Le moins que l'on puisse dire avec la musique de
Shining ces temps-ci, c'est qu'il se passe un changement frappant. Kvarforth nous sert en ce mois de mai sa dernière galette, composée comme à son habitude en majeur partie par lui-même, et ses "sbires". Si le sixième opus avait été pour certains très décevant comparé au désormais célèbre "Halmstad", quand est-il pour ce septième album ?
Nous voici donc devant six pistes (notez la régularité des effectifs dans la discographie - même si ce n'est qu'un détail). Six musiques certainement empruntes de haine et de noirceur. Du moins c'est ce que l'on se dit à la vue d'une telle pochette. Misérable, sale, noire, tout ce qu'on attend exactement du combo suédois qui a su s'imposer, tant sur le plan studio que live, ces dernières années.
On ouvre les hostilités avec "
Förtvivlan, Min Arvedel", ce fameux titre révélé avant l'heure, introduit par la voix presque malsaine d'une jeune fille... vite chassée par le véritable son de
Shining. Guitares lourdes, accompagnées d'une basse et d'une batterie toutes aussi écrasantes, une ambiance obscur, mais que l'on rapprocherait encore de "Klagopsalmer". Le riff principal est toutefois entrainant, Kvarforth n'a pas perdu de son génie vocal. L'ensemble est efficace, entrainant, digne, coupé par un de ces passages acoustiques tant prisés (pour ma part) sur "The Eerie
Cold" et surtout "Halmstad". Arrive pourtant un élément nouveau et très récurent sur cet opus : le chant clair.
Alors oui, sir Kvarforth a une voix très belle, très contrôlée (passage des cris aigus schizophréniques aux grognements psychopathes, en passant par les chuchotements à vous glacer le sang), mais est-ce un bon point pour autant ? Pour ce premier titre, ça passe impeccablement. Mais par la suite ? "Tiden Läker Inga Sår" est un exemple parfait de déception qui succède à un titre correct. J'ai cru lire que ce second titre était un hommage à
Led Zeppelin (s'il s'agit d'un autre, veuillez me corriger, mais quoiqu'il en soit on pense forcément à "
Stairway to
Heaven"). En tout cas tout est plus que surprenant : refrain presque "Pop" dans le fond, chant mi-clair, petite guitare gentille et douce... On ne s'attend pas forcément à un tel changement en si peu de temps (d'autant que les pistes sont encore un peu courtes comparées aux albums précédents.) Notre frontman essaie tant bien que mal de rattraper cela avec des étouffements, des crachats, des cris de souffrance, mais c'est ce refrain assez désagréable qui, pour ma part, gâche tout le charme et la mélancolie discrète qui émane de ce titre.
Retour aux titres un peu plus lourds, avec "Människa O'Avskyvärda Människa", peut-être un parallèle au "Plågoande O'Helga Plågoande" de "Klagopsalmer". Découverte également via internet et certains live récents du groupe (où l'on peut notamment voir le leader inspirer une délicate poudre blanche avant de commencer). Un titre lent, dans lequel un xylophone (ou un triangle ? je ne sais pas bien faire la différence, encore une fois corrigez moi si je suis en tord) a été introduit pour peser d'avantage sur l'atmosphère... Quoi de plus inquiétant comme instrument pour procurer un tel ressenti ? L'on notera un solo magnifiquement bien mené par C. Amott de leurs confrères de
Arch Enemy, qui a pour effet d’accélérer efficacement la composition avant de ralentir de nouveau. Enchainons sur la suite... qui n'est autre qu'un piano. Très sombre et grave, comme la fameuse reprise de la "Sonate au Clair de Lune" sur "Halmstad", ou sur le projet
Den Saakaldte. Ce qu'on aurait préféré écouter plus longuement. Retour à une musique presque basique, je dirais... Non, je ne sais pas s'il serait approprié de citer cet adjectif ici... Mais à bien y regarder...
Pour les avoir vu en concert il y a deux mois, je peux témoigner d'un certain changement facilement observable chez Kvarforth. Serait-il enfin sorti totalement de la dépression ? Est-il retombé dans la triste vie des gens normaux ? Pour en revenir à ces changements : une prise de bide assez incroyable, un manque cruel de rebondissements sur la scène (pas une égratignure aux bras, une bouteille de rouge légèrement sirotée, une voix faible, presque absente, un live écourté...) Ce qui me fait dire aujourd'hui qu'une transition s'est faite entre le froid et ténébreux "Halmstad" et ce "Född Förlorare"... presque... "Humain". Voilà, c'est dit. Les chants clairs étaient de trop sur la fin de cet album. Ce qui faisait de
Shining un groupe unique, ayant innové dans le domaine du Black
Metal par une maitrise parfaite de la musique, des sentiments uniques partagés par un frontman unique... se retrouvent ici presque banalisés, recyclés, ennuyeux...
J'abrège cette chronique sur un titre qui m'a cependant beaucoup plu, peut-être parce qu'il s'agit d'une immersion dans la vie privée même de Niklas, des relations familiales, de quelque chose de tout simplement personnel. "FFF", introduit par des sons mécaniques et étranges, un chant clair et mélancolique... totalement annihilés par une batterie surpuissante, une véritable mitrailleuse qui accompagne un cri torturé, mais encore réservé. L'on retrouve ces sons distordus, d'un autre monde, qui avaient déjà été utilisés sur "Klagopsalmer", se confondant avec l'ensemble. Le tout se clôture dans le calme, la tristesse, le souvenir de plusieurs années difficiles pour ce chanteur mémorable, mais qu'on peut sentir épuisé, tourmenté, et qui ne semble plus pouvoir extérioriser ces tourments par un album aussi mature et incroyable que ne l'était "Halmstad". Fans de l'ancienne époque, passez votre chemin, mais je vous invite néanmoins à mesurer les changements ci-présents.
++
-R-
Très beau !
Arguments:
Kvarforth est un clown.
Kvarforth fait des riffs qui sont à chier.
Kvarforth est un imbècile.
Kvarforth se croit aussi célèbre que Led Zeppelin.
Kvarforth ne pète pas plus haut que son cul.
Kvarforth a eu une enfance malheureuse.
Kvarforth n'est pas dépressif pour un sou.
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