Avant d'entamer quoi que ce soit, il faut bien mettre en avant un constat étrange :
Archgoat n'a pas foutu grand chose depuis sa création. Depuis son apparition au grand jour via leur premier EP Angelcunt sorti en 1993, le groupe nous proposa diverses oeuvres séparées par de longues périodes de silence radio, parmi elles aucun full-lenght à se mettre sous la dent. En gros, ces finlandais mal léchés ne risquaient pas le surmenage. Toujours est-il que, malgré en état de semi-hibernation,
Archgoat vivait bel et bien ; son statut culte de l'époque lorgnant vers l'école des pionniers de la deuxième vague aura beaucoup aidé.
Il aura finalement fallu attendre 2006 pour qu'ils se décident à pondre leur premier full-lenght, j'ai nommé :
Whore of Bethlehem. 17 ans après la formation du combo, quelqu'un de tenté pour appeler le Guiness Book ?
La Finlande régnait surtout grâce à une poignée d'artiste à l'empreinte mélodique prononcée, sentant bon le givre et le grand cornu.
Behexen,
Horna,
Satanic Warmaster, des noms qui auront survolé les frontières de leur terre natale pour s'inscrire au panthéon de la scène underground internationale. Pour un fan chérissant cette tranche de protagonistes,
Whore of Bethlehem passerait pour un fameux ovni, aussi éloigné de derniers que du culte national
Beherit.
En définitive, ce disque semble tirer ses racines principale dans le jus du black death lourdingue jusqu'au boutisme. La paille enfoncée bien loin, on se rapproche sensiblement de la clique
War Metal,
Blasphemy aurait sans doute apporté de l'eau au moulin. Cette première approche justifie une bonne partie de l'adjectif devenu omniprésent tout le long de ce disque : Ecrasant.
Le Liopleurodon est un reptile marin carnivore vivant vers le milieu du Jurassique avoisinant les 15 mètres de longs et aux mâchoires des plus terrifiantes.
Whore of Bethlehem est son cousin le plus proche. En langage familier ça donne : Une putain d'énorme bestiole cadavérique et sanguinaire dont la principale activité se résume à bouffer chaque imprudent à sa portée.
Mais cessons les figures de style et penchons nous sur la créature. Dehors les mutants en plastique typique au navets de séries B ( et Belzébuth sait ô combien parasitent la scène... ),
Whore of Bethlehem pue l'authenticité à mille bornes. Chiche? Allez, chiche ! Appuyons sur play...
Tout d'abord une introduction de deux bonnes minutes. Le rideau s'ouvre sur un message subliminal grogné, en arrière plan les basses fréquences d'un baryton et le tonnerre. Le soufre et la puanteur des catacombes apparaît en deuxième partie d'intro, un paysage mortifère des plus sympathiques apparaît d'un coup, une cloche sinistre ponctue ce mugissement lugubre venu d'on ne sait où... le ciel a prit une texture rougeâtre, le panorama en est devenu opaque, une obscurité insondable rend toute progression hésitante. C'est à ce moment qu'elle choisit d'apparaître. Qui elle? ... La putain de
Bethlehem. Ses yeux diaboliques auront tôt fait de stopper les glands dressés face à ce corps pulpeux. Il lui suffira de prononcer cette petite phrase : "Bienvenue en enfer."
Angel of Sodomy. Et c'est l'explosion. Les gigantesques mâchoires du monstre se sont ouvertes dès ce premier riff acéré comme un rasoir, la basse se met à son tour à vrombir dans ses profondeurs abyssales et dès que le blast beat explose sans concessions, la terre se soulève, une horde de créatures épouvantables se jettent sur vous. Le rouleau compresseur est lancé et on sait qu'on ne pourra pas y échapper. Ce disque regorge d'une panoplie d'atouts indispensables au plantage du décor :
En premier lieu, cette production qualifiable en un seul mot : Imposante. Elle est le mariage modèle entre l'agressivité des guitares crues et aiguisées avec acharnement et la profondeur caverneuse, essentiellement dessinée par une basse rugissante tel un fauve. La batterie elle aussi s'y mêle efficacement, grosse caisse lourde et piétinante, caisse claire mate et ces cymbales cinglantes, surtout la ride résonnant à la manière d'un cliquètement aliéné. Pour couronner le tout, un growl funeste et patibulaire laissé un tant soit peu en arrière plan histoire de mieux se fondre au milieu du chaos, là comme un souffle mortel et lointain.
