IX – Everyone, Everything, Everywhere, Ends

Liste des groupes Black Avantgardiste Shining (SWE) IX – Everyone, Everything, Everywhere, Ends
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Nom du groupe Shining (SWE)
Nom de l'album IX – Everyone, Everything, Everywhere, Ends
Type Album
Date de parution 20 Avril 2015
Style MusicalBlack Avantgardiste
Membres possèdant cet album65

Tracklist

1.
 Den Påtvingade Tvåsamheten
Ecouter03:55
2.
 Vilja & Dröm
Ecouter06:20
3.
 Framtidsutsikter
Ecouter07:18
4.
 Människotankens Vägglösa Rum
Ecouter07:13
5.
 Inga Broar Kvar Att Bränna
Ecouter06:28
6.
 Besök Från I(ho)nom
Ecouter08:19

Bonus
7.
 Ohne Dich (Rammstein Cover)
 06:07
8.
 Black Industrial Eleven
 08:11

Durée totale : 53:51

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Shining (SWE)



Chronique @ Eternalis

20 Mai 2015

Un bon album [...] qui aurait gagné à posséder des choix tranchés et radicaux sur certains sujets.

Énigmatique pour certains, génial pour d’autres, pitoyable pour une frange de la population, insupportable pour une poignée et antipathique pour une majorité, Niklas Kvarforth Olsson a su mener Shining très haut tout autant que singulariser son groupe à l’extrême, le rendant aussi unique que contesté, original que bassement provocateur.
Car la provocation a plusieurs sources et Kvarforth a surement écumé les plus lourdes d’entre elles.

De la simple insulte constante envers son public à la distribution de lames en passant par des attaques parfois violentes envers journalistes, photographes (celui du Motocultor s’en souvient surement encore) et ses musiciens, Niklas a parfois dépassé les limites. Bipolaire, étrange, talentueux mais profondément irrespectueux des autres et de son public, ne pensant qu’à sa propre existence, il est l’exemple de l’antihéros que l’on souhaite haïr mais qui ne peut que laisser pantois lorsque l’on se penche sur le personnage purement musical, certes tourmenté et dérangé, mais étonnamment sensible et poète.
Si "Halmstad" reste un monument probablement indétrônable de mélancolie, de noirceur, de dépression et de négativité, Niklas a constamment cherché à évoluer, à modifier et à ne pas rester sur ses acquis, malgré une tournure récemment décevante où Shining faisait malheureusement bien plus parler de lui pour ses frasques que pour sa musique. Là où "Klagopsalmer" revenait à une musique plus black metal, "Född Förlorare" et "Redefining Darkness" furent plus atmosphériques, plus lents et surement bien moins suicidaires que ce que le géniteur des œuvres voulait bien nous faire croire.

Comme il est désormais de mode, "IX – Everyone, Everything, Everywhere, Ends" est annoncé comme un retour aux sources plus black et violent mais il s’avère très rapidement que non seulement il n’en est rien, mais surtout jamais Shining n’avait été aussi progressif et mélodique, tout en accentuant à son paroxysme la mélancolique exacerbée et primitive des suédois. Il suffit d’un chef d’œuvre comme "Framtidsutsikter" pour s’en apercevoir. Une mélodie acoustique superbe, un chant clair à fleur de peau, constamment sur la corde raide, prête à se briser en mille morceaux, autant dans la colère, l’horreur ou les pleurs et surtout une puissance émotionnelle effarante. Telle qu’on ne peut qu’être déçu de cette image néfaste collant au groupe tant, artistiquement, Niklas est capable de rivaliser avec les plus grands noms de la musique mélancolique. "Besök Från I(Ho)Nom" revient à des racines plus brutales bien que les blast beat et les accélérations agressives soient constamment entrecoupées de longues plages instrumentales et mélodiques faisant la part belle à des soli tranchant les veines de l’auditeur dans leur incision autant que leur beauté glaciale. Les lignes de basse, très organiques, permettent de réchauffer une atmosphère qui se fait maligne, maléfique presque, lorsque Kvarforth susurre à l’oreille du malin, nous plonge dans une ambiance sacrificielle, presque à nous jeter dans les flammes d’un bucher qu’il vient lui-même d’allumer par ses hurlements de damnés.

