Blut aus Nord est une figure emblématique du black metal français, sortant son premier album en 1995, soit à une époque où le metal noir national est en pleine effervescence. Fer de lance de cette scène naissante, l’entité menée par Vindsval se distinguera rapidement des autres par une soif d’explorations sonores inextinguible s’incarnant en un spectre musical plus large que la moyenne et une approche volontiers expérimentale.
Plus qu’une simple suite d’albums, la discographie de
Blut aus Nord jalonne un vrai chemin initiatique tant artistique que spirituel et chaque enregistrement semble être la cristallisation d’une humeur voire d’une vision de son créateur.
Quel que soit le registre dans lequel il évolue,
Blut aus Nord possède cette signature sonore parfaitement identifiable à base de dissonances et d’un son froid et mécanique qui se retrouvent sur chacun de ses enregistrements, à des degrés différents.
Ethereal Horizons, leur seizième album, ne fera pas exception à la règle, et c’est donc sans surprise qu’on retrouve ces guitares abrasives, même si, contrairement au chapitre précédent, les Français semblent vouloir s’extirper de leur cloaque disharmonique pour viser les étoiles : en effet, à l’instar de
Memoria Vetusta III:
Saturnian Poetry ou
Hallucinogen, l’ensemble se fait très aérien et mélodique, et ici les notes distordues semblent se dissoudre en un kaléidoscope sonore dans l’éther, nous emportant dans de lointaines contrées oniriques et enfumées. La musique de
Blut aus Nord a rarement été aussi planante et belle, se faisant plus évocatrice et visuelle, témoin le superbe artwork qui illustre la pochette, et elle parvient à rester épurée sans jamais se départir d’une certaine complexité qui vient renforcer sa profondeur mélodique.
Si Vindsval semble toujours prendre un certain plaisir à nous faire subir une pléthore de riffs sifflants passablement alambiqués (le
Shadows Breathe First d’ouverture, qui s’ouvre sur ces notes éthérées avant de se fondre en un magma de guitares tournoyantes aux plaintes aigres plaquées par une pluie de blasts serrés et , le début de
The Ordeal avec ce riff légèrement inquiétant vite rendu hypnotique par ces notes lancinantes et le roulement aliénant de la double pédale, le break central de What Burns Now Listen), l’ambiance générale reste apaisante, presque spirituelle, et le malaise musical typique de la formation normande est ici distillé avec parcimonie, instaurant plus une aura de mystère diffus qu’une véritable angoisse (l’excellent Seclusion, dont le bad trip cauchemardesque des premières mesures se mue vite en élévation spirituelle). L’influence du post rock est incontestable (pas taper !) et vient magnifier l’œuvre, avec des envolées aériennes que l’on pourrait croire échappées d’un album de
Fen (la fin de
The Ordeal, The
Fall Opens the Sky, morceau quasiment instrumental évoluant entre black atmosphérique et post rock, et dont les accents sacrés ouvrent sous nos pieds de splendides abysses dans lesquels on a envie de se précipiter tête la première).
La musique du combo baigne également dans des vapeurs psychédéliques, avec ces chants clairs diffus, ces réminiscences de hurlements black fantomatiques qui tissent une toile de fond brumeuse et fascinante et ces lignes de guitares indolentes qui nous enveloppent comme dans un brouillard chimique (la fin de
The Ordeal aux allures de trip léger et coloré), pouvant évoquer les expérimentations mélodico baroques sous acides d’un Dodheismsgard ou la pulsation shamanique d’un
Ruins of Beverast.
Ceci dit, la musique d’
Ethereal Horizons est unique et ce qui fait sa force, c’est ce subtil mélange entre agressions, malaise, échappées lumineuses et moments planants qui s’écoule pendant presque 52 minutes de façon totalement fluide. Le tout est vraiment habité par l’âme de
Blut aus Nord qui, dont la musique, même lorsqu’elle lorgne vers des contrées post black apparemment plus mélodiques et balisées, est toujours exigeante, riche, fouillée et résolument personnelle.
Pour conclure, ce seizième album est une superbe réalisation à la musique très riche et évocatrice, une de plus de la part du groupe français qui vient ajouter une nouvelle pierre sonore à un édifice qui commence à prendre des allures de véritable monument.
Prochaine écoute. Merci pour ton point de vue
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