From Chaos to Eternity

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Nom du groupe Rhapsody Of Fire
Nom de l'album From Chaos to Eternity
Type Album
Date de parution 17 Juin 2011
Labels Nuclear Blast
Style MusicalPower Symphonique
Membres possèdant cet album245

Tracklist

1. Ad Infinitum 01:30
2. From Chaos to Eternity 05:45
3. Tempesta di Fuoco 04:48
4. Ghosts of Forgotten Worlds 05:35
5. Anima Perduta 04:46
6. Aeons of Raging Darkness 05:46
7. I Belong to the Stars 04:55
8. Tornado 04:57
9. Heroes of the Waterfall's Kingdom 19:32
Bonustrack (Japanese Release)
10. Tornado (Instrumental Version) 04:57
Bonustrack (Digipack Edition)
10. Flash of the Blade (Iron Maiden Cover) 04:17
Total playing time 57:34

Chronique @ Eternalis

13 Juin 2011

Les maitres du genre nous feront même l’honneur de toucher du doigt le divin...

Il est dit que les artistes les plus vénérables ne s’éteignent jamais…que malgré quelques encablures malheureusement poussives et en perte de souffle, ils s’embrasent de nouveau lorsque plus personne ne semble croire en leur résurrection.

La chute

Précurseur, prince symbolique et grandiose de la musique symphonique et cinématographique, les Italiens de Rhapsody of Fire renaissent plus que jamais depuis leur retour sur le devant de la scène voici seulement quelques mois.
Les quelques mois les plus dantesques, les plus grandioses et les plus époustouflants d’une longévité de près de quinze ans. Là où les premières années furent un champ d’expérimentation constant, marquées par les pulsations régulières de créations d’albums appartenant aujourd’hui à l’histoire du metal symphonique, les Italiens sombrèrent dans un certain chaos à la suite d’un pourtant impérial "Triumph or Agony" qui scella pendant quelques temps les années les plus noires du groupe.
Relégué comme groupe d’antan, appartenant uniquement à un passé révolu et cantonné aujourd’hui à un genre qui n’est plus le sien, le Rhapsody de la seconde période des années 2000 fut bien loin du phenix flamboyant des débuts.

Les Larmes de l’Ange

Enchainés par les tribunaux et les avocats de leur ancien label, les Italiens se doivent de rester tapis dans l’ombre, attendant leur heure, composant encore et encore pour revenir plus forts et enragés que jamais.
Mais le temps passa, l’action fut aussi inexistante que de moins en moins attendue. Rhapsody n’était plus…et lorsque l’annonce du retour fut faite, les espoirs s’étaient déjà amenuisés comme peau de chagrin. Quelle ne fut pas l’immense claque en pleine face quand les larmes de l’ange ("The Frozen Tears of Angels") vinrent nous écraser avec sa puissance retrouvée, sa grandeur majestueuse et sa rage salvatrice qui se permettait même de renvoyer "Rain of a Thousand Flames" et "Power of a Dragonflame" au rang de mélodique.
Quelques mois plus tard, les Italiens passaient de nouveau à l’action en proposant le périple épique de "The Cold Embrace of Fear", excursion d’un unique morceau de plus de trente-cinq minutes. Ce n’était pas tout…une nouvelle bataille, la dernière livrée sur les terres maudites du Dar-Kunor, s’apprêtait à voir le jour. A peine plus de dix mois plus tard…"From Chaos to Eternity" sortit de terre.

La nouvelle lignée

Dernière œuvre (logiquement), ultime combat de la seconde saga des Italiens, ce huitième opus « full-length » (si l’on occulte "Rain of a 1000 Flames" et "The Cold Embrace of Fear") suit la même ligne directrice que le précédent opus, celui du grand retour.
On peut y voir une certaine logique puisque ce flux constant de compositions émane de l’esprit fertile de Luca Turilli et Alex Staropoli qui ne cessaient de composer lorsque leurs activités étaient gelées par la force des choses. Néanmoins, s’ajoute aujourd’hui Tom Hess à la seconde guitare dans le line up officiel (curieuse situation lorsque l’on compare celle de Dominique Leurquin qui resta musicien de session pendant plus de dix ans), bien que son jeu ne fasse que peu d’ombre à la virtuosité si caractéristique et reconnaissable du ‘sieur Turilli.

