Uroboros

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Nom du groupe Dir En Grey
Nom de l'album Uroboros
Type Album
Date de parution 11 Novembre 2008
Style MusicalMetal Progressif
Membres possèdant cet album139

Tracklist

DISC 1
1.
 Sa Bir
 02:00
2.
 Vinushka
 09:37
3.
 Red Soil
 03:24
4.
 Doukoku to Sarinu
 03:48
5.
 Toguro
 03:58
6.
 Glass Skin
 04:28
7.
 Stuck Man
 03:35
8.
 Reiketsu Nariseba
 03:33
9.
 Ware, Yami Tote...
 07:02
10.
 Bugaboo
 04:44
11.
 Gaika, Chinmoku ga Nemuru Koro
 04:22
12.
 Dozing Green
 04:06
13.
 Inconvenient Ideal
 04:24

Durée totale : 59:01



DISC 2 - Unplugged
1.
 Ware, Yami Tote...
 07:03
2.
 Inconvenient Ideal
 04:22
3.
 Red Soil
 03:24
4.
 Dozing Green (Before Construction Version)
 04:06
5.
 Dozing Green (Japanese Lyrics Re-Mastering)
 04:08
6.
 Glass Skin (Japanese Lyrics Re-Mastering)
 04:29

Durée totale : 27:32


Chronique @ Temnota

03 Novembre 2008

Uroboros ; estampe sonore où Kannon, le bodhisattva de la compassion, entend les supplications.

Entité non négligeable de la musique, je vous invite à entrer dans le monde de DIR EN GREY et plus précisément dans le monde du disque qui est le fruit de leur consécration, leur atteinte de l'état Adam Kadmon : Uroboros.

Retour rapide sur l'évolution musicale du quintet japonais.

-D'abord espoir de l'univers visual kei, à l'état de bourgeon, dans la fin des années 90, Dir en grey était un groupe à part qui, malgré un son punk-rock et pop distillait un univers noir, glauque et terriblement réaliste dû au lourd vécu de son frontman et parolier : Kyô. Après avoir marqué le public de part son premier album ; Gauze, le groupe décide de casser les codes de celui-ci sur le second : Macabre en s'auto-produisant. L'ambiance et le message sont restés identiques sauf que la musique se prêtait davantage aux revendications via un style rock plus sombre et torturé. Au cours des années 2000, le groupe expérimente la voie du métal au sens large, le renouvelant sur chaque opus et évoluant à chaque fois sur des tons de plus en plus agressifs. Laissant définitivement derrière eux les looks branchés le quintet nippon s'attaque en 2007 avec violence et sensibilité aux structures plus complexes, nouveau tournant artistique amorcé par l'incompris, glacial et lugubre The Marrow of a Bone qui se voit avoir, ici, une incroyable et époustouflante suite avec cet Uroboros qui fait entrer DIR EN GREY au panthéon des groupes intouchables. Uroboros, la pièce maîtresse au travers duquel l'expérience de tous les précédents disque se ressent.-

DIR EN GREY est avant tout un son, une genèse acoustique des plus improbables il y a un peu plus de dix ans.

Et sur cet album le son est démentiel, massif. Le groupe ne veut pas réellement s'embarquer dans quelque chose de nouveau ou de très différent de ce qui a été fait précédemment mais est plutôt dans une optique d'acception de soi. DIR EN GREY reprend les ingrédients qui font son identité et va même rechercher des éléments des albums précédents, comme, ici, l'indépendance des instruments et l'omniprésence de la basse bien à Macabre, les sons électroniques de Kisou, les mélodies de Withering to Death., le rock agressif et la tournure poétique de Vulgar ainsi que l'ultra-violence froide de The Marrow of a Bone.
Sur Uroboros, DIR EN GREY devient sa propre et principale influence avec cette exploitation de leur héritage musical acquis jusqu'à présent et veut lui faire hommage de la meilleure façon possible. Ce disque renferme donc à la fois le passé de DIR EN GREY, son présent mais également son futur.



