Dum Spiro Spero

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Nom du groupe Dir En Grey
Nom de l'album Dum Spiro Spero
Type Album
Date de parution 03 Août 2011
Produit par Tue Madsen
Style MusicalMetal Progressif
Membres possèdant cet album74

Tracklist

1. Kyoukotsu No Nari
2. The Blossoming Beelzebub
3. Different Sense
4. Amon
5. "Yokusou Ni Dreambox" Aruiwa Seijuku No Rinen To Tsumetai Ame
6. Juuyoku
7. Shitataru Mourou
8. Lotus
9. Diabolos
10. Akatsuki
11. Decayed Crow
12. Hageshisa To, Kono Mune No Naka De Karamitsuita Shakunetsu No Yami
13. Vanitas
14. Ruten No TouBonustracks (Deluxe Edition)
15. Rasetsukoku (Retake from Macabre)
16. Amon (Symphonic Ver.)

Chronique @ Scoss

21 Septembre 2011

Dir En Grey a encore passé un cap avec Dum Spiro Spero

Lorsque l'on souhaite bien faire les choses, que l'on a la fibre un tant soit peu littéraire, la passion de la musique et l'envie de sortir des sentiers battus, la chronique d'album s'avère à la longue être un exercice difficile. Comment garder son style propre sans se répéter, ne pas se contenter des traditionnelles phrases d'accroche, des descriptions et des schémas prédéfinis, des qualificatifs redondants? Comment développer une écriture différente mais qui ne serait pas celle d'un double nous ressemblant vaguement, à l'inverse comment rester soi même sans tomber dans la routine des tournures qui finissent par lasser?

Ce dilemme se retrouve chez l'artiste. Témoin d'un Monde en perpétuel mouvement, confesseur de ses peines, de ses doutes, de ses joies, de sa folie, l'artiste se doit d'évoluer. Car son environnement se transforme, car lui même, touché par divers évènements, finit quelque peu par changer, le créateur ne peut se permettre de refaire indéfiniment les mêmes choses sous peine de stagner et finir par ne plus se ressembler. Malheureusement beaucoup font l'erreur de confondre évolution, processus perpétuel et naturel de transformation, et changement trop radical qui défigure leur art et les décrédibilise. Finalement, trop rares sont ceux qui ont réussi (ou réussissent) dans leur oeuvre à constamment proposer quelque chose d'inédit sans pour autant se renier.

Maintenant qu'est sorti leur 8ème album, on peut l'affirmer, Dir En Grey fait incontestablement partie de ceux là. Près de 3 ans (33 mois pour être précis) après un Uroboros monumental, qui semblait présenter un groupe à son apogée conceptuelle et artistique, le quintet d'Osaka repousse encore ses limites. L'attente était énorme après la leçon que Dir En Grey avait infligé avec son 7ème album, oeuvre impénétrable et étouffante, brutale et singulière et qui voyait le groupe prendre des risques avec des morceaux progressifs. C'est donc 3 singles délivrés au compte-gouttes, une grosse frayeur (due à la tragédie qui a frappé le Japon) et des déclarations alléchantes de la part de Die et Kaoru plus tard, que Dum Spiro Spero a pu enfin se dévoiler à nos oreilles attentives.

Dum Spiro Spero (Tant que je respire j'espère) trois mots optimistes certes, mais qui traduisent surtout une situation triste, désespérée ou catastrophique, une douleur dont le seul remède est l'espoir... Die et Kaoru avaient annoncé, quelques semaines avant sa sortie, que cet opus serait le plus violent et sombre sorti par le groupe jusque là, des propos en grande partie corroborés par « Hageshisa To, Kono Mune No Naka De Karamitsuita Shakunetsu No Yami » et « Different Sense » deux singles très brutaux et « Lotus » une ballade brute et pleine de tension. Mais Dir En Grey est un groupe qui ne cesse de surprendre, qui frappe là où on ne l'attend pas (plus?), et ces singles ne laissaient qu'entrevoir le potentiel de l'album.

