Visionnaire

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17/20
Nom du groupe Misanthrope (FRA)
Nom de l'album Visionnaire
Type Album
Date de parution Juin 1997
Labels Holy Records
Style MusicalDeath Progressif
Membres possèdant cet album125

Tracklist

Re-Issue in 2005 by Holy Records with a different tracklist.
ORIGINAL TRACKLIST
1. Future Futile
2. Bâtisseur de Cathédrale
3. Hypocondrium Forces
4. Le Silence des Grottes
5. 2666
6. La Dandy
7. Hands of the Puppeteers
8. La Rencontre Rêvée
9. Irrévérentieux
10. Visionaire
TRACKLIST (RE-ISSUE 2005)
1. 2666
2. Bâtisseur de Cathédrale
3. Hypocondrium Forces
4. Le Silence des Grottes
5. Future Futile
6. Impermanence et Illumination
7. La Dandy
8. Hands of the Puppeteers
9. La Rencontre Rêvée
10. Irrévérentieux
11. Visionaire

Chronique @ TasteofEternity

29 Décembre 2012

Le panache de Misanthrope a désormais un nom : Visionnaire

« Passez par Visionnaire, ou trépassez vermines ! »


La méprise, dont Misanthrope a été le témoin privilégié à ses débuts, est à la hauteur du talent du groupe : gigantesque.

En réalité, elle est à la mesure de l’erreur que commet le plus grand nombre quand il tente vainement d’expliquer la misanthropie sous l’angle de la haine de l'autre, alors qu’elle représente strictement l’inverse. Si on se réfère directement à la pièce de Molière, la misanthropie est appréhendée comme l’étape nécessaire, sinon ultime, pour permettre à Alceste de continuer d’aimer les siens sans se renier lui-même ; autrement dit le prix pour refuser de se complaire dans les fragilités typiquement humaines (mensonge, trahison et autres lâchetés) est le retrait de toute vie en société.

En confondant grandiloquence et arrogance, professionnalisme et indifférence, et finalement art et artifice, la majorité non-silencieuse drapa Misanthrope d’une aura de malentendus sans cesse plus nombreux, l’enfermant peu à peu dans des ténèbres sans fond-ements.

Qu’à cela ne tienne Visionnaire va noyer tout cela dans un océan de colère salvateur.

Visionnaire ouvre une nouvelle ère pour Misanthrope.
C’est très simple à comprendre, le front des oppositions était poussé à un tel degré, entre les problèmes récurrents de line-up qui entravaient durablement le processus de construction du groupe et des albums, l’accouchement dans la douleur du personnage de S.A.S. de L’Argilière, et à l’extérieur cette légende noire, qui ternit votre image et finit de ruiner votre réputation, que l’éventail des réactions possibles se trouvait alors assez réduit. Misanthrope en expérimenta au moins deux.
La première se retrouve sur 1666… Theatre Bizarre, elle renvoie à l’abandon, aux adieux, à l’écho d’une chute annoncée (La Dernière Pierre, « ultime » morceau de l’album, devait représenter le chant du cygne du groupe), mélancolique mais grandiose. Seulement voilà, le succès, inattendu, interrompit cette chute vertigineuse, empêchant du même coup la réalisation du projet qui la nourrissait.
La seconde apparaît avec Visionnaire, la réaction est à l’opposé de la précédente, c’est le courroux de l’entité misanthropique qui s’abat sur la planète metal. L’heure de la vengeance a sonné, renforcée par le détachement issu de 1666… Theatre Bizarre.

Plus direct et surtout plus brutal que son glorieux prédécesseur, qui parachevait la première trilogie du groupe, Visionnaire vous emprisonne dans ses serres dés les premiers instants du célèbre Futile Future (à l’origine l’album devait s’appeler Futile), pour ne jamais plus vous relâcher tout au long des 64 minutes que dure l’album. Et croyez-moi je les ai vus faire, supplier ne vous sera d’aucune utilité. Car la renaissance du phoenix, l’ascension irrésistible de Misanthrope, s’inscrit dans un ordre implacable. Dans ces conditions, le choix devient éminemment simple : prêter allégeance ou agoniser en silence. Le repentir, quant à lui, n’est pas permis.