- Peintres et protagonistes de cette estampe musicale :


L'aboutissement des instruments est exceptionnel, une parfaite concordance entre eux qui ne forment qu'un, qu'une seule et unique entité comme un puzzle géant où la suppression d'une seule pièce fait que le tout s'effondre.

La concordance des guitares de Kaoru et Die est remarquable et forme une symbiose sonore. Les deux guitaristes jouent dans plusieurs domaines, bien qu'avec une majorité en saturé, ils n'hésitent pas à passer dans le registre acoustique où les deux énergumènes grattent même une mandoline et un Sitar électrique. Le riffing électro-distordu est très heavy et varié, empruntant beaucoup de codes au thrash et au metalcore. Cette lourdeur et agressivité électrique sait se faire planante et ambiante avant de replonger dans les profondeurs et grésillements, bien au post-rock, avec une cohérence hors du commun. Un seul petit riff suffit à identifier le groupe, un simple grattement de corde pose une ambiance gigantesque, les quelques fins et courts solos agrémentent de couleurs cette toile sonore.

Toshiya et sa basse nous prouvent qu'il y'a une infinité de possibilités de faire sonner une basse par simple fortement de cordes ou en slapping (STUCK MAN), de créer sa propre ligne mélodique mais surtout de la rendre cohérente au milieu des autres instruments. La façon dont celle-ci est mise en avant ne gâche en rien le son, on est même surpris par l'aspect clean de chaque instrument qui sonne bien distinctement sans empiéter sur les autres et à aucune fois on entendra un son 'brouillon'.

Shinya, le drummer infernal du groupe impressionne encore en osant des rythmes non conventionnels, en changeant son approche de la batterie. 8 beats sont joués pour l’intro de BUGABOO, et à côté de ça, il y'a une construction anormale pour tous les autres morceaux. L’enchaînement dans RED SOIL n’avait jamais vraiment été fait jusque là, il y'a une combinaison de la charleston et la ride sur le pont de Glass Skin et Gaika, Chinmoku Ga Nemuru Koro a le tempo DPM228, le plus rapide que Shinya ait pu jouer jusqu'à présent. La batterie est donc pas mal sollicitée, même lors de chansons plus posées (Glass Skin). On pourra également noter, grâce aux sieurs Shinya et Kaoru, la présence fréquente du piano dans les compositions renforçant la mélancolie de l'ambiance ou permettant à l'auditeur des envolées plus légères (Glass Skin, Dozing green) ainsi que d'autres effets d'orgues au milieu des lourdes guitares saturées (RED SOIL). Le batteur joue même du conga et des percussions (Ware Yami Tote, Reiketsu Nariseba) pour coller à l'ambiance. Ce sont d'ailleurs les deux seuls endroits de l'album où il fera de l'overdub.

Du côté du poète Kyô, ce qui frappe directement est l'apparition de grunts profonds et de borborygmes dans ses lignes vocales. Son panel vocal se démontre comme extrêmement diversifié, et cela que ce soit en chant clair, qu'en cris, bruits loufoques. Kyô nous dévoile sa capacité à réaliser un chant diphonique sur quelques passages au cours de l'album, ceci contribuant à renforcer l'ambiance mystique du disque. Le chanteur offre un récital de sons au travers de la musique en imitant un moine bouddhiste ou encore un mantra. Il y'a beaucoup de personnages qui entrent en scène dans ses chansons, certains sont doux, d'autres offensifs, Kyô se devait donc d'utiliser sa voix de façon judicieuse afin de donner vie à ses paroles, à son histoire contée. Au travers de ses textes à la fois durs et poétiques, il dépeint une véritable pièce mélodramatique où il incarne chaque personnage et chaque dialogue.

Se prenant à tour de rôle pour Kiyoharu Mori, Mikael Åkerfeldt, Mike Patton, Max Cavalera, King Diamond et Jonathan Davis, Kyô signe ici ses nouvelles signatures vocales personnelles qui l'accompagneront désormais.

Le CD -unplugged- en bonus dans la version limitée, voit quelques invités pour cet autre aspect des compositions. Sont remarqués Jun Fukamachi (compositeur de jazz-fusion) au piano et à l'orgue sur Ware, Yami Tote... et INCONVENIENT IDEAL ainsi que TADASUKE au piano sur RED SOIL.



