Après nous avoir gratifiés d'un dixième album full length, «
Myths of Fate », à la fois dantesque et tout en délicatesse, le groupe teuton, toujours emmené par le mastermind, claviériste, programmeur et growler Alexander Krull (
Atrocity), ne sera pas resté terré dans l'ombre bien longtemps. Cependant, et contre toute attente, c'est à pas de loup qu'il reviendra dans la course, deux ans plus tard, muni, cette fois, d'un EP 4 titres répondant au nom de «
Song of Darkness », signé, lui, chez le dynamique label étasunien Reigning
Phoenix Music. Ce faisant, les 16 brèves minutes de la rondelle ne constitueraient-elles qu'une simple parenthèse dans la riche carrière de cette valeur de référence du metal symphonique ? Une pause nécessaire dans le processus créatif de ce groupe, sorti de terre voilà 23 ans ? Ou encore un propos à part entière, qui, en dépit de l'exiguïté de son format, aurait toute sa raison d'être ? Ou plutôt un heureux trait d'union entre passé et présent, comme pour mieux préparer l'avenir ?
Dans ce dessein, l'équipage de la précédente traversée se verra partiellement remanié ; si, aux côtés du maître d'oeuvre officient à nouveau Elina Sirrala (
Angel Nation) – soprano au cristallin grain de voix – et Luc Gebhardt (
Atrocity, Spiral
Tower) à la guitare, s'y adjoindront Florian Ewert (
Atrocity,
Trail Of Blood) à la guitare, Dominik Prykiel (
Hate,
Vedonist) à la basse et Simon Skrlec (
Atrocity, Obnounce,
Vulvathrone) à la batterie. Le groupe ainsi constitué nous replonge dans un espace metal symphonique folk à chant mixte en voix de contraste, dans la veine atmosphérique de son précédent mouvement ; état de fait qui n'empêchera nullement le frugal opus de se voir empreint d'une dynamique propre et d'une aura cinématique plus marquée aujourd'hui qu'hier. Quant à ses paroles, se dessine une œuvre où chaque titre serait à appréhender comme un chapitre d'une saga, nous faisant par là même voyager entre histoire, magie et mythes.
Ce méfait volontiers épique, souvent pulsionnel et un brin romanesque, conjuguant habilement sonorités traditionnelles et vibes contemporaines, jouit, comme ses devanciers, d'une production d'ensemble de fort bonne facture : Produit, enregistré, mixé et mastérisé, à son tour, au Mastersound Studio, par son propriétaire, Alexander Krull (
Elis,
Midnattsol,
Savn,
Velvet Viper,
Angel Nation,
Belphegor...), cet effort n'accuse par l'once d'une sonorité résiduelle tout en dispensant une belle profondeur de champ acoustique et un mixage parfaitement ajusté entre lignes de chant et instrumentation. Par ailleurs, la qualité des arrangements orchestraux et vocaux dont peut se targuer cet élan a pour corolaire une technicité instrumentale et oratoire aguerrie et des lignes mélodiques aussi efficaces que finement sculptées. Tous les voyants seraient donc au vert pour qu'une palpitante et sécurisante immersion dans le bain bouillonnant de cette terre de légendes nous soit promise...
Une fois encore, eu égard à leurs envoûtants paysages de notes, nos acolytes parviennent, et d'un battement de cils, à nous aspirer dans la tourmente, à commencer par leur passage le plus rayonnant. Ainsi, à la lumière de ses sémillants arpèges d'accords et à son refrain catchy mis en exergue par les cristallines inflexions de la déesse, le titre éponyme de l'opus, «
Song of Darkness », happera assurément le tympan du chaland. Cet élan pétri d'élégance – inspiré par la saga médiévale islandaise de Gisli le hors-la-loi (héros tragique devant tuer un de ses beaux-frères dans le but d'en venger un autre) – ira jusqu'à générer un pas de danse chaloupé. Et ce n'est pas son bref mais fringant solo de guitare qui nous déboutera davantage du ''tubesque'' mouvement, loin s'en faut.
Quand elle en vient à varier ses phases rythmiques à l'envi, la troupe trouve à nouveau les clés pour nous retenir plus que de raison. Ce que révèle, d'une part, « Hall of the
Brave », mid/up tempo syncopé aux relents folk, parallèlement doté de riffs crochetés doublés d'un léger tapping, de pénétrantes percussions tribales et de puissantes orchestrations ; offrant, en outre, un saisissant effet de contraste oratoire – les graciles impulsions de la belle répondant aux growls ombrageux d'une bête revêche – recelant également un break opportun que balaiera une bondissante reprise, alors investie d'une muraille de choeurs inattendue, sans omettre un soufflant final en crescendo, le sculptural manifeste n'aura pas tari d'armes efficaces pour asseoir sa défense et se jouer des nôtres. Dans une même logique, le mid tempo progressif « Until the Last Day » ne saurait davantage être esquivé, tant pour son caractère démoniaque et la puissance de son orchestration que pour son refrain immersif à souhait mis en habits de lumière par les angéliques oscillations de la sirène.
Au moment où ils nous mènent en des espaces ouatés, nos compères seront à même de faire plier l'échine à plus d'une âme rétive. Ce qu'illustre « Roots
Eternal », ballade atmosphérique d'une sensibilité à fleur de peau et aux airs d'un slow qui emballe, comme le combo teuton en a le secret ; glissant le long d'une radieuse rivière mélodique, où se greffent les poignantes ondulations de la maîtresse de cérémonie, et pourvu de deux laconiques mais vibrants soli de guitare, l'instant privilégié – dont on regrettera simplement la brièveté du message musical délivré – incitera, à n'en pas douter, à une remise en orbite sitôt l'ultime mesure envolée, histoire de plonger à nouveau dans cet océan de félicité.
A l'issue de cette si brève mais ô combien palpitante et émouvante traversée dans cette mer limpide à la profonde agitation intérieure, le fan des deux derniers mouvements pourra ressentir l'irrépressible envie de réenclencher la touche play du lecteur avant même l'amorce de la chute finale. Cependant, à l'instar du précédent élan, d'aucuns auraient probablement souhaité davantage de diversité en matière d'exercices de style – instrumentaux, fresques et duos étant aux abonnés absents – quand les prises de risques, elles, demeurent tout aussi discrètes. Carences que pourront compenser une ingénierie du son coulée dans le bronze, l'absence de tout frustrant bémol harmonique, de nombreuses et opportunes variations atmosphériques et rythmiques, et surtout une ligne de chant féminin qui s'est à la fois étoffée et fluidifiée. Bref, une œuvre aussi délicate qu'éruptive, un brin démoniaque, synonyme de trait d'union entre passé et présent, comme pour mieux préparer l'avenir. Dans l'attente à peine voilée d'un album full length...
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