De virtuosité, il en est question dès l’introduction de "Ad Infinitum", initiée sur un tapping très éloquent de l’Italien, annonçant une grande épopée à venir. La voix de Christopher Lee émane, imposante et royale, mise en exergue par des chœurs liturgiques nobles et impériaux. Les instruments traditionnels font très rapidement leur apparition, notamment la batterie qui apporte une dimension très puissante à l’introduction, servant parfaitement l’ouverture très typique et monstrueuse du morceau éponyme, que l’on rapprochera assez rapidement de "Power of the Dragonflame" (le titre). Fabio Lione s’envole dans les aigus comme il sait si bien le faire, Luca distille des soli tous plus techniques les uns que les autres mais la structure de la composition n’est en rien surprenante.

Mais si le fond ne surprend pas, la forme, quant à elle, est différente. La théâtralité exacerbée qui ressort de l’interprétation des Italiens frappe, particulièrement sur ce couplet étrange, apposant un blast léger (disons une caisse claire tapée rapidement et de manière répétée) et une ligne vocale divisée par la schizophrénie de son vocaliste alternant l’emphase lyrique aux grognements plus gutturaux dans lesquels Fabio se sent aujourd’hui tant à l’aise. Le refrain, quand à lui, nous laisse dans des terrains connus où grandeur n’a d’égal que la beauté des paysages qui s’empreigne dans nos esprits à l’écoute passionnée de ces architectes des cieux.

Une seconde direction

Deux choix artistiques semblent avoir été pris sur cet opus. La première partie de l’album ne surprend que par la propension de Rhapsody à composer toujours aussi bien, malgré les années, dans un style dont il est passé roi. Ainsi, "Tempesta di Fueco" ou "Anima Perdusa" sont dans la droite lignée d’un genre marqué au fer rouge par les Italiens, même si on peut ressentir une touche bien plus baroque dans les ambiances symphoniques. Rhapsody of Fire semble moins nager dans des courants cinématographiques pour se plonger dans une musique évoquant bien plus la grande musique classique de la Renaissance.
Le groupe enfonce également le clou planté avec "Reign of Terror" (sur l’album précédent) avec les terrorisants "Ghosts of the Forgotten Worlds" et "Aeons of Raging Darkness". Le premier, très sombre et heavy, plonge dans les affres d’un soldat en proie au désespoir. On se sent prisonnier d’un esprit corrompu et déchiré entre espoir et négativité. La touche baroque est plus que jamais présente dans les leads mélodiques et les chœurs qui se font violence avec des riffs tranchants comme des rasoirs. Fabio est magnifiquement démoniaque avec sa voix extrême, tout autant que le second morceau qui détruit tout sur son passage. Alex Holzwarth speede comme un furieux derrière ses futs, tandis que le couplet dérive littéralement vers des horizons black folklorique que Finntroll ne renierait pas complètement (et ces envolées de chorales à tomber…).

Mais le plus important est à venir, et il est caractérisé par deux morceaux dévoilant un Rhapsody (of Fire…) qui ne nous avait plus habitués à être aussi beau depuis des lustres. "I Belong to the Stars" s’ouvre sur une agréable et superbe ligne de claviers nappée de chœurs, pour laisser exploser une chorale gothique et cléricale chantant en latin d’une beauté et d’une grandeur à couper le souffle. La musique devient plus mélancolique, si belle que les mots viennent à en manquer et surtout d’une mélodicité que les Italiens avaient tendu à ranger depuis quelques temps. Dire que les larmes peuvent perler à son écoute serait un léger euphémisme tant la surprise est égale à l’infinie dimension artistique qui découle de cette composition magique.
"Tornado", très symphonique et tout aussi magique, aidé par une soprano à l’instar de "On the Way to Ainor", présente la symbiose inattendue de la beauté sous-citée avec l’agressivité tout aussi nouvelle du groupe. L’avenir du groupe…

And the End is…

…"Heroes of the Waterfall’s Kingdom".
Christopher Lee réapparait une dernière fois pour mettre un terme à cette saga si riche en émotion. Mastodonte de dix-neuf minutes, le morceau apparait comme une mixture indéfinie et évolutive entre "The Mystic Prophecy of the DemonKnight" et "Gargoyles : Angels of Darkness". Trop complexe et démesurée pour la décrire dans ses détails, il sera préférable à chacun de plonger dedans à sa convenance, de l’apprivoiser avec le temps, les écoutes et la passion nécessaire à la compréhension de telles œuvres. Les maîtres du genre nous feront même l’honneur de toucher du doigt le divin à la seizième minute du morceau, avec une référence grandiloquente que je vous laisserai découvrir.

