Marche ou Crève

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Nom du groupe Trust (FRA)
Nom de l'album Marche ou Crève
Type Album
Date de parution 1981
Style MusicalHard Rock
Membres possèdant cet album326

Tracklist

1. La Grande Illusion
2. Le Sauvage
3. Répression
4. La Junte
5. Misère
6. Les Brutes
7. Certitude... Solitude...
8. Marche ou Crève
9. Les Templiers
10. Ton Dernier Acte

Chronique @ largod

15 Mars 2012

Y’a Trust à Platine 45 !

L’année 1981 a été marquée par l’arrivée de la Gauche au pouvoir en France alors qu’à l’Est commençaient à poindre les premiers vents de révolte. Le clivage gauche-droite en politique était la base de nombreux débats et positions de principe sur bien des sujets de société. L’ami Bernie se faisait gorge chaude d’éveiller nos esprits de jeunes blancs becs à quelque réflexion politique. L’album Répression et son « Antisocial » immortel et intemporel résonnaient encore aux oreilles de la classe ouvrière. Pourtant, ce que je ne voulais pas manquer ce mercredi là c’était la diffusion du clip de «Certitude, Solitude» dans Platine 45 sur Antenne 2, présenté par Jacky. Celui qui fit partie ensuite de la bande à Dorothée s’illustrait en ce début des années 80 en un Antoine de Caunes du service public, au look improbable de dandy et à l’allure décalée dans ses interviews où il semblait sortir de son plumard.
Qu’importe, le Télé Poche de la semaine indiquait qu’il allait mettre Trust au menu de la semaine. Après le générique de Jacno (le cultissime «Roulette Russe»), place enfin à notre meilleur groupe de Hard Rock hexagonal. Waow, le titre est méchant. Putain, Bernie, qui avait encore des cheveux, porte un col en moumoute sur son blouson en cuir, alors que le mien n’est qu’en jeans! Le titre assure bien. Grosse pêche après une entame très calme, le déluge de guitare et de mots comme on aime et encore plus, quand c’est Trust qui est aux manettes. Un break où Bernie à nouveau parle plus qu’il ne chante et le morceau qui repart. C’est donc plus que confiant que je raflais du rayon disques du Monoprix du coin cet album à la pochette ma foi réussie. La Gibson de Nono déchirant un ampli bois de l’époque, ça commence bien. Une composition de groupe parfaite aussi avec Bernie, Nono, Vivi et un second guitariste Moho accompagné de Nicko Mc Brain, qui pour l’album suivant cédera sa place à l’icône Clive Burr. C’était, comme au foot, le début des transferts et l’échange réciproque Trust/Iron Maiden un témoignage de réussite pour nos frenchies.

Paradoxalement, la magie de Trust ne fonctionne que si les textes chantés ou ânonnés par Bernie sont en parfaite symbiose avec la musique. Lorsqu’il y a un trop grand décalage, on se trouve confronté à un groupe coupé en 2, où le chanteur/brailleur s’essouffle dans des refrains naïfs alors que la musique se perd sans conviction dans les méandres de compositions moyennes, malgré une production de bonne qualité. Ce disque nous réserve donc une première face un poil en retrait d’où seul surnage «La Junte». Dès les premières mesures, ce titre apporte l’éclaircie que le disque avait du mal à nous laisser percevoir jusqu'alors. La guitare est inspirée et le chant vindicatif met en plein dans le mille. On se met à partager la haine des juntes au pouvoir en Amérique du Sud. Nono et Moho nous régalent et la base du jeu de Nicko complète les ingrédients de cette magnifique baffe. Fortunes diverses pour les autres titres de la face A. «La Grande Illusion» est un pamphlet contre les promesses électorales qui souffre comme «Répression» et «Misère» d’un refrain en demi-teinte, malgré quelques beaux et bons passages de guitare. «Le Sauvage» est sauvé par la ligne de batterie et un break de guitare en arpège tout en délicatesse et qui redonne un peu de peps. L’impact de ces 4 titres aurait été bien meilleur si la cohésion d’ensemble avait été plus forte.

