Shades of a Blue Orphanage

Liste des groupes Hard Rock Thin Lizzy Shades of a Blue Orphanage
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13/20
Nom du groupe Thin Lizzy
Nom de l'album Shades of a Blue Orphanage
Type Album
Date de parution Mars 1972
Labels Decca
Style MusicalHard Rock
Membres possèdant cet album55

Tracklist

1. Call the Police 03:37
2. Shades of a Blue Orphanage 07:07
3. Brought Down 04:19
4. The Raise and Dear Demise of the Funky Normadic Tribes 07:07
5. Buffalo Gal 05:30
6. I Don't Want to Forget to Live 01:56
7. Baby Face 03:28
8. Chatting Today 04:19
9. Sarah 03:00
Total playing time 40:23

Chronique @ melpo

15 Avril 2017

Peu à peu, Thin Lizzy se forge une identité

Fin 1971, à la demande du label Decca, Thin Lizzy se lance dans l’élaboration de son deuxième album. A l’époque, il s’agit davantage de respecter les termes du contrat qu’ils ont signé un an et demi auparavant que d’une véritable volonté des musiciens. D’ailleurs, ceux-ci n’ont pas encore suffisamment de morceaux originaux pour faire un album. Ils vont devoir à nouveau puiser dans des compositions anciennes, comme c’était déjà le cas pour les premières sorties studio. Il faut dire que l’album Thin Lizzy, suivi de l’EP New Day n’ont pas rencontré beaucoup de succès et n’ont surtout pas rapporté beaucoup d’argent au groupe qui doit continuer à tourner sans cesse en Angleterre et en Irlande. Ces tournées permettent aux musiciens d’acquérir une super réputation en live, mais ne leur laissent guère le temps de se poser pour composer de nouveaux morceaux.

C’est donc dans l’urgence que Phil Lynott et ses comparses se lancent dans la composition et l’enregistrement de ce nouvel opus. Les conditions de travail semblent meilleures que pour le premier album. Ainsi la formation opte pour les studios De Lane Lea à Londres qui ont vu passer les plus grands comme les Beatles, les Stones, les Who ou Deep Purple. Le label leur recommande un jeune producteur, Nick Tauber qui par la suite fera une carrière prestigieuse en travaillant pour des groupes comme Marillon, Girlschool, UFO et même Venom.

Pourtant la motivation ne semble pas au rendez-vous et Thin Lizzy est loin d’être encore un projet pérenne dans la tête de Lynott (désolé pour ce jeu de mot facile, je n’ai pas pu m’en empêcher). D’ailleurs pendant l’enregistrement, le jeune bassiste est contacté par Ritchie Blackmore qui a alors le projet de constituer un super groupe (Baby Face) avec Ian Paice, Paul Rogers de Free et donc Lynott à la basse. Mais le capricieux guitariste renonce après quelques séances de répétition pour revenir se consacrer entièrement à Deep Purple. Cette anecdote est sans conséquences, mais les deux autres membres de Thin Lizzy ont bien cru à la fin de l’aventure car Phil Lynott, encore jeune, semblait croire à ce projet. Et, ce n’est pas un hasard si dans la même période les trois artistes enregistrent, sous le nom de « Funky Junction », un album de reprises de Deep Purple. Une curiosité discographique sur laquelle n’apparaît même pas le nom des musiciens, mais qui rapportera tout de même un peu d’argent.

De prime abord, lorsque l’on aborde cet album, on est intrigué par le titre qui littéralement pourrait être traduit par les « Nuances d’un orphelinat bleu ». C’est en fait l’association du nom de l’ancien groupe d’Eric Bell « Shades of Blue » et de celui de Lynott et Downey, « Orphanage ». Pour le choix de la pochette, les paroles du titre éponyme qui font référence à une vieille photo représentant trois gamins, nous donnent l’explication.

Pour ce qui est du contenu, on retrouve malheureusement les mêmes défauts que sur le premier album. Les morceaux se suivent sans que l’on puisse déceler une vision d’ensemble. Mais au fond, cela n’est pas vraiment surprenant, les musiciens cherchent d’abord à apprendre le métier en faisant de la scène et ils ne semblent pas persuadés que c’est avec un enregistrement qu’ils vont assurer leur notoriété. Pourtant cet opus est quand même traversé par des thématiques communes. L’inspiration du parolier, on pourrait même avancer du poète Lynott est à chercher dans une forme de douceur de vivre emprunte de nostalgie. Il s’agit bien d’une œuvre marquée par la sensibilité d’un homme.

