d’ailleurs lui-même «on associe Morgoth à Jonquière».
Cette critique est évidemment plus poussée et reprend certains thèmes de l’idéologie punk, comme l’emblématique (et caricatural) «No Future». Prenant à contre courant la politique de Reagan, le but est de montrer que le monde actuel, celui du groupe en 1984, n’a pas d’avenir si les masses ne se soucient pas plus de l’écologie, de la paix ou de la tolérance.


Wayne Archibald, connu pour avoir lancé Deaf Dealer (un autre groupe de Jonquière d’abord nommé Death Dealer), a rencontré le groupe au cours de l’année 1983 et a envoyé l’une de leurs démo à Brian Slagel. Le nom de Brian Slagel n’est peu être pas toujours bien connu, mais il est l’homme de la scène NWOBHM underground du début des années 1980 et a contrecarré le poids des majors en créant son propre label : Metal Blade Records.
C’est donc sur la cinquième compile de ce dernier, Metal Massacre V, que le groupe apparait en 1984 avec le titre «Condemned to the Gallows».

Trois semaines après l’enregistrement de ce titre, le groupe reçoit une proposition de Slagel pour enregistrer un album. L’aventure Voivod commence alors.

L’album est enregistré au Québec, non loin de Jonquière (à Laterrière, un arrondissement de Chicoutimi pour être précis) en juin de la même année, en un peu moins d’une semaine, et sort sous le label de Slagel en aout. La réception du public est très bonne et le groupe en vient même a être comparé à Venom, ce qui classe le groupe pour un certain nombre de journalistes de l’époque comme nouveaux venus dans le monde du « Black Metal » (en référence à l’album de Venom). Le groupe se défend et indique qu’il ne joue que du « Power Metal ».

« War and Pain » raconte le réveil de Korgull dans le monde de Morgoth, et il faut avouer qu’il est plutôt brutal (le monde comme le réveil) !
L’album commence avec un bruissement de chaines mécaniques auquel se superpose la guitare qui plaque des accords lugubres. La «hache brulante en métal » de Piggy est coupée par le cri de Venom : « Voivod !! » bienvenue dans les landes de Morgoth.

Digne d’une bande originale d’un film post-apocalyptique (genre plutôt prolifique au début des années 1980), le titre « Voivod », comme l’album, est rapide, violent et cru.
Quelques titres sont toutefois un peu plus lents, mais pas moins chargés de lourdeur et de malaise, il faudra reconnaitre ici « Live for Violence » ou « Nuclear War ».
La plupart du temps c’est Piggy qui mène le bal en faisant hurler son instrument, à la manière d’un Kerry King ou d’un Jeff Hanneman, lors des solos. Comme le montre le morceau le éponyme de l'album (certainement le meilleur), cette guitare est une véritable incision crânienne, garantie sans douleurs, une voix à elle seule.
Le chant en revanche n’est pas phénoménal, Venom oscille entre les cris de rage et les envolées lyriques, comme sur « Blower » par exemple. Mais Venom est à l’époque un jeune chanteur, tout comme Blacky est un jeune bassiste : il ne savait pas jouer de la basse avant que Piggy ne lui montre ! Le rôle de Blacky est donc mineur dans cet album (il le sera beaucoup moins dans les opus suivants) et se contente d’assurer la rythmique avec Away.
Ce dernier, bien que jeune batteur lui aussi, sait se montrer plus convainquant. Même si les rythmes de l’album sont similaires, il faut noter que certains titres comme «Suck Your Bone », « Live for Violence » ou « Black City » sont très bien exécutés pour quelqu’un qui n’est derrière les futs que depuis un an et demi.


Cet album peut sembler à la première écoute un peu brouillon et confus, mais le groupe en est à ses premiers balbutiements (ou braillements c’est selon) et cette jeunesse s’avère être très prometteuse.
La hargne est un élément essentiel de ce premier album au rythme soutenu et aux sonorités crues, malgré un son pas toujours d’une excellente qualité. L’enregistrement éclair de l’album est surement à l'origine de ce son brut (les instruments étant enregistrés tous en même temps), mais il ne cache pas le potentiel du groupe;

Avec « War and Pain » et ses titres rapides (mais pas « courts » entendons nous bien), le groupe évolue donc dans ce que l’on pourrait appeler un « progressive hardcore doom’n’roll », mais le nom de « Nuclear Metal » comme certains fans aiment à l’appeler convient aussi très bien (et clarifie tout).
Le groupe s’est créé une identité, qui est mise en avant dans les textes, mais semble encore indécis quand au « style » musical et son qu’ils doivent adopter.

En vérité peu importe, Voivod à mi-chemin entre le hardcore et le NWOBHM lance ici l’une des pépites fondatrice du Thrash Metal et peut se vanter d’avoir été convainquant dès le premier album, ce qui n’a pas forcément été le cas de tous les grands de ce genre. Tout ceci sans compter que le bulldozer qu’est « Rrröööaaarrr » est à venir.

