Esoteric Warfare

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15/20
Nom du groupe Mayhem (NOR)
Nom de l'album Esoteric Warfare
Type Album
Date de parution 06 Juin 2014
Style MusicalBlack Metal
Membres possèdant cet album155

Tracklist

1.
 Watcher
 06:09
2.
 Psywar
 03:25
3.
 Trinity
 03:58
4.
 Pandaemon
 02:54
5.
 Mylab
 06:04
6.
 VI.Sec.
 04:13
7.
 Throne of Time
 04:07
8.
 Corpse of Care
 04:06
9.
 Posthuman
 06:55
10.
 Aion Suntalia
 05:25

Bonus
11.
 Into the Lifeless (Budapest Sessions)
 03:39

Durée totale : 50:55


Chronique @ Icare

19 Juin 2014

Ni exceptionnel ni mauvais, Esoteric Warfare n’est ni plus ni moins un qu’un nouvel album de Mayhem.

Sept ans d’absence, c’est long. C’est même très long, surtout quand on est un groupe cultissime de la scène black metal, qu’on a sorti un album mythique en 1994 unanimement encensé et que, depuis, chacune de nos sorties est avidement attendue par une horde de fans transis et de détracteurs sans pitié qui n’ont de cesse d’idolâtrer ou de chier sur notre dernière livraison parfois même avant de l’avoir écoutée. Et surtout quand, accessoirement, notre dernier album, Ordo ad Chao, est loin d’avoir fait l’unanimité et a vu beaucoup de septiques annoncer la mort artistique du groupe.

Rassurez-vous, Mayhem n’est pas mort. Voilà donc, 7 ans plus tard, le – grand ? -retour de Mayhem avec un album au titre évocateur, Esoteric Warfare, un retour sans Blasphemer, remplacé par un certain Morten Iversen, alias Teloch. Pourtant, dès les premières notes de Watchers, on reconnaît ce son de guitare si typique du groupe au grain froid, lointain et brumeux, et la machine Mayhem se met inéluctablement en branle : rythme martial très marqué par une batterie omniprésente et guerrière qui s’emballe en quelques furieuses incartades, riffs bourdonnants et sombres qui roulent et résonnent comme un mur sourd et diffus, le tout rehaussé par des petites notes aux dissonances malsaines, vocaux haineux et inhumains, Mayhem a l’air d’être bel et bien de retour.
Sur ce premier excellent titre, on retrouve donc les marques de fabrique qui ont contribuées à forger l’identité sonore du groupe, avec ce chaos rythmique si savamment organisé, et cette avalanche de riffs tordus et grinçants qui nous entraînent au fond du gouffre. Les vocaux d’Attila sont impressionnants, entre grognements aliénés et sortes de mantras lugubres et dérangeants, incarnant un titre à la fois extrêmement violent, dérangeant et progressif, se composant de parties directes et d’autres passages plus lents et ambiancés. L’entité norvégienne démontre ainsi dès le début s’il en était encore besoin qu’elle sait toujours varier intelligemment les rythmes, proposant un long break aux relents d’ambiant malsain émaillé par les borborygmes du Hongrois et quelques arpèges maladifs, avant que les tambours de guerre ne viennent résonner à nouveau et relancer le morceau, incarné par ce mur de guitares maladives.

Le moins que l’on puisse dire, c’est que le départ de Blasphemer ne se fait pas trop ressentir, Teloch s’étant naturellement réapproprié l’âme de Mayhem, et servant avec une étonnante facilité des riffs glaciaux et tranchants comme des lames de rasoir, et des parties lancinantes à vriller l’âme.
Les dissonances, qui sont une autre particularité du groupe, sont également toujours plus que présentes, conférant un aspect tordu et dérangeant aux parties de guitares, tantôt saccadées, tantôt lourdes, et contribuant à créer un climat particulièrement maladif et torturé (le début de Throne of Time est particulièrement schizophrène, le début de Pandaemon dérange, avec ses coupures brutales et ses vocaux dérangés réellement effrayants).
Ainsi, la musique prend parfois un ton urbain aux teintes presque bruitistes, dégageant un côté glacial et mécanique très présent, aidée par ces percussions robotiques et ces riffs déshumanisés (Corpse of Care, lent, grinçant, mécanique, aux forts relents d’indus décadent et crasseux, d’une lourdeur implacable, avec les hurlements insoutenables d’Attila qui viennent parachever le tout).
On peut aussi opposer deux titres très symptomatiques de la bipolarité de ce nouveau Mayhem, avec le court Pandaemon, martial au possible, qui détruit tout sur son passage, probablement un des titres les plus rapides et dévastateurs que les Norvégiens n’aient jamais enregistré, enseveli sous ces déluges de blasts apocalyptiques et de riffs roulants, et MILAB, débutant sur des arpèges inquiétants et une basse sourde supportés par des chuchotements et des vocalises angoissantes qui font froid dans le dos, incarnation parfaite d’un black orthodoxe rampant tout ce qu’il y a de plus ésotérique et blasphématoire.

