Infinity

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Nom du groupe Devin Townsend
Nom de l'album Infinity
Type Album
Date de parution 1998
Style MusicalMetal Progressif
Membres possèdant cet album170

Tracklist

Released by USG Records in Europe with a bonustrack.
1. Truth 03:58
2. Christeen 03:42
3. Bad Devil 04:52
4. War 06:30
5. Soul Driven Cadillac 05:14
6. Ants 02:01
7. Colonial Boy 03:04
8. Life Is All Dynamics 05:09
9. Unity 06:57
Bonustrack (European Release)
10. Noisy Pink Bubbles 05:21
Total playing time 41:27


Chronique @ Eternalis

15 Novembre 2008
Comment expliquer que les plus grands albums puissent provoquer les paradoxes les plus extrêmes ?
Infinity sera de ces opus rassemblant les pôles. En effet, comment comprendre qu’il s’agisse à la fois de l’opus le plus complexe et le plus expérimental du génie canadien tout en étant du même coup son disque le plus accessible ? Difficile n’est ce pas ?

Remettons nous dans le sujet. Devin, jeune canadien ayant eu le privilège de chanter sur le Sex & Religions de Steve Vai sort deux albums avec Strapping Young Lad dont l’indispensable et inhumain City, considéré à juste titre comme un des albums les plus violents et novateurs jamais enregistré : rien que ça.
Epuisé par la vie de groupe et ce qu’elle implique (tournées notamment), Devin dessoude le quartet et fonde un projet solo sous son propre nom et sort Ocean Machine. Quelle ne fut pas la surprise à l’époque de découvrir les velléités du canadien envers la musique atmosphérique et planante, un album unique dans la carrière du génie de part sa beauté et l’émotion qui s’en dégage (écouter ne serait-ce qu’une seule fois le merveilleux The Death of Music ou Devin hurle la mort d’un ami autour d’un « beat »répétitif de douze minutes : déchirant et hypnotisant !).

L’année suivante déboulait un Infinity qui surprit une nouvelle fois par une direction artistique radicalement différente. Là ou les autres albums (je veux également parler des futurs disques comme Terria, lui aussi essentiel) sont très long et très atmosphérique, celui-ci se caractérise par une folie créatrice de tous les instants sans pour autant tomber dans la violence et ce pendant seulement quarante-six minutes. En parler se révélera un véritable exercice de style tant le style est émotionnel et finalement assez unique à chacun, à commencer par la production. Dire que le son à dix ans est impressionnant et prouve le caractère intemporel de cette œuvre qui ne vieillira probablement jamais. Un son dense, vraiment très dense, avec une quantité incroyable d’élément et de piste mais toujours une clarté exemplaire et surtout une puissance scotchante (ces explosions disséminés un peu partout… !).

L’intro Truth est simplement extraordinaire. On pourrait parler de ce riff d’ouverture pendant des heures tant il est génial, puissant, solennel, grave…impressionnant. Ce premier titre est d’entrée déstabilisant en raison des chœurs angéliques en toile de fond et surtout de ces riffs. On sent directement que cela n’a rien a voir avec Ocean Machine, plus fou, plus tout en faite…avec une dose non négligeable de désespoir, même s’il n’est présent qu’en filigranes et se révèle qu’après un nombre important et attentionnées d’écoutes.

Car le constat est rapidement sans appel, et le séjour en hôpital psychiatrique de Devin est là pour en témoigner, cet album est une longue décente vers la démence. Cela peut paraître surprenant si vous écouter ce disque pour la première fois mais c’est bien la vérité. Car lorsque Devin affirmait « Cette musique me rend fou, je n’ai jamais rien entendu d’aussi intense », il ne s’agit en aucun cas de futile prétention mais bien d’un témoignage du mal-être que peut représenter cet album. Trop de beauté tue la beauté ; c’est un peu près cela ici.

