L’univers propre à
Fallujah n’a pas mit longtemps à se démarquer, déjà fort d’un «
Leper Colony» sinistre et épatant pour un premier effort, le combo se décrivait comme une formation deathcore teinté de black atmosphérique particulièrement glauque, ainsi que quelques relents death brutal.
En 2010 sortait une demo qui affichait un virage vers un death plus prononcé, laissant alors les racines deathcore présentes sur les productions précédentes sans pour autant faiblir.
Fallujah arrive à se forger une solide réputation au sein de la scène underground, notamment grâce à sa dangerosité technique et des ambiances très travaillées.
Finalement, après des années à travailler en auto-production, le groupe signe chez Unique Leader Records, déjà connu pour abriter
Carnophage,
Beheaded,
Aeon,
Deeds Of Flesh,
Decrepit Birth... Après une bonne masse de concerts et de tournées, retour en studio donc pour enregistrer ce qui s’avèrera comme le tout premier album du groupe «
The Harvest Wombs».
Ce qui frappe à l’oeil dès que nous posons nos mains sur le CD, c’est l’artwork de Cameron gray (déjà responsable des artworks de «The Discovery» de
Born Of Osiris ou «Artifacts In motion» de
Circle Of Contempt), sa patte se reconnaît déjà entre mille, travail soigné et coloré, toujours orienté vers le corps, l’être humain en lui-même, et l’univers, la nature qui l’entoure. Rien à redire donc, si ce n’est que nous faisons face à un artwork grandiose qui attire beaucoup l’oeil.
Mais qu’en est-il de ce qu’il y a à l’intérieur?
Le titre d’ouverture «Alpha Incipient» démarre par une ambiance aérienne et sombre installée par une guitare typée black atmosphérique, quasiment hypnotique, pour ensuite partir sur un ensemble guitare/batterie tout aussi glauque, on est déjà éblouit par une entrée en matière aussi bien orchestrée, mais c’est lorsque l’instrumental débute l’accompagnement des vocaux gutturaux d’Alex Hofmann que les choses prennent une tournure différente. Terminé donc la sonorité deathcore présente sur «
Leper Colony», aujourd’hui
Fallujah se tourne vers un death technique bien nerveux et vicieux.
Dans la lignée d’un
Augury ou d’un
Beyond Creation, le groupe propose un cocktail de ce que les membres savent faire de mieux, des guitares lourdes alliant harmonie et puissance, une batterie au phrasé varié et au groove impeccable, le tout supportant des vocaux torturés et profonds. «Alpha Incipient» met l’auditeur à genoux grâce à son intro glauque et puissante, laissant ensuite la place à une véritable explosion fort plaisante où l’ensemble instrumental est encore plus déchaîné que jamais.
«Become One» fait lui aussi partie des très bonnes surprises que nous réserve ce nouveau brûlot des californiens, sonnant beaucoup plus death black que ses prédécesseurs, le titre possède tout de même ses propres parties death technique ravageuses. Bien que la musicalité soit là, certains reprochent au death technique d’être trop démonstratif par moment, certains groupes faisant un usage quasi ininterrompu de l’approche mathématique (l’équivalent de
Periphery, autoproclamé précurseur du «djent», dans le metal prog), mais pourtant nous sommes rassurés que les membres installent judicieusement chaque solo de manière stratégique, laissant donc le temps de profiter des envolées black fortes en émotions, car oui, outre le fait que
Fallujah propose une musique bien rentre-dedans et débridée, le groupe arrive à transporter beaucoup d’émotions au travers de cette sonorité qui lui est propre.
J’ai cité le mot «death technique» à plusieurs reprises certes, mais il faut tout de même avouer que nous retrouvons aussi des sonorités progressives, en particulier sur «The
Flame Surreal», morceau instrumental de 3:31 où les musiciens se lâchent complètement, offrant un bon moment de répis avec une sonorité approchant celle d’un Animal As
Leaders ou d’un
Born Of Osiris sur «The Discovery» par moments.
Fouillé, coloré et transportant bien des émotions, «The FLame Surreal» est une bonne pause après un déchaînement de brutalité bien dosée, à noter ce passage à la limite du jazz japonais bien planant.
Retour ensuite aux hostilités donc, les morceaux s’enchaînent sans difficulté, la musique étaient très bien équilibrée, soutenue par une production impeccable qui permet de mettre en valeur la musique de
Fallujah. «
The Harvest Wombs» se termine avec «Assemblage Of Wolves», s’ouvrant à nouveau sur un court passage aérien, rapidement suivit par une batterie à la rapidité incroyable et au jeu redoutable.
Chaque seconde,
Fallujah va de plus en plus loin, jouant la carte de l’expérimentation et du progressif, sachant tout de même parfois revenir sur des passages bien costauds où le riff se veux bien plus lourd, entrecoupé à la hache.
Alex Hofmann s’appuie alors sur cet instrumental en béton armé pour nous offrir une prestation remarquable, proche de James Lee et doué d’une palette variée.
«
The Harvest Wombs» est audacieux, la prise de risque s’avère payante, car proposer une musique qui se démarque bien du reste est aujourd’hui une tâche belle et bien ardue, mais
Fallujah nous offre donc un album racé, gardant sa recette de base tout en y apportant un nouveau souffle, un nouveau visage. Le groupe a énormément mûri et atteind son apogée avec un album de cette trempe, en espérant que les membres connaîtront le succès qu’ils méritent.
Production époustouflante, instrumental très varié et soigné, vocaux percutants, «
The Harvest Wombs» est donc aujourd’hui la pièce maîtresse d’une discographie certes courte, mais déjà pleine de surprises.
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