Evoquer le délicat problème
Trust ne peut, aujourd'hui, malheureusement, se faire sans rappeler ces désillusions qui prirent naissances autour d'albums très controversés. Et ils le furent car ces nouveaux desseins Rock'n'Roll aux volontés résolument modernes et électro furent perçus, par les adeptes les plus puristes du groupe, comme une trahison. Et ainsi en un ultime affront à ces anciens frères d'arme dépités, le plus notoires des groupes français finis même par sortir l'album qui causa une rupture quasi définitive et irrévocable (
13 à Table (2008))
Au delà de toutes ces remarques subjectives et, forcément, partisanes, de débats, auxquels il appartient à chacun de prendre part ou non,
Trust demeure, eu égard à son passé illustre, une institution qui ne pourra laissé quiconque indifférent. Voilà plus de trente ans que le groupe aura, en effet, redonner espoir à un peuple tout entier en un cri primal, bestial et salutaire. Afin de dignement célébrer une telle commémoration, Bernie et ses acolytes auront décidés d'investir l'
Olympia, où, trois décennie plus tôt, ils avaient fait sensations. Ce
Trust à l'Olympia est donc la retranscription de cette représentation.
En premier lieu, au delà de cette étrange habitude consistant à proposer à son public plus d'album
Live (
A Live (1997), Still
A Live (2000), Soulagez vous dans les Urnes (2006) et ce
Trust à l'Olympia (2009)) que d'album studio (Europes et Haines (1996), Ni Dieu Ni Maitres (2000),
13 à Table (2008)), le premier constat qu'on se doit de faire concerne la sélection des titres de ce nouvel effort qui, a priori, est éminemment attractive. Malheureusement le résultat qu'elle donne à entendre est, quant à lui, loin de provoquer un infaillible enthousiasme. De telle sorte que, dès les premières notes de
Marche ou Crève, la déception nous mord cruellement l'esprit. Si on pouvait regretter, ou non, les choix artistiques des nouvelles orientations du groupe, on pouvait se féliciter qu'elles n'avaient, jusqu'alors, jamais trop dénaturer l'âme profonde de ce groupe. Une réalité démente par ce nouvel opus car si
Trust, de tous temps, fut un cri, une énergie et une détermination s'exprimant au cœur (parfois profondément dissimulé) de manifestes brutes et agressifs, ce n'est plus vraiment le cas désormais. Loin de cette véhémence qui fut la sienne autrefois, le groupe se complait ici dans un confort sonore Rock feutré dans lequel ses titres même les plus vindicatifs perdent de cette saveur si particulièrement percutante. Et les pavés que sont
Marche ou Crève, Darquier, Sors tes Griffes, Mr Comedie ou encore, par exemple, Préfabriqués s'écrasent mollement à nos pieds. Autrefois
Trust était un géant qui obscurcissait l'horizon des grands de ce monde, aujourd'hui il n'est même plus l'ombre de ce colosse.
A noter, tout de même, l'excellente version de Surveilles ton Look avec son préambule dans lequel on retrouve un Bernie contestataire exigeant, légitimement, du respect pour un Bruno "Deck" Le Goff injustement conspué. Le DJ, dont chacune des interventions transcende avec justesse les titres du groupe, ne peut, en effet, être tenus pour responsable de cette déliquescence artistique dont est coupable
Trust. Ce premier titre, enfin, intéressant marque, d'ailleurs, le début, d'un semblant de renouveau pour un album assoupissant. Des lors des morceaux tels que les bons
Instinct de
Mort, Police
Milice, L'élite, Bosser Huit Heures et, bien évidemment,
Antisocial nous offre, enfin, ce regain d'énergie nécessaire à la bonne tenue des titres de ce groupe (même si le résultat est loin d'égaler la fougue et la délicieuse nervosité d'un Repression dans L'Héxagone (1992)).
Trust s'est assagis avec le temps. Aujourd'hui il s’assoupit.
Combien de temps encore le plus réputés des groupes français pourra-t-il vivre de ces exploits d'antan? Nul ne le sait.
Trust pour moi qui avait 14 ans en 79 c'était un crachat à la gueule d'une France qui était groggy des années De Gaulle, Pompidou et Giscard. Fils d'ouvrier, je rêvais avec des millions de Français au grand Soir. A autre chose. Liberté moins encadrée et enfin égalité et une vie un poil meilleure. Trust vomissait une rage que d'autres gardaient en eux. Bernie avait les mots et Nono la force de frappe d'un missile. Point commun avec eux : pas de thunes, une vie à la con et peu de distraction. Alors je ne peux oublier de faire un parallèle entre Trust et ce que j'ai pû devenir.
Eux ont bossé et eu un moment de gloire non éphémère. La rage a disparu sous une couche de facilité et l'argent leur a donné assez de liberté pour expérimenter d'autres pistes. Je rapelle aux détracteurs plus jeunes que dès 79, claviers, piano et cuivres étaient présents sur leurs morceaux. Alors un DJ qui improvise derrière des titres intemporels ne me choquent plus.
De mon côté, j'ai étudié, courbé l'échine et plus ou moins fait mon trou. Loin d'être riche, l'idéal que j'avais en tête lorsque je gelais de froid chez moi ou qu'il fallait tirer le diable par la queue dans ces années 70 ne me quitte pas pour autant. Je l'exprime différement mais la rage est toujours là. On n'oublie jamais la galère et on ne devient pas un sombre con car on a réussi à s'en sortir.
Trust est unique, un patchwork français-juif-arabe comme le disait Bernie bien avant la France Black-Blanc-Beur de 98. Ne mettons pas à terre un groupe qui représente l'évolution de tout un chacun sans pour autant avoir renié ses origines. Dynamite putain, réveille toi !
Merci pour la chronique et ce CD/DVD est vraiment un beau cadeau que j'ai apprecié avec mes tripes de minot dans un corps de quadra pas aussi privilégié par la vie que ça.
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