Des notes de piano qui résonnent dans le néant, puis une déflagration de guitares bruitistes dans laquelle s'entremêlent hurlements distordus et la plainte d'un violoncelle; deux minutes douloureuses, glauques et tragiques introduisent l'album et donnent l'impression d'un champ de ruines, hanté par les démons de la désolation qui y dessinent leurs ombres triomphantes. Résonnent les premières notes de The Blossoming Beelzebub une guitare lente et vicieuse dont le riff dissonant serpente, l'ambiance est lourde, étouffante, un piano réverbéré en arrière plan se fait oppressant, tandis que les vocalises d'un Kyo possédé finissent d'apporter le malaise. 7 minutes 35 secondes de musique progressive et effrayante, effroyablement lourde et torturée, pas de structure précise, pas de refrain, des hurlements qui répondent aux chuchotements malsains, des parties plaintives chantées presque faux, Dir En Grey fait peur, très peur.

Different Sense, l'un des trois singles parus avant la sortie de l'album, remet quelque peu l'auditeur en terrain connu. Structure plus classique, couplet ultra brutal typé Death Metal, refrain lumineux et poignant, Dir En Grey applique sa recette magique mais non sans quelques nouveautés. Tout d'abord, la cassure très nette entre le couplet et le refrain, avec l'utilisation d'une guitare acoustique qui donne à la chanson un côté progressif, l'utilisation de blast beats sur le refrain et enfin le duel de guitare de haute volée que s'offrent Die et Kaoru prouvent que Dir En Grey n'a pas l'intention de proposer un vulgaire copier/coller de ce qu'il a déjà proposé par le passé.

En 2 titres Dir En Grey vient de mettre les choses au clair. Sur cet opus le groupe ne se donne aucune limite. Au travers de morceaux aux structures libres, le groupe prouve qu'il est à même d'aborder tous les styles, de piocher dans chaque parcelle du courant Metal pour s'en approprier la quintessence et en faire du Dir En Grey. Une extrême versatilité qui ne nuit aucunement à la musique du combo, tant le travail de composition minutieux, pensé et arrangé avec une précision et un sens du détail époustouflants permet aux différentes parties de s'enchaîner à la perfection.

L'exemple le plus marquant de cette évolution est certainement, Diabolos, pièce maîtresse de l'album proposant près de 10 minutes de Metal Progressif et brutal. Ouverture Electro, le tempo est lent et lourd, la batterie tribale, la basse distordue distille des lignes fournies et travaillées. La tension monte, un premier refrain en chant clair, le tempo accélère quelque peu, un superbe solo de guitare clôt le premier tiers du morceau. Le tempo monte encore d'un cran et le morceau se fait ultra violent, la batterie propose d'abord des rythmes syncopés avant de asséner un mid-tempo dévastateur, Kyo hurle comme un damné alternant grunts sauvages et hurlements de pestiférés. Le morceau se calme à nouveau, mais la tension ne baisse pas avec un break angoissant, introduit par un clavecin réverbéré et relayé par une guitare dissonante, le morceau repart petit à petit avant d'offrir une dernière explosion de violence. Le morceau se clôt sur un dernier refrain, ultra travaillé, avant de s'éteindre petit à petit sur les dernières lamentations de Kyo.

Si Diabolos est, presque incontestablement, le chef d'oeuvre de l'album, les autres morceaux n'en ont pas moins une qualité exceptionnelle. Yokusou Ni Dreambox... alterne entre couplets oppressants et hallucinés à la dimension presque onirique et accélérations Grindcore dévastatrices. Juuyokou et ses expérimentations telles que le chant arabisant, son solo virtuose d'inspiration néoclassique et son unique refrain placé tout à la fin ou s'entremêlent envolée lyrique et un second solo de guitare. Vanitas, la superbe ballade, travaillée et agrémentée d'un solo de guitare sublime, plein de feeling et harmonisé, est quant à elle dédiée à Daisuke, le chanteur de Kagerou et ami de Kyo, mort à l'été 2010.

