En 2019,
Mayhem avait frappé fort avec
Daemon, album qui avait fait l’unanimité et marquait le grand retour du groupe après un
Esoteric Warfare de transition intéressant mais un peu inégal. Les clins d’œil à l’invincible
De Mysteriis Dom Sathanas étaient assumés et assuraient au groupe une assise suffisamment confortable pour se permettre d’étendre timidement son spectre musical à des sonorités distinctes bien que toutes profondément ancrées dans les 90’s.
Sept ans plus tard, les Norvégiens reviennent avec
Liturgy of Death, leur septième album studio. Autant le dire tout de suite, ce cru 2026 n’apportera absolument rien de nouveau à la discographie de
Mayhem, constituant même une sorte de régression, mais pas forcément dans le mauvais sens du terme : si la filiation avec
Daemon est évidente, cette dernière offrande, peut-être moins ambitieuse et plus conventionnelle, sonne plus froide, linéaire, directe et impitoyable que son prédécesseur.
Dès le premier titre, Ephemerial
Eternity, on est pris à la gorge par cette noirceur qui nous enveloppe, aussi malsaine que fascinante, et on est entièrement plongé dans ces ténèbres ésotériques que le groupe vomit depuis
De Mysteriis Dom Sathanas.
On retrouve immédiatement ce toucher si unique, fait de dissonances, de riffs tournoyants et déstructurés, de guitares aussi épaisses qu’abrasives et d’accélérations soudaines, tout un monde d’ombres mouvantes animé par les imprécations du grand prêtre
Attila, sorte de copulation iconoclaste et contre-nature entre bestialité et spiritualité occulte.
L’ambiance est extrêmement dense et suffocante, rendant les ténèbres presque palpables, avec un travail de production admirable qui arrive à magnifier ce blasphème musical, équilibrant parfaitement tous les instruments pour un résultat à la fois malsain, sourd, et sifflant mais d’une puissance et d’une netteté irréprochables : la batterie d’Hellammer, assise rythmique indispensable pour structurer la complexité chaotique de la musique (écoutez voir ces roulements sur le début de
Despair) et à la précision métronomique, qui ajoute un aspect déshumanisé à l’ensemble, est légèrement étouffée mais ressort parfaitement, traitement sonore idéal pour ne pas trop piétiner et couvrir les guitares dont on décèle chaque variation, tandis que la basse s’invite judicieusement sur certains passages, ses lignes aliénantes et morbides venant danser sur les ruines fumantes de morceaux tels
Despair,
Aeon’s
End ou
Funeral for
Existence.
Une fois encore, la prestation d’
Attila est excellente, d’une efficacité redoutable, avec des vocaux toujours aussi habités et variés, peut-être un peu moins démonstratifs que par le passé, mais agissant comme un instrument à part entière qui vient incarner et sublimer la musique.
On retrouve ainsi avec plaisir un
Mayhem très brutal et direct (
Despair avec son démarrage en trombe ultra intense rappelant You Must
Fall, la rafale dévastatrice à la sauvagerie inouïe qui ouvre
Weep for Nothing, rappelant
Funeral Mist, l’attaque frontale d’
Aeon’s
End aux doux relents de
1349 avec ce martèlement de futs impitoyable et ces grognements bestiaux presque death qui viennent enfoncer le clou, la boucherie de
Realm of Endless Misery), alternant avec une facette plus atmosphérique et légèrement expérimentale qui prend le temps de délayer les guitares (le début d’Ephemerial
Eternity,
Funeral for
Existence, ou le dernier morceau, The
Sentence of
Absolution, plus lent et introspectif, répétant ses riffs en des boucles hypnotiques comme pour accompagner l’âme montante du défunt, et s’achevant sur cette cérémonie tribale antédiluvienne).
C’est un fait,
Mayhem ne surprend plus mais il impressionne toujours autant, maîtrisant à la perfection son sujet et délivrant 49 minutes d’une musique hantée, qui semble faite pour hurler le néant et la perte, concept central de ces huit titres se plaisant à explorer la
Mort sous tous ses aspects, tant sa hideur grimaçante que sa dimension spirituelle comme porte d’entrée vers une forme de vie supérieure.
S’il est moins incarné et théâtral que son illustre prédécesseur,
Liturgy of Death est un album extrêmement solide musicalement et techniquement irréprochable, qui arrive encore à nous immerger dans une ambiance mortifère à l’épaisseur incroyable, tout juste pourra t’on reprocher un manque évident d’originalité et de prise de risque sur ce septième full length (un morceau comme Propitious Death n’apporte pas grand-chose à l’ensemble, sonnant comme l’archétype du morceau de Mahyem qui aurait facilement pu se trouver sur l’un des trois albums précédents).
Quoi qu’il en soit, plus de 40 ans après sa création, et plus de 30 ans après la disparition du charismatique Eyronymous,
Mayhem montre qu’il est encore capable de composer un black metal noir, possédé et maudit comme au premier jour, semblant montrant que le temps n’a pas d’emprise sur l’âme et que la mort n’est peut-être qu’un commencement…
My dead cry, reborn
Come to me, dead spell
Let us burn
We shall reshape this reality
Et pour cet album, le son clinique de la batterie, sur les anciens opus, est remplacé par un rendu très naturel, et notre Hellammer très fidèle aux Cymbales Paiste 2002, s'en délecte et les fait sonner de façon juste acoustique! Un Album qui sera difficile à détrôner sur le podium 2026... et Vu en live le 08/02, ENORME!
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