Chronophobia

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Nom du groupe Supuration
Nom de l'album Chronophobia
Type Album
Date de parution 1999
Labels Holy Records
Style MusicalDeath Metal
Membres possèdant cet album81

Tracklist

1. …But All Has Changed 04:36
2. My Isolation 04:26
3. No Rejuvenation 03:45
4. Chronophobia 07:40
5. Room Eleven 04:32
6. Twins 04:52
7. Like a Wicker Man That Will Never Burn ! 04:02
8. Overwhelming Lethargy (Somewhere Inside a World of Ice) 04:32
9. Machinations 04:06
10. Strange Impulse 04:16
Total playing time 46:47

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Supuration


Chronique @ TasteofEternity

25 Novembre 2012

« Le plus froid des monstres froids »

« Doleo super te frater mi… »


S.U.P. (acronyme pour Spherical Unit Provided, ex-Supuration) enchaîne les albums avec virtuosité depuis The Cube (véritable sommet), s’ensuivent deux dignes successeurs de très haute volée, Anomaly puis Room Seven, qui finissent d’enfoncer le clou. De sorte que peu à peu chaque nouvel album devient un véritable phénomène en soi. Quel défi oseront-ils relever cette fois ? Quelle nouvelle facette tenteront-ils de nous dévoiler ?
Chronophobia se révèle dés les premières secondes, une équation d’une toute autre ampleur, et sa résolution, une énigme digne de celles du Sphinx (la peur du temps qui s’écoule). De sorte que le rapport s’inverse avec maestria, le défi devient plus celui de l’auditeur que du groupe qui nous propose une fois encore une œuvre dont lui seul a le secret. Arrêtons une seconde d’essayer de comprendre et laissons-nous transporter par cette musique (?), concept (??), ART (!!!).

Dans quelles eaux évoluons-nous avec Chronophobia musicalement, et émotionnellement ?

C’est toujours délicat de vouloir qualifier le style d’un groupe aussi audacieux et expérimental que S.U.P.. Tentons une présentation en 3 temps : des débuts jusqu’à l’album The Cube, la voie empruntée s’inscrit dans le death metal, puis de The Cube à Room Eleven, le groupe continue d’expérimenter et d’affiner son style débouchant sur un metal extrême atmosphérique (le death metal n’apparaît plus que comme un simple élément dans l’ensemble), puis survient le tournant Chronophobia qui donne dans ce qu’on pourrait appeler le cold metal, un mélange subtile de dark, doom, death, technique et atmosphérique, dont seul S.U.P. connaît les proportions et surtout maîtrise l’alchimie. Encore une fois, cette appellation n’a de sens que pour donner une orientation mais n’a pas la prétention de définir le style de S.U.P., profondément pionnier, qui mérite avant tout étiquetage, d’être écouté.

Le principal changement se situe au niveau de l’approche musicale qui se radicalise considérablement : plus sombre, lente, et froide, voire clinique. Ludovic Loez (chanteur-guitariste) manie le sens de la composition aussi bien qu’un chirurgien son scalpel, autant dire que ça tranche avec une précision millimétrée. Difficile dans ces conditions de ne pas se couper. Le son est épuré au maximum, ce qui renforce la charge hypnotique voire sédative des mélodies. Cette musique fait l’effet d’une substance chimique qui altère en profondeur les sensations et le comportement de l’auditeur, le faisant entrer de plein pied dans une dimension polaire (bipolaire ?) : un voyage dont le retour s’annonce difficile. Le risque de l’addiction au pathos dégagé par la musique se concrétise titre après titre.

Vous voulez en savoir plus ?

La prudence n’est donc pas votre fort… (Sourire à peine dissimulé de votre serviteur) Alors basculons dans l’abîme.
Dés la première écoute, ce qui frappe, c’est la résonance de ces riffs massifs. Leur simplicité ne fait que décupler leur extrême efficacité (écoutez No Rejuvenation & Room Eleven pour vous en convaincre). Ils tracent leur route en vous comme une balle viendrait se loger au milieu de votre front : sans détour. La résonance renvoie à deux aspects fondamentaux, un son dense et un espace immensément vide qui se laisse envahir d’un coup par ces décharges de guitare aussi violentes que froides : imaginez-vous perdu dans un désert de glace, en plein hiver, au beau milieu de la nuit, sans aucune âme qui vive dans les parages, submergé par une déferlante d’angoisse réduisant à néant toute votre volonté. Voilà vous y êtes… Trop tard pour regretter la ballade.
Fuir ? Vous pouvez toujours essayer… Mais n’entendez-vous pas la fine pellicule de glace se craqueler sous vos pas précipités ? Et l’eau glaciale s’emparer immédiatement de vos jambes ? C’est ça, laissez vous gagner par ce Froid paralysant pour finalement vous enfoncer dans un trou noir. Les battements de votre cœur ralentissent dangereusement, mais ce n’est pas grave car vous vous sentez étrangement serein, complètement anesthésié. Vous ne cessez de sombrer tout doucement dans un vide abyssal.

