De terribles difficultés auront, de tout temps, handicapé la carrière des Américains de
Riot. A géométrie variable, le groupe aura souvent, en effet, souffert de cette incapacité (voulue ou non) à construire une constance dans un line up changeant. Une instabilité qui, en troublant ainsi la quiétude créative d'un groupe au destin artistique complexe, aura considérablement obscurci l'horizon de musiciens pourtant talentueux.
Sans volonté aucune de refaire ici l'historique complet du parcourt de cette formation, parlons, tout de même, d'une séparation aux conséquences dramatiques. Evoquons donc le départ de son chanteur emblématique, Guy Speranza qui, suite à des désaccords musicaux profonds, essentiellement liée à de sincères convictions religieuses, décida d'abandonner l'aventure. Cette démission aura une importance déterminante dans la suite des événements. Elle occasionnera l'arrivé d'un vocaliste,
Rhett Forrester, dont les capacités indiscutables n'étaient cependant pas suffisantes, selon votre humble serviteur, à palier l'absence d'un Speranza dont l'énergie et les incroyables dispositions avaient remarquablement sublimé certains des travaux de
Riot. De plus, comble de malchance pour ce nouveau venu, il prit part aux projets alors que le groupe, peu inspiré, avait décidé de s'orienter musicalement vers un propos aux accointances
Hard Rock, et mélodiques, évidentes. Les albums qui en résultèrent furent donc moyennement convaincants selon votre modeste obligé.
Mark Reale, âme pensante et fondatrice de
Riot, opta alors pour une saine réaction salutaire en nous proposant des travaux plus agressifs et rapides (les excellents
ThunderSteel (1988) et
The Privilege of Power (1990)). Après ces deux épisodes dévolus à un Heavy Speed
Metal mélodique de très bonne facture, en cette année
1994, s'apprête donc à sortir le nouvel effort de
Riot. Un nouvel effort intitulé
Nightbreaker.
Avant de débuter la revue de ce disque, qu'il me soit permis ici de faire un petit aparté concernant un malheur tragique qui, quelques mois avant la sortie de ce nouvel opus, aura sans aucun doute hanté l'esprit du groupe. En cette année
1994,
Rhett Forrester, ancien vocaliste de cette formation, est, en effet, victime d'un dramatique accident puisqu'il est assassiné durant la tentative de vol de son véhicule. Si les travaux de l'artiste peuvent être sujets à des critiques inhérentes aux gouts de chacun, votre humble serviteur ne s'étant d'ailleurs jamais privé, l'homme, quant à lui, mérite un respect indéfectible et inaltérable. Qu'il lui soit rendu hommage ici et maintenant.
Ceci étant dit, commençons notre modeste analyse en abordant, en premier lieu, les noms de ceux qui ont pris part à ce nouveau manifeste. Si Mark Reale en reste une des immuables figures de proue, une fois encore, il n'en va pas de même pour le reste de l'équipage.
Ainsi, concernant ces énièmes changements, évoquons les plus importants et mentionnons, notamment, l'arrivé de Mike DiMeo qui devient le nouveau vocaliste de
Riot. Sa voix, plus chaleureuse et ronde, contraste grandement avec celle de son prédécesseur. Les travaux qu'il nous propose au sein de ce disque sont d'ailleurs très intéressants.
Au chapitre musical, notons que Mark Reale et ses complices ont abandonné le Heavy Speed
Metal pour revenir à une expression aux confins d'un Heavy mélodique et d'un
Hard Rock énergique.
Revenant ainsi puisé aux sources de sa propre musique, le groupe nous offre donc de le découvrir au travers d'un exercice de style qu'il n'aura pas toujours maîtrisé par le passé. Pourtant jamais, aucune inquiétude ne point puisque ici il fait montre d'une efficacité et d'une inspiration suffisamment bonne pour que le plaisir né de l'écoute de ce manifeste soit instantané et constant. Tant et si bien que les excellents
Soldier,
Destiny, ou encore, les superbes
Nightbreaker qui porte encore quelques légers stigmates de la période Speed
Metal et
Silent Scream dont les couplets sont prestes et les refrains très mélodiques, nous convainquent sans peine des vertus d'un disque vraiment aboutis.
Notons encore, au chapitre des satisfactions, la présence de deux reprises venant compléter la longue liste de ces éléments responsables de nos contentements. La première,
Burn, est extraite de l'album du même nom de
Deep Purple, groupe mythique s'il en est. Et sur la seconde
Riot nous propose une relecture de ses propres travaux puisqu'il s'agit du titre
Outlaw issue de l'album
Fire Down Under. D'ailleurs ces deux chansons vraiment réussies illustrent aussi parfaitement les qualités d'un chanteur en devenir.