Christeen ouvre le bal après l’ouverture instrumentale et nous plonge dans une pop mélodique de toute beauté. Rien que le premier souffle de Devin est magnifique et magique, quelle voix. Une beauté couplée à un break rageur sur lequel Gene Hoglan fait rugir ses baguettes avec une dextérité démentielle comme à son habitude. Ce morceau-ci, outre sa magie (peut-être la meilleure chanson courte qu’il ait composé) ne représente pas encore ce que j’ai développé plus haut.
C’est avec Bad Devil que les dégâts prennent de l’ampleur. Une musique déstructurée, folle, expérimentale avec un break à la trompette et un refrain d’aliéné. Il est si dur de décrire cette musique que les mots me manquent cruellement. Une baffe phénoménale.
La suivante, War, est tout aussi violente. Les multiples voix (que de complexité, à ne pas savoir où donner de l’oreille au début) représente l’horreur et la pression de la guerre de manière si « réelle » qu’il est impossible de ne pas frissonner lorsque Devin hurle Stop the War ! Please ! avant un bombardement cataclysmique débouchant sur un chant d’une pureté absolu.

Chaque morceau est un voyage différent mais allant toujours plus loin, la variété dans l’homogénéité. Soul Driven Cadillac poursuit et l’on retrouve un Devin plus atmosphérique et superbe, avant cette avalanche expérimentale de voix cauchemardesque ne ressemblant simplement à rien de connu, couplée à des voix encore une fois candides et angéliques, provoquant ce contraste nous déchirant les tripes.
Ants sera LE titre le plus significatif de la folie et du changement de point de vue au fur et à mesure des écoutes. Le fait d’accélérer le chant façon « cartoon » est certes hilarant la première fois, il devient de plus en plus dérangeant à force de connaître l’album dans son ensemble et de le comprendre. Un malaise sourd et collant s’incrustant en vous et ne vous quittant plus jusqu’à…Wild Colonial Boy. Encore une perle inestimable (qui, encore une fois, ne dure que trois minutes mais véhicule tant d’émotions) plus communément appelée « la valse du III millénaire » en raison du rythme ternaire utilisé sur le splendide pont du milieu. Le jeu des voix est juste magnifique et les larmes ne sont vraiment pas loin à ce moment de l’album.

Life Is all Dynamics et Unity plongera l’auditeur dans un Devin plus commun (c’est un bien grand mot) avec un côté atmosphérique plus prononcé où le parallèle avec ses autres travaux sera plus évident. Life … est d’ailleurs un des morceaux les plus beaux et les plus violents à la fois du prodige. Une intro douce et reposante, sur un lit de voix aigues et enchanteresses, avant de succomber sous le poids des explosions, des gros riffs et des vocaux plus rageurs que jamais.

Puis le silence, le calme, l’apaisement, la pureté. Le vide sonore, le néant intégral et céleste avant un final bouleversant en la personne de Noisy Pink Bubbles. Malgré une introduction façon « pub TV » assez indigeste, le reste se passera de commentaire. Une instrumentation sobre laissant la place au maître : un Devin totalement à nu, à vif et au chant emplie de souffrance et de grâce, des vocaux immortels et dont la portée symbolique semble infinie.

Infini. Un album. Non, bien plus que cela. L’expression de la folie d’un psyché unique et anticonformiste. Une œuvre unique et intouchable qui, du haut de son trône, fixe les mortels que nous sommes…de simples poussières dans l’infinité du cosmos.

12 Commentaires

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kamelot25 - 14 Juillet 2010: Cette album ma un peu déçue personnelement . A part pour quelque titres excellent comme "Christeen " . Peut ètre qu'il passerat mieux la prochaine fois que je l'écouterais !
Lamikawet - 07 Août 2011: J'ai quand même l'impression que les fans de Devin Townsend font parfois preuve de la même démesure que leur idole...ou alors sont-ils aussi atteints psychologiquement (rires) ?
 
Azebianco_Smith - 06 Décembre 2012: Chronique complète et sympathique, l'auteur y a trouvé son compte et ça fait plaisir à voir.