On constatera qu’Esoteric Warfare est très varié, alternant au sein même des morceaux parties ambiant aux riffs tordus et passages furieux où la batterie matraque en règle. L’ambiance est très présente, glaciale et suffocante à souhait, mais, dans l’ensemble, la musique des Norvégiens est trop dispersée, manquant parfois un peu de liant, même si la voix d’Attila Csihar, entre chuchotements mystérieux, hurlements black à glacer le sang, éructations sourdes très proches du death et borborygmes étranglés, sert de vrai fil conducteur entre les titres. En fait, il est difficile de savoir si la musique de Mayhem est trop spontanée, éclatant à la gueule de l’auditeur au grès des pulsions insanes de ses géniteurs et sans aucune logique rationnelle, ou si au contraire, elle est trop travaillée, trop étudiée dans sa complexité et son art de la déstructuration, et en devient du coup un peu aseptisée et stérile.
Quoi qu’il en soit, comme chaque album de Mayhem, Esoteric Warfare est particulièrement difficile d’accès, hermétique, distillant une ambiance très froide et vénéneuse qui ne finira par nous posséder complètement qu’au bout de nombreuses écoutes attentives. Les nombreux changements de rythme et d’ambiance sont parfois assez difficiles à digérer et forment un ensemble à la fois compact et hétérogène très éprouvant à s’enfiler d’une traite, même si séparément, tous les titres sont intéressants et complexes (mis à part Psywar, Subhuman et Aion Suntalia, à mon sens bien en dessous du reste qui est excellent pour peu que l'on fasse l’effort de s’ouvrir à la musique). D’ailleurs, du haut de ses 47 minutes, la galette s’étire un peu en longueur et les deux derniers titres, pas assez directs et possédés, se font lassants, terminant l’album en demi-teinte (Posthuman ressemble plus à une messe noire hallucinée et baroque sous LSD qu’à un réel déluge de haine, de violence et de noirceur comme tout amateur de bon black metal serait en droit de s’attendre).

Finalement, Mayhem reste unique et inclassable, ne ressemblant à rien d’autre qu’à lui-même. Les amateurs pourront retrouver dans cette nouvelle réalisation un peu des trois derniers albums, (parties expérimentales et martiales à la Grand Declaration of War, passages noirs, directs et sans concessions qui rappellent Chimera, titres déstructurés et cassures rythmiques finement agencés en un chaos bruitiste qui renvoient à Ordo ad Chao), mais la formation culte continue simplement son exploration personnelle d’un black metal qu’il a grandement contribué à faire évoluer, cherchant continuellement à se renouveler et à innover. Très difficile à cerner, on pourra néanmoins constater une tendance évidente à privilégier les ambiances froides et malsaines au côté destructeur de sa musique. Ni exceptionnel ni mauvais mais intéressant à plus d’un titre, Esoteric Warfare n’est ni plus ni moins qu’un nouvel album de Mayhem.

17 Commentaires

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Fifi666 - 20 Juin 2014: J'ai également accroché à la première écoute mais je maintiens qu'il est vraiment difficile d'accès.
mayhem13 - 14 Août 2014: Avec du recul, un album vraiment intéressant, sombre, déroutant, comme le fait si bien mayhem. Je pense que c'est un album qu'il faut beaucoup écouter, sinon on passe à côté.
David_Bordg - 14 Octobre 2014: cet album est terrible!! j ai adore des la premiere ecoute et plus on l ecoute et plus de nouvelles découvertes arrivent a nos oreilles!!
David_Bordg - 14 Octobre 2014: je vais m en acheter un autre!! car je n ai que celui ci pour l instant!!
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Chronique @ TasteofEternity

24 Décembre 2018

Un héritage bien trop lourd pour le frêle Teloch

La Légende norvégienne qui a déjà conquis l'éternité ne se décide toujours pas à raccrocher, ne se laisse pas la possibilité de crever salement dans un coin paumé dans son antre scandinave. Non le chemin de croix se poursuit... Maniac dégagé, c'est au tour de Blasphemer de tirer sa révérence le 22 avril 2008 à travers un communiqué laconique expliquant qu’il n'arrive plus à se projeter avec le groupe. La foudre s’abat une nouvelle fois sur le groupe, et le ramène au point 0.

