Moonbathers

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17/20
Nom du groupe Delain
Nom de l'album Moonbathers
Type Album
Date de parution 26 Août 2016
Style MusicalHeavy Symphonique
Membres possèdant cet album90

Tracklist

1.
 Hands of Gold
 05:20
2.
 The Glory and the Scum
 04:13
3.
 Suckerpunch
 04:19
4.
 The Hurricane
 03:52
5.
 Chrysalis - the Last Breath
 05:39
6.
 Fire With Fire
 04:18
7.
 Pendulum
 03:50
8.
 Danse Macabre
 05:18
9.
 Scandal (Queen Cover)
 04:13
10.
 Turn the Lights Out
 04:24
11.
 The Monarch
 03:47

Durée totale : 49:13


Chronique @ ericb4

21 Août 2016

Bienvenue dans la cinquième dimension, celle de la consécration d'une étoile...

Voilà plus de dix ans déjà que le combo néerlandais patiemment sculpte et progressivement affine son projet, ayant oeuvré d'arrache-pied pour offrir à son public une indéfectible énergie créatrice, éminemment communicative, ayant pour corollaire le déploiement de ses plus beaux accords, ses émouvantes et mémorables mélodies et une solide cohésion groupale. Aussi, n'a-t-il eu de cesse de galvaniser des foules de plus en plus denses, à l'échelle internationale, sous l'impact de ses efficaces et inspirées compositions, et ce, depuis son premier et prometteur album full length « Lucidity ». Pour rappel, lui ont succédé trois livraisons de cet acabit dont le rayonnant « April Rain » (2009), le subtil et prégnant « We Are the Others » (2012), puis l'émoustillant « The Human Contradiction » (2014), qui sont autant de raisons sérieuses de croire en un avenir serein pour nos valeureux acolytes. Comme pour attiser notre curiosité et amplifier le désir de goûter à nouveau à ses vibes, le collectif a également pris le pli d'inclure des productions alternatives, judicieusement intercalées entre deux propositions majeures, dont la roborative et bien-nommée compilation « Interlude » (2013) et le dernier-né « Lunar Prelude » (2016), poignant EP mettant précisément le pied à l'étrier sur ce qu'allait devenir cette toute nouvelle offrande.

Au-delà de ce constat, eu égard à une succession quasi ininterrompue de concerts, de festivals, de sollicitations par les medias au cours de cette année faste, tout en créant simultanément de nouveaux titres qu'il inclut souvent dans ses prestations scéniques, le groupe, mené par le claviériste Martijn Westerholt (frère de Robert Westerholt (Within Temptation)) et la talentueuse chanteuse au chatoyant filet de voix Charlotte Wessels (Phantasma, ex-The Glory and the Scum), enfile une à une les perles, appelant de ses vœux une réaction collective qui spontanément et favorablement lui renvoie l'ascenseur. Ce faisant, pierre par pierre, le combo batave a consolidé son identité stylistique, y a gagné en épaisseur artistique, en qualité de production générale et en maturité musicale. C'est dire que le groupe a désormais élevé d'un cran le niveau de ses prérogatives, souhaitant dès lors faire durablement partie intégrante des valeurs de référence dans le registre metal dont il se prévaut, au même titre que Within Temptation, Epica, Nightwish, Xandria, entre autres. Cet ultime effort serait-il l'indicateur annonciateur d'un heureux présage pour les Néerlandais ? Lui permettra-t-il la construction d'un pan décisif de son histoire, d'asseoir son statut, voire d'entrer dans la légende du metal symphonique à chant féminin ?

Une évolution artistique se dessine clairement, se cristallisant notamment par une double orientation atmosphérique venant habiter ce cinquième élément de longue durée, l'expérimenté sextet ayant fortement joué sur les effets de contrastes, plus qu'il ne l'a fait par le passé. Et ce, tout en suivant une logique de construction compositionnelle proche de « The Human Contradiction », doublée d'une finesse d'écriture inédite accouchée de la plume de Charlotte. En outre, cette dernière s'est inspirée du cinéma, de la littérature et de quelques expériences de vie pour rendre le message foncièrement profond, voire viscéral, et un brin énigmatique. Pour la mise en musique de ces paroles, nos deux compères ont à nouveau sollicité les talents des guitaristes Timo Somers (ex-Vengeance) et Merel Bechtold (Mayan, Purest Of Pain), le bassiste Otto Schimmelpenninck (Detonation) et le batteur Ruben Israel (Lesoir). Passé au crible, l'enregistrement n'a souffert que de peu d'approximations, tout en nous octroyant une stupéfiante profondeur de champ acoustique, autorisant une mise en valeur optimale du corps orchestral, raréfiant de fait de gênants effets de compression. Quant au mixage, il équilibre parfaitement les parties vocales et instrumentales entre elles, autorisant une fluide lecture des éléments investis. Une ingénierie du son plutôt soignée mais non aseptisée offre ainsi un confort auditif autorisant une écoute des 11 titres de la galette d'un seul tenant.