De tous points de vue, Dir En Grey a encore passé un cap avec Dum Spiro Spero. Incontestablement le groupe a réussi à tirer le meilleur de chaque musicien, mettant en avant la technique individuelle de chacun au service de la musique. Shinya, derrière les fûts offre sans aucune contestation sa meilleure prestation. Mid Tempi, blasts, polyrythmie, c'est un véritable récital rythmique qu'il nous propose avec son jeu de plus en plus fourni. Toshiya à la basse s'affranchit très souvent des riffs de guitare pour proposer des lignes de basse intéressantes, slappées (Amon), mélodiques et presque groovy (Lotus) ou utilisant des effets (Diabolos) pour un rendu intéressant. Kyo élargit encore son registre vocale avec des grunts profonds et des vocalises hallucinées donnant souvent l'impresssion d'être fausses pour renforcer la tension au sein des morceaux. Enfin Die et Kaoru proposent absolument tout ce qui peut se faire à l'heure actuelle dans le Metal en terme guitaristique. Riffs lourds, superpositions mélodiques, harmonisation, soli, tapping, arpèges, larsen, ... On ne peut que rester bouche bée devant l'inspiration dont ont fait preuve les deux guitaristes pour proposer et assembler un nombre de riffs absolument hallucinant.

D'un point de vue lyrical Kyo reste dans ses sujets de prédilection en décrivant la souffrance, les dérives, la Mort, l'amour dans sa poésie toujours aussi singulière, remplie de métaphores à la fois belles et glauques. La production quant à elle est tout simplement irréprochable, puissante et très claire elle permet de dicerner clairement chaque instrument, chaque détail du puzzle complexe qu'est Dum Spiro Spero. C'est d'ailleurs la production qui frappe d'entrée dès les premières notes de l'album lorsque l'auditeur, qui n'a pas encore pu assimiler la quantité incroyable de détails et de nouveautés qui arrivent à ses oreilles, peut déjà se dire que le groupe sonne différemment.

Comme nous l'avons déjà évoqué, l'attente qui entourait le groupe après Uroboros ne pouvait être qu'énorme. Comment Dir En Grey allait-il pouvoir évoluer, proposer quelque chose de nouveau? Cet album en est la meilleure réponse qui soit. Complexe, travaillé, ciselé, sombre, brutal et progressif Dum Spiro Spero est l'un des albums de l'année, n'en déplaise aux détracteurs du groupe. Ni Metalcore, Visual Kei ou Néo Metal, cette 8ème galette de silicium estampillée Dir En Grey est tout simplement Metal dans tout ce que le courant a à nous proposer de meilleur. Encore une fois le nouvel album des 5 japonais n'est ni meilleur ou moins bons que ceux qui l'ont précédé mais juste différent; encore une fois de nombreuses écoutes seront nécéssaires pour apprivoiser toutes les subtilités de l'album.

Capitalisant sur tout ce qu'il a accompli jusque là, le groupe a réussi à inclure d'autres éléments dans sa musique, à expérimenter, pour proposer la musique la plus complète possible. Un 8ème opus qui fait de Dir En Grey un groupe d'exception, de ceux qui évoluent avec intelligence, qui n'ont pas peur de la remise en cause et qui tutoient l'excellence à chacune de leurs parutions à l'instar des Neurosis, Bathory, Mayhem, Faith No More dans leurs styles respectifs. Un grand album , pour un grand groupe.

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Scoss - 01 Octobre 2011: Oui c'est vrai que pour Bathory j'ai un peu fait l'amalgame, j'ai surtout pris ce groupe en exemple pour son intégrité et sa capacité à se renouveler, évoluer. Mais merci pour la remarque.
Molick - 01 Octobre 2011: Bon après plusieurs écoutes cet album est tout bonnement excellent, une atmosphère sombre et torturée, des voix variées et travaillées. Génial ^^ Je vais me pencher sur les précédents albums.
AkerfeldtOpeth - 11 Mars 2012: Solo virtose faut pas non plus poussé c'est un niveau correct, le rang de virtuose est plus assimile a petrucci ou satriani pour ne cite qu'eux.
Anath - 01 Septembre 2012: Très très bonne Chronique !! Je me suis mis à Diru il y a quelques temps , j'ai essayé d'écouter chaque album avec beaucoup de concentration et ...; ils m'ont littéralement changé ma vision de la musique .. chaque chanson apporte quelque chose de nouveau et tout est cohérent et génial !
Mais avec Hageshisa to ... j'ai été claquer en pleine poire , un tube en puissance , je ressentirais constamment ce frisson ! ... j'ai hate d'entendre Rinkaku !
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Chronique @ Temnota

08 Octobre 2011

La beauté du chaos.

