Après deux premiers albums sortis coup sur coup, le groupe de
Liv Kristine Espenaes Krull s'est un peu fait désirer. Alors que
Theatre Of Tragedy semble bien en peine de se renouveler, l'ancienne muse de Raymond Rohony poursuit sa carrière avec brio. Le line-up de la formation germanique a connu deux changements depuis le EP
Legend Land (2006). La bassiste Alla Feydinitch et le batteur
Seven Antonopoulos ont rejoint la bande.
Comme à l'accoutumée, ses membres font également partie d'
Atrocity, groupe mené par Alexander Krull, époux de
Liv Kristine et vocaliste des deux groupes.
Atrocity, fort de ces vingt ans d'expérience sur la scène
Metal offre un appui idéal à la Norvégienne. Krull et les guitaristes composent l'ensemble des titres. La chanteuse rédige, j'y viendrai, d'excellents textes.
La pochette reste dans la continuité des précédents visuels. Cependant, elle est bien plus sombre et cette fois la blonde est entourée de sa troupe, visiblement prête à en découdre.
La difficulté était grande d'offrir un successeur à
Vinland Saga, opus assez remarquable. Ce dernier, sorti en 2005, traitait de la découverte de l'Amérique par Leif Eriksson. Le live En
Saga I Belgia mettait en scène Leave's
Eyes sous forme d'équipage d'un drakkar. Quelle destination verra cette fois accoster les féroces Nordiques?
Njord développe ce concept maritime et dépasse largement ses prédécesseurs. Il m'est donc difficile de séparer musique et narration.
Abordons plutôt ce disque au sens littéral: à l'abordage!
Le titre phare débute sur l'invocation de Njörd, le dieu des mers. Une corne de brume et un tambour lent et martial accompagnent la supplique lancinante de
Liv Kristine, laquelle réclame la clémence des éléments. Le groupe entre alors en action. La fureur des passages qui suivent nous invite à une navigation chaotique.
Arrivée à terre, la Scandinave prend la parole pour un guerrier. Les paroles décrivent la complainte d'un guerrier qui risque tout loin de sa promise et du fjord natal. Aussi, l'entêtant
My Destiny est une composition très accessible et qui n'est pas sans rappeler les derniers
Within Temptation, voix masculine en plus.
Le groupe reste jusqu'ici dans son registre habituel: un
Metal gothique et atmosphérique raffiné renforcé par l'opposition chant féminin/masculin.
Njord prend alors un cap différent, lorgnant parfois vers la musique celtique. En effet, le périple a mené l'embarcation sur
Emerald Island. Cette destination fait écho à l'occupation de L'Irlande par les Vikings du IX au XIème siècle. Voilà un bon prétexte pour laisser libre court à de nouvelles influences. Des cornemuses sont par ailleurs utilisées sur Scarborough Fair.
Le break de
Emerald Island est magnifié par un solo puissant et plein de feeling. Ce morceau est très lyrique, Liv y expose sa voix comme rarement.
Scarborough Fair est une reprise splendide, toute en douceur et en fragilité. Songez que cette chanson fut popularisée par les Folk-troubadours Simon & Garfunkel. Cet air traditionnel médiéval aux consonances très celtes nous convie à la recherche de l'amour à l'occasion de la foire locale. Les arrangements ne dénaturent en rien cette véritable perle.
Irish
Rain, simple ballade, est joliment ornée par un son de flûte irlandaise.
La musique s'avère à ce stade bien plus grandiloquente que sur les opus précédents. Si par le passé Leave's
Eyes était épaulé par des violons, le Lingua Mortis Orchestra de
Victor Smolski (
Rage,
Lacrimosa) donne ici une nouvelle dimension à l'ensemble. Les cordes sont sublimes, notamment sur Take The
Devil in Me.
La puissance des choeurs, parfaitement maitrisée, me rappelle beaucoup le meilleur
Tristania, celui de l'époque
Beyond The Veil.
Le son reste "costaud" mais l'écriture plus Pop/Rock/Atmosphérique n'est pas sans faire penser à
Liv Kristine en solo. L'objectif est toujours de faire passer l'émotion, ce que les Allemands font avec succès.
Vient ensuite le temps du Northbound, véritable Blues du pays dans sa version gothique. Beaucoup de sentiments nourrissent ce morceau au refrain imparable, véritable hymne pour les déracinés.
Mais la bataille fait rage à nouveau.
Ragnarok est le "Destin des Puissances", le moment pour les Vikings de faire face à l'
Apocalypse. De l'issue du combat dépend l'ascension ou la chute des guerriers: le
Walhalla ou le Hel les attend. Ce morceau commence comme une ballade avant de monter en régime. Le final diluvien porte la tension à son paroxysme. Thème nordique et païen par excellence, la furie des éléments, ici menés par
Njord et sa famille est bien rendue dans ce sommet de l'album. La frontwoman et son compagnon se hissent à la hauteur de ce passage sublime.
Le matin se lève sur Morgenland, court chant en vieux norrois qui apaise les survivants. The Holy Bond, le serment, est un titre dynamique et très mélodique qui développe la déclaration d'amour entendue sur
My Destiny.
Froya est la fille de Njörd, elle est aussi l'épouse du puissant
Odin qu'elle assiste dans la récolte des âmes. L'introduction commence par un bruit de ressac suivi d'une prière accompagné d'un passage semi-acoustique. Le reste du morceau est très puissant et presque progressif avec quelques cavalcades qui ramènent au Maiden des années 90. Il s'agit sans doute du titre le plus complexe de cette galette, le plus long aussi. L'hommage rendu à Freyja, où Froya, déesse jadis extrêmement populaire, est splendide.
Njord se conclue, laissant l'auditeur apprécier la beauté de ce voyage épique et moyen-âgeux, sincère hommage à la culture
Viking.
Léger et planant, le Gothique y côtoie avec succès le chant Death le plus mélodique. Le nombre potentiel de singles est une fois de plus déconcertant (
My Destiny,
Emerald Island, Take the
Devil In Me, Trough our veins et même The Holy Bond)! Leave's
Eyes a beaucoup progressé sur le plan des arrangements, sans doute le point fort de ce disque aux compositions irréprochables. Les atmosphères, variées à souhait, sont réellement enchanteresses. Leave's
Eyes éblouit et libère enfin des capacités seulement entraperçues par le passé .
Parce que musicalement parlant c'est souvent la même chose , le même type de riff , les ligne de chants en elle même sonts pour la plupart chanté de la même façon , bref j'ai l'impression que la plupart des groupes a Chant féminin sont des clones ( cela est p'tetre dut a la relative jeunesse de cette scène ... ) .
J'adore Epica et j'aprecie des groupes comme Ram-Zet parce qu'ils ont une identité propre et fonts une musique originale qui n'est pas la copie conforme du standard de base du " Metal a Chant Féminin " .
En ce qui concerne le Death, certains groupes suivent et d'autres innovent. Cela remonte aux origines du style qui rassemble un spectre musical illimité depuis ses débuts. En effet, quoi de plus différents que Atheist, Death ou Obituary? Quand un style plaît, il est écouté par des auditeurs puis joué par des musiciens, c'est aussi simple que cela!
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