Room Seven

Paroles
ajouter une chronique/commentaire
Ajouter un fichier audio
Nom du groupe Supuration
Nom de l'album Room Seven
Type Album
Date de parution 08 Décembre 1997
Labels Holy Records
Style MusicalDeath Metal
Membres possèdant cet album83

Tracklist

1. Deliverance 05:21
2. Bangs in My Head 04:20
3. Real Nature 04:38
4. My Heart on My Tongue 02:49
5. Room Seven 04:26
6. World of Cushions 04:57
7. A Blue Sweetness 05:04
8. The Calling 02:27
9. Snake-Eyes 05:01
10. The Fall Is Too Long 05:03
11. Fallacy 04:58
12. Imaginary Life 03:24
Total playing time 52:28

Acheter cet album

Supuration


Chronique @ TasteofEternity

22 Janvier 2019

Une promenade de santé

Que peuvent avoir en commun Loudblast, Mercyless, Massacra, Supuration, Forlorn Emotion et Putrid Offal ? Un musicien de session, ça pourrait mais non. Une proximité géographique, toujours pas. Ils font partie de la première ligne d’attaque du metal extrême français, pour ne pas dire du death metal à l’exception de Putrid Offal, c’est vrai mais éminemment réducteur. Bon alors ? Chacune de ces entités s’est déclinée peu ou prou en projet « indus », Loudblast a donné naissance à Clearcut, Mercyless à Day Off Sin, Massacra à Zero Tolerance, Forlorn Emotion à Division Alpha, Putrid Offal à M.Pheral, et Supuration à SUP. Ce dernier demeure une exception puisque SUP a pris le pas sur Supuration, en nombre d’albums comme dans l’aboutissement musical et conceptuel, si si écoutez bien au-delà des petites affinités, difficile de ne pas attester de la qualité d’un travail à la fois minutieux et titanesque sur les atmosphères, les lignes mélodiques, les duels de voix, et le fracas des samples. Mais attention comme toute exception à la règle, SUP ne supporte aucune étiquette, pour comprendre, pas d’autre moyen que d’écouter, c’est moche, mais c’est comme ça, en piste, maestro.

Un nouvel album de SUP, c’est un peu comme partir à la rencontre d’un nouveau traumatisme, on s’élance avec une lueur de défiance dans le regard, tout en sachant qu’on va se retrouver rapidement en position latérale de sécurité, réduit à téter son pouce et à étreindre son doudou. Arrête de te marrer, c’est sacré un doudou ! Il est le medium qui permet instinctivement de rebasculer dans l’univers de l’enfance. Rendez-vous est ainsi donné Room Seven, que peut-il bien se passer dans cet endroit ?

Room Seven est un magma bouillonnant de processus sonores qui viennent vous envelopper avec une douceur incongrue, à l’inverse d’Anomaly qui distillait une approche glaciale, produit d’une vision futuriste d’une humanité soumise à la machine. Le climat général semble bien moins hostile ici. Le concept derrière Room Seven redonne la primeur à l’Homme, en proie à l’emprisonnement intérieur et à des jeux de miroir au coeur de la psyché humaine. Cette histoire prend sa source dans un stage d’accompagnement effectué par Thierry Berger en établissement spécialisé pour jeunes autistes. Débute une plongée vertigineuse en eaux troubles accélérée par les agents chimiques qui peinent à se frayer un chemin dans vos veines, altérant votre cerveau, domestiquant votre volonté, actifs et féroces sous couvert de fines caresses mélodico-anesthésiantes. Désensibilisé au point que votre corps devienne une véritable prison, imperméable aux coups, incisions et à l’environnement, votre regard se met à peindre en jaune les espaces les plus sordides comme celui d’une chambre capitonnée qui vous voit vous recroqueviller tel le dernier des chiens battus, la bave aux lèvres, l’œil glauque, perclus de bourdonnements d’oreilles, les membres crispés dans une contorsion hystérique, vous voilà devenu un fakir bien malgré vous expatrié de votre propre corps. L’atmosphère planante soulève ce corps inerte. Cette soudaine lévitation vous convie à assister aux expérimentations que les spécialistes vous ont prescrites pour votre plus grand bien. Dans quelques instants vous ne serez plus q’une marionnette à laquelle on aura coupé les fils, aussi divertissant qu’un canard sans tête, apothéose du circus maximus des Loez Brothers.

SUP se plaît à jouer sur les apparences : la première rencontre avec Room Seven se veut rassurante, accessible à la limite plaisante. L’instrumentation ne dérive jamais vers une source de dérangement extrême, aucun riffing agressif, ni de growl d’outre tombe, ni de rythmique plombée, encore moins de samples inquiétants. En réalité chacun de ses éléments est bien présent mais le travail de la production a le don de lisser l’ensemble créant un contact léger et moelleux au sein d’une réalité modifiée digne du cocon maternel. Cette petite musique de nuit lénifiante cache un piège malicieusement installé, qui vous propose un merveilleux cocktail à base d’addiction et de dissociation. Room Seven résonne comme un tout bien que certains titres se distinguent par un côté accrocheur présentant des mélodies enthousiasmantes et des voies claires fascinantes comme Bangs in My Head, Room Seven, ou The Fall Is Too Long qui synthétise cette sensation de chute répétée dans de multiples failles sans repère. Ce faux climat de confort se révèle une toile d’araignée bien plus attachante que l’on voudrait l’admettre. Démission, dépression, abandon vont devenir un peu plus que des amis imaginaires : entrer dans Room Seven, c'est prendre le risque de ne jamais en sortir.

Cet album est un tournant à plusieurs niveaux, d’abord le groupe signe un partenariat avec Holy Records, marquant le début d’une collaboration fructueuse et pérenne. C’est également le dernier effort que le groupe partage en présence de Bruno Donini à la production, même si le lien perdure et que nous le retrouverons sur d’autres œuvres du groupe à d’autres postes, et de Laurent Bessault, bassiste officiant depuis 1991 dans Supuration puis SUP, concepteur et réalisateur des artworks pour les deux groupes, Room Seven est dédicacé « à la mémoire de monsieur Edmond Bessault ».

2 Commentaires

10 J'aime

Partager
xXeS - 22 Janvier 2019:

Malgré la difficulté de décrire le travail de SUP, c'est fait avec brio. Superbe chronique !

krakoukass56 - 23 Janvier 2019:

Clearcut est un projet plutôt Neo que Indus pour la petite histoire, mais bravo pour ce bon texte.

    Vous devez être membre pour pouvoir ajouter un commentaire