Kveldssanger

Paroles
ajouter une chronique/commentaire
Ajouter un fichier audio
17/20
Nom du groupe Ulver
Nom de l'album Kveldssanger
Type Album
Date de parution 1996
Style MusicalBlack Folklorique
Membres possèdant cet album185

Tracklist

1. Østenfor Sol og Vestenfor Maane 03:26
2. Ord 00:17
3. Høyfjeldsbilde 02:15
4. Nattleite 02:12
5. Kveldssang 01:32
6. Naturmystikk 02:56
7. A capella (Sielens Sang) 01:26
8. Hiertets Vee 03:55
9. Kledt i Nattens Farger 02:51
10. Halling 02:08
11. Utreise 02:57
12. Søfn-ør paa Alfers Lund 02:38
13. Ulvsblakk 06:56
Total playing time 35:29

Chronique @ AlonewithL

14 Octobre 2013

La bête des bois aurait échangé ses cornes pour l’apparence d’une belle jeune femme.

Un caméléon change de couleur suivant la nature environnante, parfait camouflage. « Ulver » change de registre quasiment à chacune de ses sorties. L’œuvre magistrale de Kristoffer Rygg, aussi connu sous le nom de Garm, a su imposer le respect, presque l’adoration aux yeux des plus fervents, malgré différentes mutations qui auront certainement déboussolé les fans du début. La seconde pièce, « Kveldssanger », que nous pourrons traduire par « chansons du soir », marque le changement le plus significatif de la carrière du groupe. Ce sera le premier d’une longue série. Le label norvégien Head Not Found, actuellement en stand-by, alors spécialisé dans le metal underground, principalement dans le black metal, et qui avait déjà promu le premier édifice de « Gehenna » et d’« Ulver », se trouve soudain à distribuer un album de neo folk, en 1995. A la trappe le black/folk du split avec « Mysticium », celui de l’album « Bergtatt ». Garm et Haavard se reconvertissent dans une musique passée de mode, eux qui avaient porté une musique marginale, mais novatrice pour l’époque. La bête des bois aurait échangé ses cornes pour l’apparence d’une belle jeune femme aux cheveux dorés. Ce n’est que la première transformation d’« Ulver ». Manière pour la formation de ne jamais passer incognito. C’est à la fois à l’image et dans la stratégie contraire du caméléon.

Quelle est cette tristesse qui nous envahit ? L’œuvre se pose-t-elle comme un reflet des âmes ? En tout cas, la musique acoustique de « Kveldssanger » ira explorer notre esprit. Nous sommes loin, très loin de la prestation black folk que l’on pouvait jusqu’alors écouter chez « Ulver ». Le fan de l’époque a dû s’interroger mille fois et se demander ce qui a bien pu leur passer par la tête. Voulaient-ils sortir de cette marginalité, parfois pesante chez les jeunes formations? Pourquoi passer ainsi d’un style ardent et sombre, à quelque chose qui n’a plus rien de metal, n’usant même pas de guitare électrique ou de batterie ? « Ulver » se pose comme un mystère. On pourrait croire, à juste titre, que la pièce en elle-même était un entretien plus en proximité avec la nature. C’est vrai que « Bergtatt » comportait de bonnes parties folk. Pour l’occasion Garm, Haavard et AiwarikiaR sont accompagnés du violoncelliste Alf Gaaskjønli. Son imposant instrument entrera en scène dès le premier morceau, « Østenfor Sol og Vestenfor Maane ». Manifestation d’une mélancolie sans égale, composée en plus d’une douce guitare acoustique et de chœurs raisonnant dans la plus stricte solennité. Aucune effusion de joie ou de liesse.

On retrouve la beauté de ces chœurs, à cappella sur le très court « Ord » comme sur « A Cappella (Sielens Song) », nous indiquant bien l’absence d’instrument pour ce titre. C’est la contemplation, la spiritualité, qui prédominent. Ces chants privés de gaieté et de colère devront s’exprimer en présence d’instruments sur le très délicat « Kledt i Nattens Farger », mais aussi sur le magnifique « Utreise ». Ce dernier offre un compromis soigné entre les différents intervenants, flûte et violoncelle se mettent en retrait pour maintenir un sentiment de neutralité. Les deux instruments vont soit ajouter en pesanteur (violoncelle), soit ajouter en féerie (flûte). Nous aurons donc des titres pesants et langoureux avec l’intervention du violoncelle, comme sur « Nattleite », couvert d’une brume de voix. La flûte ira, elle, alléger le lourd fardeau de deux guitares affligées sur le tâtonnant « Naturmystikk ». Cette impression de tâtonnement des guitares, d’incertitude, se relève également à travers « Kveldssang ». On la retrouve aussi en partie avec « Ulvsblakk », le plus long morceau du volume, excédant une durée de six minutes. Ces hésitations s’agrémentent de chœurs, de davantage de mélodies à partir de la moitié de la piste. La réserve affichée à l’entame s’efface petit à petit.