Visionnaire, c’est avant tout un concentré de démesure, de violence contrôlée, reposant sur une maîtrise technique irréprochable, servie par une production magistrale. En choisissant de confier cette dernière à Fredrik Nordström (l’un des artificiers du death Made in Göteborg, avec Peter Tägtgren et Dan Swanö) au studio Fredman, le son de Misanthrope va évidemment gagner en épaisseur mais aussi en puissance. Plus qu’un mur, c’est une véritable déflagration qui nous est offerte par la mise en avant du jeu des guitares (dans la rythmique comme sur les soli). De sorte qu’il en ressort un côté à la fois primitif, et en même temps hyper travaillé. C’est le versant death metal qui l’emporte ici sans contestation possible, là où le versant doom/atmosphérique prévalait sur 1666… Theatre Bizarre. Ce choix de producteur n’est pas anodin, il traduit la préférence du son death scandinave sur les autres productions de son époque. C’est avant tout celui de S.A.S., « l’âme de Misanthrope », qui arbore fièrement les couleurs de Dark Tranquillity dans le livret de l’album, et qui s’entoure de certains membres d’In Flames pour compléter son bataillon et assommer un peu plus son auditoire.

Cet album non seulement concrétise toutes les promesses dont le groupe s’était fait le porteur, mais va même au-delà. Car c’est le moment choisi par Misanthrope pour donner naissance à quelques-uns de ses hymnes les plus marquants. A l’instar du symbolique Futile Future (et son intro légendaire avec cette basse « emphatique ») qui ouvre la première édition de 1997, mais aussi les concerts de l’époque. S'ensuit le Classique des Classiques, Bâtisseur de Cathédrales, lancé sur un tempo lent, et une rythmique lourde comme un bloc de pierre suspendu à votre cou, le titre s’envole grâce à des claviers déchaînés, pendant que la complainte de S.A.S. finit de vous crucifier. Hypochondrium Forces balance entre bestialité et désolation, avec à la clef une insolence guitaristique signée Jesper Strömblad d’In Flames. Le Silence des Grottes révèle son éclat d’un noir brillant en son cœur par une succession de riffs et de solo, possédés. 2666…, encore une pièce maîtresse, ouvre la réédition enrichie et limitée de 2005, dans laquelle la déclamation insidieuse de S.A.S. révèle une intention nihiliste sans limite. Ces cinq morceaux sont taillés pour être repris par les fans en concert, car Misanthrope reste avant tout un groupe de scène. La seconde moitié de l’album ne relâche pas la pression, bien au contraire. Les outrances s’enchaînent, devenant tantôt plus raffinées, comme sur La Rencontre Rêvée, tantôt plus perverses et malsaines comme sur La Dandy et Hands of Puppeters. L’album s’achève dans des tons sang et or. C’est un accès de démence baroque qui s’empare de vous sur Irrévérencieux, aussi surpuissant que dissonant. Puis survient l’ultime chevauchée, O-Visionnaire, 9 minutes ciselées par des guitares incisives et heavy au possible qui recouvrent des claviers éthérés mais aboutis. Un véritable morceau de choix qui n’en finit pas d’envoûter l’auditeur, profitant d’un second souffle pernicieux qui transperce encore, après plus de 6 minutes de travail hypnotique.

Dorénavant, Misanthrope ne se réduit plus à un seul homme. S.A.S. de L’Argilière a su s’entourer de fidèles, loyaux et brillants acolytes en les personnes respectives de Jean-Jacques Moréac et Jean-Baptiste Boitel. Le premier tient la basse, mais aussi les rênes de l’orchestration et des arrangements sur Visionnaire. Il incarne le compagnon d’infortune par excellence depuis le premier album. Fidèle parmi les fidèles, sa rencontre avec S.A.S. est à l’origine du noyau dur qui permettra l’envol du groupe vers les hautes sphères du succès. Le second s’il fait une entrée discrète par la porte des guitares (secteur dominé par S.A.S. jusqu’en 1998 et l’album Libertine Humiliations), deviendra un membre à part entière. Il marquera Misanthrope sans doute autant que Misanthrope le marquera ; à tel point que même lorsqu’il décide de transmettre le flambeau lors de l’enregistrement de Sadistic Sex Daemon, il participe encore, mais cette fois, par l’intermédiaire des claviers. Il continuera d’épauler le groupe en concert, à croire qu’une fois qu’on a mis le doigt dans l’engrenage Misanthrope, impossible de s’en sortir, vous êtes marqués au fer rouge, à jamais.