- Uroboros en lui-même :

Les 5 nippons ont, sur Uroboros, un souhait de mélodies orientales avec une expérimentation du son poussée très loin. Diverses sonorités acoustiques et électroniques côtoient les chants sacrés. DIR EN GREY essaye de dépeindre au travers du disque des teintes et atmosphères religieuses sous un angle purement Japonais. Tout ceci se faisant en partie grâce à l'utilisation d'un synthétiseur, d'une mandoline, d'un Sitar électrique par les deux guitaristes qui ont également utilisés plusieurs objets divers pour gratter leurs cordes de guitares sur certains morceaux. Des congas de la part de Shinya, les variations vocales de Kyô ainsi que d'autres instruments folkloriques ont été nécessaires à cette œuvre.

Tous les titres font preuve d'un sérieux travail de composition, sur les sonorités, sur les mélodies surtout sur l'atmosphère et l'ambiance générale. Pour confirmer sa marque de fabrique, comme à l'accoutumée chez DIR EN GREY, chaque titre, chaque riff, chaque intonation de voix est des plus personnelles au groupe. Le tout sonne tout simplement "DIR EN GREY", et cette fois-ci mieux que jamais. DIR EN GREY exploite pleinement son propre héritage culturel et musical.

Il n'est donc pas anodin de retrouver quelques clins d'œil volontaires à leurs anciennes œuvres ; comme la structure du titre barré, au son grind funky, Reiktesu Nariseba qui fait fortement penser à celle de HYDRA (Macabre), le pont électro-psychédélique de STUCK MAN qui aurait pu trouver sa place dans Kisou, le début post-rock de Toguro provocant une petite réminiscence de 24 Cylinders (Kisou) ou Drain Away (Vulgar) en plus lent. Sans compter sur le flow stéréotypé indus-punk que Kyô chérit dans RED SOIL rappelant Audrey (Macabre) ou ses propres compositions en solo via ses "poem books".

Là où le groupe sait créer des ambiances intimistes, il sait aussi ne livrer que sa hargne, ses reproches et martyriser son confident avec un condensé où le mal-être et la fureur harcèlent... Le parfait compromis entre violence, ambiance et sensibilité. Mais peut-on parler de simple violence sur ce disque ? La réponse est non.
Là où beaucoup de groupes s'engouffrent dans une violence brute et non maîtrisée, les japonais de DIR EN GREY préfèrent prendre un certain recul afin de rendre leur violence plus intelligente mais surtout poétique. Façon de faire qui n'est pas sans rappeler un certain Opeth ou autre Katatonia.

Le groupe sculpte une musique à sa propre image in vivo ; une musique noire et puissante, hypnotique, hallucinogène et hallucinée, capable de transporter l'auditeur vers d'autres sphères.

Sa bir ouvre sur un monde et nous fait plonger en profondeur, on se demande comment sera le prochain endroit qui va s’ouvrir à nous. L'auditeur vagabond ne se posera pas la question plus longtemps quand résonnent les premières notes de VINUSHKA ; véritable noyau de l’album et du groupe s'écoulant sur une durée de 9 minutes et 30 secondes intenses.



- La plainte d'un homme, d'un monde :

Partie de la chronique, exclusivement consacrée au parolier et à sa poésie. Du côté des revendications, les morceaux ont eux même un fort univers, qu’il soit restreint ou alors très vaste. Uroboros apparaît une fois de plus comme le plus recherché par rapport aux précédents, là où The Marrow of a Bone était une violente insulte physique envers la société moderne, Uroboros traite, à son image, de sujets plus psychologiques, tout en continuant d'être en rapport avec les horreurs humaines et le malêtre qu'impose la société moderne à l'Homme.

Les thèmes abordés restent globalement les mêmes que d'habitude chez eux, Kyô écrivant toujours par rapport à ce qu'il ressent, observe et vit au quotidien : La culpabilité, la destruction, le rapport de l'humain à la haine, l'amour, la mort et plus subtilement : la demande du pardon.