Fondamentalement, "From Chaos to Eternity" surprend moins que son jouissif prédécesseur et suit en grand majorité une ligne éditoriale parfaitement rédigée. Néanmoins, le groupe n’hésite jamais à s’écarter de ses propres sentiers battus pour proposer des idées nouvelles et des passages épiques toujours aussi grandioses et soufflants de beauté. Il est pourtant probable que cette œuvre apportera moins que certaines autres écrites par le seigneur du metal symphonique.
Cela n’empêchera nullement de pouvoir se délecter sans aucune retenue de ce nouveau calices…the eternals never dies…never…

43 Commentaires

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metaliron - 07 Août 2011: Désolé pour le retard mais merci PHILBOSS de penser comme moi. Pour moi leur meilleur album est Symphony of enchanted lands II The dark secret
Detonation - 23 Septembre 2011: Quelle fin magnifique de la dernière chanson et de l'histoire. J'ai été submergé d'émotion par un si beau finish; franchement Rhapsody Of Fire m'aura impressionné jusqu'au bout.
Fyrnael - 23 Décembre 2011: Une chronique qui m'a donné envie d'acheter l'album sans même écouter un morceaux! Tu en prends l'entière responsabilité hein?^^

J'attends beaucoup de cet album car contrairement à toi (et à beaucoup) je n'ai pas accroché plus que ça avec le dernier album et encore moins avec Triumph or Agony qui m'a complètement déçu.
MightyFireLord - 23 Décembre 2011: J'ai clairement préféré celui-là à Frozen tears of Angels, je suis rentré dedans bien plus facilement ;)
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Chronique @ EternalTearsOfSorrow

28 Juillet 2011

Rhapsody Of Fire livre ici un bon album concret, réfléchi et très travaillé.

Certains groupes ont un vrai don pour nous offrir de bonnes productions et pour nous faire voyager à travers leur inspiration la plus profonde. Et c'est manifestement le cas pour Rhapsody Of Fire. En 2006, les Italiens nous sortirent Triumph or Agony, nouvel album assez bon, mais manquant parfois assez d'originalité dans certains morceaux. Après cet album, il aura donc fallu attendre presque quatre ans pour que Rhapsody Of Fire ne nous sortent une nouvelle production. Ainsi, en cette fin d'avril 2010, le groupe sortit The Frozen Tears of Angels, un retour en force sur le devant de la scène italienne, nous proposant un album plus progressif, agressif et mélodieux que jamais. Rhapsody Of Fire nous avait rarement proposé une aventure si concrète et épique qu'à ce moment-là.

A peine les quelques 14 mois écoulés après la sortie de The Frozen Tears of Angels, les maîtres du Power Metal Mélodique ne perdirent pas leur motivation pour réapparaître une nouvelle fois en ce mois de juin 2011 avec leur neuvième album magnifiquement appelé From Chaos to Eternity. Une nouvelle fois, le groupe ressortit le grand jeu pour la pochette, toujours aussi expressive que dans les albums précédents, avec de belles couleurs perçantes, annonçant une énième aventure dans le monde épique du groupe.