Ce qui frappe d'entrée de jeu, c'est l'extrême degré de pugnacité avec lequel le combo nous livre ses gammes et ses arpèges, sans y perdre en substance mélodique. Exercice qui lui sied à merveille à ce stade-là de son évolution. Ainsi, d'obédience heavy symphonique, calé sur une rythmique bien trempée, une frappe sèche signée Ruben Israel et un riffing mitrailleur, « Hands of Gold » saute à la gorge pour ne plus lâcher de lest jusqu'au terme de l'orgasmique et incandescent instant. Une pluie d'astéroïdes s'abat sur nos tympans sans ménagement, renforcée par d'incessantes circonvolutions synthétiques et renchérie par la growleuse présence d'Alissa White-Gluz (Arch Enemy, ex-The Agonist) pour relever la sauce, alternant avec les patines oratoires de Charlotte, plus mordantes qu'à l'accoutumée. Agressif, bodybuildé et flamboyant, ce titre marque un tournant dans le processus compositionnel du groupe. De même, c'est sur des charbons ardents que nous conduit le fulminant « Fire with Fire », où l'on sent planer l'ombre de « The Human Contradiction » jusque dans les moindres soubresauts des refrains, immersifs à souhait, avec un zeste de fougue supplémentaire. Une rythmique syncopée s'immisce dans les entrelacs du brûlot pour une traversée réservant bien des surprises. On est chahuté, bousculé mais non violenté, et même enchanté, et on en redemande...

Par effet de contraste atmosphérique, mais sur une même modalité rythmique, le groupe offre de glaçants et frissonnants instants, flirtant avec les noirceurs infinies d'une âme tourmentée. Dans une atmosphère sombre et sur un mode rythmique déjanté, « Pendulum » nous agrippe avec vigueur, comme pour nous pousser à investir les lieux dévastés. Le collectif explore ainsi d'abyssaux espaces pour nous convier avec une rayonnante vivacité à un étrange ballet des vampires. Des riffs aiguisés s'harmonisent à un ample parterre orchestral samplé, corroborant des growls inattendus et peu hospitaliers. Ce faisant, on assiste à un épique dénouement, où la ligne mélodique reste lustrée quelles que soient les circonstances de cette apparente décadence, nous faisant alors toucher la ligne d'impact qui, ici comme ailleurs, s'esquisse, tout en se jouant des codes du genre.


Ce faisant, même si l'évolution stylistique du combo est palpable, lui assurant une inéluctable marche en avant, il n'en a pas oublié ses originelles pulsions, et ce, selon deux sets qui se complètent plus qu'ils ne s'opposent. On aborde ainsi une série de tubes savamment concoctés qui laisseront assurément quelques traces dans les esprits de ceux qui se seront laissés sustenter.

Dans le premier set s'illustrent quelques passages estampés metal mélodico-symphonique. D'une part, issu de « Lunar Sea », le dévorant « Suckerpunch » déploie une massive rythmique sur laquelle s'adosse un riffing acéré, tout en voguant sur un espace percussif effilé, non sans rappeler « Stay Forever », extrait de « April Rain » (2009). Tant sur les sculpturaux couplets que sur les refrains, la belle par ses puissantes et claires inflexions et assistée de choeurs, contribue à enjoliver un titre qui ne manque ni de sensualité, ni de lumière mélodique. L'accroche auditive et émotionnelle s'opère aisément sur ce hit octroyant un relief acoustique proche de « Stardust », joyau issu de « The Human Contradiction ». Pour sa part, tour à tour colérique et truculent, d'une prégnance heavy symphonique marquée, « The Glory and the Scum » dissémine une énergie communicative, aspirante mais contrôlée, sous le joug de riffs acérés et de libertines oscillations organiques. Par contraste, au cœur de cette fournaise instrumentale s'extirpe le céleste et magnétique timbre de la sirène, nous renvoyant d'un jet de pierre à l'empreinte perceptible sur « We Are the Others », comme un clin d'oeil circonstancié à un passé magnifié. Toutefois, sur ce titre aux allures d'un hit en puissance, on regrettera la répétibilité d'un schéma mélodique quelque peu lascif sur le refrain, mais qui, paradoxalement, par un habile jeu d'ombre et de lumière, attire plus qu'il ne met à distance le « delainer ».