Quand la tension des 13 entités musicales du disque retombe, les riffs qui ont marqués la douleur et la lourdeur des sensations restent à l’esprit, mais ça ne se limite pas qu’à ça. Pour la première fois chez DIR EN GREY et surtout dans les textes de Kyô surgit une impression de douceur et d'apaisement. On ressort d'Uroboros avec plusieurs sensations d'arrière-goût. C’est dans cet état d’esprit que, pour chaque parole, est laissé un sentiment d’incomplétude, ou une difficulté à comprendre. Kyô écrit dans le but d’avoir une image qui arrive facilement à l’esprit, quand on a écouté la totalité de l’album. Les paroles ne contiennent que pas de la haine et que de la rancœur, elles montrent un monde qui s’est ouvert et qu’on observe des profondeurs. Le Kyô de DIR EN GREY a choisi de regarder, des bas fonds, le ciel et de laisser un sentiment d’arrière-goût. Les paroles contiennent du désespoir et de la colère, pourtant, quand on a tout écouté, bizarrement ce n’est pas le désespoir qui reste, on ressent une image de force et un grand désir d’aller de l’avant.


La mort d'une entité, la réincarnation et le renouvellement.

Définissant Kyô comme peintre de sa propre musique, son intention première est de donner vie à ses textes, aux musiques de son groupe. Par ses paroles il peint une sorte de toile, un tableau. Les mots sont la peinture tandis que l'instrumentation sert de toile blanche et plus les phrases se posent plus le tableau se peint. Le fait que plusieurs sensations et interprétations nous viennent en tête à l'écoute de ses mots vient de son désir de créer des textes en trois dimensions. Grâce à cette polysémie obtenue part son style d'écriture personnel et unique alliant différentes formes littéraires japonaises, Kyô offre à sa plaidoirie un lot de sensations organiques plus subtiles les unes que les autres.



- Bilan de l'entité.

Le tout est un disque extrêmement noir et mystique qui dose intelligemment la violence avec la douceur (douleur ?). Pièce maîtresse de DIR EN GREY à ce jour, Uroboros est DIR EN GREY et DIR EN GREY est Uroboros. Et d'une certaine façon, les 5 japonais atteignent une similitude d'état d'Adam Kadmon sous-entendant une symbiose parfaite entre eux, leurs pensées, leurs âmes et leur création commune.

Uroboros est une alliance parfaite de poésie intime et noire, de colère et de musique métal/rock. L'excellente symbiose de la sensibilité, de l'émotion, et du son percutant englobé dans une sphère de mélancolie poignante.
La dureté déchirante, criante côtoie la sensibilité à fleur de peau.
Crachat de venin sanguinolent, charme morbide et dolent, les chansons laissent une saveur troublante. On s'y sent comme en plein rêve aux perturbations nombreuses dans l'immensité du monde. Le flot de cris ou de chuchotements accompagnés de notes par ses Archets dessine un air fatal, une détresse ou clairement une ivresse.

Ce qui en ressort est une musique au tournoiement de couleurs, de mots et de sons. Le halo d'instruments avec la poussière sonore étale la puissance, la vision d'Uroboros. Mystique, torturé, obscur, merveilleux, évasif, cet album transporte l'auditeur halluciné qui, par le biais de la musique, se voit avoir un tas de représentations en tête.

Fureur, bruit, déchirement, douceur, mélancolie s'entremêlent et se séparent merveilleusement nous détruisant et nous faisant renaître à l'infini : Une expérience synesthésique et organique unique en son genre.

Fin d'un cycle, d'une vie et début d'une autre... Replay ?

