Serenades

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Nom du groupe Anathema (UK)
Nom de l'album Serenades
Type Album
Date de parution Fevrier 1993
Produit par Robert Magoolagan
Style MusicalDoom Death
Membres possèdant cet album204

Tracklist

1.
 Lovelorn Rhapsody
 06:25
2.
 Sweet Tears
 04:14
3.
 J'ai Fait une Promesse
 02:40
4.
 They (Will Always) Die
 07:16
5.
 Sleepless
 04:12
6.
 Sleep in Sanity
 06:53
7.
 Scars of the Old Dreams
 01:10
8.
 Under a Veil (of Black Lace)
 07:34
9.
 Where Shadows Dance
 01:58

Bonus
10.
 Eternal Rise of the Sun
 00:00
11.
 Nailed to the Cross / 666
 
12.
 Dreaming the Romance
 

Durée totale : 42:22


Chronique @ eulmatt

12 Août 2009

une richesse émotionnelle remarquable dans un cadre sombre, froid, et désespéré

Retour dans le passé brumeux du nord-ouest de l’Angleterre, fin des années 80. Tout était parti de rien, de cette banlieue improbable qui se prolonge entre Bradford et Halifax, où un label local avait lié son sort à celui du groupe prometteur du coin, Paradise Lost, puis avec un second issu de la même ville, My Dying Bride. L’aventure Peaceville, liée à celle du doom-death britannique, était lancée. Non loin de là, à Liverpool, se formait Anathema, quelques mois plus tard. Et tandis qu’à cette période, Carcass régnait en maître du death metal dans la cité liverpuldienne, c’est bien cette nouvelle vague doom/death qui fascine ces jeunes Anglais. Quelques démos et un premier EP plus tard (Crestfallen), Peaceville donnait enfin au groupe l’opportunité de produire son premier LP, enregistré courant 1992 mais sorti en 1993.

Avec Anathema, le label constitue enfin son triumvirat qui, pendant quelques courtes années, symbolisera à lui seul le doom-death britannique, l’exception Cathedral mise à part. Le groupe, emmené par les talentueux frères Cavanagh, propose un doom death globalement dans la veine des premiers disques de Paradise Lost, à l’heure où celui-ci s’oriente déjà vers un gothic metal plus lumineux (Icon). Beaucoup d’éléments renvoient ainsi à Lost Paradise et Gothic : ambiance d’outre-tombe, rythmique plombée autour de riffs lents et macabres, son lugubre encore accentué par une production assez limitée, mais avec une volonté d’illuminer le tout par des touches mélodiques apportant légèreté et émotion. Pourtant, notamment au travers des quelques morceaux d’anthologie qui donnent la consistance essentielle à l’album (Lovelorn Rhapsody, They (Always) Die, Under A Veil), Anathema affiche une maturité musicale étonnante.

Sur le morceau introductif, il faut par exemple souligner l’équilibre parfait de la composition : un début death metal pur et dur, avec son riff plombé et efficace malgré son dépouillement, puis une transition plus aérienne où la lead guitar amène son toucher et sa finesse, subtilement appuyée par de discrets mais opportuns claviers, puis après une longue montée émotionnelle, brutalement, retour au thème initial sur un rythme plus appuyé (en mid-tempo avec un peu de double) ; sans être révolutionnaire, ce morceau bien maîtrisé diffuse une palette d’émotions oscillant entre désespoir, noirceur et un voile de mélancolie et de lumière que vient brutalement interrompre la fin du morceau qui jette un rideau sombre et définitif sur le tableau. Du grand art émergeant donc de ces quelques morceaux phares qui constituent les pics d’intensité de l’album. Ainsi, Under a Veil préfigure (dans un registre légèrement différent) la qualité d’écriture du groupe, qui montre déjà sa prédisposition à mettre en musique différents styles au sein d’un même morceau. Son doom très pur, d’une froideur et d’un désespoir qui n’est pas sans rappeler le premier Cathedral, côtoie avec bonheur deux inspirations opposées : le goût du death metal conventionnel où la puissance monolithique est recherchée, et les premiers penchants atmosphériques du groupe, matérialisés par de longs passages acoustiques où les jeux respectifs des frères Cavanagh, dans leur apparent dépouillement, parviennent à créer des atmosphères très éthérées et pures. Un aperçu évident de ce qui deviendra la marque de fabrique du groupe. Serenades, bien que restant fondamentalement un pur album de doom/death, se démarque ainsi déjà de ses confrères britanniques, par ses élans progressifs et atmosphériques.

La patte Anathema se révèle dans ces longs passages aériens, où le jeu complémentaire des frères Cavanagh, tout en longues notes plaintives et subtiles, lâche des mélodies pures inspirant mélancolie et désespoir, avec en prime l’utilisation d’orchestrations particulièrement bienvenues (comme sur They (Always) Die), qui parviennent à sublimer le doom austère des Anglais dans des proportions insoupçonnées. Un sens de la mélodie rare, qui semble s’épanouir dans la simplicité.