Dum Spiro Spero, huitième album du célèbre combo Rock et Métal japonais qu'est Dir En Grey. Après plus de 12 ans de carrière hachée en 7 albums tout aussi inventifs et déroutants les uns que les autres et concluant cette saga par le magistral et théâtral Uroboros qu'est-ce que pouvait bien encore proposer Dir En Grey alors que la formation semblait avoir atteint son apogée sur l'album du dragon mystique, synonyme de l'éternel renouveau ?

Un disque colérique, de chaos et plein d'espoir.

Après les lourdes catastrophes qui ont dévasté une certaine partie du Japon, le pays s'est retrouvé dans un contexte politico-économique très difficile, entre le brouhaha des médias, les informations dissimulées et même effacées, laissant une population dans l'incertain. C'est dans ce contexte sombre, colérique, chaotique et revendiquant de vérité qu'émerge Dum Spiro Spero, véritable message à la face du monde entier sur ce qu'est le peuple japonais et la façon dont ce peuple relèvera la tête et avancera de nouveau vers l'avenir. "Tant que je respire, j'espère".

"Tant que je respire, j'espère", un titre qui sonne tel un paradoxe avec le contenu de l'album après une première écoute car tout comme pour The Marrow of a Bone on se retrouve en apnée dès l'introduction angoissante "Kyoukotsu No Nari" aux sons stridents d'une basse sur-saturée, d'un violon et d'un piano mélancoliques et de rugissements étouffés. Un véritable puits nous invitant à déboucher directement dans l'antre terreuse du Diable lors de son repas où celui-ci contemple avec mépris ses doux mets de l'humanité pour la première véritable chanson de ce nouveau disque "The Blossoming Beelzebub". Une imagerie pouvant ramener à l'esthétique du clip "The Nobodies" de Macabre. Chanson complètement décousue et sans réelle structure apparente où le groupe arbore un son post-hardcore métallien aux relents purement atmosphériques avide de changements de scènes et de mélodies, de cassures rythmiques et d'orchestrations où de forts accents théâtraux de la part des vocaux se posent de manière schizophrénique.

Dir En Grey nous invite dans ce nouveau monde étouffant, aveuglant et oppressant où un sens différent est requis pour capter ce qui se déroule sur cette obscure scène d'imageries complexes et décomplexées. Plus encore que sur le précédent la sensation d'avoir une pièce de théâtre en représentation est frappante. "Different Sense" enclenche réellement ce Dum Spiro Spero avec ses tonalités rugissantes, aux polyrythmes et au Kyô grondant. Le groupe travaille ses ambiances et ses couleurs grâce à ses nombreuses déstructurations au sein même du morceau, le tout pris dans un engrenage complètement chaotique où les soli de guitares agrémentés d'arpèges acoustiques hypnotisants et les mélodies semblent complètement OVNI. Une approche forte proche de The Dillinger Escape Plan ou Meshuggah où les sons tortueux et originaux emmènent l'auditeur vers une sculpture sonore démente et schizophrénique tourmentée par un champ thématique humanisé : Le cycle interne de la fierté, de la destruction et du regret, ceci au travers de la guerre, de la menace nucléaire, des grandes peurs humaines, de la fin du monde.

