Nous ayant laissés sur le souvenir ému d'un dixième et seyant album full length, «
Dynamind », on pouvait subodorer que le combo autrichien originaire de Linz ne resterait pas terré dans l'ombre bien longtemps. Pari gagné ! Aussi reviendra-t-il dans les rangs, trois ans plus tard, et ce, doté d'un opus de même acabit dénommé «
Shangri-La », signé, non seulement chez le puissant label allemand AFM Records, mais aussi chez le non moins dynamique label russe Fono Ltd et avec la maison de disques brésilienne
Valhall Music. Des différentes versions disponibles, et pour des raisons de concision, nous nous limiterons à l'analyse des plages oralisées (disque 1), les pistes instrumentales du disque 2 (disponible chez AFM Records) reprenant point pour point les séquences d'accords des titres du premier volet. Cela étant, les 58 minutes du ruban auditif de cette onzième galette permettront-elles, cette fois, au collectif autrichien de rejoindre les valeurs de référence d'un environnement metal symphonique à chant féminin encore soumis à une féroce concurrence ?
Dans cette nouvelle aventure nous embarque l'équipage de la précédente traversée au grand complet, à savoir : le mastermind et pluri-instrumentiste
Lanvall, la chanteuse aux sensuelles inflexions Sabine Edelsbacher, le guitariste Dominik
Sebastian (
Serious Black,
Thirdmoon, A
Ghost Named Alice), Johannes Jungreithmeier (
Thirdmoon,
Woodtemple) derrière les fûts ainsi que le bassiste Stefan Gimpl (
Crystallion). Avec l'apport, pour l'occasion, d' Erik Mårtensson (
Eclipse WET...) au chant, Thomas Strübler (ex-
Crystallion) aux choeurs et de Daniel Thomann-Eickhoff à la flûte ; le groupe ainsi formé nous immerge à nouveau dans rock'n'metal mélodico-symphonique gothique et progressif à la fois pulsionnel, enjoué et romanesque, doté de mélodies finement ciselées et d'une technicité instrumentale éprouvée. Ce faisant, ce nouvel élan nous mènerait-il à un bis repetita, excluant dès lors toute sonorité alternative, constitutive de son identité propre ?
Une fois de plus, la production d'ensemble a fait l'objet d'une attention particulière : également produit par
Lanvall, mixé et mastérisé au Thin Ice Studio (Surrey, Royaume-Uni) par Karl Groom (guitariste (
Threshold) et producteur (
DragonForce,
Engraved Disillusion,
Intense,
Shadowkeep...) de son état), cet set de compositions témoigne d'un enregistrement de bonne facture. N'accusant pas l'ombre d'une sonorité parasite tout en dispensant une belle profondeur de champ acoustique, sans oublier un mixage parfaitement ajusté entre lignes de chant et instrumentation, c'est dire que les conditions d'écoute sont réunies pour que l'opulent méfait se parcoure d'un seul tenant. Il ne nous reste plus qu'à lever l'ancre du vaisseau amiral pour une croisière que l'on espère parsemée de quelque terre d'abondance...
A l'instar de ses plus récentes productions, la formation autrichienne génère de truculentes séries d'accords, susceptibles d'aspirer durablement le tympan. Dans cette ronde de saveurs exquises s'inscrivent, en premier lieu, les pistes les plus abrasives de ce répertoire. Ce qu'atteste, en premier lieu, « Hall of Shame », up tempo aux riffs crochetés adossés à une sanguine rythmique ; n'ayant de cesse de nous asséner de furieux coups de boutoir tout en sauvegardant une ligne mélodique des plus invitantes, le chevaleresque manifeste poussera assurément à un headbang bien senti et quasi ininterrompu. Dans une même énergie, on ne saurait davantage esquiver l'impulsif «
Freedom Is a Roof Made of Stars », tant pour ses enchaînements intra-piste ultra sécurisés et la magnificence de ses orchestrations que pour l'habileté de son ''floydien'' solo de guitare à mi-plage décoché. Mais le magicien aurait bien d'autres tours dans sa manche en réserve...