Un second set, plus directement orienté rock, laissé entrevoir d'autres moments n'ayant de cesse d'aligner des vibes enchanteresses, avec cet indicible supplément d'âme tant espéré par le combo depuis ses débuts. Aussi, l'entraînant « Danse Macabre », morceau teinté rock mélodico-atmosphérique dans la droite lignée de « Lucidity », à sa manière, s'illustre dans cette catégorie. Jouant davantage que ses voisins sur les changements de tonalité, les variations de tempo, tout en suivant un cheminement harmonique engageant, il émousse ses riffs et assure une heureuse liaison entre couplets et refrains, glissant avec célérité dans nos tympans alanguis. De plus, un élargissement du spectre vocal et de siréniennes inflexions haut perchées transpirent des volutes oratoires de la princesse, caressant notre fibre émotionnelle comme pour mieux l'absorber et nous assigner à résidence, in fine. On se joue habilement des résistances, qui voleront en éclat et s'effriteront comme un château de cartes. De même, le tympan sera irrémédiablement attiré par le mélancolique et infiltrant « Turn the Lights Out », déjà présent sur « Lunar Prelude ». Celui-ci nous invite à suivre les tribulations d'une Charlotte au sommet de son art, élargissant son spectre vocal plus qu'à l'accoutumée, avec une parfaite maîtrise de sa puissance, de son flow et de ses modulations. De plus, de vibrantes nappes synthétiques inondent l'asphalte au fil d'un sillon mélodique que l'on ne quittera pas d'un iota. Carton plein, donc, sur ce titre racé apte à éveiller d'authentiques plaisirs.

Et que dire du tonique et enivrant « Scandal », titre repris et réarrangé du groupe Queen (extrait de « The Miracle (1989)) ? Oscillant ici entre pop-metal et rock mélodique, en complément de son offre de tubesques ritournelles, l'affriolant instant volé nous dirige droit vers le dancefloor. Le grisant moment, tel un réjouissant éventail de couleurs qui s'entremêlent sous l'effet de la boule à facettes, dispose de redoutables armes de séduction pour nous rallier à sa cause, à commencer par un sillon mélodique d'une précision d'orfèvre sur lequel se greffe la ligne de chant, brûlante et hypnotique à la fois.


Les six de Zwolle n'ont pas non plus manqué leur rendez-vous avec des moments plus apaisés, mais avec moins de zénitude qu'à l'accoutumée, non moins scrupuleusement échafaudés et captateurs d'émotions. D'une part, « The Hurricane », majestueux mid tempo, dans la veine d'un « April Rain », avec davantage de subtilités harmoniques et des arrangements plus aboutis, déroule le tapis rouge pour nous aspirer d'un claquement de doigt. Usant de ses charmes, par ses angéliques modulations qu'elle parsème tout le long de notre parcours, la belle parvient à encenser le pavillon que suit à la note près une instrumentation bien inspirée, l'ample double caisse en chef de file. L'un des nombreux secrets de la capacité du combo à nous retenir plus que de raison s'y trouve précisément, à savoir, nous faire inconsciemment plier l'échine lorsqu'il appuie à sa guise sur l'accélérateur des émotions. Dans cette mouvance, mais acheminé sur un low tempo plus avéré, profondément ancré dans des eaux satinées et doté d'une sensibilité à fleur de peau, « Chrysalis - the Last Breath » est une ballade aussi plaisante qu'apaisante, qui laisse entrevoir la douce lumière couleur miel d'un automnal crépuscule, qui contraste avec le message scriptural empreint d'obscurité. Délicatement investi par un piano aux arpèges sinueux corroborant la voluptueuse et charnelle empreinte vocale de la maîtresse de cérémonie, partiellement doublée de choeurs d'enfants, l'intimiste instant gagne en progressivité rythmique ce qu'il ne perd nullement en rigueur mélodique. En cela, on y voit un autre volet des progrès accomplis par le combo, la maturité de ses gammes aidant. Mais le spectacle n'est pas terminé...