La déception est vite balayée par une face B qui enchaîne les réussites. Au même titre que «La Junte», la politique étrangère est abordée au travers du morceau «Les Brutes», réquisitoire anti URSS, tranchant comme le riff acéré de Moho. Un break de Nono annonciateur d’un solo, encore un, plein de toucher et de feeling, soutenu par une rythmique basse/batterie aux assises solides et swinguantes. Une tentative de flash-back avec «Marche ou Crève» sur cinq premières années d’existence aussi violent qu’un crachat à la face d’un flic. Un morceau presque speed pour ce groupe, une tuerie qui enchaine intro/couplet/refrain et break à un train d’enfer. La guitare de Nono qui gémit sur un solo brillant et le Nicko qui assure le tempo. Du Trust haut de gamme. Vient enfin, à mon humble avis, la petite boule d’énergie de l’album avec «Les Templiers». Le riff est assassin, tel un destroyer, et la rythmique bastonne fort. Des paroles qui se retiennent sans le moindre problème et que votre serviteur est encore capable de vous envoyer sans trou de mémoire ou presque, 30 ans après. Hypnotique ! C’est aussi le qualificatif que je retiendrai pour «Ton Dernier Acte», aussi émouvant que révolté quand on sait que Bernie partageait le début de cette funeste soirée avec le géant, Ronald Belfort « Bon » Scott. Un gros blues quasi asphyxiant par moment, tiraillé entre l’injustice des paroles et la justesse de l’interprétation des musiciens. Quelque part entre le calme et la violence, véhiculés par un sentiment de profonde tristesse. Qui aime bien châtie bien. Les hymnes de cet album gomment les petites faiblesses et imperfections. On pardonne tout à ces favoris. Même d’être passé chez Michel Drucker et son Champs Elysées quelques années plus tard…

J’adore les gens qui causent et qui pensent posséder la musicalité…

19 Commentaires

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Philippe_Mac - 29 Avril 2012: Merci pour ta chronique. Moi cet album, je l'adore de bout en bout, chaque note reste en mémoire et revisite mon Ipod de temps en temps...
Jennifer, c'est de très belles paroles sur une musique qui essaie de remplacer Joe Dassin ou Mike Brant ;)
samolice - 12 Mai 2012: Je viens de découvrir (il étai temps!) que Bernie était batteur dans son premier groupe avant de prendre le micro. Je me demande bien ce qu'il pouvait donner. Vu la rage qui l'animait à ses débuts, ça devait être pas mal.
Seleucos - 13 Mai 2012: Autant bernie a une sacrée voix, autant cet album reste pour moi assez bof. manque de pêche, son trop clean, bref, rien à voir avec les vrai album de Trust( 2 premiers) à part Ton dernier acte evidement!!!!
samolice - 13 Mai 2012: Tu es dur Seleucos! C'est quand même du très très bon qu'offre Trust avec cet album. Et il vieillit très bien comme les 2 premiers d'ailleurs.
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Chronique @ dark_omens

20 Fevrier 2014

Ainsi donc voilà Trust au sommet de sa gloire...

Dans une expression mêlant à la fois la virulence d’un propos hargneux sous la plume acerbe et contestataire d’un Bernie engagé (et enragé), et celle d’une musique aux confins du Hard, du Rock mais aussi de l’énergie Punk, le groupe aura su symboliser cette angoisse grandissante, nourris par un désarroi croissant, d’une jeunesse désœuvrée et abandonnée, et ce autour d’une formidable ferveur populaire. En seulement deux manifestes, magnifiques brulots dont l’insolente perfection témoigne magnifiquement de ce talent immense, l’excellent éponyme sortis en 1979 et le non-moins excellent Répression sortis à peine un an plus tard, ils auront réussis à convaincre tout un peuple.