Si Visionnaire reste encore l’œuvre de S.A.S. de L’Argilière, Libertine Humiliations reposera, musicalement, sur les épaules de Jean-Jacques Moréac, et Misanthrope Immortel, sur celles de Jean-Baptiste Boitel. Cette seconde trilogie, qui s’annonce, va donner naissance à un groupe, corps et esprit, sans le moindre doute.

Cependant Misanthrope, c’est aussi et surtout un destin tourmenté qui se libère peu à peu du poids du passé, des doutes et des peurs. Tout cela sonne comme une lutte antique régénérée par des enjeux qui demeurent sans cesse plus prégnants d’une époque à l’autre, d’une civilisation à l’autre : rien de grand ne se fait sans sacrifice. Jusqu’où êtes-vous prêts à aller pour accomplir ce que vous êtes est la seule question qui importe. Avec Visionnaire, Misanthrope nous donne un début de réponse : jusqu’au bout. Car désormais plus rien ne l’effraie, les chaînes ont été brisées, et la libération est en cours.

Cet opus permet à un Misanthrope, plus que jamais aguerri, de franchir un cap, de monter en puissance, pour exiger le sacre qui lui revient de droit. L’accès de rage et de fureur, le déchaînement de violence auquel se livre sans retenue le groupe est aussi libérateur que destructeur. Oublier les nappes de claviers atmosphériques en trompe l’oeil, les ornements acoustiques poussifs, Visionnaire vous achève une bonne fois pour toutes sans compromission. Avec cet album, Misanthrope envoie un message très clair à la face de l’humanité, qui pourrait se résumer à ces quelques mots : « Contemplez votre insigne faiblesse, mortels ! » qu’on se le dise « Misanthrope est mort. Vive Misanthrope. »


11 Commentaires

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MikeSlave - 30 Décembre 2012: Je ne possède que l'édition digi de 1997. Concernant Recueil d'Ecueils je trouve sa qualité et sa pertinence très discutable. Le titre La druidesse du gevaudan est très bon mais ça ne se limite qu' à celui-ci pour ma part. Bon je ne suis pas un fan die-hard de la bande de SAS qui fait pipi comme tout le monde, les pieds dans l'urine, dans les chiottes du Gibus lors du show de Forbidden Site. Anecdote moisie je le sais bien.
TasteofEternity - 30 Décembre 2012: Le Receuil d'Ecueils, encore une fois, c'est un tout. Mais très représentatif de ce que peut donner Misanthrope tant en live qu'en studio, avec ses points forts et ses points faibles ( et il y en a) mais sincèrement quoiqu'il en soit.
Moi perso je reste addict au Live Bootleg qui au-delà du son très "raw" et de la prod' (ha oui au fait elle est où la prod' ? ) donne une image (plutôt polaroid que de l'argentique) authentique du groupe. Maintenant concernant le cd contenant les inédits et autres, effectivement Mike, certaines versions sont loin d'être indispensables. Maitenant, ce coffret a été sorti pour les plus mordus d'entre-nous de la Bête misanthropique, et la finition en fait un collector qui se tient bien, je trouve.
Mais on se situe déjà à l'époque de Libertine Humiliations...
ilugtod - 08 Janvier 2013: Je tombe sur cette chronique alors que je l'ai écouté ce matin au réveil!
Cet album est vraiment excellent de bout en bout, poussant plus loin que le très bon 1666... Et la chronique correspond bien à ce que j'en pense.
Le bassiste m'a toujours bluffé.
choahardoc - 14 Décembre 2014: "la déclamation insidieuse de S.A.S révèle une intention nihiliste sans limite". On sent que tu es vraiment rentré dedans! Bonne production que ce Visionnaire bien servi par la chronique.
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