Ultime exercice récemment initié par le combo, à l'aune de l'outro de l'opus, et ce, à l'image d'Epica sur « The Fifty Guardian » (extrait de « The Quantum Enigma » (2014)). Aussi, un substantiel quadrillage instrumental samplé digne d'une production hollywoodienne clôture sereinement et avec emphase la pièce en actes. Ainsi, « The Monarch » fait montre d'arrangements de bon aloi, d'une judicieuse complémentarité entre les parties en solo, notamment au piano, et le rutilant cortège. A peine interrompu par quelques choeurs gracieux, le colosse poursuit sa route, tranquillement, ayant témoigné, au passage, d'une belle et trottante progressivité au fur et à mesure que l'on pénètre dans les espaces infinis des innombrables plaines inondées d'une herbe bien grasse. Plus qu'une preuve supplémentaire de la pluralité de son offre, cette plage instrumentale a sa raison d'être en fin de parcours en ce qu'elle assure un double effet de contraste dans cette mise en regard des extrêmes qui, ici, semblent s'attirer, communier vers un seul et même dessein, celui de placer cette œuvre, non seulement parmi les gemmes du groupe mais aussi comme une référence en matière de metal symphonique à chant féminin.


Nerveux, voire explosif, élégant, diversifié dans sa forme comme sur le fond, fortement contrasté, profondément émouvant, logistiquement exigeant et techniquement plus abouti, sans temps morts, rien ne manque à l'opulent tableau de ce qui pourrait s'apparenter à une pépite. Au-delà d'une synthèse de la quintessence de ses précédents, cette cinquième pièce se veut innovante tant dans l'écriture et la restitution de ses harmoniques que dans la dissémination de ses atmosphères. Dépassant le cadre formel des codes du metal symphonique sans dénaturer sa personnalité, l'économie-même de l'opus ne laissant plus place à quelque approximation que ce soit, on comprend que les Néerlandais jouent désormais dans la cour des grands, des très grands. Que les « delainers » de la première heure se rassurent, nos acolytes ont veillé à se rappeler de leurs initiaux émois, partiellement inclus dans nombre de passages de la rondelle. Et ce, notamment concernant les lignes vocales, eu égard aux volutes pincées perceptibles dans "April Rain", aux nasalisations partielles plus proches d'un "We Are the Others" que d'un "The Human Contradiction". Pour un public plus volontiers orienté vers les derniers travaux du collectif batave, ils ne seront pas non plus laissés pour compte, eu égard aux plus saillants instants. En témoigne la fougue dévastatrice et épidermique du corps orchestral. Et ceux qui attendaient une nette ascension des natifs de Zwolle seront, eux, stupéfaits, voire conquis par les progrès accomplis. Pas de doutes, on entre de plain pied dans la cinquième dimension, celle de la consécration d'une étoile. Et le combo ne s'arrêtera pas en si bon chemin. En effet, une version remastérisée de « Lucidity » ainsi qu'un DVD sont prévus d'ici la fin de l'année, une année d'exceptionnelle créativité et d'intense investissement pour Delain...

21 Commentaires

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Theodrik - 08 Septembre 2016: Finalement, je me le suis procuré avant qu'il ne sorte des backs "nouveautés" de la Fnac et que je doive le commander. Après une seule écoute, je suis amplement satisfait. :)
frozenheart - 08 Septembre 2016: Voilà, comme dis pielafo le chant de charlotte passe très bien en Alto, sauf lorsqu'elle monte trop dans les aigus.

Sinon, je le redis encore cet album et somptueux!
Lelfenoire - 18 Novembre 2016: Bon. Il y a une chose que j'aimerais comprendre. D'album en album Delain me déçoit. Je ne retrouve plus rien de l'ambiance de Lucidity qui m'avait tant séduite. Pour moi Lucidity reste leur meilleur album. Et je n'arrive pas à comprendre pourquoi : en technique il est pourtant évident que le groupe a progressé ! Mais je n'accroche pas aux mélodies, je ne retiens aucun refrain, et la voix de la Charlotte Wessel m'insupporte la moitié du temps, alors que la particularité de son timbre m'avait conquise sur Lucidity. Suis-je la seule à ne pas adhérer à ce nouveau Delain? Si oui, comment l'expliquez-vous? J'aimerais comprendre, surtout devant une critique et des commentaires si élogieux !
Sephiroth26 - 23 Janvier 2017: Je dirais tous simplement les goûts et les couleurs, moi aussi je ne comprend pas la hype Delain j'avais bien apprécier le 1er opus Lucidity dans son ensemble, les albums suivant j'ai jamais accrocher intégralement, mais malgré tout il ont tous 2-3 titres vraiment excellent.
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