Anathema livre également quelques éléments qui attestent de son goût pour le heavy metal des seventies. A l’instar du groupe de Lee Dorian, on se surprend ainsi à trouver quelques notes et quelques soli typiques du genre qui se rattachent aux racines les plus profondes du doom (Sweet Tears) et que l’on ne retrouve pas forcément chez un Paradise Lost par exemple. Ceci dit, la veine heavy/prog qui constitue la base musicale moderne d’Anathema ne se manifeste encore que par bribes disséminées ça et là, si on occulte par ailleurs l’anecdotique J’ai Fait Une Promesse et son chant féminin. Bien entendu, la jeunesse du groupe transpire encore ça et là, au détour d’un placement approximatif, d’une transition poussive. On pourra ainsi reprocher quelques longueurs et manques d’inspiration, voire la présence discutable de certains morceaux (les vingt minutes inutiles de Dreaming par exemple). La performance vocale de Darren White est également souvent sujette à critique, mais pour ma part, je trouve que son growl désespéré est partie intégrante du corps musical, et même si sur certains passages le chant peut interférer avec la fluidité musicale, il n’en demeure pas moins un élément essentiel dans la construction artistique de Serenades, sa volonté d’évoquer le clair/obscur, de faire cohabiter le funèbre et la souffrance avec la beauté et une certaine forme de poésie, une approche typique du style.

Honnêtement, l’évolution nette du groupe de Liverpool à partir de l’album Eternity, vers un metal atmosphérique renonçant complètement à ses premières amours death metal, et la reconnaissance associée qui lui revient, explique sans aucun doute le désamour (relatif) que lui témoignent de nombreux fans actuels, qui ne se retrouvent pas dans l’austérité massive de ce doom/death des débuts. D’autre part, Serenades souffre sans aucun doute de sa sortie postérieure aux premiers albums fondateurs de ses grands frères Paradise Lost et My Dying Bride, sans se détacher complètement de leur influence, et malgré une qualité intrinsèque sans aucun doute supérieure. Pourtant, au regard de sa richesse artistique, de la maîtrise globale de son écriture, de sa capacité à générer – dans un apparent dépouillement – une richesse émotionnelle remarquable dans un cadre sombre, froid, et désespéré, Serenades est sans doute le précurseur le plus influent du doom death atmosphérique. En outre, il est l’un des témoignages les plus significatifs d’un mouvement éphémère mais fondamental dans l’histoire contemporaine du metal, au travers de l’aventure Peaceville. Les actes de naissance des plus grands sont rarement à occulter, et c’est particulièrement vrai pour Anathema.

3 Commentaires

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BEERGRINDER - 01 Septembre 2009: Anathema fait partie de ces groupes dont j'ai entendu 10000 fois parler et dont je n'ai jamais écouté une seule note...

Ta chronique m'a donné envie de me pencher dessus, le "côté atmosphérique", le "chant désespéré" et la référence à My Dying Bride (dont j'adore les deux premiers)a fait mouche.

Est-ce proche de Katatonia pour se faire une idée?
eulmatt - 01 Septembre 2009: Oui, c'est pas fondamentalement éloigné de Katatonia, sans finasser dans les détails, en considérant par exemple le fameux Dance Of December Soul, qui a pas mal de points communs.
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Commentaire @ Toorop

12 Juillet 2008
Serenades est donc le premier album du groupe, sorti en 1993, et il se trouve dans la continuité d'un EP sorti un an plus tôt (Crestfallen).

Bienvenue dans un monde mélancolique où tout n'est que tristesse, langueur… les deux premiers titres de l'album nous rappellent aux dures lois de la vie : guitare sous-accordée, rythmes lents sans être pachydermiques, vocaux hurlés qui proviennent du fond de la gorge (j'en ai même mal pour lui, vu le mal de gorge que je me tape).
Troisième titre qui tranche avec les deux premiers, il y a juste une guitare acoustique et une voix de femme de toute beauté, remplie de mystère et de sérénité… comme si elle nous disait qu'on est sur le point de mourir mais qu'on ne s'inquiète pas, que tout va bien se passer (voilà, on dirait une voix d'ange).
Retour des rythmes lents et des vocaux hurlés sur le quatrième morceau qui s'étire sur près de 7 minutes et se termine par l'apparition de claviers qui apaisent l'atmosphère générale.
On passe ensuite au classique de l'album, le seul tube de l'album qui sonne un peu à la The Cure… on va dire que par rapport aux autres titres, celui-ci fait presque joyeux !!
On remarque un autre titre accrocheur, "Under a Veil" (of black lace). Un titre qui parle une fois de plus de mort et Darren semble pleurer toutes les larmes de son corps… c'est un morceau très mélancolique mais cette fois, il chante avec une voix claire.
L'album se termine avec un morceau ambiant de plus de 20 minutes.

Morceaux à écouter : Sweet tears, Sleepless, Under a veil

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Abigail - 12 Juillet 2008: Perso je ne suis pas fan de cet album...
Même si il y a quelques bons morceaux. C'est le "chant" de Darren que je n'apprécie pas trop...
Je préfère nettement à partir du "Silent Enigma"
Leatherface59 - 10 Mars 2017: Une fois de plus, un album culte, une claque monumentale à la sortie. Puis plus qu'un EP à se mettre sous la dent (Pentcost III) et terminé. Comme Paradise Lost et The Gathering, ils décident de passer à autre chose musicalement et c'est la déception vu le potentiel. A posséder absolument avec Crestfallen
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