Ce qu’il convient de dire pour relativiser ces propos autrement flatteurs, c’est que ce nouveau disque ne surprend en aucun cas ceux qui suivent Shining depuis quelques années. Niklas semble aller toujours plus loin dans sa direction mais agrémenter sa musique de nouveaux éléments ni de nouvelles sensations, aussi fortes soient celles qu’il nous propose aujourd’hui. Après une introduction presque grandiloquente et purement progressive (le terme n’a absolument plus rien d’usurpé ici), "Vilja & Dröm" démarre sur un tempo rapide l’album mais rappelle avec insistance les travaux récents du suédois, que ce soit dans les placements vocaux, les riffs saturés ou ces blasts volontairement sales, placés habilement en décalage des riffs pour sembler bordéliques et abscons. Certes, le premier mot et le phrasé si unique du vocaliste maladif ne laisse personne insensible et c’est toujours une salvatrice souffrance que de l’entendre hurler, geindre et pleurer sur des lignes vocales littéralement transcender par son interprétation inimitable. Mais quelque part, même cette performance ne nous surprend plus, tant il nous y a habitué. Quelques passages plus hypnotiques (le riff aux alentours des 3min20) ou intenses contredisent cet état de fait mais ils ne sont le plus souvent que fugaces et sporadiques. "Människotankens Vägglösa Rum" est probablement ce que Niklas évoque pour un retour à une musique extrême mais si le rythme est soutenu et le chant hurlé, les riffs restent en soi très mélodiques et ne possèdent plus cette essence suicidaire qui faisait de Shining un être si dangereux et inquiétant.

Le constat est assez clair. Shining est désormais plus que jamais talentueux dans l’exercice de la musique mélancolique, lente et acoustique où sa noirceur et la délicatesse des émotions transcendent la rage et la tourmente d’un être en décalage avec notre réalité. Il ne tient en revanche plus la mesure sur une entité rapide et à l’impact immédiat, où sa moelle n’est simplement plus assez consistante (pour preuve, le solo très lent et à tordre les tripes en plein milieu de "Människotankens Vägglösa Rum"). Nous pourrions même évoquer cette curieuse reprise de Rammstein ("Ohne Dich") qui pose tout de même un certain nombre de questions, notamment sur la légitimité de certains choix et sur le fait de savoir ce que veut désormais explorer Kvarforth avec sa création. "IX – Everyone, Everything, Everywhere, Ends" est un très bon album qui a le mérite de faire perdurer le mythe mais qui aurait gagné à posséder des choix tranchés et radicaux sur certains sujets, comme si malgré tout ce qu’il disait, Niklas avait peur se passer certains caps, de franchir certains paliers. Les âmes damnés suivant la bête ne seront pas dépaysées et devraient même se repaitre de cette nouvelle cérémonie. Les autres auraient sans doute préféré une aura encore plus noire et dépressive, telle celle de "Halmstad", propre à vous glacer le sang si profondément que vous ne revoyez les couleurs du monde que plusieurs heures après les écoutes de ces hymnes de la destruction psychologique. Nous parlons là d’une œuvre maitresse et inaccessible. Ce nouvel essai est d’un autre acabit. Malheureusement.

7 Commentaires

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David_Bordg - 22 Mai 2015: et je trouve que NIKLAS chante excessivement bien: le troisieme tires de l album est un exemple vraiment marquant.
Evergrey69 - 22 Mai 2015: Excellente chronique comme toujours,je n'ai qu'entendu certains titres de cet album que j'aime beaucoup. Shining qui fait du Shining ça me va. Halmstad est le chef d'oeuvre de Niklas mais même le maître n'arrive plus à son niveau.
Adeptus - 22 Mai 2015: Un disque sympa et mélancolique, assez réussi, comme tu dis, mais pas passionnant non plus. On est très loin du niveau exceptionnel des cinq premiers opus.
KillerSponge - 22 Mai 2015: merci pour ta chouette chronique.
Pour ma part Halmstad n'est pas le meilleur de Shining, je trouve que le sommet de la carrière a été durant la période des albums IV à XIII mais vraiment atteint avec l'album Fodd forlorare.
Ce IX sans être un chef d'oeuvre, reste un bon album, sans surprises mais tout de même efficace.
Reste que ce groupe demeure exceptionnel, tant par sa présence que par la qualité de sa musique.
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