Kisou

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Nom du groupe Dir En Grey
Nom de l'album Kisou
Type Album
Date de parution 30 Janvier 2002
Style MusicalMetal Progressif
Membres possèdant cet album68

Tracklist

1. Kigan
2. Zomboid
3. 24 Cylinders
4. Filth
5. Bottom of the Death Valley
6. Embryo
7. Shinsou
8. Gyakujoutannou Keloidmilk
9. The Domestic Fucker Family
10. Undecided
11. Mushi
12. Shinsou
13. Jessica
14. Karasu
15. Pain Killer
16. Shinsou

Chronique @ Scoss

14 Fevrier 2011

Kisou est le terrain d'expérimentation d'un quintet qui ne s'impose pas de limites

Pour la plupart des groupes le troisième album est un cap, un étape cruciale dans la carrière et la reconnaissance artistique de celui ci. « L'album de la maturité », comme aiment l'appeler les chroniqueurs, doit,en général, aboutir à la confirmation du groupe ou bien sa remise en cause. Pas étonnant donc si, chez de nombreux groupes, le troisième album est devenu soit un chef d'oeuvre intemporel (Metallica, Slayer, Iron Maiden, Gojira à moindre échelle, ...) soit un exercice manqué le plus souvent en raison de la pression reposant sur les épaules du groupe (nous nous abstiendrons de citer des noms pour éviter de froisser quelques fans). Alors s'il y a des règles, ou plutôt des grandes tendances, il y a forcément des exceptions et forcément Dir En Grey en est une avec un troisième album surprenant : Kisou.

Sur son premier album, Gauze, le groupe montrait déjà un certain penchant pour la diversité et une volonté de se défaire des étiquettes préfabriquées du Visual Kei en intégrant un sacrée dose de noirceur et d'originalité à ses morceaux. Macabre sorti un an après empruntait la même voie tout en incluant des éléments nouveaux au son de Dir En Grey et un côté plus progressif sur certaines compositions. Quid de Kisou sorti en 2002? Album de la maturité ou déclin programmé pour le gang d'Osaka?

En réalité, ni l'un ni l'autre. Dir En Grey aime prendre son temps, se chercher et se découvrir, se redéfinir musicalement pour continuer à garder sa personnalité propre; d'où ce Kisou surprenant et expérimental. De ce fait, et plus encore qu'à l'accoutumée, Dir En Grey semble partir tout azimut dans des registres différents sur chacun de ces titres. Ceci donne alors un aspect brouillon, inachevé et surtout inacessible à cet album dense (16 titres pour 70 minutes).

Du brutal Kigan en ouverture avec ses ambiances synthétiques, au très industriel Karasu, en passant par Filth et ses bruitages joués à l'envers, par le Punk/Néo Metal Zomboid ou l'Emo Rock de 24 Cylinders, il est difficile à l'auditeur de se faire une idée précise de cet album. Ajoutez à cela plusieurs ballades chacune dans un registre différent : l'énervée Bottom of the Death Valley, l'Electro-Pop Embryo, la sublime et désespérée Mushi (ndr :dont la version live est absolument magnifique). Puis liez le tout avec trois interludes instrumentaux tombant comme un cheveu sur la soupe : le premier très « prodigien », le second semblant sortir d'un album de Hip Hop tandis que le dernier, au piano et terminant l'album, s'apparente à un ending credits alternatif d'un jeu de rôle de Playstation. Décousu, sans queue ni tête, Kisou choque.

Mais c'est au fil des écoutes que l'album va révéler toute sa saveur. Non pas en tant qu'album mais davantage en tant que collection de morceaux tous très bons les uns indépendamment des autres. C'est tout le paradoxe de ce troisième crû de Dir En Grey : réaliser un album impénétrable mais avec des morceaux accrocheurs. Comment ne pas se laisser emporter par la rage triste de 24 Cylinders, s'effondrer dans les sanglots de Mushi, accepter le passage à tabac de Pink Killer et se prendre à fredonner la complainte morbide de Embryo, dès lors que l'on aime Dir En Grey?

Musicalement plusieurs tendances, parfois contradictoires (mais nous ne sommes plus à un paradoxe près), émanent de Kisou. Les morceaux se font plus violents et plus lourds (Kigan, Pink Killer, The Domestic Fucker Family), lorgnant vers le Neo Metal. La mise en avant de sonorités électroniques et ethniques confère une ambiance plus mystique aux morceaux (Karasu, Kigan, Gyakujoutannou Keloidmilk). La palette vocale de Kyo s'élargit et propose hurlements, chuchotements, chant clair, sanglots ainsi que divers effets barrés. Les guitares sont davantage mises au service de l'assise musicale (moins de soli et chorus) mais proposent des mélodies et des riffs travaillés, tandis que la basse ,plus lourde, tricote moins mais propose des lignes subtiles. Shinya, quant à lui, propose un jeu de batterie plus riche incorporant notamment des rythmes « tribaux » et des blasts sur plusieurs morceaux. Finalement du Visual Kei originel ne reste que l'enjouée Jessica pour les nostalgiques de Missa.

Ce n'est qu'en analysant les albums de Dir En Grey qui ont suivi Kisou que l'on peut apprécier l'importance de celui ci dans leur discographie. En effet, tous les éléments nouveaux dont Dir En Grey s'est paré sur cet album se retrouvent dans les albums futurs du groupe, assimilés et assemblés avec davantage de cohérence. Plus que simple lien entre le Dir En Grey de 1999/2000 et celui de 2003, Kisou est le terrain d'expérimentation d'un quintet qui ne s'impose pas de limites. Barré, émouvant, expérimental, confus, Kisou est réellement difficile d'accès mais reste, pour cette raison, l'expression sincère du groupe. Et c'est en cela qu'il est excellent pour peu qu'on prenne le temps de l'apprivoiser. Déconseillé aux néophytes.

2 Commentaires

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Simon86 - 14 Fevrier 2011: Excellente chronique qui rend à merveille le contenu de cet album ! Je me souviens en effet avoir mis du temps à l'apprécier pleinement, mais une fois le cap passé, c'est que du bonheur !
Temnota - 15 Fevrier 2011: De nouveau une très très bonne chronique qui rend bien à l'album ce qu'il est, bien en analyse sur l'expérimentation de ce disque décousu et totalement barré.

En plus de ça, c'est bien écrit, c'est profond dommage que tu restes davantage sur la forme de la musique plutôt que sur le fond, tu avais bien joué sur les deux plans pour GAUZE. Dir en grey mérite quand même que l'on s'intéresse aux textes qui sont un puits de science inépuisable.

Merci en tout cas ! C'est super plaisant de te lire !
Je suis content qu'un type qui sache bien s'exprimer fasse les chroniques des autres albums, chose que je n'ai pas pris le temps de faire après TMOAB et UROBOROS.
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