From Chaos to Eternity sera absolument dans tous les coins ressemblant et dans la veine de l'album précédent, rassemblant diverses parties musicales très variées, allant de l'agressivité absolue aventureuse aux longueurs épiques à souhait, sans oublier les parties calmes avec certains instruments médiévaux. Ce nouvel album possédera un des plus longs voyages de l'histoire de ses auteurs, avec un morceau concluant l'album de manière fracassante et émouvante à la fois, appelé "Heroes of the Waterfall's Kingdom", nous racontant la quête d'un guerrier à moitié démon, appelé Dargor, ainsi que son destin, dans une musique agressive, mélodieuses, progressive et très émotive, sans oublier la richesse de ce morceau en symphonie. Mélangeant choeurs lyriques, courts passages de growl, refrains rapides assurés par ce très cher sieur Fabio Lione, ou encore dialogues entre Dargor, Iras et Etherus et narrations de King Uriel, le tout dans une musique très agréablement nuancée, "Heroes of the Waterfall's Kingdom" s'inscrira comme étant le meilleur morceau de l'album, et les 19 minutes qui le composent en seront presque trop courtes, tant la musique est prenante.

Le calme restera tout de même au rendez-vous avec "Anima Perduta", une sublime ballade, à l'ambiance triste à certains instants (Manifestations de pleurs féminins en arrière plan), et très émouvante, le morceau étant subtilement et magnifiquement accompagné de pipeau et de clavecin à peu près tout au long du morceau, des chants lyriques mixtes venant se mêler à la musique en toute fin de morceau, se mélangeant avec la voix de Lione, pour un final tout bonnement exquis. "I Belong The Stars" sera d'une grande richesse en claviers, ainsi qu'en lourdeur et en dureté dans la musique, excepté dans les couplets. L'intro (il faut bien en parler) de choeurs alternant deux voix fera penser à une inspiration de la part des Italiens du groupe allemand, au demeurant assez spécial, Van Canto (groupe exclusivement composé de chant, de choeurs (Les choristes ayant pour but de faire ressembler leurs voix aux guitares et à la basse) et de batterie), pour ensuite partir sur un des morceaux à mon sens des plus sombres de l'album.

Succédant à une intro nous préparant bien à cette aventure ("Ad Infinitum"), "From Chaos to Eternity", le morceau éponyme, nous éblouira par sa présence assez perceptible de basse, notamment dans les couplets (aux ambiances très légèrement atmosphériques selon moi), pour lesquels cette dernière sera très mise en avant. Le refrain repartira sur une ambiance assez guerrière et incroyablement épique. Luca Turilli, quant à lui, ne se gênera pas pour nous offrir des solos rapides et intenses, tandis qu'un autre solo, dominé par la flûte et un autre par Staropoli et ses claviers percutants se glisseront dans la musique. "Tempesta Di Fuoco" sera également dans cette lignée, ainsi que "Tornado".

Reprenant beaucoup de bonnes ambiances et de techniques imparables de la plupart des instruments acquises lors de la production de The Frozen Tears of Angels, Rhapsody Of Fire livre ici un bon album, concret, réfléchi et très travaillé. Pas grand chose est à redire, si ce n'est le petit manque d'originalité de "Aeons of Raging Darkness", qui n'aura rien de franchement innovant à proposer. Il n'y a plus qu'à espérer pour la suite que Rhapsody Of Fire ne nous fasse pas attendre plus de 3 ans et demi pour sortir son dixième album. En attendant, savourez ce bon From Chaos to Eternity, enivrant et magique !

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Deslo - 29 Juillet 2011: excellente chronique sur ce disque... je croit que je vais me le procuré :)
EternalTearsOfSorrow - 29 Juillet 2011: Eh bien merci à vous deux :-)
Deslo, oui vraiment je te le conseille, tu ne seras pas déçu. Tu retrouveras beaucoup d'éléments de The Frozen Tears Of Angels, plus quelques innovations... Enfin, tout est dit dans la chronique ! ;-)
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Chronique @ dark_omens

10 Mai 2014

Un album qui manque d'audace et se contente de l'excellence alors qu'il pourrait sans doute atteindre la perfection...

S'agissant d'expression créative musicale, il est souvent de rigueur de détester ceux qu'autrefois nous avons adulés. La nature humaine est ainsi faite que nous finissons généralement par nous lasser d'un art que nous trouvons, au fil du temps qui passe, de moins en moins surprenant, de moins en moins novateur et donc, de moins en moins séduisant. Mais, au fond, qu'y a-t-il de plus iniquement injuste que ce désamour trop souvent basé sur une impartialité subjective?