Et c'est cet aspect de structurations/déstructurations couplé à une extrême violence qui ressort principalement de ce Dum Spiro Spero ne laissant réellement aucun temps mort à l'auditeur où seule peut-être "Lotus", qui surgit au milieu des escapades dans de sombres estampes, agit comme une bouffée d'air avec ses aspects de ballade nerveuse "A Perfect Circle-ienne" et de force tranquille après que l'auditeur se soit retrouvé en apnée devant une vision de fin du monde dans la boîte de pandore aux mille malices et au paysage d'un désert où se mêlent sang et sable sous un soleil écrasant dans un ciel rouge de "Yokusou Ni Dreambox". L'introduction de la chanson rappelle un mécanisme d'horloge, la Doomsday Clock ? Et c'est dans ce même engrenage de mécanisme horloger complètement déréglé que s'orchestrent les différents plans de ce titre. Planant et incisif, aux ponctualités grindcore et aux refrains sortis tout droit d'un récital oriental, enchaîné par "Shitataru Mourou", chanson pesante aux airs de mArche funeste où Dir En Grey s'essaie au métal planant dopé à Tool, un Korn sale et rampant lors de sa génèse et Deftones dont l'introduction est un clin d'oeil au titre "Digital Bath" des 5 gars de Sacramento. Shinya, le fan. Kyô y prend son envolée lyrique de manière très Opéra avec diverses vocalises haut perchées pour aboutir à un final écrasant où les choeurs et la voix principale se mêlent dans des beuglements sombres avant se s'estomper laissant le simple son d'un violon grinçant laissant apparaître l'image d'une veille bâtisse décrépite, glauque et déserte au milieu de la brume, à la porte branlante après un holocauste.

Un enchaînement d'ambiances variées mais créant un ensemble, paradoxalement, homogène sans que les transitions ne soient choquantes ou mal placées, car s'il y a bien un aspect étonnant qui amène Dum Spiro Spero à "détrôner" son prédécesseur c'est par sa cohérence forte appuyée. Dum Spiro Spero a une cohérence bien plus appuyée qu'Uroboros, un fil rouge qui ne saute à aucun moment de l'album pour une homogénéité globale contrastant avec une hétérogénéité dans les morceaux eux-mêmes. Tout comme sur Uroboros le tout est maîtrisé et calculé avec une précision chirurgicale. La technique des différents musiciens a la main belle sur cet album et sans tomber dans la prétention, Dir En Grey tire son épingle du jeu dans une quête de mélodies et de changements bruts de scènes donnant aux musiques de l'album un relief incontestable et bon nombre de retournements de situations où l'auditeur est surpris et martyrisé à la fois avec un condensé où le mal-être et la fureur harcèlent. L'utilisation des guitares à 7 cordes procure un son bien plus brut, sombre et lourd qu'auparavant, au-dessus duquel les spectres de Pantera et des premiers KoRn semblent flotter, entre riffs écrasants, incisifs et hypnotisants. La présence de nombreux soli de guitares donnent un véritable panel de couleurs aux musiques de ce Dum Spiro Spero, le tout saupoudré du groove de Toshiya à la basse, un groove dévastateur et maîtrisé (Amon, Akatsuki, Lotus).

La voix de Kyô se veut sensuelle, mélodique, violente, hargneuse et attirante... Complètement théâtral, son chant serait à l'image des masques de théâtre antique : extrêmes mais révélateurs. Masques utiles à l'expiation d'une flamme poétique de la plume de Kyô concernant des sujets personnels mais également à plus grande échelle avec une approche plus spirituelle et conceptuelle, une approche systémique sur la raison d'être et la vie elle-même, le tout avec une étincelle d'espoir... Car s'il y a bien une chose à retenir du message global de Dum Spiro Spero, c'est une poésie noire qui distille de l'espoir. Une poésie chaotique peignant une relecture de l'Apocalypse selon Saint Jean avec l'élégance dans le style dont fait preuve CLAMP pour son manga X et un souffle d'espoir. Tant que je respire, j'espère à un changement de ce monde avant sa fin. Le chaos de l'attente à ce changement avec l'espoir de la vie. Le souffle de vie, tant que je respire car tant qu'il y a la vie, il y a l'espoir. Ce qui se couple bien avec la citation de Gandhi "Soyez le changement de ce monde". Un message triste mais également porteur d'espoir. Alors tant que je respire, j'espère et j'avance vers l'avenir que moi-seul puisse me tracer. Un onirisme typiquement japonais à l'instar d'un Ryû Murakami dépeignant les recoins sombres et pathologiques d'un monde sale et définitivement humain. Dum Spiro Spero se vit comme une sorte de relation amoureuse avec ses hauts et ses bas, ses grandes inspirations et ses colères furieuses. Une relation amoureuse, et tels des amants l'auditeur et Kyô seraient en proie à une violente dispute, où les pleurs succèdent aux accès de colère, où chaque instant pourrait basculer à nouveau dans une violence sans fin.