Depuis Blasphemer a retrouvé Aura Noir avec qui il enregistre et tourne régulièrement. Donc non seulement Mayhem perd son guitariste attitré, mais aussi la tête pensante du groupe et surtout le compositeur / producteur de tous les opus depuis 1995, bref le pilier central et magistral qui semblait tenir le Temple. Le groupe ne s'arrête pas pour autant et recrute 2 guitaristes de session live Silmaeth (français,ex-Vorkreist, Abbath) et Morfeus, norvégien, bien connu pour avoir été le leader de Limbonic Art. Cette formule dure le temps de quelques tournées, puis au moment fatidique de relancer la Roue du Chaos à travers la création d'un nouvel album, les 2 gars sont sortis et remplacés par un certain Teloch en 2011 et un certain Ghul en 2012. L'objectif est clairement affiché, l'intégration dans le groupe passera forcément par l'écriture du nouvel album, et Teloch n'a pas fini de s'arracher les cheveux sur ce nouveau défi. Teloch a déjà une carrière bien remplie avant de rentrer dans Mayhem, il a lancé son groupe Nidingr (assez proche d'Ulver, Borknagar) en 1995, le quatrième album est sorti en 2017, il a fait partie de Gorgoroth et 1349 en soutien plus qu'en membre à part entière. L'album qui l'a fait basculé du côté obscur de la force n'est autre que De Mysteriis Dom Sathanas, et il joue sur ESP/LTD modèle EC1000, après avoir fait ses premières armes sur Kramer, puis BC Rich. Comme pour Blasphemer, c'est grâce à Hellhammer, grand globe-trotter, que Teloch est rentré dans Mayhem. Si DMDS demeure une influence durable, il avoue sincèrement ne pas connaître le reste de la discographie du groupe, hormis Ordo Ad Chao, et les morceaux qui lui sont demandés en live (j'aime les gars qui se prennent pas la tête). Il reste très attaché aux codes et messages originels du Black Metal et n'envisagent pas d'expérimentation outrancière avec Mayhem.

Revenons sur Esoteric Warfare.

Teloch se met rapidement au boulot et propose pas mal de nouveaux morceaux qui semblent plaire au reste du groupe, mais voilà au sein de Mayhem tout le monde a son mot à dire, surtout ce qui ne compose pas. Mais Teloch qui vient fraîchement de débarquer joue d'abord au bon élève, il écoute attentivement ses coreligionnaires et tente d'ajuster en fonction de chacun : peine perdue, marcher sur la tête serait plus simple. Il décide donc d'employer une autre méthode plus radicale, balancer au panier tout ce qu'il vient de composer et recommencer en se faisant confiance et non pas en tentant de coller à ce qui serait le mieux pour le groupe. Dans sa bulle, le bonhomme compose la musique, Attila les textes, et emballé c'est pesé, la livraison est envoyée dans la gueule du public le 6 juin 2014.

L'accueil est mitigé tout comme les critiques. Ni révolution, ni véritable prise de risque ici, Teloch fait ses armes avec Mayhem en dépit de sa déjà très longue et riche carrière. L'album traite assez clairement de guerre secrète, de guerre intérieure, les complots, les agissements des gouvernements pour affaiblir et contrôler l'esprit humain, l'influence des sociétés secrètes, le lavage de cerveau permanent auquel nous sommes soumis... Et dès les premiers accords de Watchers, les sonorités abrasives des guitares agressent l'auditeur jusqu'à l'extirper pour mieux le travailler en profondeur. Puis au bout d'un certain nombre d'écoutes, cette agression se mue en cocon addictif qui projette des messages subliminaux à travers les voix d'Attila. Finalement on se rend compte que la musique colle terriblement avec le thème présenté. Toutefois on reste un ton en dessous des constructions complexes et risquées de Ordo Ad Chao, et Grand Declaration of War. On a tendance à attendre (la frappe ultime ?) et cette attente n'est jamais rassasiée, le riffing reste classique et dissonant, la section rythmique ne déborde pas, et même Attila reste accessible. Il n'y a pas de ton martial, même si certains passages transpirent l'attaque militaire, notamment par le biais de dissonances, de samples de discours et de combats, ou par l'interprétation d'Attila. La division Mayhem avance en rang serré sans pour autant transpercer les lignes à la manière d'un Marduk. Esoteric Warfare travaille en souterrain, tisse sa toile, et attend patiemment dans ses galeries, mais le piège tendu manque de vice, d'ambition et de spectaculaire. L'auditeur qui souhaite avoir la nuque brisée par un coup de tonfa, ou se voir scier les pattes restera sur sa faim, à n'en pas douter, et à regrets.

Un Mayhem qui rassure sur la survie du groupe, mais que l'on passe rapidement en revue dans l'attente de la suite.

Alors Teloch : au boulot !!!

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