Autrefois Rhapsody fut le messie qui donna naissance à un culte liturgique sans précédent. Au son de quelques manifestes bibliques, dont notamment les excellents Legendary Tales (1997), Symphony of enchanted lands (1998) et Dawn of Victory (2000), il renouvela un genre agonisant parce que sclérosé en des attitudes soit caricaturales, soit en des postures sans inspiration. Rhapsody redonna donc la foi à un peuple égaré. Tant et si bien d'ailleurs, que ce nouveau culte dépassa le clivage des générations, mais surtout, celui des genres. Ainsi n'était-il pas rare d'entendre de taciturnes traditionalistes adeptes de Black Metal, ou de Death, sinon louer les mérites de ces Italiens, tout au moins leurs reconnaître objectivement les talents évidents qui étaient les leurs.

Bien vite les partisans les plus aguerris de ce groupe comprirent aussi que le destin de ces musiciens serait des plus complexes. Qu'il leur serait très difficile de s'extraire de ce formidable carcan stylistique que pourtant ils avaient eux-mêmes créé. Qu'il serait indéfiniment enfermé en des dédales dont chaque renfoncement ressemblerait, à s'y méprendre, à la cavité suivante.

Le groupe continua toutefois de bâtir son édifice sur le socle d'œuvres qui, si elles ne sont pas totalement exemptes de défauts, auront toujours eu le mérite d'exprimer parfaitement une intégrité et une sincérité respectables. Certains disciples se laissèrent pourtant envahir par le doute. Le messie n'avait pas tant changé, mais il leur apparaissait comme moins beau. Sa parole était moins nouvelle. Ses litanies grandiloquentes apparaissaient comme, désormais, familières. Et la ferveur décrue de manière pas nécessairement juste.

Aujourd'hui est un grand jour car voici venir From Chaos to Eternity, dixième album de celui que désormais on se doit d'appeler, pour des raisons obscures et juridiques, Rhapsody Of Fire et non plus simplement Rhapsody. Décrit comme une évolution naturelle de l'album The Frozen Tears of Angels, son prédécesseur, ce nouveau récit clôt la fable débutée en 1997 sur la première œuvre du groupe, Legendary Tales. Cinquième et dernier chapitre de cette Dark Secret Saga, dont le noir secret sera finalement révélé, From Chaos to Eternity est, aussi, l'occasion d'entendre, une fois encore, Sir Christopher Lee en tant que narrateur.

D'emblée, à l'écoute de ce nouveau manifeste, il est à noter que bien trop peu d'évolutions bouleversantes sont ici de nature à nous surprendre par rapport à un style musical défendu par le groupe depuis longtemps déjà. Si sa précédente œuvre fut, à l'évidence, bien plus agressive qu'autrefois, la musique de Rhapsody, que votre humble serviteur ne peut décidément, pour des raisons évidentes et nostalgiques, se résoudre que très difficilement à affubler du suffixe "of Fire", garde certaines caractéristiques fondamentales immédiatement reconnaissables. Cette constance à défendre des singularités aussi distinctement identifiables, constitue, bien évidemment, une formidable vertu pour les fidèles de ce groupe, et un insurmontable vice pour ses détracteurs.

Et en effet, ici encore, il n'y aura point de réconciliation entre les deux camps divisés. Ceux qui sont irrités par cette grandiloquence symphonique, par ces chevauchées épiques d'un Power Metal très mélodique, par ces constructions parfois légèrement Progressive, par cette emphase déclamatoire solennelle presque cinématographique, par ces chants célestes, aux vibratos typiquement italiens, mais aussi, parfois, éraillés et âpres, par ces allégories historico-fantaisistes et par ces synthés omniprésents, seront, une fois encore, exaspérés par ce nouveau Rhapsody.

Toutefois on ne peut définitivement pas se résoudre à ne pas être, même partiellement, séduit, par une telle débauche d'héroïsme, de beauté, de majesté et de virtuosité. Et dans les méandres de ces titres convenus, outre cette agressivité pas totalement nouvelle mais qui apporte un certain regain salutaire à la musique de ces Transalpins, il y a l'assurance de plaisirs certains. Toutefois, cette satisfaction ne parviendra pas véritablement à se délester de cette sensation légèrement désagréable d'avoir à faire à un certain traditionalisme académique. Un classicisme qui, soyons honnêtes, est d'un degré si remarquable qu'il ferait pâlir d'envie n'importe lequel de ces groupes, notamment allemands, au conservatisme achevé.