Concept fortement bien illustré par "la pièce maîtresse" de l'album : "Diabolos". Dix minutes de surpassement de soi-même, de grande classe et de musique schizophrénique raffinée. Alors que le titre s'ouvre sur une basse saturée et un clavecin baroque, les musiciens commencent à dépeindre l'introduction à un voyage dans les abysses, dans les enfers. Voyage aux enfers complètement imagé grâce à l'atmosphère noire et psychédélique de la mélodie où les nombreuses cassures de rythmes embrayent sur des schémas d'une extrême violence, d'un élégant passage à tabac. A l'image de Virgile du chapitre Enfer de "La Divine Comédie" de Dante Alighieri, Kyô nous guide au fil de ce long poème haché et déstructuré aboutissant à une alchimie mélodico-bruitiste raffinée au final magistral et dantesque.

D'autres chansons clef telles que "Juuyoku" ou "Decayed Crow" sont d'autres points forts de l'album, l'une pour sa déstructuration totale défendue par une cascade de sons dont un récital arabisant et un unique refrain clef cavalant au rythme d'un lead de guitare dévastateur, et l'autre pour un passage à tabac dans la plus pure tradition black metal où les musiciens se positionnent en véritables corbeaux lancinants et tortueux, croassant de colère envers le cercle vicieux du système prônant superficialité et corruption.

Vanitas, ballade mélancolique aux allures grunge grâce aux lignes de chant fébrile témoignant d'une voix rattrapée par l'émotion et au bord de la cassure se révèle être un réel hommage au défunt Daisuke Ochida (kagerou, the studs), artiste et proche de Kyô où la plume de ce dernier permet un ultime et fatal rassemblement posthume du duo "Alice & Lily". Cette chanson amorce la conclusion de l'album dont le rôle est confié à "Ruten No Tou", la tour de la décadence. Pour l'ultime titre de Dum Spiro Spero, Dir En Grey décide de privilégier les mélodies aux allures orchestrales sur un fond instrumental clairement tourné death metal mélodique inspirant des airs de grandeur. Et des airs de grandeur, il en faut pour illustrer cette tour de la décadence. En effet on se sent cloué et happé face à une sensation de grandeur où est erigée une titanesque tour de Babel auditive où la plume distille une ode à l'individualité des êtres humains. Une ode à la vie et non à l'existence.

Quelques mots sur la production réalisée par le danois Tue Madsen et l'américain Alan Douches qui s'accorde parfaitement au son d'un groupe de l’acabit de Dir En Grey. Un son et un mixage massif, écrasant, à l'instar du travail que peuvent faire les producteurs avec des groupes comme Mnemic, Mastodon, The Dillinger Escape Plan. Puissant, gojiresque et percutant mais néanmoins imparfait. En effet, le retravail d'une composition comme "Hageshisa To, Kono Mune No Naka De Karamitsuita Shakunetsu No Yami" avec un nouveau mixage est bénéfique à la composition en accordant une plus grande maîtrise du son et dans l'univers créé autour de cette chanson. Beaucoup plus lourde, ambiante et surtout bien plus harmonieuse de part les guitares et les sons leads sur le refrain qui viennent embellir vraiment la globalité appuyée par la lyrique voix de Kyô. Ce qui n'est malheureusement pas le cas à tout moment comme sur "Yokusou Ni Dreambox" où le son est tellement massif et noisy que certaines lignes de chant énervé passent au second plan et sont quasiment inaudibles.

Ce Dum Spiro Spero oscille donc bien entre de nombreuses atmosphères et états d'esprit, sans jamais baisser sa garde pour une quelconque faiblesse. Cet aspect global peut rappeler l'album Macabre. De part des compositions longues, un son et une atmosphère noire côtoyant les chants religieux, un sens de la mélodie unique entouré d'un amas très bruitiste et complètement chaotique. Une musicalité résolument Métal complètement "weird" avec des idées et des sons barrés appliquant distorsions en tout genre sur la basse et les guitares, des mélodies très nombreuses ainsi que divers arrangements et orchestrations.