Sans toutefois égaler l'excellence de ces deux dernières livraisons,
Riot, avec ce
Nightbreaker, continue sa bonne marche. Si le groupe ne parvient donc toujours pas à trouver un équilibre dans ses rangs, il parvient, néanmoins, à en trouver un dans la qualité des opus qu'il nous délivre. Et après tout, n'est-ce pas là le plus important?
Je ne reviendrai pas sur les deux chefs d’œuvre de Forrester qui sont quand même bien plus intéressants que ce Nightbreaker, certes de bonne facture mais qui commence hélas à faire ressembler Riot à un groupe lambda. C'est extrêmement bien fait et ça joue avec la même classe qu'avant mais ça devient de plus en plus formaté; dommage.
Enfin quelques petites précisions que tu n'as pas mentionnées concernant le titre "Magic Maker" : son écriture remonte à 85/86, après le split du groupe Narita dans lequel se trouvait Reale et Jarzombek. C'est l'époque où Mark Reale avait recruté Harry "Tyrant" Conklin de Jag Panzer dans l'idée de remonter Riot version Speed, et c'est finalement Tony Moore qui enregistrera Thundersteel comme chacun sait. Une version de Magic Maker avec Tyrant est dispo sur YT. La version de "Nightbreaker" contient quant à elle un clin d’œil à l'un des meilleurs titres de Riot, le fabuleux "You burn In Me" avec Môôôôôssieur Forrester au chant, la mélodie de ce morceau est reprise en fin de morceau après le solo.
What else ? J'ai la pochette avec le requin qui n'est pas recensé sur SoM, mais on s'en fout.
Pour ce qui est des albums avec Forrester, pas sûr que votre lobbying finisse par atteindre son objectif. Je veux bien reconnaitre que je suis sévère à l'égard de ce chanteur, et que l'artiste mériterait plus de considérations de ma part, mais, selon moi, il ne pourra jamais égaler Speranza qui reste, et restera pour toujours (dans mon cœur) le vocaliste emblématique de Riot.
Concernant le reste, merci d'avoir complété fort de ces connaissances qui t'honores. J'espère que mon lobbying consistant à te pousser à écrire davantage finira, quant à lui, par porter ses fruits.
Sinon moi aussi j'ai acheté la pochette avec le requin. C'était il y a bien longtemps. Mais c'est vrai que ça n'a pas grande importance...
Sinon, à part ça, déjà jeté une oreille sur le Unleash the Fire?
Guy Speranza est cependant bien entendu LE chanteur de Riot, je ne te contredirai pas là dessus malgré tout mon attachement aux œuvres de Rhett.
Enfin, pour répondre à ta dernière question, je n'ai rien écouté de Riot après Sons Of Society de 1999, album qui m'avait profondément déçu par sa platitude, j'ai donc arrêté de suivre le groupe à ce moment là préférant en garder un souvenir glorieux plutôt que de le voir tomber dans des lieux communs. J'aime cependant encore beaucoup la trilogie Nightbreaker / Brethren / Inishmore, surtout les deux derniers que je trouve plus cohérents et homogènes que Nightbreaker qui se contente d'aligner de bons morceaux les uns à la suite des autres. J'achèterai certainement un de ces jours Immortal Soul par curiosité, en revanche il est hors de question que je pose mes oreilles sur un disque de Riot sans Mark.
Si vous vous attendiez à un retour aux sources avec un Heavy Rock à la "Fire Down Under" (1981), voir au Hard Rock de "Restless Breed" (1982), ou tout simplement à un nouvel album de Speed Mélodique faisant réellement suite à l'excellent "Thundersteel" (1988), vous avez tout faux.
Cette fois-ci Riot a opté pour un Hard Rock Mélodique influencé par Rainbow période 1981-1983, et également par Yngwie J.Malmsteen période "Odyssey" (1988).
Cela se confirme par des morceaux très mélodiques dont le public américain raffole ("destiny"), par la voix chaude de Mike Dimeo proche de celle de Joe Lynn Turner (qui a chanté dans les deux groupes cités plus haut, et justement à la période indiquée, c'est à dire la plus mélodique de leur carrière...), par des descentes de manches que n'auraient pas renié Ritchie Blackmore ou Yngwie J.Malmsteen (l'influence de ce dernier est flagrante sur le titre "nightbreaker"), auxquels s'ajoute "burn", la reprise de Deep Purple (l'autre groupe de Ritchie Blackmore) pour que la boucle soit bouclée !
Résultat des courses, Riot a sorti un bon album de Hard Rock Mélodique, et surtout a une fois de plus surpris tout le monde...
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