La prouesse de la production réside dans le mélange subtil entre lourdeur asphyxiante et tranchant incisif dans le jeu des guitares (comme sur My Isolation & Chronophobia) ; on retrouve le même effet au niveau des voix partagées entre growl ténébreux et chant clair étrange, qui nourrit nos dernières illusions. Tout semble se nouer dans le paradoxe le plus total créant une harmonie monstrueuse, donnant naissance à un OMM (Organisme Musicalement Modifié) aussi fascinant qu’effrayant.

Les claviers, effets et autres samples comme les pleurs de nouveau-né sur No Rejuvenation, et les cris sur Room Eleven, renforcent le traumatisme dans lequel nous immerge l’album. Le coma profond se teinte alors d’images dérangeantes à l’instar de la pochette, qui font écho à une musique empreinte de déviances, d’angoisses et autres altérations mentales. Difficile de savoir, s’il s’agit d’un cauchemar, d’une hallucination ou simplement de la réalité. Cette musique brouille nos perceptions les plus élémentaires. La rythmique plus d’une fois s’inscrit dans le style doom permettant de cristalliser l’émotion. En ralentissant au maximum le mouvement, le processus de mutation abominable atteint alors son paroxysme, c’est le cas sur le titre Chronophobia. La terreur finit de s’emparer de vous.

De nouveaux éléments entrent en jeu avec le titre Twins, qui semble dévoiler l’essence conceptuelle de l’album : la gémellité. Cette sensation de dualité qui plane comme un spectre sur l’ensemble de l’album, cette bipolarité, ce double-jeu de perception, semble enfin se justifier. Plus qu’une rencontre intérieure avec soi-même, c’est une rencontre avec un autre distinct, et pourtant identique. La réunion de jumeaux, voilà enfin le cœur de ce labyrinthe tourmenté. Une fois cette révélation atteinte, une once de lumière apparaît sur le titre suivant, Like A Wicker Man That Will Never Burn, symbole de la satisfaction d’avoir franchi un palier dans une quête où soi et l'autre ne font plus qu'un. Ici la voix claire domine, les guitares jouent avec plus de légèreté, on reprendrait presque le refrain. Profitez-en car c’est la seule accalmie que vous aurez dans cette chute sans fin.

Tout se dérègle au titre suivant. Véritable apologie du dégoût sous toutes ses formes, le mal-être vient s’immiscer par le biais d’une brutalité musicale toute mécanique, technologique et déshumanisée (écoutez les voix retravaillées) sur Overwhelming Lethargy. Dire que ce titre est glauque relève de l’euphémisme.
Malaise, Colère, Impuissance et Désespoir parachèvent ce monument d’abandon et de désolation. Sur les trois derniers morceaux, une énergie désespérée s’exprime par la complainte assourdissante des guitares, par des voix hantées qui balancent entre rage et renoncement, et que dire de ces basses omniprésentes qui finissent de rendre le malaise insoutenable.
Pas de quoi sourire, mais tout juste reprendre son souffle lorsqu’on perçoit l’écho lointain d’une rythmique funk sur Strange Impulse (vers les 2min40).

En conclusion, Chronophobia, 4e album du groupe, véritable ode au désespoir, nous achève sans retenue.
C’est une œuvre d’une rare intensité qui nous est offerte, mais qui se révèle extrêmement éprouvante pour l’auditeur : un chemin de croix dépressif.
A ne pas mettre en toutes les mains car d’une efficacité redoutable.

Du désert au désarroi, il n’y a qu’un pas, que cet album nous fait franchir fatalement.


1 Commentaire

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satyr_icon - 29 Novembre 2012: Très belle chronique pour un magnifique album (comme souvent avec S.U.P. & SUPURATION)
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