En d'autres termes, si Rhapsody se démarque, une fois encore, eu égard à ses qualités, remarquablement de la plupart de ses rivaux, il ne parvient plus à se sublimer suffisamment pour égaler un niveau qui fut le sien autrefois. Citons, afin d'étayer cet argument, des titres tels que From Chaos to Eternity, Tempesta Di Fuoco chanté entièrement en italien, ou encore par exemple, Ghosts of Forgotten Worlds qui, s'ils demeurent superbes, manquent d'audace et de nouveautés.

Seuls les admirables Aeons of Raging Darkness, Tornado et I Belong to the Stars parviennent à nous sortir de cette léthargie certes grandiose mais gênante au su des talents de ce groupe.

Les deux premiers nous proposent l'incroyable pugnacité de titres dans lesquels Fabio Lione rugit divinement laissant aller sa voix jusqu'aux confins écorchés d'une locution aux liens de parenté évidents avec d'autres formes d'expressions plus extrêmes. Il est à noter, d'ailleurs, que le chanteur fait, une fois encore, un excellent travail sur cet opus, nous démontrant magnifiquement toute l'étendue de ses capacités.

Le dernier, quant à lui, développe une virtuosité délicieuse, moins axé, toutefois, sur l'empilement symphonique de rigueur, mais bien plus sur l'emphase de quelques chœurs aux accointances cléricales superbement orchestrés.

L'album se clôt sur un morceau, plutôt agréable, de plus de 19 minutes dans lequel le groupe fait une synthèse de sa musique actuelle. Les puristes fanatiques de ce groupe y retrouveront l'esprit du Rhapsody qu'ils aiment et dont la musique symphonique, à la fois mélodique et majestueuse, s'allie parfaitement à un très bon Power Metal, à la fois âpre et souvent véloce. Toutefois, il y a fort à parier que les détracteurs de ces transalpins s'y ennuieront fermement.

Pour conclure, il faut dire, encore et encore, que nul n'est aussi admirable que Rhapsody. Mais que Rhapsody Of Fire, quant à lui, ne parvient plus véritablement à être aussi brillant que Rhapsody. Comme si, dans ce changement de patronyme, les Italiens avaient aussi perdu un peu de leur âme.

Ce From Chaos to Eternity est donc un excellent album mais qui souffre d'un manque d'audace évident. Rhapsody Of Fire se contente d'y réciter, magnifiquement, ses gammes sans réussir véritablement à nous surprendre (admettons, toutefois que "se contenter" place déjà Rhapsody Of Fire a un niveau d'excellence enviable mais pas tout à fait digne de son talent). Et si l'on pouvait oser une analogie audacieuse, Blind Guardian aura bien davantage réussi, avec son At the Edge of Time en transcendant son côté symphonique, à nous séduire que Rhapsody ne l'aura fait ici.


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ericb4 - 10 Mai 2014: Voilà un bon bout de temps que je n'ai plus écouté cet album qui, pour ma part, me semblait plutôt bien composé à défaut d'être une pièce maîtresse à avoir absolument dans sa discothèque. Sans extase particulier, cet opus nous donne déjà bien du plaisir. Plusieurs écoutes peuvent néanmoins s'avérer nécessaires avant d'en percer tous les mystères et d'être attentif à tous les détails. Merci pour ton analyse fort bien construite que je partage sans problème.
edenswordrummer - 13 Mai 2014: Merci pour ta chronique qui est une belle éloge aux Italiens malgré le fait que l'album ne soit pas le meilleur. Mais je te rejoint sur le fait qu'un album "bon" de Rhapsody est une merveille de plus sur la scène symphonique. Pour ma part j'ai du, comme cela a été précisé dans le commentaire précédent, faire plusieurs écoutes pour apprécier l'album. Je ne suis pas déçut, l'œuvre de 19 minutes coule sans aucuns temps morts. Aeons et Tornado détruisent tout sur leurs passages et les autres morceaux promettent un sacré bon moment bien qu'un peu conventionnels.
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