Avec Dum Spiro Spero on comprend bien ce que Kaoru voulait dire avec Uroboros dans le fait que ce dernier renfermait le passé, le présent et le futur de Dir En Grey. En effet nombre de pistes d'Uroboros (Red Soil, Vinushka, Stuck Man, Toguro, Doukoku To Saniru, Inconvenient Ideal) laissaient déjà entrevoir la direction dans laquelle le groupe allait orienter sa barque mais dans quelque chose de plus poussé et avant-gardiste qu'il ne l'était déjà. Ce nouvel album agit également comme une complétude par rapport au précédent effort Uroboros. Uroboros représenterait la féminité avec son arrière-goût de douceur et ses pistes plus posées. Uroboros comme la Lune, la femme, la Vénus et Dum Spiro Spero comme l'homme, le soleil étouffant qui nous écrase durant l'écoute de l'album. La douceur et la force, la Lune et le Soleil ; Un couple fort bien assorti.

Dans la tradition du rock lyrique, le groupe développe un style se jouant de la tension entre accalmies précaires et saturations en élaborant un son distinctif aux influences très éclectiques et parfois bien senties. Sombre, agressif, lyrique, un disque très surprenant de Rock et Métal bien barré, lardé de rock noisy et de métal extrême déstructuré, complexe et décomplexé, et mâtiné d'arrangements orchestraux en tout genres accompagnés d'éléments ethniques pour une atmosphère unique.

Dir En Grey s'enfonce de plus en plus dans une musique complexe et avant-gardiste qui ne laisse que très peu de place à l'appréciation dite superficielle (juste pour le son et les mélodies). À l'instar de Sôseki Natsume en littérature, Dir En Grey, on le sent, tire son inspiration d'artistes occidentaux. Mais leurs compositions et thématiques sont celles de japonais, composées sur l'autel de leurs cultures, croyances et idées. Autant dans les sonorités que les paroles, on sent à quel point l'âme est japonaise et très personnelle malgré toutes les influences. On en convient, leur ouvrage est difficile d'approche, mais une fois les paroles assimilées et la musique décortiquée, l'universalité saute aux yeux, aux oreilles.

Il sera très critiqué comme l'était The Marrow of a Bone et plus qu'Uroboros mais personne ne pourra nier que c'est un album clef, mature, à la fois sauvage et posé. Il permet, de plus, de confirmer la renommée que l'on attribue depuis longtemps à Dir en grey : un des rares groupes qui ne déçoit pas : mêlant assez de nouveautés pour combattre la monotonie, aux racines, qui constituent les fondements et valeurs reconnues de Dir En Grey. Le groupe livre encore une fois un album d'une rare classe, à l'identité très prononcée et en quête de mélodies nouvelles voire même complètement OVNI.

Un album à fleur de peau, criant de douleur et de sentiments qui ne saurait laisser froid après une écoute.

Conclusion, sous la belle couverture à la forêt de bambous étouffante tiédie par la présence d'un autel bouddhiste de la divinité Senju Kannon, un texte et une musique s'échappent aux clichés, brouillent les perceptions et présentent une vision des plus personnelles de l'Apocalypse et cachant un message de réel espoir, qui peut finir par déclencher un certain mal de tête.

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Temnota - 11 Octobre 2011: Il a été rebaptisé en conséquence en tout cas, le nom d'origine devait être "CHAOS".
Scoss - 12 Octobre 2011: Oui il me semblait bien que le titre et surement la pochette de l'album ont été modifié ou repensé en réaction.
D'un autre coté Chaos aurait également sis à merveille.
En tout cas quel album, je m'en lasse pas.
mucc00 - 17 Octobre 2011: Entièrement daccord avec ton analyse. Dum spiro spero est le pendant experimental d'Uroboros. Et je trouve aussi qu'il est très proche de macabre a cause de ce coté inventif, ds la recherche de nouvelles pistes de réflexions musicales. Tout cela sans prétention.
Une nouvelle fois Dir en grey passe outre les attentes du public et ne fait qu'a sa manière. La recette du génie?
Temnota - 29 Octobre 2011: Au tant avec UROBOROS on baignait dans une atmosphère très progressive, avec DUM SPIRO SPERO on est clairement dans une musique entre un hardcore avant-gardiste et du djent.
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