Empath

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Nom du groupe Devin Townsend
Nom de l'album Empath
Type Album
Date de parution 29 Mars 2019
Style MusicalMetal Progressif
Membres possèdant cet album35

Tracklist

1.
 Castaway
 
2.
 Genesis
 
3.
 Spirits Will Collide
 
4.
 Evermore
 
5.
 Sprite
 
6.
 Hear Me
 
7.
 Why
 
8.
 Borderlands
 
9.
 Requiem
 
10.
 Singularity Part 1 / Adrift
 
11.
 Singularity Part 2 / I Am I
 
12.
 Singularity Part 3 / There Be Monsters
 
13.
 Singularity Part 4 / Curious Gods
 
14.
 Singularity Part 5 / Silicon Scientists
 
15.
 Singularity Part 6 / Here Comes the Sun
 

Chronique @ Eternalis

17 Avril 2019

Parfois frustrant, parfois génial, toujours passionnant, souvent impressionnant..."Empath" est une énigme ...

Le paradoxe Townsend. Quand il déclare vouloir lâcher du lest, donner de la place à ses musiciens et travailler comme un « vrai » groupe, il dissout le DTP quelques mois plus tard, laissant comme chant de cygne un "Transcendence" n’ayant pas convaincu tout le monde mais surtout un live grandiose dans un ancien amphithéâtre bulgare accompagné d’un orchestre symphonique et dans lequel il joua l’intégralité du culte "Ocean Machine" pour ses 20 ans ! Puis il voulut reprendre le contrôle.

Tout est souvent une question de contrôle avec Devin. Le contrôle qu’il offrait sur "Transcendence", le contrôle qu’il perdait sur "Infinity" ou "Alien", le contrôle qu’il exerçait sur "Terria" ou encore qu’il conceptualisait avec sa fameuse marionnette "Ziltoid", elle-même contrôlé par ... des mains (c’est une marionnette hein).
Ce qui surprend avec "Empath", c’est sa difficulté d’accès en comparaison du précédent opus. Sa multiplication d’atmosphère, de couleurs, de bruits, d’expérimentation, de couches..."Empath" est boulimique et jusqu’au-boutiste comme cela faisait longtemps que Devin n’en avait pas proposé, probablement plus que "Deconstruction" à sa sortie. En fait, tout nous ramène à "Infinity". Dans sa folie, sa grandiloquence, ses excès...mais un "Infinity" maitrisé, un "Infinity" tenu dans sa main et sur lequel il exerce un contrôle (encore) constant là où "Infinity" prenait le dessus sur l’homme et donne toujours cette sensation que la musique et l’art surpasse littéralement son créateur, comme s’il se faisait écraser et happer par sa propre musique. Le temps est passé, le canadien a pris conscience de sa propre mortalité, son fils est un adolescent et c’est désormais sans aucune concession qu’il a décidé d’écrire cet album, dans sa totale philosophie mais un peu différent de ce que l’on pouvait s’attendre.

Si le label évoque la participation de Mike Keneally en tant que directeur artistique (ce qui veut tout et rien dire selon Devin), ce qu’il faut surtout retenir, c’est qu’un héritier de Franck Zappa a participé à la conception du disque, surprenant moins les chemins barrés et moins purement metal parfois utilisé. Si on ajoute le fait que Steve Vai refait une apparition sur "Empath", on comprend encore plus le chemin pris ...
S’entourant de multiples musiciens (pas moins de trois batteurs pour que chacun des styles du disque soit jouer avec le plus de fidélité possible) et après plusieurs mois en studio, "Empath" est ce genre d’album sur lequel il est très difficile d’avoir un avis. Il faut enchainer les écoutes pour comprendre où l’artiste veut en venir, pour entendre tous ces sons, ces voix, ces bruits, ces notes...tout cet amas anarchique de musique qui devient cohérent au fur et à mesure qu’"Empath" décrit la vie, la naissance, la nature...le tout à l’intérieur d’un esprit un peu dérangé il faut bien l’admettre.
Si "Castaway" nous ramène à "Ki" pour son introduction, "Genesis" est comme un patchwork de tout ce que sera le disque. Des chœurs, des enfants, une structure complexe et constamment entrecoupé de plans jazzy, quelques blasts supersoniques de batterie (Samus Paulicelli de Decrepit Birth a été appelé pour l’occasion), des soli bizarroïdes et expérimentaux renvoyant à Ziltoid...et tout ça forme ce que sera l’album. C’est étrange, c’est génial, on connait déjà mais pourtant on ne peut s’empêcher de penser qu’il est un des seuls à pouvoir réussir ce mixage incohérent et incongru des genres.