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Temnota - 06 Mars 2010: Petite remise à neuf de la chronique.
mucc00 - 12 Décembre 2010: Je viens ajouter mon grain de sel à l'édifice. Chronique savamment documentée! En plus je suis totalement en accord avec l'interprétation que tu fais de ce bijoux.
Autant je connais Dir en grey depuis longtemps et j'aime les deux périodes de leur carrière (visu et métal). Je savais qu'ils avaient ce potentiel pour pondre une merveille, étant donné leurs qualités d'ambianceurs hors pair. Parce que chacun de leurs album possède une saveur qui lui est propre.
Mais sur cet opus ils ont su mettre en place une mécanique fluide, une symbiose brillante de leurs inspirations respectives, en liant le tout par un désespoir catharsique mêlé de fureur nippone. Voila pourquoi je comprend parfaitement ce que tu insinues quand tu fais allusion à cette sensation mystique qu'inspire UROBOROS.
Et puis ces rythmes de batterie... C'est du Shinya de la meilleur trempe, une musicalité fascinante!
Je crois que The Marrow of a Bone a été pour eux, un excellent moyen de hurler leur mépris vis a vis des fans visualeux. Pour leur signifier, par cette galette réfrigérante, que Dir en Grey époque Gauze c'est terminé. Ils ont voulu par ce biais s'imposer comme un groupe de gars, terriblement durs et rageurs, en massacrant tout souvenir de leur sensibilité. Tout ca pour être plus proche des attentes des amerlocs. Bien que TMOAB soit un album super, UROBOROS en s'appropriant à nouveau cette sensibilité oubliée, atteint un niveau qu'ils auront du mal a surpasser. Enfin je pourrais m'éterniser longtemps sur cet album dont je ne me lasse pas de d'admirer les subtilités et la colère vengeresse.
Merci pour ta chronique qui rend justice à la claque gargantuesque que je me suis pris dans la face en l'écoutant la première fois.
Scoss - 15 Fevrier 2011: Chronique de très très haut niveau (je ne l'avais jamais commentée) alors que je l'ai lue avant d'acheter l'album (c'est à dire fin 2008).
Le premier album de Dir En Grey que j'ai possédé et pourtant je connaissais déja le groupe. Mais Uroboros fut le déclic, en écouter quelques instants a insufflé cette envie irrépressible de l'acheter... pour le meilleur.
Uroboros est un grand album, celui qui a effectivement vu Dir En Grey rendre sa musique cohérente, homogène, tout en se permettant toutes les folies sonores qui l'habitaient. Un coup de maître.

Seul bémol pour ta chronique, la longueur, tu décortiques tellement que tu enlèves un peu de mystère à l'album. Mais malgré tout nul doute que celle ci a du jouer dans mon choix d'acheter cet album. Merci.
Temnota - 15 Fevrier 2011: Ah ça je suis bien conscient que la longueur peut être perçue comme indigeste ^^

Mais bon, quelque part c'est un choix de ma part. Je voulais vraiment exprimer ce qui gravitait autour de cet album, bien mettre en avant chacun des 5 membres qui forme un groupe plus soudé que jamais.

Comme un puzzle, le fait de retirer une pièce fait s'effondrer le tout.
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Chronique @ FoXxX

17 Fevrier 2009
"Je n'ai pu aimer que là où la mort mêlait son souffle à celui de la beauté", cette citation justifie à elle seule la discographie d'un Dir En Grey, qui cherche dans la mort, dans l'horreur, son amour de la musique. 10 ans de recherche sans compromis, laissant de côté de nombreux fans des débuts, en gagnant d'autres, avec une qualité variant entre hauts et bas. Evolution d'un groupe sans concession, Uroboros représente un défi de taille pour le groupe après le controversé The Marrow of a Bone... Synthèse d'une carrière remplie ; la bande à Kyo livre avec cet album un joyau, un de ces disques qui feront date et qui s'avère, sans nul doute, la pépite de leur discographie. Evolution, remise en question, innovation, qui dans l'abnégation de repousser les limites, trouve enfin une porte de sortie pour un résultat somme toute fantastique.