Si ce troisième album propose, encore une fois, d’explorer les travers d’une société qui n’a pas fondamentalement changé, en un verbe dont l’écriture acide est toujours aussi féroce, certains de ces aspects purement musicaux ont évolué. Ainsi avec ce Marche ou Crève, Trust a quelque peu abandonné cette simplicité déliée d’un Hard/Rock directe au profit d’un Heavy plus sophistiqué. Indéniablement les riffs sont plus lourds, mais aussi plus incisifs, et surtout plus travaillés. Les plans batterie s’enrichissent d’une redoutable technicité, dans laquelle un Nicko McBrain incroyablement habile est indubitablement passé maître. Et la présence d’un second guitariste, Moho, renforce cette sensation nouvelle d’une énergie plus âpre. Cette évolution musicale vers une expression plus complexe, délaissant cette spontanéité immanente, est donc évidente.

S'agissant du traitement sonore, il est l'oeuvre du producteur international Tony Platt (Ac/Dc, Bob Marley, Motörhead) et il s’explique aisément par la volonté du groupe de conquérir un marché plus large que le microcosme franco-francophone (une volonté qui sera satisfaite avec la sortie de la version anglaise de ce disque, intitulé Savage).

Le résultat de ces mutations offrent, dans l’ensemble, un album, certes, moins immédiat que son prédécesseur mais pourtant très attrayant. Au-delà de titres relativement intéressanst, mais moins incontournables que les morceaux les plus charismatiques du groupe, tels que La Grande Illusion, tels que Le Sauvage ou encore tels que ce morceau oppressant nerveusement tendu qu’est La Junte, d’autres s’inscrivent heureusement dans la plus pure tradition hargneuse des heures plus glorieuses de Trust. Ainsi le véhément Marche ou Crève, l’accusateur Les Templiers ou encore le critique Les Brutes offrent les plaisirs indéniables de moments superbes. De ces satisfactions incontestables, la plus admirable vient encore de cette conclusion superbe, Ton Dernier Acte, chanson poignante pleine d’émotions bouleversantes à la mémoire du regretté Bon Scott, où Bernie et les siens excellent.

Il y aurait encore tant à dire sur ce qui restera l’album le plus Heavy de Trust. On pourrait, incontestablement, évoquer, comme nombre de détracteurs polémistes, certaines imprécisions, certaines erreurs, certaines immaturités. Pourtant ces imperfections, réelles, ne sont qu’infimes poussières.

Ce Marche ou Creve est donc un opus moins charismatique que le mythique Repression, pourtant il n’en demeure pas moins un superbe album.


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samolice - 21 Fevrier 2014: Quand je pense à ce skeud, je pense à Non. Son talent éclabousse ce disque! Merci Dark pour la chronique. C'était quand même quelque chose Trust à l'époque...
samolice - 21 Fevrier 2014: Je pense à NonO bien sur.
swit35 - 22 Fevrier 2014: Et moi à Bon...
ThyIrohaBunget - 23 Fevrier 2014: Superbe oui, le Trust IV viendra clôturer une serie d'album remarquable pour en suite sombré et perdre toute crédibilité. Que dire sur scène ,je gardais des souvenirs de concerts mémorable .j'ai eu la bonne idée de retourner en concert lors de la tournée Europe et haines ,voilà comment on casse un mythe, pathétique !
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Commentaire @ Bertrand50120

25 Avril 2008
L'Album maudit ou comment passer du million d'exemplaires (Antisocial) à juste 300 000 ????... Et bien tout simplement parce qu'il n'y a pas un million de hardos en France et que si "Antisocial" a si bien marché c'est que sa chanson phare, "Antisocial" a propulsé cet album au-delà du cercle des hard-rockeurs... Pour "Marche ou Crève", pas de titre phare grand public... L'album retombe au niveau des acheteurs potentiels, le public hard-rock en général et les fans de Trust en particulier...

Et pourtant !!! Oui, et pourtant !!! Teinté d'une alléchante production et de sensibilité dans les parties guitares, cet album qui sonne très "Nono" (le guitariste) s'oppose en cela aux deux premiers albums plus "bruts", qui eux sonnaient très "Bernie" (le chanteur)... C'est souvent ce qui a d'aileurs opposé les deux piliers du groupe, provoquant les splits sucessifs... Quoiqu'il en soit, "Marche ou Crève" est certainement l'album le plus abouti du groupe tant au niveau de la musique que de l'écriture des textes. Un album maudit mais pourtant, certainement le meilleur de leur carrière !