De mon coté, je suis étonné de voir
que cet album ne soit pas plus controversé : j'y vois de l'émotion facile qui en fait des tonnes, du trop qui en fait trop à en tomber dans la facilité et de l'expérimental mal géré(meme par rapport à Devlab, qui n'est pourtant pas moins expérimental). Il est intéressant d'apprendre que Devin Townsend a effectivement franchi allégrement la mince frontière entre le génie et la folie pour produire un tel bousier sirupeux après Ocean machine, qui lui touchait à la perfection.
Celldweller55 - 08 Mars 2017: Quelle claque !
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Chronique @ Azebianco_Smith

15 Fevrier 2013

Quand le génie laisse place à la folie pure au point de sombrer dans l’obscénité.

Tout avait pourtant bien commencé dans l'aventure des projets labellisés "Devin Townsend", avec Ocean Machine. Mais voici Infinity, ou quand le génie laisse place à la folie pure au point de sombrer dans l’obscénité.
Après avoir écouté quelques albums de son divin créateur, et notamment le premier chef d’œuvre de la formation à laquelle il donne son nom, je m'attendais à me délecter quand je me suis lancé dans l'écoute d'Infinity.

Mais ici, passé les premières notes, tout commence à devenir pesant, sirupeux, lourdingue, exécrable, poussé aux extrêmes, jusqu'à devenir tristement risible, reprenant la recette de la première moitié de la parution précédente pour la pousser au bout de ses possibilités.
On est dans la parodie d'auto-caricature. C'est certainement une partie de l'effet recherché, mais la machine semble complétement déraillée et nous raconte une histoire que l'on n'a pas envie d'entendre, comme une mauvaise blague qui dure trop longtemps, un grand barnum qui passe en boucle. Et plus l'album avance, plus on bascule dans cet extrême, cette hype qui se justifie en se mettant en abime : c'est génial parce que ça fait semblant de croire que c'est génial en faisant semblant de... c'est donc ça, le concept ? Peut être intéressant à exploiter sur une chanson ou un EP, mais que c'est long sur un album entier...Pourtant, Infinity est plus court que la plupart des autres disques de Townsend, qui gravitent souvent autour de l'heure. C'est dire si l'idée fondatrice s'essouffle vite.

Certes, tout n'est pas à jeter : il y a des expérimentations assez bien détaillées dans la chronique d'Eternalis et sur lesquelles je ne vais pas m'attarder, un titre entrainant comme Bad Devil se laisse écouter, je dirais même que la plupart des pistes ne sont pas désagréables, prises individuellement. On peut également voir les prémisses de l'humour de Ziltoid et de l'originalité de Devlab, faire donc d'Infinity une pièce essentielle(mais pas primordiale) de la discographie du canadien fêlé, tout est assez étonnant pour ne pas trop s'ennuyer...mais ces vocaux claires pops et mielleux omniprésentes, ces aspects jazzy, groovy et variétoche débilitants et auto-plébiscitaires, ce laissé aller pseudo-artistique, ces effets et vagues étirées donnant l'impression d'un gamin à moitié autiste qui découvre un outil pour jouer avec le son n'en finissant plus, tout cela fini par devenir insupportable.
J'ai attendu que l'album passe sans être jamais submergé, sans impatience excessive, je dois le reconnaitre, grâce à l'originalité et la richesse du son, et cela, même aux réécoutes successives. Mais ce n'est pas tout ce que j'attends d'un album décrit comme une pièce maitresse bouleversante.

Brièvement, s'il y a un album que je ne recommanderais pas pour découvrir Devin Townsend, c'est bien ce strip-tease trollesque et se révélant au final sans subtilité profonde. Il y en a quelques autres, mais quand je l'ai écouté pour la première fois, j'ai mieux compris pourquoi certains sont allergiques à ce groupe ou ont un mouvement de recul lorsqu'on l'évoque. En conséquence, je suis étonné qu'Infinity ne soit pas plus controversé ici.
A réserver aux fans du personnage, de bizarreries musicales, aux curieux et à ceux qui sont atteint du même grain de folie que Devin. D'ailleurs, ce disque me semble être quasiment et quasiment seulement, à la démence névrotique, ce que le Filosofem de Burzum est à la dépression misanthropique.
Et si l'on voit clairement poindre certaines futures réussites de Townsend, il y a ici à peine de quoi les espérer, avec du travail ainsi qu'une maitrise et une inspiration retrouvées.

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