Disons le clairement, Uroboros est l'album le plus sombre, le plus noir de toute la discographie de Dir En Grey. Les deux minutes d'introduction de Sa Bir annoncent la couleur, à la fois glaciales et minimalistes, où les vocalises de Kyo sonnent telle une bourrasque de vent froid. Tout est épuré, sombre, même les instrumentations orientales se font malsaines, avant de laisser place à la première piste de l'album, Vinushka. Débutant pratiquement a capella, cette piste résume à elle seule tout un album, du long de ses neuf minutes trente. Les longues vocalises laissent alors place, après un sombre pont, à un long couplet derrière lequel l'ambiance se fait trop calme, la noirceur du propos émanant principalement du chant... Le refrain laisse entrevoir l'espoir d'une accalmie avec le retour du chant clair. La piste monte alors crescendo dans la folie avant d'exploser avec violence ! Vinushka est tout simplement une des meilleures pistes composées par la formation et s'avère à l'image parfaite de l'album, entre violence et mélodie.

En effet, Dir En Grey continue à évoluer dans la ligne tracée par son précédent album. Mais là où The Marrow of a Bone était un disque spontané, brut de décoffrage dans son approche, Uroboros lui se pose, autant en terme technique que musical, comme l'album le plus réfléchi et le plus mature du groupe. Les chansons ne sont pas un assemblement de riffs sans saveur mais résultent d'un long processus de composition où le moindre pont, le moindre cri ou bien encore les multiples arrangements sonnent juste. La musique sur cet album sonne enfin comme un résultat unique, sans aucune comparaison possible, à la différence du précédent disque. Mais , malgré son statut de vilain petit canard,The Marrow of a Bone avait le mérite d'amener la formation vers de nouvelles terres, de changer encore le son de Dir En Grey, et permet de mieux comprendre et d'appréhender les sonorités d'Uroboros qui se pose comme l'apogée de cette évolution.

Plutôt que de faire fi de la brutalité tant reprochée sur leurs précédentes compositions, celle-ci se fait modulée, réfléchie pour mieux ressurgir dans le processus et le rendu émotionnel. Celui-ci n'en est que plus fort, se faisant à la fois terriblement intense et plus sombre, les plages violentes résonnant alors comme une violente attaque, terrassant l'auditeur avec d'autant plus de puissance. Tout comme, dès que l'accalmie se fait sentir, la mélancolie n'en est que plus forte, comme sur Ware Yami Tote, et ses sept magistrales minutes, ou encore Toguro et son chant sublime, où Kyo module sa voix au début tel un récital arabe. Avec cette subtile phrase, je veux en venir à l'un des points essentiels de ce nouvel album. Plus qu'un nom, Uroboros cache en fait un véritable album concept, aussi bien sur le plan des paroles que de la musique.

En effet, les compositions sont toutes axées autour des mêmes thèmes que ce soit la peur de la mort, ce qu'il y a après la vie, mais aussi de la haine et la violence de l'homme, et de l'éternel recommencement. Au niveau de l'écriture, Kyo s'est surpassé, s'écartant avec brio du précédent album et de ses FUCK FUCK FUCK à outrance, et cela va de pair avec sa remise à niveau vocale. Car si il y a un changement avec The Marrow of a Bone, il est bien à mettre à l'actif du chanteur, qui retrouve ici son niveau dans les voix claires, tout en expérimentant au maximum. Vous n'aviez pas apprécié les précédentes brutalités auditives d'un Kyo se faisant hurleur sur Agitated Screams of Maggots ? Vous risquerez d'être encore plus troublés par ses cris dignes d'un Donald Duck rappeur sur la plupart des morceaux violents de cet album. Mais ici encore, tout semble réfléchi et les variations nombreuses ne font que rendre plus appréciable ses incartades vers la folie vocale. L'apport des Death-voices de la part des autres membres du groupe donne alors encore plus d'impact à la violence comme sur Reed Soil où la batterie de Shinya résonne durement, déchainée comme jamais.

Mais c'est surtout d'un point de vue musical tout autant que d'un point de vue conceptuel qu'Uroboros s'impose comme la pépite du groupe. Le symbole du serpent qui se mord la queue prend ainsi ses racines dans les cultures mésopotamiennes et sumériennes, au berceau de la Méditerranée et des cultures arabes. C'est donc logiquement que les sonorités de l'album elles aussi naissent et s'abreuvent de ces lieux. Autant au niveau des sonorités des guitares, que des ajouts d'instruments, tout est fait pour donner un maximum de cohérence musicale à ce nom d'album. Ainsi s'étonne-t-on d'entendre au détour des morceaux des mandolines, ou des violons, quand ce ne sont pas les guitares et les structures rythmiques qui empruntent aux musiques arabes. Et en les réadaptant à son rock, Dir En Grey, musicalement, frappe un coup énorme. Cette synthèse entre les thèmes et la musique explose sur Reiketsu Nariseba. Faisant penser à un croisement entre Melechesh et un Mr Bungle sous amphétamine, les vocalises totalement hallucinées de Kyo s'allient à la dansante et malsaine violence qui émane de ce morceau !