Un tantinet plus en retenue, d'autres pistes parviennent non moins à nous retenir, un peu malgré nous. Ainsi, c'est cheveux au vent que l'on parcourra les aériens mid/up tempi «
The Call of Eden » et «
Somewhere Else But Here » ; pourvus de couplets délicatement sculptés, relayés chacun d'un refrain immersif à souhait mis en exergue par les troublantes ondulations de la déesse, ces deux ''tubesques'' mouvements ne se quitteront qu'à regret. Dans cette dynamique, on retiendra parallèlement le cadencé et invitant « The
Road to
Shangri-La » à la lumière de l'infiltrant cheminement d'harmoniques qu'il nous invite à suivre, des sensuelles patines de l'interprète et du somptueux duo de guitares dispensé.
Quand les éclairages se font plus intimistes, nos compères trouvent là encore les arguments aptes à nous retenir plus que de raison. Ce qu'illustre, tout d'abord, la ballade folk «
Savage Land », eu égard à la subtilité de ses schèmes d'accords, à son fin picking à la guitare acoustique et aux notes aux effluves ''roots'' échappées de la flûte enchantée de Daniel Thomann-Eickhoff. On ne saurait davantage éluder «
Arcadia (
The Great Escape) », ballade romanesque jusqu'au bout des ongles ; glissant le long d'une radieuse rivière mélodique où se calent les magnétiques oscillations de la maîtresse de cérémonie et inscrivant un poignant solo de guitare au sein d'un final aux senteurs jazz-rock, l'instant privilégié fera plier l'échine à plus d'une âme rétive,
Comme ils nous y ont accoutumés, nos acolytes nous livrent par ailleurs d'amples pistes à la colorature symphonico-progressive, dont l'habituelle pièce en actes pour clôturer le chapitre. Ce faisant, « At First Light » se pose tel un ''jamesbondien'' et altier mid/up tempo aux riffs acérés et aux arrangements orchestraux de premier ordre. Recelant une mélodicité toute de fines nuances cousue où se greffent les puissantes impulsions de la sirène, alors escortée de choeurs en faction, doté parallèlement d'un vibrant duo de guitares à mi-morceau suivi d'un truculent pont techniciste aux relents jazzy, le luxuriant effort n'aura pas tari d'armes pour asseoir sa défense.
Mais ce serait sa dernière pièce, en cinq actes, «
The Bonding (Part 2) », qui détiendrait la palme : pourvu de notes d'une confondante délicatesse issues d'un piano libertaire et de nappes synthétiques tout en légèreté, c'est avec les honneurs que la brève et cinématique entame instrumentale, « Overture », ouvre le bal. Par un fondu enchaîné finement négocié, lui succède le polyrythmique « Alpha and
Omega » ; encensé par les ensorcelantes modulations de la princesse, auxquelles s'adjoignent les rocailleuses attaques d' Erik Mårtensson, et recelant d'opportunes et fulgurantes accélérations, ce second et galvanisant volet poussera assurément à une remise en selle sitôt l'ultime mesure envolée. On pourra non moins retenir son voisin de bobine, « The Eleventh Hour », instrumental metal symphonique en deux temps ; l'un, évoluant sur des charbons ardents et enorgueilli de deux fringants soli de guitare ; le second, plus éthéré, voguant sur d'ondulantes rampes synthétiques. Histoire d'apaiser les esprits, les quatrième et cinquième actes, « Round and Round » et « The Timeless Now - Finale », s'offrent telles deux ballades d'une infinie délicatesse et aux airs de slows qui emballent, là aussi magnifiées par un duo en parfaite osmose.
Au terme de notre traversée en hautes eaux, un doux sentiment de plénitude nous étreint. Aussi rayonnant et engageant que varié sur les plans rythmique, atmosphérique et vocal, c'est dire que ce nouvel arrivage tient toutes ses promesses.
Plus que ne l'ont fait ses devanciers, et au-delà d'offrir une palette étoffée en matière d'exercices de style, ce onzième opus dissémine d'inédites sonorités. Une prise de risque en soi se conjuguant à la fois avec des mélodies aussi exigeantes dans leur process d'écriture qu'avenantes et une technicité instrumentale et oratoire aguerrie. Etat de fait qui ne saurait nous empêcher de reconnaître la ''patte'' orchestrale du combo ni d'esquiver quelques portées empruntées dans ses vibes d'hier. Quoi qu'il en soit, armé de ce dantesque et charismatique propos, le collectif transforme l'essai. Bref, un solaire et sémillant mouvement insufflé par le combo autrichien, susceptible de le hisser parmi les valeurs de référence de cet espace metal. Affaire à suivre...
Note : 16,5/20
Vous devez être membre pour pouvoir ajouter un commentaire