17 Commentaires

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Cucrapok - 01 Mai 2011: Le jeu de Piggy (R.I.P.) est absolument unique à mon avis et c'est ce qui fait de Voïvod un de mes groupes préférés. Les 4 premiers sont absolument magistraux. Rien de moins que 19/20 pour celui-ci.
holocaust_in_my_head - 15 Avril 2012: 1er album d'une longue série d'albums cultes,lestyle n'est pas original par contre déjà sa musique (à voivod) se démarque
Horreurgasme - 20 Avril 2013: Je crois que Voivod est le premier groupe de Cyber Metal (dans les sujets des chansons et les artwork, au moins).
ElRaider - 19 Août 2019:

L'église Notre Dame de Fatima a melheureusement été détruite en 2017 :(

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Commentaire @ swit35

30 Mars 2011

Un premier album qui imprime un style atypique

On est en 1984 et pour Voivod, c'est le premier album qui imprime un style atypique déchiré, tranchant, déjanté… presque souffreteux. Les sons de Voivod expriment avec beaucoup de génie toute la douleur et la souffrance d'une vie urbaine post-guerre chimico-nucléaire. La musique colle parfaitement au graphisme et à la calligraphie si particulière du groupe depuis ses débuts underground…

War and Pain enchaîne neuf titres rapides, lourds, froids, cinglants…

Ce qui caractérise le plus cet album c'est d'abord la rythmique basse / batterie torturée d'Away et Blacky tantôt rapide (Voivod, Blower, Black City), tantôt lourde et incisive (Warriors of Ice, War and Pain, Live For Violence), On identifie la façon Punk 77 / Exploited particulièrement reconnaissable sur Black City et parfois radicalement Rock'n'Roll façon Motörhead sur Live for violence…

Ensuite le jeu de guitare "à la hache" de Piggy alternant riffs de folie très distendus et ses départs de solos à chaque mesure en gamme blues.

Enfin la voix de Snake sortie des ruines d'un gros bordel de destruction massive à la fois plaintive et guerrière…

On est dans une période de développement du Thrash américain et allemand mais impossible d'associer vraiment Voivod à cette vague… trop atypique.

Ce disque frise la folie pure et allait conduire Voivod vers une carrière musicale enfermée dans la paranoïa et une recherche permanente de styles et de concepts torturés…

En terme de musique violente, War and Pain est pour moi un album de référence.

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samolice - 19 Avril 2013:

Ré-écouté cet aprem. J'y entends toujours un coté punkisant bien bonnard (comme tu le soulignes).
Merci pour ton texte Switt.

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Commentaire @ wodulf

11 Décembre 2012

Rejeton mi-zombi mi-machine d'un monde post-nucléaire

Initialement formé en 1981 par Piggy qui recruta d’abord Blacky à la basse puis Away pour la batterie, le groupe dû, très peu de temps après, se mettre en stand by pendant une bonne année simplement parce qu’aucun d’eux ne savait jouer de son instrument. C’est donc début 1983 que le groupe se met réellement en place avec l’arrivée de Snake. En juin 1983, le groupe fait son premier concert qu’il enregistre. Ce sera donc la première démo Anachronism. Il ne s’agit pratiquement que de reprises, mais les trois compositions du groupe que l’on y trouve suffisent à attirer l’attention de Brian Slagel qui leur propose une place sur Metal Massacre V. Le groupe enregistre donc une quinzaine de morceaux en condition live qui deviendront la démo To the Death, et c’est le morceau « Condemned To The Gallows » qui est choisi pour figurer sur la compile.
Les retours étant très bons, Slagel décide de signer le groupe, et en août 1984, sort donc ce terrible War and Pain.
La première influence de Voivod est, évidemment, Venom. C’est, je dirais, la base. Ensuite, on sent que les mecs ont également beaucoup écouté des groupes comme Motörhead, Tank et Judas Priest.
Il n’empêche que dès ce premier album, Voivod a déjà sa patte et ne fait pas comme les autres. Voivod ne sonne pas comme les autres groupes de thrash de son époque, le chant de Snake est différent de celui des autres chanteurs de thrash. Je lui trouve des intonations bien plus punk que metal. Dès ce premier album, Voivod ne suit pas les lignes toutes tracées et n’en fait qu’à sa tête.
Ce War and Pain est un album extrêmement primitif, sale et sauvage. Un album parfaitement en accord avec la pochette qui le présente : le Voivod, rejeton mi zombi mi machine d’un monde post nucléaire. La guitare de Piggy est extrêmement agressive ; elle te déchire les tympans. Je pense que ce disque est certainement un des plus extrême sorti en cette année 1984.

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