La musique de cet album en devient imprévisible, tout en étant cohérente. Les changements de genre, que ce soit entre les morceaux ou en leur sein même, se suivent tel un tout homogène avec ce fil directeur musical. Les deux singles étaient d'ailleurs de beaux leurres à ceux qui pensaient revoir le groupe des débuts. Oui, Dir En Grey a évolué, mais a enfin trouvé sa résultante et la conclusion aux recherches entamées sur Withering to Death. La technique des musiciens met d'ailleurs en exergue cette faculté à évoluer, à cette recherche du résultat parfait entre la mélodie et la violence du propos de la musique. Chose que recherche depuis ses débuts, quelque soit le style joué, Dir En Grey. Les guitares de Die et de Kaoru ne se contentent plus de simplement jouer des banals riffs à qui va le plus vite, mais livrent ici des plages monumentales voire parfois presque minimalistes. Le tout s'entrecroise avec la basse de Toshiya que l'on prend enfin plaisir à réentendre après un album passé en base rythmique continue. Celui-ci se fait d'ailleurs plaisir, livrant des lignes vraiment originales et puissantes, comme sur l'explosive et groovy Stuck Man où son slap fait des ravages. Mais la performance la plus impressionnante du point de vue des musiciens reste le jeu de Shinya sur cet album. Celui-ci livre une prestation totalement hallucinante, habité comme jamais et atteignant un niveau technique d'un très haut niveau. La double exulte, les cymbales explosent au rythme du jeu extrêmement varié du batteur, qui livre un véritable récital, tour à tour dansant, groovy, mais surtout, brutal!

On pourrait parler au niveau des défauts d'un point qui reviendra beaucoup pour certaines personnes, qui est la réécriture de Dozing green et Glass Skin en version anglaise, mais les chansons ne perdent aucunement leur impact émotionnel. Le rendu est juste légèrement différent et perd peut-être en intensité sur Glass Skin ce qu'il gagne en noirceur sur Dozing green. En bref, le passage à l'anglais est plus que correctement accompli pour ces morceaux qui laissent apprécier l'anglais toujours aussi approximatif de Kyo. L'album se conclut sur Inconvenient Ideal, morceau le plus mélancolique de l'album, certainement le plus doux aussi, conclusion sublime à un album d'une toute aussi grande qualité.

Uroboros est le Kashmir de Dir En Grey qui aurait bouffé du Death, du black et un brin de Mike Patton. De la folie, de l'imagination, de l'horreur, de la haine et de l'espoir, tel est cet album. Les 12 chansons telles les 12 fructifications de l'arbre de vie, telle l'horloge aux douze cadrans, semblent contenir le temps, le présent, le passé et l'hypothétique futur du groupe. Le serpent qui se mord la queue, représentant le cercle d'une vie, quel autre symbole aurait mieux sied à un groupe dont le principal reproche et la plus grande qualité à été de toujours évoluer en ne faisant totalement fi du passé, de sa noirceur et de ses thèmes. Cercle de dix années de vie musicale dans l'analyse et la mise en avant des bassesses de l'humain. Apogée d'un style, apogée d'un artiste pour lequel il sera difficile d'aller plus loin. Avec un tel nom, Dir En Grey veut-il indiquer qu'il arrive à la fin d'un cycle, à la fin de sa vie ? Ou tel l'Uroboros égyptien, celui-ci indique-t-il, plus qu'un retour et une prise de vue du passé, une renaissance artistique pour un futur glorieux ? Il ne reste plus qu'une chose à faire. Se délecter de cette merveille, et attendre.

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