Restless Breed (1982) et
Live in
London (1983) furent deux infâmes blessures artistiques qui, vraisemblablement, devaient condamner les américains de
Riot au mieux à un anonymat relatif et au pire à ce silence créatif effroyable, et définitif, tant craint par les artistes. Les quelques vertus d'un
Born in America (1984) furent sensiblement de nature à apaiser l'hémorragie mais, malheureusement, insuffisantes à faire cesser l'inéluctable agonie.
Mark Reale, créateur, guitariste, compositeur et âme essentielle de ce groupe, ne pouvait cependant se résoudre à laisser mourir ce rêve. Son rêve. Parvenant à panser les meurtrissures durant une convalescence longue et difficile, et bien décidé à ne pas le sacrifier sur l'autel maudit dont le bourreau tant redouté est armé par l'indifférence générale, il va tenter de lui redonner vie.
Toutefois, les lésions profondes, même cicatrisées, marquent à jamais les destins et conditionnent indiscutablement les choix. Désireux de ne pas retomber dans les mêmes travers créatifs, en une réaction d'orgueil superbe, le musicien va échafauder de nouveaux projets en s'éloignant radicalement de presque tous les aspects caractéristiques, poncifs et autres égarements qui participaient à la déconvenue artistique occasionnée par les derniers opus moyens de son
Riot.
Ainsi, en premier lieu, pour redonner vigueur à son rêve, va-t-il s'entourer de nouveaux acolytes.
Le chanteur Tony Moore, le bassiste Don Van Stavern, les batteurs Bobby Jarzombek, qui jusqu'alors officiait dans un groupe de Thrash du nom de
Juggernaut, et Mark Edwards (
Steeler, Third Stage
Alert,
Lion) constitue, avec Mark Reale, les forces créatives de ce nouvel élan.
Les hommes ont changé, mais qu'en est-il de la musique de cette nouvelle mouture de
Riot ?
Après avoir exploré les terres fertiles situées aux frontières du Heavy
Metal et du
Hard Rock, après avoir sombré dans les eaux d'un
Hard Rock aux accents bluesy, les Américains vont ici considérablement radicaliser leur propos en nous offrant les parfums d'un
ThunderSteel aux accointances Speed
Metal dominantes. On pourrait alors craindre le pire, eu égard au résultat du dernier changement de style opéré par le groupe.
Pourtant, dès les premières mesures d'un enragé et véloce
ThunderSteel, alors qu'un riff effilé précédant un rythme soutenu par la batterie furieusement prompte d'un Bobby Jarzombek (dont on peut raisonnablement penser que le passé Thrash n'est pas totalement étranger à ce soudain durcissement musical) nous dévoile les intentions des Américains, les inquiétudes se dissipent laissant place à un délicieux étonnement. Le titre est rapide et ravageur. Il est surtout d'une redoutable efficacité.
Construit sur le schéma d'une rapidité et d'une fougue subtilement maîtrisé développé dans cette première salve, d'autres titres continuent leur travail de séduction. Et ainsi les prestes
Fight or
Fall, Flight of the
Warriors mais aussi, par exemple, on the
Wings of Eagles poursuivent dans cette voie Speed
Metal inspiré par la NWOBHM.
Loin de se contenter de cette frénésie véloce divinement crue, les Américains vont de surcroit, composé quelques morceaux plus posés dans lesquels ils pourront, à loisir, démontrer tous l'étendu de leurs talents mélodiques (et ce même si, soit dit en passant, les morceaux les plus exaltés de cet opus n'en sont pas totalement dépourvus. Bien au contraire.). Tant et si bien que les remarquables
Sign of the Crimson Storm et Run for your
Life viennent définitivement nous convaincre de l'excellence de cet opus.
Ajoutons encore, à ce tableau déjà idyllique, les prouesses de Tony Moore qui ne sont pas étrangère à la si bonne tenue d'un album superbe. Un chanteur dont les aigus écorchés et criards sont parfois voisins, toutes proportions gardées, de ces chants Thrash nerveux tant prisés, et dont les interprétations dans les passages plus mélodiques demeurent, eux aussi, de très grande qualité.
ThunderSteel reste, actuellement encore, un album dont les qualités sont suffisantes à le maintenir au pinacle dans lequel Mark Reale et ses complices l'ont propulsé à l'époque. Un véritable chef-d'œuvre pour lequel la dévotion est, aujourd'hui encore, vivace et quasiment unanime. Superbe.
Après le split de Riot en 1984, Mark Reale forme le groupe Narita avec des ex-SA Slayer.
Cet obscur groupe avait sorti en 1983 son premier mini album "Prepare To Die" sous le nom de Slayer et, pour éviter d'être confondu avec l'autre Slayer (le californien), le changea en SA Slayer ou plutôt San Antonio Slayer.
Sous ce nom le groupe enregistre en 1984 "Go For The Throat", un excellent disque qui, suite à la faillite du label Rainforest Records, n'est pas commercialisé !
Il faudra attendre que l'album soit (enfin) édité en 1988 par le minuscule label Under Den Linden, pour pouvoir se le procurer.
C'est donc au sein de cette formation (qui vient de splitter) que Mark Reale recrute le chanteur Steve Cooper (que l'on retrouvera sur le second disque de Juggernaut "Trouble Within"), le bassiste Don Van Stavern, et le batteur Dave McClain (futur Sacred Reich et Machine Head).
En 1986, après l'enregistrement d'une démo, Mark Reale décide d'arrêter Narita et de reformer Riot avec Don Van Stavern, le chanteur Tony Moore, et le batteur Mark Edwards qui sera remplacé en 1987 par Bobby Jarzombek qui vient de jouer sur les deux uniques albums de Juggernaut "Baptism Under Fire" (1986) et "Trouble Within" (1987), et qui n'est autre que le frère du guitariste Ron Jarzombek (ex-SA Slayer et membre de Watchtower).
Ca va vous arrivez à suivre...
Bref, ce sont les influences de ces différents musiciens (issues des groupes auxquels ils ont participé) qui sont à l'origine de l'évolution de Riot, qui abandonne (pour un temps) son très bon Heavy Rock (et Hard Rock pour ses deux précédents disques) pour nous offrir sur "Thundersteel" (1988) un superbe Speed Mélodique.
Ouf !
Merci Samolice.D'ailleurs pour ceux que ça intéresse, sur Youtube si vous tapez Narita thundersteel vous trouverez la version de ce morceau (issu de l'unique démo de Narita) avec Steve Cooper (décédé en 2006) au chant.
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