Sur ses structures,
Archgoat ne s'encombre pas d'un riffing bourré de variations, on parle d'un black metal sous sa forme la plus basique. Mais à quoi bon se taper un répertoire luxuriant lorsque ce minimalisme en devient redoutable ? Le message est clair : Ca sent la mort, ça goûte le cadavre roussi, le monolithisme omniprésent ne sert qu'à oppresser continuellement.
En ce qui concerne les compositions, les riffs sont tous de bonne facture, anti-mélodiques et grimacants. De temps en temps, l'un d'entre eux résonne harmoniquement comme une invocation dans toute sa pureté. Le quatrième couplet de
Angel of Sodomy, trois accords infernaux mémorables. Pareil pour
Lord of the
Void, un riff contemplatif suivit de son mid tempo pernicieux ou un
Desecration, petite orgie de rebondissements assassins. Cette batterie suffisamment aventureuse pour poser un ou deux breaks quand il faut, évolue entre blasts beats tantôt corpulents et mécaniques, tantôt furibond. Ses mid tempos sont une vraie machine à crâne. Le batteur utilise aussi à bon escient certaines rythmique cassantes telles celles de
Hammer of
Satan et inscrit même une petite touche groovy sur le titre éponyme, à l'image de cette chaudasse en train de nous sauter avidement. Certaines intrusions comme de légères touche de claviers ambiants ou encore cette cloche cafardeuse reviennent creuser davantage les pesants ralentissements de
Dawn of the Black Light,
Luciferian Darkness ou Black
Crusade, un effet somme toute non négligeable. Au final, chaque piste dispose de son petit élément. On regrettera peut être le manque d'une conclusion marquant l'apogée de l'apocalypse présente ici bas, mais le volume de crasse et de lave en fusion est tel qu'il suffira juste de réappuyer sur play pour que les frissons gardent leur intensité.
Alors peu importe le temps passé à glandouiller au final, il en vaudrait même la peine.
Whore of Bethlehem s'inscrit parmi les plus impressionnantes invocations à
Satan de ces dernières années, aussi prompt à vous faire basculer frénétiquement le crâne qu'à vous enfoncer six cent soixante-six pieds sous terre à grand coups de bélier. Et cette créature noire arpente les rues en secrets. Si elle sonne à votre porte, à vous de choisir. Dans la cas où vous ouvrirez, il y a de fortes chances qu'elles vous traîne sur le gravas avant de vous honorer sauvagement. Un bon conseil : Laissez la faire. Elle vous emmènera loin au pays des rêves les plus horribles... et les plus fantasmagoriques.
En tout cas, putain de chronique, comme d'habitude, mais pourquoi un Liopleurodon ?
Pour le Liopleurodon, c'est rien que pour la taille de mâchoires et la sensation que cet album de bouffe morceau par morceau.
Découvert au Hellfest en 2016, j'avais tellement pris une claque (et un mal de cou de tous les diables!) que je me suis hâté de me procurer cet opus. Ben rien à redire avec ta chro, c'est exactement le sentiment que j'ai eu en l'écoutant la première fois: écrasant, rouleau compresseur, bouche de l'enfer...bref toutes ses joyeusetés sont parfaitement représentées par ce monstre d'album.
Petit détail qui m'a fait marrer, et qui montre bien l'état d'esprit des gars, à la fin des "remerciements" ils mettent:
"FUCK OFF to all the weak spirits who have forgotten the meaning of true BLACK Metal" ^^
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