Voici un disque dont l’intérêt peut sembler limité au premier abord.
Supernal Music, après le succès (critique, si ce n’est commercial) du premier album de The Meads of Asphodel, décide de sortir un petit split regroupant leurs nouveaux poulains black avantgardiste (que je hais ce terme... mais il est le seul qui aille) avec un vieux de la vieille,
Mayhem.
Exhumation de vieux titres donc, les versions de "
Carnage" et "
Freezing Moon", enregistrées par le line-up "mythologique" de
Mayhem, incluant
Dead et Euronymous, et honnêtement aucune des deux parties prise séparément ne m’a déçu, pourtant l’aspect commercial de l’objet n’était pas pour me plaire.
Toujours avec une production granuleuse (et un batteur différent ?), The Meads of Asphodel commence en utilisant des samples de film ou de documentaire de guerre, sur fond d’orgues religieux,
Metatron semble invoquer la colère de Dieu, puis le morceau "Jihad : The Grisly Din of Killing Steel", composé à l’époque de "The Excommunication of Christ" nous entraine sur son riff au tempo enlevé (toujours simple et direct), et ses claviers (toujours aussi présents).
Le titre est bien-sur coupé par un break, mélangeant sons vaguement électro sur
Carmina Burana, les extraits guerriers, de cris musulmans (des appels au-dit jihad), avant de reprendre plus classiquement.
Un long final nous laisse nous écraser sur des sons de bombardement, bref ce titre, c’est la guerre.
Clairement l’influence du 11
Septembre 2001 a inspiré les Anglais qui dénoncent l’emploi des armes et de la guerre par des individus, des groupes ou des pays, qui justifient leurs actions fanatiques violentes par la religion (certes ce disque semble parler principalement d’Islam, mais The Meads of Asphodel met les trois religions du livre au même niveau, pas de favoritisme).
"
Paradise" est plus mid-tempo, les claviers s’arabisant encore plus, accompagnés de percussions, et le break central propose cette fois un long monologue atmosphérique durant lequel un homme nous explique pourquoi nous devons rejoindre la cause d’Allah, chasser ses ennemis (il me semble que c'est un extrait du Coran), puis le titre termine à nouveau sur des sons de bombardements.
"Another
God in Another Place", encore un très bon titre au mid-tempo arabisé, dans lequel
Metatron incarne (et moque) Jésus. Le riff est encore et toujours plus simple, et les paroles extraites en partie de la Bible (Matthieu 10.34. Ne croyez pas que je sois venu apporter la paix sur la terre; je ne suis pas venu apporter la paix, mais l’épée.) toujours aussi profondes, puisqu’elles sont détournées et transformées. Les Meads clarifient leur propos, disant plus simplement ce qu’ils pensent: “Do you think
God only belongs to you? / He doesn’t /
God is an immortal spirit who belongs to everybody. /
God is not an Israelite.”
The Meads of Apshodel a donc choisi de dynamiter les fanatiques de tous poils et de toute confession, en utilisant bien-sûr son arme toute-puissante: le deuxième (voir troisième, etc...) degré, les paroles ayant plusieurs interprétations possibles. Ainsi si les religions, et les religieux, faisaient des efforts ils pourraient peut-être créer ce qu'ils prêchent, mais ce n'est (et ne sera?) hélas jamais le cas.
Supernal exige, The Meads of Asphodel s’exécute, et deux titres bonus nous sont offerts.
Le premier est encore un long extrait de film dans lequel on a l’impression d’être sur un champs de manoeuvres militaires, assez dérangeant, durant 3 minutes.
Puis une excellente reprise de
Hawkwind, "
Assassins of Allah", à nouveau en duo avec History of Guns, un morceau simple (pour du
Hawkwind...) et efficace,
Anti-islamiste (les fanatiques, hein, pas la religion, il ne faut pas confondre Islam et islamisme, d’accord?). Des claviers ressemblant définitivement à des instruments arabes et un break génial à 2’, plus court que la version originale, après lequel une voix claire interpelle le chanteur “It is written !”, avant que
Metatron déclame un long texte (hélas incompréhensible).
Enfin
Mayhem prend la relève, des versions brutes et un peu mal produites, mais suffisamment claires et toujours extraordinaires, de deux de leurs classiques.
Le line-up légendaire Euronymous/
Dead/
Hellhammer/
Necrobutcher va nous plonger dans le chaos durant neuf minutes, sur deux titres que vous connaissez par cœur et présents sur d’autres compilations (le split
Mayhem/
Morbid est chaudement recommandé).
Je ne vous les décris pas bien sûr, mais la voix maléfique de
Dead est décidément géniale, cependant ces titres ont tout de même ici l'air hors de propos (l’absence de claviers de
Mayhem est très gênante après une demi-heure de The Meads of Asphodel), et j’avoue que deux mini-CD m’auraient plu d’avantage.
Bien sûr, l’aspect commercial de l’objet est énervant, pas vraiment un frein, mais on a l’impression de se faire avoir, le chaland étant attiré par deux morceaux "inédits" d’un groupe mythique, alors qu’il s’agit plutôt d’une mise en bouche du prochain album de l’autre groupe, celui-ci n’entrant dans aucune case et ne convenant pas forcément aux fans de
Mayhem.
Et finalement, le manque de promotion de la part de Supernal Music aura raison de la moitié de The Meads of Asphodel, puisque
Metatron se retrouvera en désaccord musical avec
Jaldaboath, et que bien que compositeur principal, ce dernier décidera de claquer la porte du groupe, dégoûté par le label et laissant ses amis se débrouiller pour la suite de leur carrière.
15/20
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