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ZazPanzer - 18 Mai 2010: Un jour viendra où j'aurai son âge... Quels souvenirs...
swit35 - 14 Mars 2011: Oui ta chronique est d'une impeccable lucidité... le meilleur de Trust est là concentré sur cet album..

Sur le revers de l'uniforme un signe diforme... c'est un combat il n'y a pas de treve... le frisson des stadiums...
SnaKeAce - 10 Avril 2012: Largord,
Merci pour cette superbe chronique. Quel Talent ! ;)
Pour ma part, Trust restera le groupe Français Punko-Hard rock mythique que nous ayons eu en France. Il y en a d'autres mais au niveau des paroles, c'était quelques crans au dessus. Bien que ma préférence aille plutôt vers Trust IV, mieux enregistré et plus construit. Tous les albums de Trust y compris 13 à table resterons pour moi emblématiques.
Philippe_Mac - 29 Avril 2012: Grande chronique pour un grand groupe. Tu as raison, cet album est le plus abouti. Je l'ai acheté en vynil, en K7 puis en CD, comme quoi ils auraient pu en vendre 900000 !! ;)
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Commentaire @ wodulf

14 Décembre 2012

Colère, rage, tristesse : 40 minutes d'émotions !

Fin 1980, Jean-Emile Hanela dit "Jeannot", le batteur historique de Trust, claque la porte avec perte et fracas. Un divorce qui couvait déjà depuis longtemps, puisqu'il semble ne s'être jamais super entendu avec les autres membres du groupe. D'ailleurs entre 1977 et 1980, il s'était déjà fait remplacé pas mal de fois. La toute dernière étant sur la tournée Repression Dans L'Exagone de 1980 où il se fit remplacer par l'ancien batteur de Pat Travers, Nicko Mc Brain.
Conquis par la jovialité et la constante bonne humeur du futur batteur d'Iron Maiden, c'est donc à lui que le groupe pense pour remplacer définitivement Jeannot et enregistrer ce troisième album.
Pour ce faire, le groupe se paye un Tony Platt tout auréolé de ses travaux sur Highway To Hell et Back In Black d'AC/DC. ainsi qu'un voyage à Stockholm pour l'enregistrement.
Travailler avec un producteur anglais, de surcroît de renom -donc qui impose un peu son style-, c'était inévitablement se donner un son à l'anglaise. Ce changement de son -qui n'a pas été très bien acceuilli chez nous- était, j'en suis convaincu, quelque chose de voulu dès le départ. Il suffit pour cela de bien écouter le jeu de guitare de Nono qui évolue vers un esprit assez NWOBHM.
Oui, musicalement, Trust change un peu de visage sur cet album. En gros, c'est moins rock, moins punky mais beaucoup plus metal. Orientation qui, là non plus, n'a pas vraiment plu par chez nous; ce qui fait que Marche Ou Creve s'est fait plutôt allumer à sa sortie.
Pourtant ce disque est vraiment exceptionnel ! Très rentre-dedans et agressif, avec un Bernie plus remonté que jamais qui s'en prend à la fois aux dictatures militaires ("La Junte"), au régime soviétique ("Les Brutes"), à Thatcher ("Misere") puis revient avec rage sur les cinq années d'existence de Trust et pour terminer, pleure la mort de son ami Bon Scott ("Ton Dernier Acte"). Oui, ce disque c'est 40 minutes de pure émotions : colère, haine, rage, tristesse. On s'en prend vraiment plein la gueule !

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ZazPanzer - 14 Décembre 2012: Pourquoi personne ne parle jamais du Sauvage ? ;-)
Je considère ce morceau comme l'un des chefs d’œuvre du groupe...
Sinon, très intéressante comme toujours cette remise en contexte, je n'imaginais pas que cet album ait été critiqué, ça paraît tellement absurde.
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