Parfois très jazzy et léger comme sur "Evermore", il y intègre quelques cris et des moments beaucoup plus lourds avec des vocaux que l’on pourrait croire sorti justement d’"Infinity", notamment les voix bizarres, sombres mais qui ne s’apparente pas forcément à du chant (comme ce qu’on pouvait entendre sur "Soul Driven Cadillac" par exemple).
A n’avoir voulu s’imposer aucune barrière ni concession, Devin a fait un album avec un condensé de tout ce qu’il a déjà pu créer, sans chercher à se cantonner dans une identité particulière. Là où il catalogue lui-même le DTP comme du rock progressif, SYL comme du metal au sens large et "Infinity" comme un disque de crise, il a fusionné tous ces éléments dans Empath sans que cela soit réellement penser. L’album est comme il est. Simplement. A l’image de son créateur. Ainsi, on trouve autant un sublime et poétique "Spirits Will Collide" typique du Devin actuel, posé, avec des chœurs et une ligne vocale délicieusement mélodique, avec des envolées à couper le souffle et un texte très fort sur l’unité et « l’après ». Il y est question de la vie de chacun de nous...simplement. A l’inverse totale, "Hear Me" fait ressurgir les démons de Strapping Young Lad dans une noirceur et une brutalité que nous n’avions plus entendu depuis "Alien", très peu comparable à "Ziltoid" ou "Deconstruction" qui eux étaient plus puissants qu’agressifs. Si Anneke Van Giersbergen contrebalance parfaitement le titre, la base du titre renoue avec la véhémence du disque éponyme de SYL (plus qu’"Alien" ou "City" d’ailleurs) dans le mur sonore qu’il impose, la rage des paroles (« All the world is bleeding and you know the reason why ! ») mais ce qui impressionne, c’est la faculté de poser un pont presque mélodique et symphonique entre deux plans radicaux et très rapides. Le riff central est monstrueux de puissance et risque de faire très mal en live s’il est joué. Plus que la qualité intrinsèque du titre, c’est surtout la surprise d’entendre de nouveau une telle violence qui subjugue (ce « Shine » répété !). L’état de grâce continu sur l’improbable suite qu’il compose avec "Why ?", sorte de suite logique de "Wild Colonial Boy" (vous vous souvenez la valse d’"Infinity" ?). Comme dans un conte féérique, la voix cristalline du canadien accompagne une musique de ballet qui se gratifie de quelques incursions purement expérimentale et loufoque renforçant encore plus le génie malsain du titre.
Un conte qui se prolonge avec un "Bordelands" qui se la joue reggae / jazz sur l’intro (avec les bruits d’animaux en prime) avant de se rapprocher de l’univers d’un "Ocean Machine" qui rencontre les petits aliens de "Dark Matters".

Mais soyez certain que ce qui interroge et fait parler est effectivement ce monumental "Singularity" de 22 min, 25 même si on ajoute "Requiem" en intro (c’est vrai que le début manquait de mordant !) qui se veut digne d’une véritable bande originale de film.
Ne cherchez pas un plan quelconque dans le plus long titre de Devin ensuite...un refrain ou une structure. Non, ce titre a été pensé comme s’il reflétait l’évolution de la vie et du microcosme d’une ile, représentant elle-même l’isolement d’une existence. Tout un concept mis en musique, composé de multiples parties formant un ensemble à l’instar d’un opera en plusieurs mouvements. D’un "Adrift" atmosphérique et planant au monstrueux "There Be Monsters" (le fantôme d’un "Relentless" plane ...) laissant éclater toute la violence d’un écosystème (quand on voit la gueule des monstres dans le livret, on comprend mieux !), "Singularity" est un voyage quasiment comme un best of de carrière. Quand "I Am I" renoue avec la pure musique progressive et épique, "Here Comes the Sun !" se permet de réinviter Steve Vai pour un solo merveilleux reconnaissable dès les premiers instants, comme s’il voulait boucler la boucle. Boucle qui expérimente complètement sur le barré "Curious Gods" (des sons, des voix, des narrations...comme un délire improvisé par Keneally avant que la lourdeur implacable de "Silicon Scientists", ultra technique, quasi mathématique, ne reprenne le dessus. Vous avez du mal à imaginer comme tout ça peut donner un seul titre ? Ne vous inquiétez pas, il faut un paquet d’écoutes avant de comprendre où le bonhomme a voulu en venir et les nombreuses réactions montrent que certains n’y sont toujours pas parvenu.

Hermétique, faisant complètement fi des attentes et composé dans une optique finalement égoïste et personnel, "Empath" est probablement l’un des disques les plus difficiles d’accès de Devin Townsend et, à l’inverse des albums récents, une porte d’entrée fortement déconseillé tant il semble important de connaitre l’œuvre passé du canadien pour appréhender le monstre en présence. "Empath" ressemblerait presque à un album posthume, une déclaration finale, une quête achevée...bien qu’il soit évident que de nombreux albums suivront encore une fois.
La débauche de moyens (on parle de plus de 150 000$), la complexité de l’ensemble, la difficulté de l’imaginer en live, le concept très personnel à Devin, les multiples réminiscences au passé (jusque dans les visuels) font d’"Empath" un album vraiment à part. Difficile à décrypter. Impossible à noter. Car il est plus qu’un simple numéro et que le canadien se fout complètement des passages obligatoires. Donc je m’abstiendrais aussi pour cette fois car il m’est impossible de coller une note ici. Parfois frustrant, parfois génial, toujours passionnant, souvent impressionnant..."Empath" est une énigme dans laquelle on retourne pour chercher à comprendre ... encore et encore ....

11 Commentaires

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David_Bordg - 20 Avril 2019:

Parfaitement d’accord avec toi. D’ailleurs je vais sans doute aller voir le RYCHE le 04 août également.

Metalder - 26 Avril 2019:

SUPER SUPER SUPER!!! VOILA! C'est tout ce que j'ai a dire... 

Metalder - 28 Avril 2019:

SUPER SUPER SUPER!!! VOILA! C'est tout ce que j'ai a dire... 

fishbelly - 11 Mai 2019:

Je suis vachement plus circonspect vis à vis de cet album que les avis dithyrambiques que je peux lire ici et là. OK le travail est assez hallucinant ( steve vai sort de ce corps …les chiens font pas des chats)  , mais cumulé des arrangements musicaux  les uns après les autres  ne font pas d’une œuvre musicale un « pseudo chef d’œuvre  ». Les albums comme KI ou INFINITY avaient beaucoup plus de cohérence. Si Mr TOWNSEND pouvait garder que la quintessence de ses idées, ces dernières réalisations seraient plus efficaces et moins répétitives.  Pot-pourri  de son excellente carrière « Empath » est peut-être l’album de trop dans sa conception. Eternalis respect pour ta chro’.

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