Cette « nostalgie » peut être joyeuse quand « I Don’t Want To forget How to Jive », un doux rock’n’roll, nous invite à danser. Elle est davantage émouvante quand le poète rend hommage à sa grand-mère Sarah. La chanson est introduite par des pépiements d’oiseaux, jouée au piano et accompagnée d’une guitare acoustique sur la voix très sensible du grand Phil. C’est plutôt une réussite d’autant que le refrain, aux accents particuliers ajoute une pincée « d’exotisme ». Enfin, le titre éponyme de l’album, tout en métaphore, nous rappelle les affres de l’enfance. L’orchestration de la musicienne irlandaise Clodagh Simonds donne une orientation quasi progressive à cette belle balade bluesy.

La « nostalgie » transparait également dans l’image que le jeune Lynott se fait de l’Amérique. Ainsi le long morceau au long titre qui introduit cet album : « The Rise and Dear Demise of the Funky Nomadic Tribes » nous raconte un monde lointain, idéalisé dans lequel les hommes semblaient vivre libres, un monde qui ressemble à l’Amérique du Nord des Amérindiens. Les percussions et le solo de batterie marquent le mouvement du peuple nomade auquel il est fait allusion. Dans ce morceau, la référence soul est évidente d’autant que la voix se prête merveilleusement bien à ce genre d’exercice. C’est encore vers l’Amérique qu’il faut regarder lorsqu’on écoute l’entraînant « Buffalo Gal » dont l’intro nous fait vivre le galop d’un cheval.

On sait que Phil Lynott rédige, compose et se perfectionne lors des séances en studio. C’est pourquoi, la vie quotidienne est une de ses principales inspirations. Le monde du travail et la bohême sont à l’origine de la ballade Chatting Today dans laquelle Eric Bell peut montrer sa dextérité à la guitare acoustique. Quant au petit coté country, il nous rappelle encore le goût de Lynott pour l’Amérique des Westerns. « Call the Police », un rock entraîné par une bonne rythmique et un riff bien appuyé fait référence au monde des « voyous » que Lynott a peut-être croisé dans l’hôtel de Manchester géré par sa mère. Enfin, le chanteur peut difficilement composer et évoquer la vie quotidienne sans parler d’amour. C’est le cas pour « Brought down » qui est introduit par une guitare acoustique et pour « Baby face » aux riffs plus rock.

Cet album est souvent considéré comme le moins bon de la discographie des Irlandais. C’est vrai qu’à chaque extrait, on est dans l’attente d’une accélération ou d’une montée en puissance qui ne vient pas. D’autant que les talents de guitariste d’Eric Bell restent trop souvent en retrait. On sent ici indubitablement que cela pèche du coté de la production. Pourtant, avec ces compositions dont le mérite revient incontestablement à Lynott, on a affaire à un artiste déjà complet. Non seulement le chanteur est capable de puiser dans différentes influences musicales pour créer, mais il conçoit ses chansons comme un tout dont la musique reflète les paroles.

Alors, oui ! Cet album n’est pas parfait, un peu décousu et même un peu languissant. Mais quand on connaît le très haut niveau de la production à cette époque, on ne peut que constater l’originalité de cette musique qu’il est bien difficile de cataloguer. Assurément, Thin Lizzy tient quelque chose, il faut maintenant le développer. Evidemment, c’est la suite qui nous le confirmera…

2 Commentaires

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Hibernatus - 15 Avril 2017: Merci pour cette chronique judicieuse, à la fois documentée et pleine de sensibilité. Je ne connaissais pas l'histoire avec Blackmore: ç'aurait pu être intéressant, mais connaissant les foucades de l'homme en noir, cela aurait sans doute débouché sur une impasse (sans compter les conflits d'ego). Il valait donc mieux que Lizzy poursuive son bonhomme de chemin.

Il est vrai qu'on attend toujours que ça démarre, mais n'est-ce pas une illusion rétrospective? Nous avons pour la plupart connu le groupe avec les albums de maturité, ce qui fausse la perspective. Il faut apprendre à savourer pour ce qu'il est ce Blues Rock brouillon et ne pas en attendre les fulgurances de ce que la musique du groupe deviendra.
samolice - 16 Octobre 2019:

Merci pour la chro, excellente. Ainsi donc "Sarah" est dédiée à la grand mère de Phil? Pas étonnant qu'il ait appelé sa fille ainsi ensuit et qu'il lui ait offert "l'autre" Sarah en 1979.

Un disque déroutant pour qui connait les albums qui suivront à partir de "Nightlife" mais qui, pour ceux qui savent tendre l'oreille, permet de déceler la sensibilité exacerbée de Phil.

Un album fourre-tout que j'aime bien écouter de temps à autre. 

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