L’affliction fait place à la tendresse, à un ton plus résolu avec un réconfortant « Høyfjeldsbilde ». Le jeu y est remarquable, nous comblant d’une chaleur si rare, si recherchée dans ce périple. Les guitares emploient un accueil identique sur « Halling », mais étrangement devront s’allier à des inspirations produites par les chœurs, dont l’effet est assez déroutant pour l’auditeur. Le confort de ces lieux ne ressemble en aucune façon à l’hostilité de « Hiertets Vee ». Le ton y est grave, s’illustrant dans un empressement des plus fermes. La corde de mi vibre et marque durement la cadence. Cette hâte sera rattrapée par le blizzard et les sifflements de flûtes isolées. « Søfn-ør paa Alfers Lund » affiche la même détermination de la part des guitares, mais le rythme est devenu froid, mécanique. Le titre fait allusion à la somnolence. Combattre contre Morphée est vain. Le sommeil l’emporte et nous plonge alors dans le paradis des rêves.

Œuvre éblouissante, qui pêche néanmoins sur la faible durée de ses morceaux et de l’objet dans son intégralité. « Ulver » nous propulse dans un milieu dont on aurait en aucun moment pu imaginer venant de leur part. Empli de délicatesse et de tendresse, « Kveldssanger » n’est en aucun cas une suite logique à « Bergtatt ». Il s’agit d'une pièce unique, comme chaque album sorti sous la griffe du maître Kristoffer Rygg. Du moins, c’est ce qu’il souhaite, c’est ce qui fait l’originalité de son travail, tout son intérêt. Ceux qui n’ont juré que pour le black metal des débuts passeront probablement l’étape pour apprécier le « Nattens Madrigal » qui suivra. Ce sera au tour de ceux qui ont juré sur la sérénité du neo folk de « Kveldssanger » d’être surpris.

16/20

2 Commentaires

7 J'aime

Partager
Molick - 15 Octobre 2013: Jolie chronique.

C'est le deuxième album d'Ulver que j'ai écouté, juste après Shadows Of The Sun. Pour moi donc, même si j'avais entendu qu'ils en faisaient avant, la musique du groupe n'avait rien de métal, et je suis directement rentré dans ces atmosphères (même Shadows Of The Sun et ce Kveldssanger n'ont absolument rien à voir, si ce n'est le côté atmosphérique).

Bref je m'égare, comme tu l'as bien précisé, le travail sur les voix est impressionnant et très poignant. Un album qui sent bon la solennité (je sais pas si ça existe) des grands monts couverts de forêts.

Merci en tout cas pour cette chronique à la fois sensible et suffisamment descriptive.
David_Bordg - 28 Décembre 2014: un chef d oeuvre
    Vous devez être membre pour pouvoir ajouter un commentaire

Commentaire @ NatheYah

20 Juin 2006
Comme ça, personne n'a chroniqué cet album génialissime??? Il faut dire qu'il se passe de commentaires : mélodies magiques, chants envoutants, que du bon pour peu que l'on aime la musique folklo-acoustique. En effet, il s'agit d'un CD sans guitare saturée ni batterie et reposant uniquement sur des guitares classiques, des violons, des fluttes, des voix claires pures et puissantes et quelques samples de mère Nature qui sentent bon le sapin...
Gros bourrins s'abstenir!!!
Toujours est-il que Kveldsfanger est devenu une réfèrence en la matière et nombreux sont ceux à en avoir voulu à Garm pour ne pas avoir persisté dans cette voie!
Entre polyphonies vocales, cappella et instrumentaux effleurant le sublîme, notre oreille n'a, effectivement, pas le temps de s'ennuyer!!
Seul bémole, qui n'en est pas vraiment un, c'est trop court!!! Mais j'ai trouvé la solution : la touche replay!!
Fermez les yeux, vous êtes en Norvège...

2 Commentaires

3 J'aime

Partager
venomesque - 31 Août 2013: Un album pur et magnifique en effet! Je suis tout à fait d'accord avec cette chronique!
David_Bordg - 28 Décembre 2014: une oeuvre d art et le plus grand album acoustique qui m ait ete donne d entendre!!
    Vous devez être membre pour pouvoir ajouter un commentaire